ONZIÈME LEÇON
Application des vêtements. — La lêle et les coiffures. — Conditions d'une coiffure bien organisée. — Le chapeau moderne ; celui qu'on pourrait lui substituer. — Perruques et toupets. — De riiabilude de laisser la tête nue. — Coiffure du jeune enfant. — Du cou et de la cravate. — Organisation du cou. — Funestes effets de la cravate serrée. — Comment doit être la cravate.
Après avoir passé en revue toutes les lois générales relatives aux vêlements , examinons Tapplication des vêtements aux diverses parties qu'ils doivent couvrir, les conditions qui sont nuisibles et celles qui sont préférables, et les enseignements que Thygiène doit en tirer.
Chaque partie du corps réclame un vêtement particulier qui soit en rapport avec sa forme et qui soit arrangé de telle façon que la protection la plus efficace en résulte pour la portion couverte ; ainsi les pieds, qui supportent tout le poids de l'individu et sont en contact avec le sol, ont besoin d'être entourés d'un vêtement solide ; ainsi le cou^ qui se trouve dans des conditions oppo-
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sées, n'a besoin que d'être enveloppé d'un léger tissu. Malheureusement les meilleures conditions sont loin d'être toujours remplies, et nos usages ne sont pas constamment d'accord avec la raison.
Occupons -nous d'abord de la tête et voyons quels sont les moyens de protection qui lui sont destinés.
La têle^ se trouvant naturellement exposée aux intempéries de l'air, a souvent besoin d'être garantie ; de là l'origine des chapeaux, bonnets, turbans et coiffures de toute nature. S'il nous fallait envisager cette partie du vêtement chez les différents peuples et surtout les nombreuses modifications que le temps lui a fait subir, nous serions entraîné trop loin de notre but. Constatons seulement qu'en France, le chapeau des hommes, tel qu'on le porte depuis de nombreuses années, est anssi ridicule qu'incommode, et que ses qualités hygiéniques sont bien minimes. Que doit-on en effet attendre d'une coiffure bien organisée? Qu'elle couvre la tête sans la comprimer ni l'accabler par son poids ; qu'elle n'accumule pas le calorique vers cette partie du corps, que la tête, le visage et le cou soient, suffisamment ombragés, et comme condition accessoire, qu'elle ne soit nullement embarrassante lorsqu'on veut la porter avec soi et laisser la tête découverte. Loin de remplir ces conditions, le chapeau s*appliquant exactement et circulairement sur le front, le comprime souvent douloureusement. La solidité que l'on est obligé de donner à son inutile échafaudage, le rend pesant et insupportable dans lasaiïion des chaleurs. Faisant, pour ainsi dire, corps avec la peau, afin que le vent ne le puisse abattre, il ne permet pas à l'air qu'il
COURS d'hygiène. 401 renferme au-dessus de la tête de circuler librement et le calorique augmentant sans cesse, la tête se congestionne à chaque instant. De plus la mode exigeant quelquefois que les bords du chapeau soient très-étroits, ceux-ci ne préservent ni de la pluie ni du soleil. Enlin, lorsque le chapeau n'est plus sur la tête, il devient trèsembarrassant, et c'est à peine si une main suffit à le retenir et à empêcher qu'il ne se brise au moindre choc.
Un jour le chapeau, tel qu'il existe à présent, disparaîtra de notre costume; mais en attendant, ceux qui osent ou qui peuvent s'aifranchir de la tyrannie de la mode, les ouvriers, par exemple, feront bien de porter des feutres souples et légers qui ne pèsent pas péniblement sur la tête et ne la compriment point, dont les larges bords puissent au moins remplir le rôle qui leur est assigné, et qui peuvent être rapidement logés sous le bras lorsque les mains ont tout à coup besoin de leur entière Hberté.
Dans l'été le feutre peut être remplacé par le chapeau de paille ou d'écorces, qui est encore plus léger et plus perméable à l'air, et quel que soit l'état de la température, la couleur blanche devra être préférée, parce que la tête est toujours suflîsamment chaude et a généralement besoin d'être dégagée du calorique qui l'accable.
Si nous comparions entre elles les différentes coiffures des femmes, depuis les hauts bonnets des paysannes normandes, jusqu'aux légers réseaux des ouvrières parisiennes, nous trouverions encore un ample aliment à la criti-
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que; mais il suflit que l'on comprenne quels sont les services que l'on doit exiger d'une coiffure bien organisée pour que l'on soit à même de corriger, autant que possible, ce que l'usage a donné de défectueux à celles dont les dames se servent.
N'en déplaise aux artistes en cheveux qui imitent si bien la nature, nous sommes peu partisan des perruques et toupets artificiels, car joint à ce qu'ils nuisent souvent aux fonctions de la peau de la tête, ils donnent quelquefois à c eux qui les portent l'aspect d'une caricature. Mais il est des circonstances dans lesquelles une extrême sensibilité au froid nécessite l'usage de la chevelure postiche. Ce sont alors des habitudes que l'on doit respecter en don • liant toutefois le conseil de ne jamais employer ni colle ni enduits d'aucune nature pour fixer les toupets. Il reste presque toujours quelques cheveux que l'on peut utiliser pour placer de légers crochets qui ne doivent jamais, dans tous les cas, exercer le moindre tiraillement. Pendant la nuit on peut toujours remplacer ces chevelures par un léger bonnet , afin que l'air puisse circuler plus librement autour de la tête.
Les personnes qui n'ont point perdu leurs cheveux doivent s'habituer de bonne heure à coucher tète nue. Dans l'intérieur des appartements, que ce soit pendant la nuit ou pendant le jour , la tête n'a pas besoin d'être couverte; les cheveux suffisent pour la protéger, et se conservent eux-mêmes beaucoup plus longtemps s'ils ne sont ni froissés ni enfermés sous une étofte quelconque. Laisser ordinairement la tête couverte ou découverte n'est qu'une affaire d'habitude, et l'on conçoit
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que dans le dernier cas le cuir chevelu fonctionnera en toute liberté. Il est donc important d'accoutumer les enfants à ne pas se couvrir la téte, soit pour dormir, soit pour rester au logis; il n'y a que les très- petits enfants et quelques vieillards qui doivent faire exception à cette règle.
Le docteur Londe, dont les recherches savantes ont éclairé de nombreuses questions d'hygiène, et qui a tant contribué aux progrès de celte science , s'exprime ainsi à propos de la coiffure des jeunes enfants :
a Lorsque l'enfant n'a point encore de cheveux , et que l'on croit devoir lui donner une coiffure qui lui en tienne lieu, que cette coiffure ne soit ni chaude, ni pesante ; chaude , elle augmente Faction perspiratoire de la tète jusqu'à un degré morbide , produit ces prétendues gourmes qu'on n'observe jamais sur l'enfant dont la tête reste découverte, qui ne sont point une dépuration nécessaire et préservatrice de maladies , comme le croitle vulgaire, mais dont, au contraire, l'apparition introduit une chance très-défavorable à la santé , parce qu'elles peuvent se supprimer, et que la disparition d'une évacuation, même vicieuse, pour peu que l'on y soit accoutumé, devient souvent cause de maladies. Les coiffures qui sont moins destinées à conserver la cha-^ leui* qu'à prévenir l'effet des chutes , comme les bourrelets à jour, espèce de couronne de carton matelassée , sont encore inutiles; car l'enfant qui ne marche pas ne peut tomber; et quand il marchera, ses chutes n'auron* aucune espèce d'inconvénients, si la nature seule a ét son gymnasiarque , et qu'on ne lui ait point appris à
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marcher à l'aide de lisières ou de quelque autre invention que ce soit . »
Plus loin , après avoir raconté comment fut élevé un enfant pour lequel on lui demanda des conseils , cet auteur ajoute : a La coiffure de l'enfant sera donc un bonnet de toile recouvert d'un autre de mousseline. Après le second mois , lorsque la saison est belle , on peut laisser la tète de l'enfant découverte ; plus tard , sa chevelure , dont on ne doit rien retrancher sous prétexte de la faire épaissir , parce que le cheveu se bifurque rarement loin du bulbe , et que la coupe, loin de cette partie, n'a d'autre effet que d'y développer une vitalité morbide, sera la coiffure la plus commode et la plus saine. L'habitude de rester tête nue mettra l'enfant à l'abri des cov^z^s {rhumes de cerveau] ^ des maux de gorge, etc. [Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques).
Le cou des femmes reste généralement découvert ; à l'exception des habitants de l'Orient, il est rare que les hommes ne l'entourent pas de cette portion du vêtement que l'on nomme la cravate. Puisque l'usage a établi son empire sur la cravate, il serait puéril de lutter contre lui, et la cravate, quant à présent, est inexpugnable , tant elle est abritée par nos habitudes sociales. Les cols de crin, de baleine flexible ou de poil de sanglier tendent de plus en plus à disparaître , mais la cravate reste plus apparente et plus nuancée que jamais. Il fimt bien dire cependant quels sont tous les dangers auxquels elle expose celui qui la porte , et comme on ne peut conclure à sa suppression , oa com-
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prendra du moins quelles sont les modifications qu'elle doit subir.
Le cou est parcouru par de très gros vaisseaux, veines et artères , qui sont très-superficiels dans cette région du corps, et qui sont destinés les uns à conduire le sang du cœur vers la tête , ce sont les artères ; les autres , à rapporter le sang de la tête vers le cœur, ce sont les veines. En avant du cou se trouve placé le conduit aérien qui sert de passage à l'air, lorsqu'il entre dans les poumons ou lorsqu'il en sort. Ces organes importants n'empéclient pas que le cou ne soit appelé à se mouvoir à chaque instant avec une très-grande rapidité, et que ses mouvements ne soient très-étendus.
Quel rôle jouera donc la cravate sur les phénomènes qui doivent se passer dans cette région? Pour peu qu'elle soit un peu serrée, le sang éprouvera une certaine difficulté à parcourir les artères, et il circulera plus difficilement encore dans les veines jugulaires qui sont trèsfaciles à comprimer. Dès lors, le sang séjournant dans le cerveau et ses enveloppes produit des douleurs de tête, des vertiges, et peut même déterminer des apoplexies. La face est rouge, les yeux sont injectés, les paupières boursouflées, et le patient se trouve dans la situation de ces militaires dont parle Percy, qui étaient obligés par l'ordre de leur colonel de serrer fortement le col qui leur étreignait le cou, afin que la face devenant rouge, ils aient ce qu'on appelle bonne mine.
Les plus grands dangers peuvent résulter de cette habitude funeste de serrer les cravates, et beaucoup de personnes qui l'ont contractée depuis longtemps, ne son-
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gent pas qu'elle est la cause des malaises qui les tourmentent. On a dit que les gens dont le cou est volumineux et court doivent particulièrement éviter de porter une cravate serrée , mais il n*y a d'exception pour aucun âge ni aucune constitution ; jamais les vaisseaux du cou ne doivent subir la plus légère compression. Il en est de même du conduit aérien qui doit toujours rester parfaitement libre; car, s'il est comprimé, l'air pénétrant difficilement , les poumons fonctionnent mal, et de là, la source d'une foule d'indispositions et une prédisposition à contracter des maladies graves des organes de la respiration. D'ailleurs, lorsque l'air ne pénètre pas facilement dans la poitrine, les mouvements musculaires deviennent très-difficiles, et il en résulte que ceux qui sont obligés de se livrer à un travail qui demande un peu de force, trouvent là un obstacle insurmontable. Chez les jeunes gens dont le corps n'a pas encore acquis les dimensions qu'il doit avoir plus tard , la poitrine reste rétrécie, et son manque de développement nuit considérablement à la constitution.
On voit que les inconvénients qui résultent d'une cravate serrée sont nombreux et très-sérieux, et si Ton ajoute à ceux qui viennent d'être indiqués, des ulcérations et des callosités de la peau du cou, signalées par les auteurs, il y a de quoi elïrayer les moins timides. Tous les avantages sont d'ailleurs acquis à ceux qui ne s'exposent pas à ce danger, car on a remarqué que les individus auxquels leur position sociale permet de s'affranchir habitueliement de la cravate, sont généralement exempts des maux de gorge et autres affections de la
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même région, tandis que ceux qui s'enveloppent avec des étoffes épaisses qui leur font trois ou quatre fois le tour du cou, sont exposés à contracter à chaque instant des enrouements et même des inflammations de la gorge.
La cravate doit donc toujours se composer d'une étoffe très-douce et très-légère, attachée très-lâchement et serrant si peu le cou , que plusieurs doigts puissent être facilement introduits entre elle et les parties qu'elle recouvre. Elle doit se prêter à tous les mouvements et gêner si peu les vaisseaux et le conduit aérien, que celui qui la porte s'aperçoive à peine de sa présence. Les chanteurs, les orateurs, ceux qui se livrent aux travaux de l'esprit, comme ceux qui éprouvent la fatigue du corps, doivent particulièrement éviter la gêne de la cravate. Enfin, pendant le sommeil, il faut toujours laisser le cou complètement libre.