DOUZIÈME LEÇON
Le tronc et les membres. — De la chemise et des conditions qu'elle doit avoir. — Le caleçon ; ses usages et ce qu'il doit être. — Du pantalon et de la culotte; nombreux inconvénients à éviter. — Le i^ilct. — L'habit et la redingote. — La blouse et ses avantages. — Du manteau et de ceux qui sont imperméables. — La ceinture.
Le tronc ei les membres sont ordinairement protégés par plusieurs couches de vêtements ayant chacune des fonctions spéciales et se modifiant de cent manières différentes selon les climats, les saisons, les mœurs des peuples, le sexe, Fage, les professions, etc. En France, la forme du vêtement extérieur est souvent influencée par la mode sans qu'aucune raison ayant l'hygiène pour principe préside à ces nombreux changements ; il n'y a guère que les vieillards qui échappent à la tyrannie de la mode et qui savent mépriser ses révolutions. Le linge qui couvre le corps, ne se voyant que très-peu, ne subit guère toutes ces modifications ; aussi la che-
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mise et le caleçon de toile diffèrent-ils à peine de ce qu'ils étaient il y a un siècle et rendent-ils toujours des services aussi importants.
La chemise est de toutes les pièces du vêtement l'une des plus précieuses pour la santé ; appliquée directement sur ]a peau, elle la préserve du contact trop rude des étoffes de laine ou autres, elle se charge des matières sécrétées, s'empare du produit de la transpiration qu'elle laisse bientôt s'évaporer et contribue à la propreté du corps par la facilité avec laquelle on la remplace.
Que la chemise soit en toile de chanvre ou de lin ou en toile de coton, peu nous importe ; déjà nous avons dit que le contact du coton n'est nullement malftiisant ; il ne peut donc y avoir dans la préférence que l'on accorde à l'une ou à l'autre substance qu'une question de température ; mais ce qui est beaucoup plus important, c'est la forme de cette partie du vêtement. La forme générale est toujours à peu près la même, ainsi que nous le disions tout à l'heure, mais parfois on fait les chemises beaucoup trop étroites au col et aux poignets. Lorsque le cou est serré fortement par le col de la chemise, les inconvénients que nous avons signalés pour la cravate se produisent ; et qu'on ne croie pas que ceuxlà mêmes qui les éprouvent sont toujours habiles à les reconnaître; nous avons vu des gens dont la face rouge, le cou gonflé, les yeux étincelants attestaient qu'ils étaient étranglés par leur chemise et qui ne paraissaient pas s'en douter, il fallait leur faire voir la cause de leur malaise avant qu'ils songeassent à y re-~ médier.
tiO COURS DHYGlÈiNE.
De même quo pour la cravate, le col de la chemise doit être assez peu serré pour que Ton puisse introduire deux ou trois doigts entre le cou et lui. La chemise étant directement appliquée sur la peau, il y aurait encore plus d'inconvénients à ce qu'elle exerçât une constriction qu'il n'y en aurait pour la cravate. Quant aux poignets de la chemise, leur étroitesse a des résultats moins graves, mais elle détermine toujours le gonflement des mains, l'engorgement des veines qui les parcourent, et en serrant les tendons nuit à la puissance des muscles. Les personnes qui se livrent à des travaux rudes doivent surtout éviter de porter des chemises qui leur compriment le poignet.
Le plus grand des avantages de la chemise, c'est son extrême propreté, aussi doit- on la renouveler le plus fréquemment possible. Si l'ouvrier qui économise quelquefois, pendant une semaine, le blanchissage d'une chemise, ne dépensait pas en tabac une partie de son gain, il pourrait avoir tous les deux jours ou tous les jours mêmes une chemise propre, ce qui vaudrait bien l'habitude de chasser devant lui des bouffées de fumée. Le luxe du linge blanc chez l'homme qui sue beaucoup et qui est exposé à toutes les causes qui salissent les vêtements, serait une originalité de bon goût, et nous ne doutons pas que sa santé n'y trouvât un très-grand avantage. C'est parce que l'usage opposé est généralement en faveur chez les ouvriers que nous avons dcjh blâmé, dans une autre leçon, l'usage des chemises de couleur qui masquent mieux que les chemises blanches le manque de propreté.
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Quelle que soit la négligence apportée au changement de linge, il est indispensable de changer de chemise soir et matin, car c'est déjà beaucoup de laisser le linge en contact avec la peau pendant quinze à seize heures ; lorsqu'il est à l'air libre l'humidité et les miasmes dont il est imprégné s'évaporent et il se trouve purifié au moins en partie.
Le caleçon de toile n'est pas comme la chemise employée par tous, parce que beaucoup d'individus ne sont pas pénétrés de son utilité ; cependant cette partie du vêtement contribue puissamment à l'intégrité des fonctions de la peau , car , ainsi que la chemise , le caleçon est soumis à de fréquents blanchissages et remédie aux inconvénients du pantalon d'hiver , dont le nettoyage est plus difficile. Pendant la marche, le caleçon préserve les membres inférieurs de la poussière et des insectes qui se trouvent à la surface du sol. Ainsi que la chemise il se charge des sécrétions de la peau et la préserve du contact des étoffes plus grossières. Les individus qui ne portent pas habituellement le caleçon éprouvent souvent pendant les chaleurs de l'été ou par un froid rigoureux des inflammations superficielles de la peau occasionnées par le froissement du pantalon. Le caleçon est donc chose indispensable, il participe aux mêmes avantages que la chemise; aussi recommandonsnous énergiquement son emploi ; mais il nécessite également certaines précautions, et à part les soins de propreté, il est nécessaire qu'il ne produise aucune compression ni aux jambes ni à la ceinture. Lorsque l'extrémité inférieure du caleçon exerce une pression
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circulaire sur les jambes, elle contribue à produire des varices, dcLermine le gonflement des pieds et nuit considérablement à la marche. Si c'est la ceinture qui est serrée, les organes contenus dans le ventre sont gênés dans leurs fonctions et peuvent même finir par être altérés dans leur forme ; il est donc indispensable que le caleçon enveloppe la jambe sans Tétreindre, et qu'il soit arrêté par la saillie des hanches sur lesquelles il s'appuiera au lieu de comprimer la taille.
La chemise et le caleçon, ainsi que nous venons de le voir, contribuent à la propreté du corps ; la portion de vêtement qui vient immédiatement après, c'est-à-dire \^ pantalon^ n'est autre chose qu'une enveloppe protectrice contre les vicissitudes atmosphériques. Lorsque le pantalon est trop large, il gêne la marche de celui qui le porte, et protège mal le corps contre le froid. Trop étroit , il a beaucoup d'autres inconvénients qui ont été parfaitement résumés par Percy, dans son Histoire hygiénique de la Culotte^ à propos de ce qui se passait autrefois dans l'armée. « On se souvient, dit-il, que dans plusieurs de nos anciens régiments , il fallait quelquefois deux hommes pour en aider un troisième à mettre sa culotte, tant elle était éloignée des proportions qu'elle eût dû avoir. C'était, de la part des chefs, un caprice auquel personne ne pouvait se soustraire. Le soldat, condamné à s'enfermer dans une pareille pri-on, ne marchait qu'avec difficulté , et se fatiguait d'autant plus que les muscles comprimés en tous sens, exigeaient pour leur contraction une plus grande dépense de forces. 11 n'était bien que debout, encore dans cette position le
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cours du sang était-il plus ou moins gêné , ce qui Texposait aux engorgements des glandes de l'aine, aux varices, auxanévrismes. Lorsqu'il se courbait, il éprouvait aux lombes et au bas-ventre un resserrement qui lui ôtait la respiration, lui portait le sang à la tête et le privait momentanément de toute activité. C'était bien pis encore quand il fallait mettre un genou à terre ^ soit à l'exercice pour faire feu au premier rang, soit à quel- ; que cérémonie religieuse ; rien n'égaie la douloureuse î contrainte où il se trouvait alors. La plupart des hernies auxquelle sil était si sujet ne reconnaissaient pas d'autre cause. Les sciatiques , les hémorrhoïdes , les maladies sexuelles provenaient également de cet abus. Le coup d'œil était satisfait, mais la santé des hommes s'altérait sensiblement. »
Ce tableau donne une idée exacte des funestes effets de la compression exercée par la culotte , et Ton comprend que si la pression n'est que médiocre, les résultats, quoique moins intenses, n'en sont pas moins pernicieux pour la santé.
La manière dont le pantalon est soutenu est encore très-importante à considérer : généralement, c'est àTaide de bretelles qui prennent leur point d'appui sur les I épaules que le vêtement est attaché; une demi-cein- I ture formée par deux pattes qu'une boucle réunit vient I aider au mode de suspension. Nous ne blâmons pas l'usage des bretelles, quoique les gens qui ne sont pas trèsgras et qui n'ont pas le ventre très-saillant puissent parfaitement s'en passer, mais elles doivent toujours être élastiques, afin de se prêter aux inflexions du corps , de
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ne pas gêner la respiration et de ne pas comprimer douloureusement les épaules. Le pantalon ne doit pas s'élever jusqu'à la poitrine, comme cela avait souvent lieu autrefois ; ainsi construit, il géne les fonctions des poumons, ce qui n'arrive pas lorsqu'il commence seulement un peu au-dessus des hanches.
Que dirions-nous du gilet qui n'ait déjà été exprimé à Toccasion du pantalon ou de la culotte. Le plus grand inconvénient qu'il puisse avoir est de serrer la taille et de produire ainsi quelques-uns des inconvénients déjà signalés ; c'est donc une faute qu'il faut savoir éviter. Puis , le gilet faisant partie de la seconde enveloppe protectrice du corps, il est important qu'il soit assez long pour recouvrir le haut du pantalon auquel il forme ainsi une sorte de prolongation.
On sait que le vêtement le plus extérieur, celui qui est destiné à couvrir les différentes pièces que nous venons de passer en revue, est Vhabit ou la redingote; lorsque le premier est court, il constitue la veste , et la seconde , selon la forme qu'on lui donne, prend le nom de paletot ou une autre dénomination. Ces différents vêtements ont, à juste titre, excité la critique, tant leur forme est étriquée et souvent ridicule; il y aurait, en effet, presque autant à dire sur les habits et redingotes que sur le chapeau moderne dont nous avons signalé les nombreux défauts ; nous nous abstiendrons néanmoins de cette critique qui nous entraînerait trop loin , et nous devons même avouer que l'activité des relations sociales à laquelle nous sommes Ions habitués, est favorisée par l'usage de l'iiabit court.
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Ce qui importe le plus dans la construction de l'habit ou de la redingote , c'est qu'ils entourent exactement le haut du corps et les membres supérieurs, sans exercer la moindre compression ; qu'ils ne gênent point la poitrine lorsqu'ils sont boutonnés , et que les bras ne soient comprimés en aucun point de leur longueur, afin que leurs mouvements soient faciles, et que les muscles, vaisseaux et nerfs soient libres dans tout leur trajet. La blouse ne nécessite pas toutes ces précautions; c'est un vêtement précieux pour la saison d'été , et on peut remarquer que depuis quelques années certains vêtements tels que le paletot- sac tendent à se rapprocher de sa forme. La blouse tient en effet le milieu, sinon pour sa longueur, au moins pour son ampleur entre nos habits et les vêtements flottants des orientaux ou les draperies majestueuses du costume antique. C'est avec une trèsgrande raison que les ouvriers font usage de la blouse , surtout lorsque leur genre de travail permet les vêtements larges.
Enfin, tous les vêtements que nous venons d'examiner reçoivent quelquefois dans l'hiver le manteau pour complément ; c'est une pièce fort utile , exempte d'inconvénients, à l'exception de son poids, qui est souvent très-gênant pour la marche. Quant aux manteaux imperméables, dits manteaux-caoutchouc, l'espèce de faveur dont ils jouissent ne peut être de longue durée, car ils nuisent à l'évaporation de la transpiration de la peau ; cette vapeur vient se condenser à leur surface interne, et ils concentrent trop le calorique. Ils ne sont réellement tolérables que parce qu'ils ne sont pas véritable-
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ment imperméables; en effet, la dissolution de caoutchouc qui les couvre ne suffit pas à intercepter très-longtemps l'eau qui tombe en pluie battante.
Le tronc est dans quelques pays entouré d'une ceinture; lorsqu'elle est souple et large, elle est souvent d'un grand secours , car elle soutient le ventre et la région des lombes, et remplit l'office de mains protectrices dont l'application méthodique viendrait donner un point d'appui aux muscles, lorsqu'un effort est nécessaire. En outre, elle préserve le ventre du froid, et ne peut devenir nuisible que si elle est trop serrée.
Il ne nous reste plus maintenant à considérer que le mode de vêtement des extrémités du corps , nous nous en occuperons dans la prochaine leçon.
TREÎZÉiE LEOÛN.
De FusagCi des bas. — Les jarretières. — Des chaussures; leur for .ne vicieuse et ce qu'il faut éviter. — Emploi des gants. — Du vêtement selon le sexe. — Du corset; inconvénients et avantages. Iniluence de l'âge sur le vêlement. — Le maillot. — Vêtements de l'enfant; de l'adulte. — Vêtements humides. — De la propreté du vêtement de laine. — Vêlements du vieillard. — Modifications relatives aux professions.
Les has sont pour U-s jambes des moyeDS de protection très-efiicaces ; aussi, dans certains pays où la misère prive les paysans de l'usage des bas , observe-t-on de nombreuses dartres et autres maladies de la peau des jambes. Au moyen de ce vêtement qui entoure exactement la jambe dans toute sa longueur, et qui, par sa souplesse, se prête à tous ses mouvements, la peau se trouve préservée de tout contact nuisible , les produi's de la transpiration sont absorbés par l'étoffe, et les pieds sont un peu garantis contre la dureté de la chaussure. Mais les bas e.\igent les soins de propreté les plus minutieux, et plus qu'aucune autre pièce du vêtement, ils
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doivent être soumis à de fréquents lavages; s'ils ne sont pas propres , au lieu de contribuer à l'intégrité de la peau, ils deviennent pour elle une cause de maladie.
Le plus grand inconvénient attaché à l'usage du bas est h jarretière ; quelque souple qu'elle soit, elle exerce toujours une certaine compression qui amène , surtout chez ceux qui y sont prédisposés, des engorgements des jambes, des varices et des ulcères très-opiniàtres. Il faut donc que les jarretières soient faites avec un tissu très-extensible, et qu'elles soient si peu serrées que celui qui les porte s'aperçoive à peine de leur présence. C'est toujours au-dessus du genou et non au-dessous qu'elles doivent êîre placées, parce que, en cet endroit, les gros vaisseaux qui se trouvent dans le creux du jarret sont mieux protégés contre la compression.
La chaussure a pour type, dans nos climats, le soulier de cuir qui se transforme de mille manières, selon la saison ou les besoins de chacun ; tantôt il est constitué par une simple étoffe doublée, dont la semelle seule est en cuir très-mince, tantôt il est représenté par une bottine élégante à l'usage des femmes, ou bien il est surmonté d'une longue tige qui en fait une botte , laquelle subit encore de nombreuses modifications depuis la botte vernie de nos élégants jusqu'aux lourdes bottes à Técuyère des cavaliers de nos régiments. Quelle que soit la variété de la chaussure, le pied se trouve à peu près enveloppé, et il ne peut guère en être autrement, car l'instabilité de l'état atmosphérique et la boue qui couvre fréquemment le sol ne nous permettent guère d'employer la sandale ou le cothurne des peuples méridionaux.
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La mode ne devrait avoir aucune influence sur le soulier, car tout devrait être sacrifié pour la commodité de la marche, et cependant nous voyons la chaussure varier de forme à chaque instant , tantôt elle est arrondie du bout , tantôt elle est carrée , et quelquefois elle est très-pointue. On comprend tout ce que nous aurions à dire contre ces changements nuisibles et ridicules, mais puisque peu de personnes ont le courage, au moins dans nos villes, de braver l'usage en faveur, nous conseillons à chacun de faire en sorte que sa chaussure se rapproche le plus possible de la configuration du pied , lorsqu'il est libre et appuyé sur le sol, que jamais elle ne soit assez étroite pour que les orteils puissent chevaucher les uns sur les autres, ou se trouver déformés, que le cuir soit très-souple et permette les mouvements de flexion du pied sur la jambe si importants pour la marche, enfin que les taloos soient aussi bas que possible , car l'usage des hauts talons est excessivement perni^ cieux. Lorsque l'extrémité postérieure du pied est élevée par la chaussure, le poids du corps se porte sur les orteils qui sont sans cesse en effort pour résister , les chutes se produisent très-facilement, et la luxation du pied peut être favorisée par cette situation ; abandonnons donc l'usage des hauts talons qui s'éloignent tant de Id forme naturelle du pied , et qui peuvent tout au plus flatter la vanité de ceux qui ne sont pas contents de la taiUe qui leur a été dévolue.
Qu'on se souvienne bien que les cors, durillons, oignons, etc., sont plus souvent produits par le contact de chaussures trop résistantes que par l'étroitesse de ces
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mêmes chaussm^es; c'est ainsi que les sabots, qui sont ordinairement très-larges et permettent au pied de s'étendre, déterminent très-facilement des cors et callosités très-douloureux. Porter, dès l'enfance, des chaussures très-souples, est donc le grand secret pour éviter les cors. Aucune substance n'est, au reste, plus précieuse pour la chaussure et ses exigences que le cuir , car il peut être très-doux, très-extensible, et défendre parfaitement les extrémités inférieures contre les chocs qui les atteindraient à chaque instant. Le cuir ne préserve pas complètement le pied de l'humidité, mais grâce aux chaussures américaines en caoutchouc elle peut être bravée jusqu'à un certain point.
Les extrémités supérieures ont aussi leurs moyens préservatifs contre le froid et les frottements qui pourraient les endommager : tout le monde connaît la ressource si précieuse des gants qui ne sont pas seulement un objet de luxe, mais qui, dans l'hiver, empêchent les mains d'être atteintes par les gerçures, engelures, engourdissements, etc. A l'aide des gants on pourrait aussi entreprendre, sans danger pour la peau, certains travaux et certaines manipulations qui deviendraient beaucoup plus faciles à exécuter ; malheureusement les ouvriers négligent souvent les précautions les plus simples, tandis qu'ils pourraient s'éviter des affections darireuses et autres infirmités. Les gants sont fabriqués avec la peau, la laine, la soie , le fil, le coton, etc. , car on utilise toutes ces substances, selon le but qu'on se propose. Cette partie du vêtement n'est pas à dédaigner, elle contribue à entretenir la délicatesse de la peau et la fi-
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riesse du tact indispensable pour l'exercice de plusieurs arts et professions.
Nous venons de passer en revue Tapplication des vêlements aux diverses régions du corps , mais on a pu remarquer que nous nous sommes surtout occupé du vêtement de l'homme, et cependant celui de la femme en diffère assez notablement pour mériter quelques explications. Les robes et les jupons flottants ont bien leurs inconvénients , mais ils ont aussi des avantages hygiéniques appréciés depuis bien des siècles. La portion du vêtement des femmes qui a le plus occupé l'attention des médecins est le corset.
Des critiques très-multipliées sur le corset se sont succédé à toutes les époques, car il n'est pas d'invention moderne , et la plus concluante que l'on puisse faire à son égard est de rapporter ce que l'on observe dans les hôpitaux destinés aux vieillards, lorsque l'on y pratique l'autopsie des femmes. On constate souvent , en effet , que la base de la poitrine est considérablement déformée, que les organes internes ont éprouvé une compression qui a modifié leur forme et les a déviés de leur direction ; c'est ainsi que le foie porte fréquemment la trace d'un étranglement qui le divise en deux portions, que l'estomac est refoulé en bas par l'une de ses extrémités, que les poumons sont affaissés, que la matrice est abaissée, et qu'il est enfin peu d'organes appartenant aux cavités de la poitrine ou du ventre qui n'aient eu à souffrir de la présence prolongée du corset. Plusieurs des fonctions importantes de l'organisme souffrent donc de ce vêtement, surtout lorsqu'il est bardé de fer et de
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baleines; des maladies du cœur, des hémorrhagies des poumons ou autres affections de ces organes , des digestions très-laborieuses sont souvent !a conséquence du corset.
Ce n'est pas tout, il nuit encore au développement des formes extérieures, et beaucoup de femmes, surtout dans nos villes, sont privées d'allaiter leurs enfants parce que cette partie du vêtement a altéré le développement des organes destinés à la lactation.
Tous ces inconvénients doivent-ils faire bannir complètement le corset? Non, car chez les femmes trèsgrasses son soutien est souvent nécessaire, et le corset qui ne fait que maintenir la taille sans la comprimer est utile à beaucoup d'entre elles. Lorsque son rôle est d'ailleurs réduit à une espèce de ceinture, il sert de point d'appui aux autres pièces du vêtement dont il diminue quelquefois la compression, mais on doit proscrire le corset chez les jeunes filles impubères, et surtout ne pas le permettre aux femmes enceintes. Dans ce dernier cas, il nuit au développement et à l'accroissement du fœtus, contribue à préparer des accouchements laborieux et met obstacle au premier travail de la sécrétion du lait. La femme qui porte un enfant dans son sein est responsable envers lui des accidents qu'elle lui procure et dont il peut se ressentir pendant toute sa vie. Il est bien prouvé d'ailleurs que si les accouchements sont plus faciles dans les campagnes, cela tient, en grande partie, à ce que le corps des femmes grosses n'est soumis à aucune compression et particulièrement à celle du corset. Ne rejetons donc pas complètement l'usage de cette
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partie du vêtement, mais ne l'employons que dans des circonstances données et lorsque par sa forme et les matières qui le composent il est tout à fait inoffensif.
L'âge a, comme le sexe^ une certaine influence sur le vêtement. Ainsi celui du nouveau-né doit être chaud, facile à enlever et à changer, et composé surtout de hnges moelleux et n'exerçant sur l'enfant aucune espèce de compression. Tout le monde s'est élevé contre le maillot, et à ce propos on a cité mille fois J.-J. Rousseau qui s'écriait dans son livre, à propos de la souffrance occasionnée par le maillot : -dis crient du mal que vous leur faites; ainsi garrottés vous crieriez plus fort qu'eux. » xMais Rousseau n'est pas le seul qui se soit élevé contre cette torture des nouveau-nés. Avant, pendant et après lui on a flétri cet usage barbare, et cependant dans quelques pays on o'a pu encore faire abandonner le maillot. On sait que la principale pièce du maillot est une bande dont la longueur est égale à sept à huit fois celle du corps de l'enfant. A l'aide de cette bande on l'entoure en le serrant fortement depuis l'extrémité des pieds jusqu'aux épaules de manière à ce qu'ainsi ficelé il forme une sorte de paquet inflexible ; ce n'est qu'au bout de six semaines que les bras ne sont plus enfermés dans la bande, et encore pendant le jour seulement. Il serait à désirer que les maires, les curés et tous ceux qui exercent dans les campagnes une autorité quelconque dénoncent à la justice ceux auxquels leurs conseils ne peuvent faire abandonner le maillot.
A un âge plus avancé le vêtement de l'enfant est encore souvent très-mal organisé et peu en rapport avec
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sa constitution et ses habitudes. M. Ratier nous semble avoir formulé des préceptes qui résument très-bien la solution de la question. « li faut, dit ce médecin, que les habits des enfants soient suffisants pour les garantir du froid, confectionnés de manière à n'exercer aucune constriction, être assez nombreux pour pouvoir être souvent changés, et n'être jamais assez précieux pour que la crainte de les gâter empêche les enfants de se livrer aux jeux de leur âge. »
L'homme adulte peut mieux que Tenfant se familiariser avec l'intempérie des saisons, et il est important qu'il ne se vêtisse pas trop, car l'habitude de porter des vêtements trop chauds et trop nombreux prédispose à une sensibilité de la peau qui est très-préjudiciable à la santé. C'est précisément dans i'àge où la chaleur animale a le plus d'activité qu'il faut savoir la mettre à profit pour lutter contre l'inclémence du climat, et préparer la santé à venir.
Il est cependant certaines précautions qu'on ne doit jamais négliger, et de ce nombre est celle de se dépouiller des vêtements qui sont mouillés au lieu de les laisser sécher sur soi, car l'évaporation de l'eau enlève au corps une portion notable de calorique, et de là résultent souvent des rhumatismes, des fluxions de poitrine, des fièvres intermittentes, etc., eîc.
La propreté des gros vêtements est aussi une chose indispensable, nous l'avons recommandée à plusieurs reprises^ parce que généralement on ne pense qu'à la portion du vêtement qui peut être lavée facilement, sans songer que les habits de drap doivent subir aussi
COURS d'uygiène. 125 des nettoyages fréquents, être battus, brossés, exposés à l'air et purifiés par tous les moyens possibles. Cela est d'autant plus important que les vêtements de laine sont ceux qui conservent le plus longtemps et avec le plus de force les émanations du corps et les miasmes de l'atmosplière, et qu'ils retiennent et transmettent ainsi les principes des maladies contagieuses.
Les vêtements du vieillard doivent, ainsi que ceux de l'enfant, être chauds et doux, car, dans un âge avancé comme dans les premiers temps de la naissance, la production de la chaleur animale est très-peu active, et il faut employer tous les moyens possibles pour empêcher sa dispersion. Cependant le vieillard doit comme l'adulte prendre la saison et le climat en considération, car s'il s'affuble sans raison de chaudes fourrures et de vêtements ouatés, il se trouvera dépourvu au jour de la maladie, lorsqu'il sera nécessaire d'employer la chaleur comme moyen de traitement. Les vêtements nombreux sont d'ailleurs souvent très-lourds, et viennent encore opprimer parleur poids les faibles forces de la personne âgée.
Certaines professions nécessitent des modifications dans la forme du vêtement, c'est ainsi que la blouse dont nous avons vanté les avantages est nuisible dans les usines où des rouages marchant par la vapeur sont sans cesse en mouvement ; trop souvent une portion de blouse engagée dans un engrenage a entraîné celui qui la portait et causé sa mutilation. On conçoit que les professions qui laissent une portion du corps au repos, nécessitent que la partie restée immobile soit préservée contre le froid ; il en est de même dans les cas où le
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corps est exposé à riiumidité ou à d'autres causes de malaise.
Là, se borne ce que nous avions h dire des vêtements ; nous avons dû restreindre notre étude à ce qui se passe dans nos climats, car cette question comporterait, si elle n'était pas limitée, des développements presque sans fin.
QyATOBZiÈIViE LEÇOIi
Importance du régime alimentaire pour la santé. — Quantité des aliments réglée sur les besoins. — Kégimc de l'enfant.
— Pourquoi les nourrices perdent beaucoup d'enfants. — Alimentation proportionnée à l'âge. — Régime de l'homme fait, — Nombre des repas; importance de leur régularité.
— Régime du vieillard; exemple curieux de longévité. — Régime des femmes. — Influence de la constitution et du tempérament sur le régime.
Le régime alimentaire de l'homme, c'est-à-dire tout ce qui regarde la quantité et la qualité des aliments qui lui sont nécessaires, ainsi que les habitudes qui s'y rapportent, a une importance considérable pour sa santé; aussi les hommes de science ont-ils, à toutes les époques, multiplié leurs travaux et leurs expériences pour éclaircir cette intéressante partie de l'hygiène. On comprend en effet que si la quantité des aliments n'est pas suffisante pour développer nos organes et réparer leurs pertes, que si au contraire elle est trop considérable, ou que les substances alimentaires manquent des qualités qui leur sont indispensables, la santé est rapidement altérée.
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Il est très-difficile de fixer d'une manière précise la quantité de matière nutritive nécessaire à l'alimentation humaine, et malgré tous les calculs qui ont été faits pour déterminer le poids et la mesure de la ration, on est obligé de revenir à l'application de ce précepte , exprime par Ilippocrate avec autant de profondeur que de simplicité : « Il faut se faire une mesure; mais cette mesure, vous ne la trouverez ni dans un poids, ni dans un nombre où vous puissiez rapporter et vérifier vos appréciations ; elle réside miiquement dans la sensation du corps. » Il appartient effectivement à chaque individu lui-même de poser d'une manière plus ou moins rigoureuse la limite de son alimentation , car les pertes que font les organes varient selon l'âge , le sexe, la constitution du sujet, la température et une foule d'autres circonstances.
En général, le régime ne doit avoir pour guide que le sentiment du besoin, et à part certains états maladifs dans lesquels une faim trompeuse se fait fréquemment sentir, il faut toujours prendre en grande considération la sensation que l'on éprouve. « Dans l'état de santé, dit M. Londe, que nous aimons à citer, c'est l'estomac qui se charge de porter la parole pour les organes souffrants de l'absence des matériaux réparateurs, et il ne se plaint pas parce qu'il est vide, cjmme on l'a quelquefois avancé, mais il se plaint parce c^u'une admirable sympathie l'associe, si je puis le dire, aux peines d'autrui, le fait souffrir du seul besoin des autres organes. »
Sans établir de règles générales , on peut cependant
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admettre certaines indications relatives à la quantité des aliments et à la fréquence des repas. Los premières qui s'offrent tout naturellement sont celles qui regardent l'âge; ainsi, l'enfant ne doit pas être soumis au même régime que l'adulte, et celui de l'aduite doit différer de celui du vieillard.
Le régime de V enfant pendant la durée de l'allaitement naturel ou artificiel doit être dirigé de la manière suivante : toutes les deux heures environ l'enf^mt nouveauné prendra soit au sein, soit au biberon, du lait jusqu'à satiété; on n'a pas à craindre qu'il en prenne alors une trop grande quantité. Au bout de six semaines ou deux mois, on pourra éloigner ses repas et ne lui donner le sein que de trois heures en trois heures, mais il est important qu'il trouve chaque fois une ration suffisante de lait, car il a besoin d'aliments pour aider à son accroissement. Si le lait de la nourrice n'était pas assez abondant, il faudrait y suppléer par du lait pur ou coupé, et quelquefois par une décoction de gruau trèslégère et passée avec soin.
Ce n'est qu'à quatre mois au moins que l'on peut joindre au régime du jeune enfant deux ou trois petits repas formés de cinq à six cuillerées d'une bouillie claire, faite avec la fécule de pomme de terre, le tapioka, l'arow-root, la croûte de grissini pulvérisé, etc. Alors l'allaitement peut être réduit à des intervalles do cinq et six heures, surtout si la nourrice est faible ci fatiguée par le nourrisson. On ne saurait trop le répéter, c'est parce que les nourrices des campagnes donnent aux enfants qui leur sont confiés d'autres aliments
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que leur lait que ces enfants périssent dans les premières semaines qui suivent la naissance. Le tiers au moins des nouveau-nés qui sont envoyés en nourrice meurent avant d'avoir atteint deux et même un mois. Les convulsions, écrit ordinairement la nourrice aux parents, ont enlevé l'enfant au moment où l'on s'y attendait le moins. Et qu'on ne s'imagine pas qu'il s'agit toujours d'enfants faibles; bien souvent, au contraire, on a confié un enfant très-vigoureux , et ayant toutes les chances de vie, mais les bouillies , les potages ou autres aliments l'ont tué.
A partir du sixième mois, à mesure que les semaines et les mois s'écoulent, on peut, sans cesser pour cela l'allaitement, augmenter l'importance des petits repas, de sorte qu'à l'époque du sevrage, vers quinze ou dixhuit mois, l'enfant subisse la transition du nouveau régime sans en ressentir aucun effet fâcheux. C'est surtout après le sevrage qu'il faut habituer graduellement le nouveau commensal à la nourriture ordinaire du ménage, en ayant soin de lui éviter tous les aliments réputés indigestes ou qu'il ne lui serait pas possible de triturer. Les petits potages, les œufs frais, les légumes frais, le poisson, un peu de viande bien cuite, les fruits cuits, doivent généralement composer ses petits repas. Quelles que soient les habitudes de la famille, il est nécessaire que l'enfant fasse alors quatre repas par jour; deux de ces repas seront plus faibles, et les deux autres plus substantiels : les premiers seront le repas fîiit dès le matin, au lever, et celui qui précédera le diner; les deux autres seront le déjeuner et le dîner ou souper.
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L'alimentation étant ainsi réglée, l'enfant n'éprouvera jamais d'une manière impérieuse la sensation de la faim; ses repas pourront être plus légers et parfaitement en harmonie avec la faiblesse de ses organes digestifs et les nécessités de l'accroissement. Plus tard, les repas peuvent être plus forts et plus éloignés ; ainsi l'adolescent pourra se contenter de trois repas jusqu'à ce que son corps, ayant acquis tout le développement qu'il doit avoir, il se conforme aux habitudes sociales de la contrée qu'il habite.
Le régime de Vhomme fait n'est pas le même dans tous les pays ni pour tous les individus de la même localité. A Paris , par exemple, les personnes qui ne sont pas occupées à des travaux rudes ne font généralement que deux repas, tandis que les ouvriers éprouvent le besoin d'en faire trois. Dans d'autres localités, chacun fait quatre et même cinq repas chaque jour , et nous verrons plus tard, en nous occupant des conditions nécessaires pour que le repas soit bienfaisant, combien cette coutume a d'inconvénients. Enfin il est des personnes, oisives il est vrai, qui se contentent d'un seul repas dans les vingt-quatre heures, et qui n'en sont nullement incommodées; il est cependant évident qu'elles tombent dans une exagération opposée à celle des individus qui sont toujours à table.
Le nombre des repas de l'homme fait peut trè^:-bien être fixé à deux par jour pour celui qui a peu à réparer, mais les travailleurs des villes et des campagnes renouvellent mieux leurs forces en faisant trois repas. Si le premier fait trois repas par jour, il en éprouve généra-
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lemerit un certain malaise; après chaque repas surtout il devient lourd, il éprouve de l'accablement, une propension au repos et une tendance au sommeil ; son cerveau est embarrassé, son intelligence diminuée, et c'est à peine si cet élat s'est dissipé lorsque vient le moment du repas suivant , qui doit amener le même résultat.
Il est d'autant plus avantageux de ne faire que deux repas lorsque l'on dépense peu de forces, que chez certaines personnes la digestion met bien cinq heures pour s'accomplir, et qu'il vaut mieux attendre, pour donner un nouveau travail aux organes digestifs , qu'ils aient terminé celui du repas précédent. Chez le plus grand nombre des individus, la digestion est complète au bout de deux à trois heures , ce qui concorde parfaitement avec nos habitudes sociales, et nous permet de nous livrer complètement à nos occupations quotidiennes.
Les repas doivent être pris, autant que possible, à des heures régulières , atin que les intervalles qui les séparent ne soient jamais ni trop éloignés ni trop rappro • chés; six à sept heures forment un intervalle convenable. Les repas renouvelés aux mêmes heures ramènent aussi aux mêmes moments la sensation de la faim , qui se transforme en habitude , et qui facilite de cette manière la préparation du repas pour l'heure accoutumée, de sorte que l'estomac n'a pas le temps de souffrir du besoin non satisiïiit. Combien d'individus doivent à la seule irrégularité des repas des affections nerveuses de l'estomac ou d'autres maladies!
Le régime du vieillard doit avoir une certaine analogie avec celui de l'enfant. Comme ce dernier, il est porté à
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faire un certain nombre de repas par jour, à manger moins et plus souvent ; ainsi que lui , il est obligé de faire usage d'aliments faciles à triturer, d'une digestibilité non laborieuse, et de bannir de son régime tous les aliments excitants. Cependant l'affaiblissement des organes digestifs du vieillard rend parfois ses digestions lentes et pénibles; il n'a pas, comme l'enfant, le privilège de digérer rapidement, et il ne sent pas, comme lui, le besoin de réparation que ne nécessitent ni Taccroissement des organes ni l'activité du corps. C'est pour cela qu'un seul repas par jour suffit à un grand nombre de personnes âgées , qui sont encore obligées de rendre ce repas très-peu substantiel.
Il est généralement avantageux pour les vieillards de manger très-peu ; la tempérance doit être, en quelque sorte, leur principale vertu, et ceux qui l'observent trèsrigoureusement trouvent là le secret d'une longévité impossible sans elle. L'homme qui a atteint un âge avancé et qui est porté à la gourmandise, est toujours dans une situation périlleuse ; un repas un peu copieux, le plus souvent celui du soir, l'entraîne fatalement à sa perte. Nous devons citer ici comme exemple de frugalité et de longévité celui qu'il nous a été donné d'observer tout récemment. Après nous avoir raconté dans une longue lettre dont l'écriture avait une netteté et une régularité remarquables, comment il gouvernait habituellement ses indispositions, M. E. D. ajoutait : « Si je vous entretiens de choses aussi futiles, ce n'est pas pour le plaisir de parler de moi , mais parce que je suis persuadé que vous ne verrez pas sans intérêt un exemple
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de longévité. Je suis né en f/63, je file ma quatre-vingtdixième année, et j'ai conservé assez de force pour faire deux ou trois heures de cliemin , sans canne , dans les montagnes dont notre pays est accidenté, ce que je dois peut-être au régime auquel mon goût m'a porté. Dans la saison des fruits, je m en nourris exclusivement ; je n'ai jamais bu de vin , ni aucune espèce de liqueur, ni café ; et dans la campagne que j'ai toujours habitée , nos paysans ne comprennent pas que ne buvant que de Teau, j'aie pu conserver des forces qu'ils attribuent ordinairement à Tusage du vin. »
Voilà, certes, un exemple de sobriété bien récompensée, et le succès de cet usage exclusif des fruits pendant leur saison, vient prouver ce que nous disions tout à l'heure en faveur d'un régime alimentaire très -peu substantiel pour les vieillards. En traitant des boissons, nous verrons jusqu'à quel point l'usage du vin est indiqué pour les personnes âgées.
Le régime des femmes ne peut pas être le môme que celui des hommes, car sans compter les grandes époques de leur vie , la menstruation , la grossesse , la parturition, l'allaitement, l'âge de retour, qui nécessitent, selon les circonstances, un régime particulier, leur organisation, moins vigoureuse que celle des hommes, exige une alimentation moins considérable et moins substantielle. Les femmes ont en outre des habitudes sédentaires, sont généralement exemptes des travaux rudes , et sont soustraites au plus grand nombre des causes d'épuisement qui atteignent les hommes. Il n'est cependant pas nécessaire que la fenime se soumelte, comme
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l'eiifaDt, au régime des repas légers et fréquents, et l'on a souvent exagéré la similitude de l'organisation féminine avec celle du jeune âge; pour être dans le vrai, il faut tenir compte de la puissance digestive de la femme, et Ton comprendra que son régime doit tenir le milieu entre celui de l'homme et celui de l'enfant. La sobriété qui distingue généralement le sexe féminin nous dispense, au reste, de conseils détaillés à cet égard; mieux que nous, elles savent mettre un frein à leurs désirs, et mangent bien rarement au delà de la satiété.
La constitution et le tempérament de chaque individu doivent nécessairement influer sur le régime. C'est ainsi que ceux qui sont robustes et d'un tempérament sanguin doivent user de préférence du régime végétal et faire des repas peu copieux, surtout lorsqu'ils ne sont pas exposés à une grande déperdition de forces; les personnes lymphatiques , à fibre molle , se trouveront bien , au contraire , d'une nourriture qui rendra leur sang plus riche et qui augmentera la vitalité de leurs organes. Nous aurons, plus tard, à examiner cette influence des aliments sur les diverses organisations, en étudiant le choix et l'emploi des aliments et des boissons.
Quelles sont les règles hygiéniques qui doivent précéder, accompagner et suivre les repas? quelles sont les conditions qui, en rendant le repas salutaire, maintiennent la santé et prolongent l'existence? C'est ce que nous examinerons dans la prochaine leçon.