APOTRE
Sous ce titre, nous parlons l<>des apôtres fondateurs de TÉglisQ de Jésus-Christ; 2^ des lettres dimissoires en appel, auxquelles on i dpnné le nom à'^pôtre^.
S L Apôtres fondateur^ de VÈglm.
Les apôtres sont des hommes que Jésus-Christ a appelés auprès de lui pour être les témoins de ses paroles , d^ ses actes et surtout de sa résurrection; et pour les envoyer ensuite aux hommps de tou^ les pays, de toutes les langues, de toutes les nations. C'est ce d^r-
(1) Disciflt, d$ l'Église, part, ii^liv. ii, ch, I. {%) De divin, offtc., Ub. i, cap. S7.
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ni^ çi^té dd lour mission qui est plus partieuUAtommt ^riné pat la déiion^ination ^afôtrei, bien que le premier ne soit pat d-uae moindre importance. (Foyeji apostolat.)
Jésus-Christ prit d'abord les apôtres avec lui, dit le doeteur Phillips (J), les instruisit par la parole etpar Texemple , ayant de les en^ Tojer pour enseigner tous les peuples et leur rendre témoignage da dirin maître. C'est pour entrer dans ces vues que, sur les inritations de Pierre, il fut procédé au remplacement de Judas parTéleotipn d'un autre apôtre qui pût être témoin de la résurrection du Seigneur. (Aotes 1, 22.) Avant de monter au ciel, le Sauveur leur dit lui-même : ^ Vous me rendrez témoignage à Jérusalem et dans toute l^ Judée, et à Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre, h C'est pourquoi Pierre dit : *< Il nous a ordonné de prêcher, de lui rendre témoignage devant le peuple, que c'est lui qui a été établi juge des vivants et des morts. *» Et encore : » Nous sommes les témoins prédestinés de Dieu avant tous les temps, nous qui avons mangé et bu avec lui depuis qu'il est ressuscité d'entre les morts. » {Aetet X, 41 et 42). Et V apôtre saint Jean ajoute: «« Nous vous prêchons ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu, afin que vous entriez en société avec qous. «* (I Saint Jean , I, 1,2.)
Or, c'est à ces témoins que Dieu a remis son pouvoir sur tout le
fenre humain, afin de l'amener à l'unité et dans la communion de Église. Il les envoya comme le Père l'avait envoyé lui-même ; il leur donna le pouvoir de lier et de délier, et leur dit : •• Allez et enseignez tous les peuples, et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. ^ A partir de ce moment, les témoins devien- -nentap^/re#, en attendant qu'ils couronnent tous leur carrière en devenant martyrs .
Les apôtres , après l'effusion du Saint-Esprit, commencent leur mission. Parlant à tous les peuples, dans toutes les langues, ils portent l'heureuse nouvelle de la rédemption du genre humain, de la réconciliation avec Dieu, et delà fusion de tous les peuples divisés entre eux dans un seul et grand royaume, le royaume de Dieu sur la terre. La fondation et la propagation de l'Église devaient ainsi être comme la contre-partie de la construction de la tom* de Babel et de la dispersion des peuples. [Gènes. XI, 1 et seq] La réunion de tous les idiomes dans la bouche des apôtres forme un parfait contraste avec l'im tique confusion des langues. De même que, de Babylone, les peuples qui ne s'entendent plus sont dispm^sés dans toutes les parties delà terre, les apôtres, intelligibles à tous, vont i leur tour dB Jérusalem se répandre dans le monde entier pour la ri^uiiiqn de tous les peuples. Ceux-là, en témoignage de leur désur nion et afin de se glorifier eux-mêmes, allaient b&tir et élever una tour dont le sommet devait toucher le ciel; ceux-ci, sur le fondement de l'unité et à la gloire du Très-Haut , travaillent à ériger l'édifice
(i) Du 4roit ecdésiastiqw, Uv, i, ch. I, § iS.
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diTin de FÉ^ise, la cité divine qui, réellement, s* élève jusqu'au ciel. Les uns dressent le périssable monument humain de la dispersion , les autres élèvent Tindestructible monument divin de l'unité.
Avant de se rendre chez les peuples éloignés, les apôtres fixèrent leur principale sollicitude sur TÉglise de Jérusalem , de même que dans les débuts de leur mission, sans exclure les païens, ils s'étaient occupés plus spécialement des enfants d'Israël. (Actes'Kf 45.) Ce ne fut que lorsqu'une partie de ces derniers se fut montrée rebelle à l'Évangile , que les apôtres se tournèrent du côté des gentils. {Actes XIII, 11 etseq.) Il n'est pas possible de préciser d'une manière rigoureuse le temps qu'ils consacrèrent à la conversion des Juifs ; toutefois on peut fixer approximativement leur départ de cette ville vers l'an 40. Selon une vieille tradition appuyée sur le témoignage d'Apollonius, et conservée par Eusèbe (Èist. IV, c. 18), mais qui est rejetée par un grand nombre d'historiens, les apôtres seraient restés encore douze ans à Jérusalem après la mort du Sauveur. Sans être parfaitement authentique, cette tradition n'est pas cependant dénuée de tout fondement (1).
Afin de prévenir les démêlés qui s'étaient élevés entre les Hébreux et les Grecs au sujet des veuves de ces derniers , et de pouvoir se vouer plus exclusivement à la publication de l'Évangile, ils convoquèrent l'assemblée des fidèles à l'effet d'élire sept macres à qui ils imposèrent les mains, et qu'ils chargèrent du soin des pauvres {Voyez DIACRE.) Ils ordonnèrent, en outre, pour la direction du troupeau et l'administration des choses saintes, des anciens ou prêtres (voyez prêtre), et, après avoir ainsi constitué cette Église naissante, Us s'éloignèrent, en laissant à sa tête l'un d'entre eux , Jacques-le-Mineur, pour la gouverner en quahté d'évêque dans le sens propre du mot. (Voyez évêque.)
EIn commençant la grande œuvre de la conversion des peuples , on conçoit aisément que les ouvriers apostoliques ne se répandirent pas daus le monde sans avoir un plan arrêté. Pour le mode à suivre, relativement à la promulgation de l'Évangile, ils étaient fixés d'avance; les instructions immédiates du Sauveur y avaient pourvu; il n'en était pas ainsi de la sphère où chacun devait être appelé à déployer son action apostolique. Il était indispensable qu'ils s'entendissent et se concertassent sur ce point, qui allait, en quelque sorte, soumettre le globe à une délimitation nouvelle et devenir la base de la topographie future de l'Église. Pour assurer à diacun la part de la terre qui devait lui échoir, les apôtres s'en remirent-ils, comme pour le complément du collège apostolique, à la voix du sort! Nous l'ignorons, et c'est chose indifférente: Ce qui est certain, c'estque, dans une chose de cette importance, il ne se fit rien sans l'assistance du Saint-Esprit et sans la participation particulière de Pierre, en sa qualité de prinpe des apôtres.
(i) Àcta sanclorum, mens.jul,, tom, tv, 15; De divlsione apostolorum, p. It.
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Arec une rapidité d'action incroyable, les opdlm eurent, entrés peu de temps, formé une multitude prodigieuse d'Églises (1) qu'ils organisèrent sur le modèle de celle de Jérusalem , choisissant de préférence les grandes cités pour en faire autant de centres de raycmnement pour la propagation ultérieure du christianisme (2). Il est vraisemblable que Pierre avait déjà, plusieurs années auparavant, fondé rÉglise d'Antioche , que Ton voit déjà apparaître dans les actes des apôtres et dont les membres sont, les premiers , désirés sous le nom de chrétiens (act. XI, 26), ce qui a fait donner à Pierre le titre de premier évéque d'Antioche (3).
Quoi qu'il en soit, au moment de la dispersion des apôtres Pierre se rendit à Rome , choisissant ainsi la capitale des capitales pour placer au sein de la reine du monde le siège épiscopal de sa souveraineté universelle, et fonda, par le ministre de son disciple Marc l'évanfféliste, l'évéché d'Alexandrie, qui, par cette raison, est aussi considéré , dans l'antiquité chrétienne , comme ckaire de saint Pierre (4), dénomination qui n'appartient en propre qu'à l'Église de Rome, d'où sont sorties, comme de leur centre, toutes les Eglises d'Occident (5).
Cependùit les autres apôtres^ poursuivaient et organisaient , à l'exemple de Pierre, l'œuvre de l'Évanple. Us instituaient des évéques àqui ils assignaient telle partie déterminée dans la nouvelle conquête, en les chargeant du soin d'aviser aux moyens propres à étendre plus loin le domame de l'Église. C'est ainsi que Paul institue Tite évéque de Crète et donne à Timothée le siège d'Éphèse (6). A chaque siège était affecté un certain cercle de juridiction , délimité avec plus ou moins de précision selon les circonstances. Les nouvelles églises ainsi réglées, les apôtres portaient leurs pas plus loin pour annoncera d'autres la bonne nouvelle du salut. Investis d'une mission qui ne se renfermait point, comme celle des évéques, dans les limites d'une circonscription rigoureuse (t?oyej8 circonscription), mais qui embrassait de vastes contrées tout entières , ils formaient en outre , au-dessus de toutes ces nouvelles fondations , une sorte de collège souverain , qui , réuni sous son chef , les conduisait et les gouvernait toutes, non seulement par do douces exhortations, mais encore lorsque cela devenait nécessaire , avec sévérité et par coaction. {Saint Paul, I Corinth,, c. IV, v. 21.)
Tous les opd/rM, subordonnés à Pierre, étaient néanmoins égaux entre eux daiis Texercice de cette autorité; chacun était indépendant de l'autre , et Pierre lui-même n'aurait pas pu êter à un apôtre le moindre des pouvoirs que Dieu avait également donnés à tous; de
(i) Noël Alexandre, Hist. ecdes,^ tom, vr^fag. 57. (î) Tertullien, de Prœscript., c. 86.
(9) Eusèbe, Uist. eed,. liv. m» ch. 86.
(4) Idem, INd, liv. ii, i6.
(5) Innocent I. Epist, 25, ad Décent, y c. 2.
(6) Ensèbe, f/fsf. eccles., lib. ni, rh. k.
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Hïâmd qud, di^loiur eàié, les autres apôtres ne pouvaient en oaonne jawiière, en vertu de ces pouvpirs, diminuer la primauté de Pierre. (Devoti, p. 51.) Car le Christ n'apas établi Tordre dans son Église , de telle sorte, ou que Pierre f(!ltle seul pasteur instituant les autres ^(J^rw dans leui»s droits respectifs , ou que le choix de Pierre, e^ qualité de leur chef, ait été laissé à la libre élection des apôtres ; Pierre et les apôtres , le dief et les plus nobles membres, ont été également institués par Jésus-Christ.
Les apôtres avaient donc une puissance égale à celle de saint Pierre, et ils avaient reçu comme lui de Jésus-Christ le privilège d*âtre infaillibles dans leur enseignement, mais ils n*ont pas transmis cette puissance aux évoques, leurs successeurs, comme Pierre , le chef des apôtres j a transmis la sienne aux Souverains Pontifes , piu*ce que, comme saint Léon l'écrivait, aux évoques de Vienne, dans $a 87* lettr^, Pierre devait être la base du temple éternel , et que par un don admirable de la grâce de Dieu, c'était en Inique devait i^onsister la solidité qui affermira son Église, ^n qu'aucune tentative téméraire de Thomme ne puisse l'assaillir, et que les portes de l'enfer ne prévalent jamais contre elle. Ut œterni œdificatio templi fi^irabilimumregratUf Dei in Pétri sqliditfite consisteret, hâcEclesiam suam firmitate corroborans , ut illam nec htmuma temeritas posset appstere, née porta inferi cot^trà illam prcevalerent, [Can. Ita dominus, dist. 19, cap, 7.)
Les papes, dit Covarruvias (1), tiennent leur primauté immédiatement de Dieu, et quoique les apôtres aient reçu leur puissance du même principe, eodem redemptore, eamdem potestatem, ce n'est que par subordination; de telle sorte que la juridiction n'a passé aux évéques leurs successeurs que comme ui^e émanation du Saint-Siége, auquel ils sont soumis. Saint Thomas enseigne la même doctrine. (2, 2, quœst. 39, art. 3.)
« Cette opinion des ultramontains, dit à cet égard un canoniste parlementaire (2), a été condamnée en France ; mais elle ne doit paa être considérée comme hérétique, ainsi que quelques-uns ont voulu dire, elle n'est que cérébrine. » Nous savons gré à notre célèbre avocat au parlement de sa générosité et de sa modération ; nous serons aussi généreux et aussi modéré que lui en ne taxant pas d'hérétique sa doctrine et celle de tous les gallicans parlementaires sur cette question, nous nous contenterons de dire qu'elle est singulièrement cérébrine, (Voyez ci-dessus apostolat.)
En résumé , les apôtres avaient une puissance égale à celle de Pierre, mais ce n'était que par un privilège spécial et personnel , auquel les évoques n'ont pas succédé, tandis que cette puissance étant ordinaire en la personne de Pierre , il Ta transmise à ses successeurs.
(1) De potêstatê spirit. et temp, n. 8.
(f ) Dubois , Maœimes du droit canonique de France^ iom, i, pag, 15.
APPARITBDa, APPKÎ- , APPELLATION. 174
§11. Cernons iê$ apôtvs.
{Voyez DROIT canon.)
§ III. Apôtres en matière d'appel.
On appelle apôtres, en matière d'Opel, l^s lettre^ dUnissoires ^j^ djçmanoe rappelant au juge à quo, pour certifier le juge ad quem de rappel interjeté et lui en laisser la connaiQ^ancQ.
Il est parlé de ces lettres dans le canon Po$t appellationem 2, 9. 6 , et c'est de là, sans doute, dit Durand de Maillane, que leur vient le nom à! apôtres : appellare poêt, post appellationem. Bouche^ d'ArgiSj au contraire, pense que pe nom yient du n^ot latin apostqlm, qui signifie un envoyé, le^ lettres diffîssoires étant faites pour être ^Ur yoyées au jugp d appel (1).
II fallait; pquérir ces lettres dans trente jours, et on en distin-r
rait de trois sortes, savoir : apôtres révérentiaux, appelés tels quan4 ^ juge déplwrait que, par respect pour son supérieur, il déférait 4 l'appel.
Apôtres ré futatoires, lorsqu'il disait que, nonobstant Tappel, il passerait outrp.
Apôtres répositoires, quand le juçe à q^o réparait le grief de l'ap? Pfilant, et le reme);tait en Tétat qu'U était avant le jugement.
On en ajoute encore dp deux sortes, les apôtres testimoniaux et eonventionnaux : les premiers sont ainsi appelés quand une personiie publique les donne en Tabsence du juge, et les autres lorsque, du consentement des parties, la cause est dévolue par appel au supérieur.
En France, l'usage d'obtenir des apôtres après l'appel a été si^ivi dans le pays de droit écrit, jusqu'au temps de l'ordonnance de 1539, qui l'abrogea.