‹ Cours alphabétique et méthodique de droit canon dans ses rapports avec le droit civil ecclésiastique (volume 2)Chapitre 192 sur 282 · BÉGUINES · texte numérisé non relu

BÉGUINES

On donne le nom de béguines à des filles ou veuves qui, sans faire des vœux formels , se rassemblent pour mener une vie dévote et réglée. Le lieu où elles vivent ainsi récluses s'appelle béguinage. On voit encore, dit M. CoUin de Plancy (1), dans plusieurs villes de la Belgique et de la Hollande, des béguinages si grands, qu'on les prendrait pour de petites cités. A Gand, le grand béguinage -peut contenir huit cents béguines; il renferme encore de nos jours cinq à six cents femmes. On a détruit sous le roi Guillaume, le béguinage de Bruxelles, qui n'était pas moins étendu; mais Malines, Anvers et beaucoup d'autres villes importantes ont conservé ces établissements. Les béguines s'engagent devant le curé de la paroisse à vivre sous l'obéissance et à garder la chasteté tant qu'elles restent dans le béguinage. Chaque maison a sa maîtresse.

L'origine des béguines , selon Durand de Maillane, ou du moins la première époque de leur établissement, n'est pas bien assurée; il j a des auteurs, dit- il, qui ont voulu l'attribuer à sainte Bègue et à sainte Gertrude, fille de Pépin, duc de Brabant, ou à sainte Vaïtrude. Campré prétend que les béguines ont commencé à Nivelle^ en Flandre, en 1226. Mais M Collin de Plancy assure que le véritable fondateur des béguinages est un pieux ecclésiastique liégeois, nommé Lambert Beygh, Lambertus Begus, qui bâtit en 1180, autour de la petite ville de Saint-Christophe, à Liège, un assemblage de maisonnettes contigues pour servir de retraite à quelques filles dévotes. Celles qui embrassèrent son institut s'appelèrent aussitôt béguines, de son nom^e^u^. C'est aussi le sentiment de Gk)descard (2). Il prétend que leur première communauté fut fondée à Liège en 1173, et transférée à Nivelle en 1217.

Il se forma en Allemagne, cent ans après, sous le nom de bef^

(1) Journal rrntMTf, no(Hi2i août 1843.

(2) Vies des saints, tom. XII, il décembre, édit. àê Gauthier frères.

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gardé, une espèce d'ordre qui, se rattacbant d*abord à la règle de saint François, s'en détacha assez vite, sous prétexte d'une plus haute perfection. Dans les Pays-Bas et en France, on les noinma béguins, ce qui a produit une confusion chez nos historiens, qui ont appliqué injustement aux pieuses filles des béguinages les reproches mérités par les femmes du parti des beggards. Au concile de Vienne, en 1311, le pape Clément V condamna les désordres de ces hérétiques. Comme donc le nom des honnêtes béguines souffrit alors, à cause de sa ressemblance avec celui des hérétiques réprouvés par Clément V, le Souverain Pontife Jean XXII déclara, par une décrétale, que cette censure ne regardait aucunement les béguines des Pays-Bas, qui étaient restées pures d'en*eurs et ne tiraient pas leur origine des beggards dissolus, mais du vénérable Lambert Beygh. Cette décrétale, insérée dans le corps du Droit, porte : Liceibeguinarum status sit propter multas rationes , per ClementemY reprobatus, permittitur tamen mulieribvs fide dignis, quœ nec sunt culpabiles, née suspeetœ, sub habitu beguinarum vivere, nec sunt taies per ordinarios molestandœ. (Extrav. Ratio recta, de Religiosis domibus, cl; eod, tit. cap, 1, inClem,)

Saint Louis fit bâtir une maison à Paris , où il fonda des places pour un grand nombre de béguines; Philippe III, par son testament, leur fit des legs considérables. Mais il parait que ce fut Philippe le Bel qui, pour faire exécuter le concile de Vienne, abolit toutes les congrégations de béguines de France.

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