‹ Cours alphabétique et méthodique de droit canon dans ses rapports avec le droit civil ecclésiastique (volume 2)Chapitre 243 sur 282 · CARMES, CARMÉLITES · texte numérisé non relu

CARMES, CARMÉLITES

(Voyez ordres reugieux.)

Car ta vulgà dicta charitatis. On appelle ainsi le statut primordial de Tordre de Cîteaux, confirmé par la bulle du pape Calixte II, du 23 décembre 1119, portant confirmation des règlements dudit ordre. [Voyez MOINE.) Comme ce monument a toujours servi de base au gouvernement de Tordre de Cîteaux, et même de modèle dans la suite & plusieurs, il ne sera pas hors de propos d'en rappeler ici les principales dispositions. Cette constitution de Tordre de Cîteaux fut ainsi appelée, parce que ses décrets ne respirent partout que la charité, comme dit Clément IV; ou bien, selon Calixte II, parce qu'elle fut établie du consentement et par la charité mutuelle, tant des abbés et des moines de tout Tordre, que des éyêques dans les diocèses desquels leurs premiers monastères avaient été fondés.

L'ordre et Tabbaye de Cîteaux ont été fondés par des religieux de Tabbaye de Molesme qui, ayant formé le dessein de pratiquer la règle de saint Benoît dans toute son austérité, se retirèrent dans le désert de Cîteaux, après en avoir obtenu la permission du Souverain Pontife.

On peut fixer TépoquB de cet établissement au 2 mars 1098.

La lerveur de ces religieux leur attira des bienfaits. Le nouveau monastère (c'est ainsi qu on Tappela bien longtemps), fut érigé en abbaye.

Saint Robert en fut le premier abbé. L'évéque de Châlons, dans le diocèse duquel était située Tabbaye de Cîteaux, demanda lui-même au pape de Texempter à perpétuité de la juridiction épiscopale.

A saint Robert succéda saint Albéric ; jusque-là Cîteaux ne comprenait qu'une seule maison ; ce fut sous saint Etienne, troisième abbé; que le nombre des religieux s' étant accru au point que la maison de Cîteaux ne pouvait les contenir tous, il fut obligé de les envoyer former de nouveaux monastères. C'est de cette manière que Tabbaye de la Ferté, diocèse de ChAlonB-sar-6a6ne, et celle de Pon-

tigny, diocèse d'Auxerre, furent fondées en 1114; et celle de Clairvaux, et de Morimond en 1115. Les monastères qui araient embrassé la réforme de Cîteaux se réunirent en corps d'ordre, et il fut formé un statut primordial, Tan 1119, qui fut appelé la Carte de charité. C'est dans cette loi que Ton trouve les règles du gouvernement de cet ordre.

Elle établit deux sortes de juridictions, une particulière et une générale. La juridiction particulière dérive de la fondation : Tabbé qui n*a point fondé de maison n*a de juridiction que dans son propre monastère, qu'il gouverne tant au spirituel qu'au temporel; celui au contraire qui a fondé d* autres maisons exerce sur elles une juridiction particulière. Il doit les visiter au moins une fois par an, soit par lui-môme, soit par ses commissaires. Pendant sa visite, il a le pouvoir de faire les règlements qu'il juge les plus convenables.

Le régime de Tordre de Cîteaux a envisagé la fondation comme une génération spirituelle qui donne à Tabbé fondateur des droits

Fresque égaux à ceux que la nature donne à un père sur ses enfants; abbé fondateur devient le père des monastères qu'il a établis ; cependant sa juridiction ne s'étend pas sur les arrière-filles.

L'abbaye de Cîteaux étant la mère de tout l'ordre, n'avait point d'abbé qui pût la visiter, parce que la paternité semblait manquer à son éffard ; mais la Carte de charité transfère aux quatre premières filles de cette abbaye le droit représentatif de paternité sur ce premier monastère, et les charge de l'exercer en commun et au nom de tous les abbés, à la vérité avec les égards et le respect dus à un père commun; mais avec un pouvoir presque équivalent à celui dont jouissent les pères immédiats sur les maisons de leur filiation.

Domum autem cisterciensem semel per seipsos visitent quatuor primi abbates de Firmitate, de Pontigniaco, de Claravalle, et de Moribundo, die quâ inter se constituerunt . (Carte de Charité, ch, 2.) Voilà ce qui concerne la juridiction particulière.

La juridiction générale est celle qui renferme le pouvoir suprême: la Carte de charité ne confie cette pleine autorité à aucun supérieur particulier; c'est à l'universalité des abbés qu'elle appartient, c'est dans leur assemblée commune qu'elle réside.

Tous les abbés étaient obligés de se rendre annuellement à Cîteaux pour former cette assemblée universelle ou chapitre général. C'est à ce tribunal que ressortissaient toutes les juridictions particulières ; on y prononçait souverainement sur l'exactitude et la justice avec laquelle elles avaient été exercées ; on y examinait la conduite des abbés ; on y corrigeait les fautes qu'ils pouvaient avoir commises ; on y traitait de tout ce qui concernait le bien et la police de l'ordre. Telles sont les règles essentielles du gouvernement de l'ordre de Cîteaux, littéralement écrites dans la Carte de charité.

Inutile d'ajouter c}ue l'abbaye de Cîteaux, qui a brillé pendant tant de siècles d'un si vif éclat, a disparu avec ses quatre filles dans la terrible tempête révolutionnaire de 1790. On sait que le décfet du

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2 février de cette année supprima tous les vœux monastiques, et qu'en vertu d'autres décrets la nation s'empara de toutes les aLbayes. (Voyez BIENS d*église.)

CARTOPHILAX.

Cartophilax était une dignité des plus éclatantes de l'Eglise de Constantinople. Anastase le Bibliotiiécaire assure, comme témoin oculaire, dans une <Je ses observations sur le huitième concile général, que le cartophilax avait le même office dans l'Eglise de Constantinople que le bibliothécaire dans l'Église de Rome, et qu'il était de plus favorisé des plus belles prérogatives. Le cartophilax ne permettait point aux prêtres étrangers de célébrer les divins mystères s'ils n'avaient des lettres de l'évêque qui les avait ordonnés. Mais ce qu'il y avait de plus singulier et de plus surprenant dans la dignité des cartophilax était la préséance qu'ils avaient au-dessus des prêtres, quoiqu'ils ne fussent que diacres, et même au-dessus des évêques dans toutes les assemblées qui se tenaient hors du sanctuaire et hors du concile. Balsamon, qui avait été lui-môme cartophilax, a eu quelquefois de la peine à approuver cet usage, qui blesse si fort les canons (1).

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