CASUEL
Vaineçieiit, pour les avilir, Ton affecte de se servir d'expressions indécentes ; l'on dit qu*un ecclésiastique vend les choses saintes ; mais un ecclésiastique ne vend pas plus les choses saintes, qu'on militaire ne vend sa vie, un médecin la santé, un professeur les sciences, etc. La malignité des censeurs n a pas le pouvoir de rendre injuste et méprisable ce qui est conforme, dans le fond, à l'équité naturelle et à la raison.
Lorsque Jésus-Christ a ordonné à ses disciples de donner gratuitement ce qu'ils avaient reçu par pure grâce, il a eu soin d'ajouter que tout ouvrier est digne de sa nourriture. (Matih,, X, 8 et 10.)
En 1757, il a paru une dissertation sur Fhonoraire des messes, dans laquelle l'auteur condamne toute rétribution manuelle donnée à un prêtre pour remplir une fonction sainte, les droits curiaux et easueîs, les fondations pour des messes ou pour d'autres prières à perpétuité, etc. Il regarde tout cela conune une espèce de simonie et comme une profanation.
Cette doctrine est certainement fausse. On ne peut pas nier qu*il ne se soit glissé souvent des abus et des indécences dans cet usage; l'auteur de la dissertation les fait très bien sentir, il les déplore et les réprouve avec raison ; mais il fallait imiter la sagesse jdes conciles, des Souverains Pontifes et des évéques, qui, en condamnant les abus et en les proscrivant, ont laissé subsister un usage légitime en lui-même. (Voyez messe, § V.)
Encore une fois, il faut distinguer entre un payement, un honoraire et une aumône, he payement ou le prix d'une chose est censé être la compensation de sa vtdeur ; ainsi l'on achète une denrée, une marchandise, un service mercenaire, et l'on en paye le prix à proportion de sa valeur. U honoraire est une espèce de solde ou de subsistance accordée à une personne qui est occupée pour le public ou pour nous en particulier, quelle que soit d'ailleurs la valeur de son occupation. On donne la solde ou l'honoraire à un militaire, à un magistrat, i un jurisconsulte, à un médecin, à un professeur de sciences, à un homme en charge quelconque, sans prétendre payer ou compenser la valeur de leurs services ou de leurs talents, ni mettre une proportion entre l'un et l'autre. Qu'ils soient plus ou moins habiles, plus ou moins zélés ou appliqués, l'honoraire est le même. L'aumône est due à un pauvre par charité, l'honoraire est dû à titre de justice. Celui qui refuse l'aumône à un pauvre, pèche sans doute ; mais il n'est pas tenu à restitution : celui qui refuserait Thouoraire i un homme qui a rempli pour lui ses fonctions, serait condamné à le lui restituer.
Que l'honoraire soit fixe ou accidentel, payé par le public ou par les particuliers, accordé à titre de gage annuel ou de pension, qu'il soit casuel, attaché à chaque fonction que l'on remplit ou à chaque service que l'on rend, cela est égal ; il ne change pas de nature ; le titre de justice est toujours le même.
Il n'est donc pas vrai qu'un prêtre ou un clerc ne puisse rien re-
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cevoir légitimement des fidèles, si ce n'est à titre d*aumdne. Dès qu'il prie, qu*il célèbre, qu'il remplit une fonction sainte pour une personne ou pour plusieurs, et qu'il est occupé pour elles, il a droit à une subsistance, à une solde, à un honoraire. Jésus-Christ Ta amsi décidé en parlant de ses apôtres : L'ouvrier est digne de sa nourriture, (S. Matth., X, V. 10.) Saint Paul a parlé de même : (I Cor , IX, c. 7. etc.) " Qui porte les armes à ses dépens?... Si nous vous «< distribuons les choses spirituelles, est-ce une grande récompense " de recevoir de vous quelque rétribution temporelle? Ceux qui « servent à Tautel ont leur jart de Tau tel ; ainsi le Seigneur a réglé «4 que ceux qui annoncent l'Évangile vivent de TÉvangile. » .
Que ces choses spirituelles soient des instructions, des sacrifices, des sacrements, des prières, l'assistance des malades, etc., le titre à un honoraire est le même.
On sait que dans l'origine, les ministres des autels reçurent des offrandes en denrées ou en argent ; dans la suite, pour rendre leur subsistance plus assurée et moins précaire, on institua pour eux des bénéfices ecclésiastiques, semblables aux bénéfices militaires. Ceux d'entre les jurisconsultes qui ont soutenu que les revenus des bénéfices sont une pure aumône, auraient dû le décider de même à l'égard des anciens militaires. Lorsque le clergé a été ruiné dans des temps d'anarchie et de révolution, il a fallu en revenir aux rétributions manuelles. C'a été un malheur, sans doute ; mais il ne faut l'attribuer ni & l'Église ni à ses ministres, qui en ont été les premières victimes. (Voyez bénéfices.)
Voyez ce que nous disons sur cette question dans les tomes I et III de notre Cours de législation civile ecclésiastique.