‹ Cours alphabétique et méthodique de droit canon dans ses rapports avec le droit civil ecclésiastiqueChapitre 128 sur 408 · TRADITION · texte numérisé non relu

TRADITION

On entend par fraditùm la parole de Dieu émanée <m de te bouche de Jésus-Christ même, ou recueillie par les apôtres inspirés du Saint-Esprit, ou transmise de vive voix par les premiers fidèles à leurs successeurs ; elle est comme consignée dans les conciles , dans les écrits des Pères , et dans l'uniformité de croyance de toutes les Églises.

La traditiim divine est ce que Dieu nous a révélé, ou par Jésus- Christ V ou par ses apétres inspirés du Saint-Esprit. On ne met an nombre des trwditùmê apostoliques , emivmt la règle de eunt Au-

Rstin (1) que ce qui est généralement enseigné et pratiqué par tonte Iglise, sans qu'on en sache le commencement. (C Ecellesia$titafinn^ t;an. 7, 8 et 9, dUt, 11.)

Le concile de Trente , session IV, dit toucKant les tradiHons de l'Église : " Le saint concile , suivant l'exemple des Pères orthodoxes , reçoit tous les livres , tant de l'Ancien que du Nouveau Testament , puisque le même Dieu est auteur de l'unet de Vautre, aussi bien que les tradition$ > soit qu'elles regardent la foi ou les nraeurs , comme dictées de la bouche même de Jésus-Christ, ou par le Saint- Esprit , et conservées dans VÉglise catholique par une succession continue , et les embrasse avec un pareil respect et une égale piété. »

La tradition a pour objet les dogmes de foi et les règles des mœurs . Car les règles des mœurs font partie de la foi , aussi bien que les do^es : ainsi c'est un article de foi que les fornicateurs, les impudiques, les avares, les parjures , etc., n'auront point de part dans le royaume de Dieu, et ainsi des autres vérités^ de l'Évangile. La tradition humaine tire sa force de l'autorité de l'Église : elle r^arde la discipline , te culte extérieur ou les pratiques de religion»

Il y a des règles pour discerner la tradition divine de la traâitien humaine : 1* la tradition n'est pas divine, lorsqu'on trouve son oomtoencementdans les conciles , ou dans quelques règlements humains, ou bien lorsque c'est une croyance particulière à une Église ; cette tradition s'appelle^ aussi ecclésiastique ; au lieu qu'un dogme embrassé par toute l'Église , doit être regardé comme étant de tradition divine. Ainsi le consentement unanime des Pères sur un dogme est un témoignage sûr que le dogme est de tradition dinae. Le c^meile

(1) ïkBapti^m. con^r. IhncA., ?t5. v, c. 28.

TftÀDITION. «^

de Tra&té déSenûÂ même qtlW donne à l'Éicriture tn» »it«t*prétati<)n contraire a.n sentiment ûnMâws dès Pères.

On ne met an nombre des tf'àdUhns apostoliqnes que ce qui eist généralement enseigné et pratiqué par txmte l'Église , sans qu'on en sache le commeneement. C'est la règle quiB donne saint Augustin (1) et Vincent de Lérins (2).

n y a line grande diffét^noe , sans doute , entité la tmditon divine et la fraêiiian apostolique , puisque cielle^ tire %on origine immédiate dès hommes ; mais cette origine n'tsst h«lnaine qu'en ee que le canal a été creusé demain d'homme ; quant à Teau qu'elle is^ansmet, elle jftillif de la source divine. Bn effet , « lei apôtres , dit Terfu- • lien (9) , nous sont garants que , dans les institutions qu'ils ont '•^ créées, ils n'ont point puisé dans leurpfoprevolonté, mais transmis « fidèlement aux peuples l'économie établie par Jésus-Christ. »

Cette différence ne pouvait échapper aux Pères de l'Église , remarque le docteur Phillips (4) ; t^epmdant ils pi^sentent quelquefois la traditkm apostolique comme divine , et la tr^gêiHon divine comme iq>ost6lique. Le pape saint Léon I^^ s'exprime dans ce sens sur le jetoe du carême , et saint Augustin fait dériver la validité du baptême des hérétiques de la ttruiiHon apostolique. Et son opinion est fondée ; car les deux tr^diii&ns se sont intimement mêlées l'une à l'antre ; transmise par l'organe des apôtresj, la tradîHwi divine [est devenue apostolique , et là tradition apostolique a pris un caractère divin , à raison et de la source on. elle fut puisée et de l'inspiration d«i Saint-Esprit qui dirigea les apôtres dans toutes leurs institutions; tel est le nœud au moyen duquel ceux-ci relièrent le droit divin au droit humain , le dogme à la discipline.

C'est dans cette relation intime des traditions apostoliques avec \h rév^élation divine qu'il &ut (Percher la raison de la vénération spéciale de rÉglise pour tout ce qui remonte aux temps primitifs. Ces trétêitions sur lesquelles reposent , outre le jetne du carême , une fonle d'autres institutions et usages ecclésiastiques , telles que la célébration du dimanche » la fixation de la fête de Pâques , l'usage de s'abstenir de la célébration des saints mystères les deux derniers jours de la semaine sainte ( ean, Sahbato , 13 , dist, 3, de Consecr,i ) , l'Église les a toujours observées avec le plus grand respect, et s'est constamment montrée peu disposée à y introduire des changements. (Can. Hoev€$tr€B, 10, diit. 11.) Voilà pourquoi, dès les premiers âges du duristianisme , on reconnaissait fa fra<^lîoa apostolique à son universelle diffusion sur toutfe la terre , et l'on peut admettre avec saint Augustin , comme une règle certaine , que toute institution généralement en vigueur à cette époque , dont l'histoire ne montre

(1) De Baptitm, contr, Donar., lib. v, c. S.

(2) Commonitorium, c. 3.

(3) De Prœtcript.j c. tf.

(i) Du droit eccU9ia$Uque, (om. m, f)a0. 339.

«M TBADmON.

pasroriginedanskcréationd'imcoiicile^tirenéoessairementflaBOQn^ d'une Ira^f^ton apostolique. (Can. CathoUea, 8, dUt. 11; Can.lUa, 11, di$t,12.) « Vous demandez, ditsaintJéF6me(l), où cela estécritt Dans Iesact68desapôtre8;mais, alorsmôme que l'on n'auraitpoint îcirautorité d'un document écrit, Faccord unanime de toute la terre tiendrait lieu de prescription. » Tradition apostolique et diffusion universelle : ces deux faits marchent toujours Tun & côté de Tautre et impriment à une prescription le sceau de Timmutabilité. La truuLitiom apostolique donne à tout ce qui émane d'elle un caractère auguste qui commande le respe<;t et repousse toute pensée modificatrice, et l'accord unanime de l'Église exclut toute raison de rien changer à ce qui en est l'objet, bien que la chose en elle-même soit muable de sa nature. Au contraire, les divers usages des églises particulières sont facilement susceptibles de modifications. {Can. Ilùi, eii. ^ÂUa verà 1; ean.Omnia 12, diêt. 12.)

Aussi l'Église a-t-elle conservé jusqu'à ce jour le dépôt inaltéré des traditions apostoliques. Ce que nos pères avaient trouvé dans l'Église, ils nous l'ont conservé ; ce qu'ils avaient appris , ils nous l'ont enseigné; ce qu'ils avaient reçu de leurs pères, ils l'ont transmis à leurs enfants. {Can. Quorum, 6, dist. 68.) A l'imitation de saint Paul, qui crut devoir se concerter avec ses collègues dans l'apostolat {Galat, II, 2), quoiqu*il fut, ainsi qu'eux, inspiré du Saint- Esprit, rÉglise a constamment consulté l'enseignement et les institutions du passé donnant ainsi à tous un grand exemple.

C'est ainsi que les successeiurs des apôtres ont transmis à leur tour aux générations postérieures les préceptes qu'ils avaient recueillis de la bouche ou dans les écrits des disciples de Jésus-Christ, mais tout en établissant, selon le besoin, sur la base des traditions apostoliques, de nouvelles règles et de nouvelles institutions. Par là se sont formées les traditions ecclésiastiques (eau. lllud, dist. 12), les traditions des pères > les règles des anciens, traditiones patemœ, traditiones patrumj veterum regulœ {can. Quia, 6, dist. 44), qui ne sont que la suite et le développement des traditions apostoliques, et auxquelles on a donné ces noms pour les distinguer de celles-ci (2). Ce que nous avons dit des unes, peut également sans doute se dire des autres : création humaine , elles sont sujettes à changement comme tout ce qui émane de l'homme; mais elles ont été puisées, elles aussi, à la même source divine, et grand nombre d'elles se sont pareillement répandues dans toute l'Eglise; car la même foi, transmise par la même tradition, devait naturellement engendrer l'uniformité de discipline. Aussi l'Église art-elle toujours entouré ces traditions de vénération et de respect, de telle sorte que le pape Nicolas V^ repoussait comme ridicule la seule pensée de vouloir s'en écarter {can. Ridieulum, 5, dist. 12), et que le pape

(1) DitUog. corUr. Lucifer., n. B, tom. n, col. 1637.

(2) Ferrarw, Prompla bibliotheca canonica^ verb. traditio.

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