‹ Cours alphabétique et méthodique de droit canon dans ses rapports avec le droit civil ecclésiastiqueChapitre 141 sur 408 · UNIVERSITE · texte numérisé non relu

UNIVERSITE

On donne ce nom en Europe, depuis le douzième siècle, à quelques écoles célèbres et privilégiées.

Uinondation des Barbares, qui s'établirent sur les ruines de Tempire romain en Occident, avait fait tomber les études ; et s'il y resta quelque étincelle de lumière dans le sixième et le septième siècle, nos pères en ont eu l'obligation aux monastères et aux maisons épiscopales. On y enseignait la grammaire, la dialectique et l'écriture, et tous les hommes qui se distinguèrent jusqu'au huitième siècle sortirent de ces écoles.

Charlemagne, appelé à juste titre le restaurateur des lettres, mit tout en œuvre pour les rétablir : il ordonna, par un capitulaire fait à Aix-la-Chapelle, en 789, qu'on établît des écoles dans les maisons des évêques et dans les monastères, pour enseigner les psaumes, le plain-chant, le comput, la grammaire, et qu'on pourvût ces écoles de livres catholiques très corrects. Il en établit une dans son palais, qui fut très-célèbre jusqu'au règne de Charles-le-Chauve. Il honora les savants, les combla de biens, les attira chez lui : et c'est à ses bienfaits que la France est redevable du fameux Alcuin, l'honneur de son siècle. (Voyez séminauœ.)

La plupart des écrivains ont voulu faire remonter à ces écoles l'établissement de Y Université de Paris, et attribuer à Charlemagne la gloire de sa fondation : mais ce sentiment n'est pas fondé; les écoles de Paris ne prirent le nom d'université que vers la fin du douzième siècle, ou au commencement du treizième.

Sous les rois de la troisième race, Paris était devenu la capitale du royaume ; les grands et les gens d'affaires, qui accompagnent toujours la cour des princes, y établirent leur résidence et y attirèrent après eux les artisans du luxe et les marchands. Les maîtres s'y rendaient de toutes parts, parce que cette ville était la plus riche du royaume, et qu'ils y trouvaient plus de gens en état de connaître leur mérite : le nombre et la célébrité des maîtres y attirèrent un grand nombre d'écoUers de l'Angleterre, de l'Allemagne, de tout le Nord, de l'Italie et de l'Espagne.

C'est à cette époque qu'on y voit briller Guillaume de Champeaux et ses disciples, Pierre Abailard, Albéric de Reims, Pierre Lombard, Hildebert de Tours, Robert Pullus, l'abbé Rupert et Hugues de Saint-Victor. C'est alors que ces écoles prirent la dénomination d'université d'études, universitas studiorum, parce qu'on y enseignait toutes les sciences qu'il fallait aller apprendre en divers lieux.

Les maîtres de ces écoles n'avaient pas formé de corps jusque-là, et n'étaient pas soumis à des règlements particuliers. Ils convmrent d'en former un, et ils dressèrent entre eux des statuts qu'ils furent tenus de suivre. On ignore quels ils étaient; mais on* les trouve confirmés par une bulle d'Innocent III, donnée en 1209. Quelques an-

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nées après, Philippe Auguste leur donna des règlements qu'on ne connaît pas non plus, mais qui se trouyent référés dans quelques édits, déclarations et statuts particuliers postérieurs.

L'université' de Bologne date à peu près du même temps. En 1220, le pape Honorius témoignait, par une bulle, que l'étude des bonnes lettres ayait rendu la yille de Bologne célèbre par tout le monde. Successiyement il en a été établi, sur leur modèle, dans tous les différents États qui composent l'Europe.

On comptait, en France, à l'époque de la réyolution, yingt univer-» $Ués, en y comprenant celles d'Orange etd'Ayignon; sayoir : celles de Paris, Orléans, Toulouse, Bordeaux, Bourges, Caen, Angers, Poitiers, Nantes, Reims, Valence, Aix, Montpellier, Besançon, Douai, Strasbourg, Dijon et Nancy.

Toutes les univer$Ués avaient été établies par l'autorité réunie des papes et des souverains; aussi presque toutes ayaient-elles un conseryateur des privilèges royaux, et un autre des privilèges aposto* liques. Les privilèges dont les univrêités de France jouissaient leur avaient été accordés à l'instar de ceux de Vunivenité de Paris ; elles étaient composées du même nombre de facultés, et elles enseignaient les mêmes sciences.

Un des principaux privilèges de Yunivertité de Paris était autrefois l'exercice des fonctions du conservateur apostolique. Il connaissait de toutes les difficultés qui s'élevaient sur les privilèges de Vuniversité et sur leur exécution. Les conservateurs apostoliques s'étaient érigé un tribunal ; ils tenaient leur audience au chapitre des Matliurins. Ce tribunal était composé du conservateur, comme président, de son vice-président, d'un greffier, d'un promoteur, de deux notaires et d'un greffier particulier des appellations interjetées du conservateur.

Les appels des sentences de la conservation étaient relevés en cour de Rome, ou au concile général. Pour les relever, il fallait prendre des lettres qu'on appelait apostolos, ou lettres dimissoires. Mais il n'était jamais permis de citer aucun suppôt de YuniverHté, sans l'avoir préalablement cité devant le conservateur.

Le juge conservateur des privilèges apostoliques était au choix de Vuniversité, qui a toujours pris un des évoques de Senlis, de Beauvais ou de Meaux. Il connaissait de toutes les matières dont la connaissance appartenait de droit commun à l'évoque de Paris ou à son officiai. Toutes sortes de personnes, sans excepter les évéques, même celui de Paris, étaient obligés d'obéir à ses citations.

U université jouissait de l'exemption des tailles, du logement des gens de guerre, des tutelles, curatelles et autres charges publiques Elle avait encore d'autres privilèges ; elle avait aussi plusieurs droits: les plus importants étaient de donner des degrés et d'accorder des lettres de nomination sur certains collateurs à ceux qui avaient obtenu un degré, soit celui de mattre ès-arts, soit celui de bachelier en théologie, en droit ou en médecine.

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Les personnes chargées de renseignement dans leâ unitersités sont partagées en quatre facultés, savoir : de théologie, de droit, de médecine et des arts. On comptait dans quelques-unes cinq facultés, parce qu'on divisait celle de droit en deux : Tune appelée la faculté de droit civil, Fautre la faculté de décret ou de droit canon,

La première faculté était celle de théologie. Dans l'origine de Y université de Paris, tous les docteurs de la faculté de théologie enseignaient. On leur avait accordé le droit d'enseigner publiquement, en leur conférant la qualité de docteur. Us ouvraient donc, quand ils le jugeaient à propos, une école, et recevaient tous les écoliers que leur réputation leur attirait. Il y avait presque autant d'écoles que de docteurs particuliers.

Il se forma dans la faculté de théologie de Paris, vers le treizième et le quatorzième siècle, différentes sociétés particulières, dont les plus fameuses étaient celles deSorbonne et de Navarre. Les fondateurs de ces sociétés y instituèrent des chaires de théologie permanentes qui devaient être remplies par ceux de leurs membres qu'elles jugeraient plus en état d'enseigner.

Ces professeurs étant choisis dans un plus grand nombre de docteurs, et ayant nécessairement pour auditeurs tous les jeunes gens qui composaient leur maison, devinrent bientôt plus célèbres, et eurent un plus grand nombre d* écoliers que les docteurs qui enseignaient dans les différents endroits de la ville. Insensiblement l'usage des écoles particulières se perdit, et il ne restaplus de chaires destinées à l'enseignement de la théologie, que dans les maisons de Sorbonne et de Navarre. La maison de Sorbonne avait six professeurs , dont deux étaient de fondation royale, et celle de Navarre en avait quatre, qui étaient tous de fondation royale.

La seconde faculté des universités est celle de droit civil et canonique. On voit l'origine de cette faculté dès le commencement de Yunir versité de Paris. On y a longtemps professé le droitcivil et canonique, comme dans toutes les autres universités du royaume, avec moins de réputation cependant que dans quelques autres villes, où le mérite extraordinaire de quelques professeurs avait attiré un concours prodigieux d'étudiants de toutes les provinces de France et des pays étrangers.

Nous ne dirons rien des deux autres facultés de médecine et des arts qui ont moins de rapport au plan de notre ouvrage.

Le recteur de Yuniversité de Paris convoquait les assemblées générales de Yuniversité et y présidait. Il avait juridiction sur tous Tes membres de ladite université, en première instance, et pour les choses qui regardaient la police et la discipline du corps. Il avait droit de visiter tous les collèges de Yuniversité, etc.

On ne sera peut être pas fâché de trouver ici le nom de toutes les anciennes universités catholiques de l'Europe , avec l'année de leur fondation. Nous allons en conséquence en donner la liste par ordre alphabétique.

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