‹ Cours analytique de littérature génerale, tel qu'il a été professé a l'Athénée de Paris; (volume 2)Chapitre 16 sur 25 · AGAMEMNON · texte numérisé non relu

AGAMEMNON

« Heureux qui , satisfait de son humble fortune , « Libre du joug superbe où je suis attaché , « Vit dans l'état obscur ou les dieux l'ont caché ! « — Et depuis quand, seigneur, tenez-vous ce langage ? « Comblé de tant d'honneurs , par quel secret outrage <c Les dieux à vos désirs toujours si complaisants^ « Vous font-ils méconnaître et haïr leurs présents ? « Roi , père , époux heureux , fils du puissant Atrée , « Vous possédez des Grecs la^us riche contrée. « Du sang de Jupiter issu de tous côtés , « L'hymen vous lie encore aux dieux dont vous sortez. « Le jeune Achille enfin , vanté par tant d'oracles , a Achille, à qui le ciel promet tant de miracles, « Recherche votre fille, et d'un hymen si beau « Veut dans Troye embrasée allumer le flambeau. « Quelle gloire , seigneur , quels triomphes égalent « Les spectacles pompeux que ces bords vous étalent ! «c Tous ces mille vaisseaux qui, chargés de vingt rois, « N'attendent que les vents pour partir sous vos lois ! « Ce long calme , il est vrai , retarde vos conquêtes : « Ces vents , depuis trois mois , enchainés sur nos têtes , « D'Ilion trop long-temps nous ferment le chemin : « Mais parmi tant d'honneurs, vous êtes homme enfin.

La tragédie entière, dont j'extrais ce passage, est dictée par le même goût : aussi la magnifiicence y règne-t-elle d'un bout à Tautre. Clytemnestre veut conduire sa fille à l'autel, et dit à son époux, en lui parlant de l'hymen suppose d'Iphigénie : * ao.

3o8 COURS ANALYTIQUE

« Quelle autre ordonnera cette pompe sacrée ?

« — Vous n'êtes point ici dans le palais d'Atrée ;

« Vous êtes dans un camp.... — où tout vous est soumis;

a Où le sort de l'Asie en vos mains est remis ;

« Où je vois sous vos lois marcher la Grèce entière ;

« Où le fils de Thétis va m'appeler sa mère ;

« Dans quel palais superbe, et plein de ma grandeur,

« Puis-je jamais paraître avec plus de splendeur l

Ailleurs, c'est en deux vers que le poète trace un tableau digne d'Homère : il raconte que le fils de Pelée a voulu ravir la victime au fer de Calchas :

« Achille contre tous , Achille furieux ,

« Épouvantait l'armée, et partageait les dieux.

Cette grandeur qui apparaît dans la diction de Ylphigénie de Racine , le croirait-on .î*'éHe"fut pourtant rivalisée : oui , messieurs , elle le fiit^ mais pak* Racine lui-même ; lui seul pouvait égaler ce chef-d'œuvre de poésie en créant celui de PKedre ; je ne sais même s'il ne s'est pas encore surpassé , lorsque quittant la langue mythologique , il parle celle des inspirés et des prophètes , et qu'il met dans la bouche de Joad cette réponse au guerrier qui réclame de nouveaux prodiges pour convaincre les juifs incrédules.

« Eh ! quel temps fut jamais si fertile en miracles ! . . •

La crainte de trop multiplier les citations m'engage à ne rappeler ce beau morceau à votre mémoire , qu'en vous le désignant.

Ailleurs , ce même Joad y enflammé du souffle de son Dieu, et surpris des merveilleux ressorts que fait mouvoir une puissance invisible :

DE LITTÉRATURE. Sop

«i Voilà donc quels vengeurs s*arment pour ta querelle !

f( Des prêtres , des enfants ( ô sagesse étemelle !

« Mais , si tu les soutiens , qui peut les ébranler ?

«i Du tombeau , quand tu veux , tu sais nous rappeler.

« Tu frappes et guéris, tu perds et ressuscites.

« Ils ne s'assurent point en leurs propres mérites, . « Mais en ton nom sur eux invoqué tant de fois ,

< £n tes serments jurés au plus saint de leurs rois ,

« £n ce temple où tu fais ta demeure sacrée,

« Et qui doit du soleil égaler la durée.

« Mais d*où vient que mon cœur frémit d'un saint effroi ?

« Est-ce l'esprit divin qui s'empare de moi ?

« C'est lui-même : il m'échauffe ; il parle : mes yeux s'ouvrent , ■'. <« £t les siècles obscurs devant moi se découvrent.

« Lévites, de vos sons prêtez- moi les accords,

« Et de ses mouvem^its. secondes les transports !

Ce discours n'est que le prélude des oracles prononcés ensuite par Joad, et qui peuvent seuls vous donner Tidée de la hauteur des chants de Sophocle dans les plus beaux chœurs de ses tragédies. C'est ainsi que le ton des paroles suit de moments en moments i*élévation du sujet. Nul poète , et Voltaire même en ce genre , ne saurait soutenir le parallèle avec Racine. Les comparaisons le feront sentir,

Dans la tragédie intitulée Mahomet , que dit Omar à Zopire, en parlant de Dieu ? ..

« Ne sais-tu pas , homme faible et superbe , « Que l'insecte insensible , enseveli sous l'herbe , « Et l'aigle impérieux qui plane au haut du ciel, « Rentrent dans le néant aux yeux de l'Étemel ?

Ciel et éternel nment peu ejLactemeut : ces négligences

3io COURS ANALYTIQUE

ne se rencontrent pas dans le poète qui fit dire à Mardochée , en parlant aussi de Dieu à Esther :

« Au seul son de sa voix Ja mer fuit , le ciel tremble; « Il voiit comme on néant to«t Funivers ensemble ; « Et les faibles mortels , vains jouets du trépas ^ « Sont tous devant ses yeux icomme s'ils n'étaient pas.

Remarquez que les mots sont simples ici, et que la grandeur de Fimage apparaît sans lopposition emphatique du néant et de \ éternel. Un moderne a trèsbien dit que la clarté est le seul ornement des pensées profondes. Plus loin Mahomet dit à Seïde :

<c Si la Mecque est sacrée, en savez-vous la cause?

« Ibrahim y naquit, et sa cendre y repose :

«t Ibrahim , dont le bras , docile à rÉtemel ,

« Traina son fils unique aux marches de Tautel ,

« Étouffant pour son Dieu les cris de la nature.

Examinons si Joad , pour exprimer la même pensée employé ce terme philosophique , et s il passe rapidement sur remportante oirconstance du sacrifice d'un fils , seul espoir d une nombreuse postérité. Voyons comment il traduit ce mot de. prosateur, ^/5. unique^ dans la langue de Ja poésie. .

« N'étes-vous pas ici sur la montagne sainte, " « Où le père des juifs » flar.)Son' fiJs innocent, « Leva , sans murmurer, un bras obéissant , « Et mit sur L^ bûcher ce Unit de sa vieillesse , «t Laissant à Dieu le soin de remplir sa promesse , «f Et li|i sacrifiant, avec ce/ûls aime, « Tout l'espoir de sa race en lui seul renfermé.

La supériorité de Racine est visible et palpable en

DE LITTÉRATURE. 3ii

cet endroit : Voltaire ne lutte quelquefois en ce genre que dans ses immortelles pièces de Brutusy de Méropcy et de r Orphelin de Ui ÇhirUy,çpxi fournissent les exemples de la grandeur soutenue .par les sentjuaents et le langage. Je. ne puis me dispenser de prendre dans lauteur de Rodoguneyàont'ûik.ts^l critiqué le. style, un des modèles de, cette même ^élévation dont nous recherchons les sources. Elle éclate éminemment en ce premier monologue de.Cléopàtre ^

« Serments fallacieux , salutaire contrainte ,

« Que m'imposa la force et qu'accepta ma crainte ,

« Hétireùx déguisements d'tm immortel Courréiix ,

« Vains fantômes d'état, évanônissezHvoas.

« Si d'ail péril naissant la terreur vous, fit naître,

« Avec ce péril même,. il: vous. faut disparaître,

« Semblables à ces^yqsux, dan^ J'prage formés ,

« Qu'^fGice un prompt oi|bli, quand les flots sont calmés.

« Et vous, qu'avec tant d'art cette feinte, a voilée,

a Recours des impuissants^ bs^i^ne dissimulée ,

« Digne vertu des rois , noble secret de cour ,

« Éclatez , il est temps , et voici votre jour.

Vous aivez remarqué qufe le tour poétique., les vives interpellations aux cho^ô^j ji^^ain^ées , et la majejsté des comparaisons, et desj&i^g^fi»} çont^i|;)ue9t..çn ce discours, au ton augujsjiieet.ÀJl^^gl'^yil^é qui ^ç^^ti style de la haute tràgiédie.

Après [avoir recQopu. ce qui oonstitue le. grand, Lêrp*H source véritable de Ts^dmir^tipu , qui , après la ter- *™8»ï«"reur et la pitié , est le troisième mobile de la tragédie , nous avons à examiner comipent ces trois passions ont lieu d'être excitées dans Ut fable. Ce ne peut-être que

XO* RÎ6I.K.

petie«

3ia COURS ANALYTIQUE

parles révolutions dans la destinée des personnages; ce quon nomme PéaipéTis ou changement cte sort. Si le sort des acteurs du drame restait le même, il n^y aurait point de fait ni dlntrigue qui se dénouât ; par conséquent,* ni surprise, ni crainte, ni attendrissement progressifs, et sans cela , point de tragédie parfaite. Nous allons donc traiter cette dixième condition du genre. *

Fonaernent Les rcvers de la fortune portent à nos âmes des <émo- « Véri^^tiM. tions d'autant plus vives , que ses coups sont plus su« bits et moins attendus; le bonheur ou le malheur qui nous arrive par deg;rés nous devient moins sensible. L'intervalle qui sépare Topulence excessive de Fextréme misère, la plus haute espérance: du désespoir le plus profond, le premier des rangs et le trône de Tabjection et de Téchafaud , cet intervalle , dis-je , nous paraît si grand , que si quelque révolution jette un personnage de l'une à Vautre de ces extrémités^ notre esprit s^en étonne , et notre cœur mesure ses sentiments de surprise , de crainte , et de compassion , sur la violence du choc imprévu dont nous sommes les témoins. C'est à produire illusoirement cet effet que tend la tragédie, lorsqu'elle fait passeï^ en un instant ses acteurs de la sécurité et de la joie, dans les frémissements et dans la Couleur. Plus le changement vraisemblable est rapide , plus la péripétie est jugée belle : elle est , pour ainsi dire , le pivot sur>lequel doit tourner promptement la fortune des héros du drame. Figurez-vous le personnage tragique irrévocablement destiné à souffrir lorsqu'il arrive à tel période , comme un Sysiphe que vous verriez d'abord plein de force et

DE LITTÉRATURE. 3i3

d'espoir y tout près de sentir ses efforts couronnés du succès, et de déposer son rocher sur le sommet qu'il a^avi , quand tout-à^coup la masse fatale redescend, rentraîne, et roule avec lui dans les profondeurs de Fabyme où elle le plonge misérablement. Le période où s'effectuera sa chute sera l'instant où éclatera le cri de votre pitié , et où votre ame s'étonnera de son supplice. Si vous ne l'eussiez vu d abord s'avancer avec confiance , et si vous n'eussiez pris part à l'erreur qui le fiattait , vous eussiez été moins émus de la révolution qui l'accable.

Les drames qui n'of&ent pas de ces sortes de changements inopinés sont peu frappants, et manquent dune importante condition du genre.

« Notre esprit n'est jamais plus vivement frappé, « Que lorsqu*en tm sujet d*intrigue enveloppé , « D'un secret, tout-à-coup, la vérité connue « Change tout , donne à tout une face imprévue. , . . » . B0ZLK1.U.

' L'analyse que j*ai faite, dans une de mes séances, dî? la fable de l^Œdipe-Roiy vous a prouvé que la meilleure des péripéties fiit imaginée par Sophocle. Ce beau sujet en contient lui seul plusieurs qui se succèdent , et qui font passer le héros de la félicité au malheur, et de ce malheur à une phis grande cala-

' mité. La péripétie la plus ordinaire et la plus tragique suit cette route vers la douleur continuellement croissante : quelquefois elle s'opère en marchant vers la 'prospérité. Telle est celle dont Xlphigénie en Tauride

'^ôus offre le meilleur exemple. Oireste, fuyant les Euménides , arrive chez les Scythes , pour obéir à To-

3i4 COURS ANALYTIQUE

racle d* Apollon , qui lui ordonne de ravir la statue de Diane. Sa sœur est prétresse du temple de cette déesse, à qui Von immole tous les étrangers; die voit amener son frère, qu'elle ne connaît pas, qu^elle croit mort , et qui la croit immolée en Aulide : bientôt elle charge Pylade , inséparable ami du grec méconnu d'elle , de porter une lettre à ses parents dans la ville d'Argos ; et la lecture de cet écrit révélant aux deux personnages principaux ce qu'ils sont lun à lautre, les remplit de joie, et change en un moment leur destinée. Oreste et Iphigénie déploraient mutudie» ment le bruit de leur mort, et les voilà ne respirant tous deux que. pour se défendre et se secourir ; Iphigénie préparait le sacrifice. d'Qreste, et la voici toute occupée dit soin de prolonger, sa. vie: Oreste allait périr avec son cher compagnon, et tous deux prépa* rent leur fuite et Tenlèyemcint ^e^^a statue au pied de laquelle devait couler leur sang.

Dans les Héraclides du même auteur, lolas, après avoir obtenu du roi d'Athènes un, azyle pour les enfants d'Hercule , apprend qu.un Oracle ne consent au bonheur qui leur est accordé ,^ qu au prix du saBg dune fille illustre; et .Macarie, frappée de ce coup, se livre générçusei^ent à la ^ort, pour sauver ses frères de la poursuite d*£urjsthée. .

Dans une autre pièce d'Euripide, Admète, près d'expirer, est. soudain rappelé, à la vie, et rendu aux vœux de s^ enfants : lalégresse remplit déjà son cœur, et éclate dans son palais. Aussitôt il apprend le dévouement (i'AlQWte, et que la mort de cette épouse fidèle, ennMih' ir^k va les condamner à

un

DE LITTERATURE. 3i5

On apperçoit dans ces divers exemples que les pé- Dm troa ripëties s efFectuent par trois principales causes ; par les oe péripétie». reconnaissances, par les événements , et par les chan- ^ gements de volonté dans les personnages. Dans Vlphigénie y Oreste^ reconnu par sa sœur, voit au même moment varier sa destinée. Dans XAlcestey le dévouement de réponse d'Admète est l'incident imprévu qui le sauve de la mort pour le plonger dans la tristesse. Dans les Héraclides y le roi Démophoon, prêt à offrir Thospitalité sans condition aux enfants d'Hercule , change de volonté en leur refusant un abri y si Tillustre victime exigée par les dieux ne leur est sacrifiée.

Aristote distingue ; ^^cpress^ment quatre sortes de ï>« recaiiii«i«reconnaissances auxquelles nous pourrons appliquer tiiëi^tiet, de justes exemples, et de toutes, il préfère celles qui naissent du fond même du sujet, et non de l'artifice des inventions ou des discours du poète.

La première est celle qui se fait par des signes tels que les cicatrices et les empreintes sur le corps 4^ personnages.

La seconde est celle que produit la vue des joyaux, des armes, des lettres ^ pu d^s lieux quj^lçpnques.

La troisième est ç€|lle qui ;résulte: du raisonnement; et la quatrième donla in<émpire ir«p^éQ}4'une. image qui lui renouvdrle idiàque ^souvenir, «

Le Rhéteur grecdifiFérenoiç encore la>rec6hnaissance que fait un seul personnage d'un autre qu'il' méconnaissait , de celle qui a lieu entre deux personnages à-la-fois ; Teconnaissahce mutuelle qui se lie souvent à la péripétie, et qui l'opère elle-même.

Cette dernière circonstance la rend supérieure aux

3i6 COURS ANALYTIQUE

autres , par leffet subit et surprenant qu'elle y ajoute.

Ulysse rentre dans ses foyers , après vingt ans d'absence: l'ancienne blessure qu'il reçut le fait subitement reconnaître par sa nourice Euryclée.

L'épisode de la tragédie de Zaïre nous, fournit un exemple de cette première espèce et de la seconde ^ dans une même scène. Le vieux Lusignan, à qui l'amante d'Orosmane vient annoncer sa délivrance , l'interroge, ainsi que le jeune Nérestan, sur le sort de sa famille :

« Hélaff ! de mes enfants auriez-vons connaissance ? a Ils seraient de votre âge, et peut-être mes yeux.-... « Quel ornement , madame, ébanger en ces lieux? « Depuis quand Tavez-vous ? — - Depuis que je respire , « Seigneur.... £h quoi ? d*oii vient que votre cœur soupire ? « — Ah ! daignez confier à mes, tremblantes mains^ . . . « — De quel trouble nouveau tous vos sens sont atteints ! « Que faites- vous, seigneur? — r O ciel ! ô providence t «i Mes yeux , ne trompez point ma timide espérance.... « Serait-il bien possible ? oui , c*est elle. . . . , je voi « Ce présent qa^une épouse avait reçu de moi , « Et qui de mes enfants ornait toujours la tête , « Lorsque de -leur naissance on célébrait la fête : « Je revois; :.V, je succombe à mon saisissement. « ^— Qa*eiitëii4s-je? et quel soupçon m'agite en cemoment? « Ah Iseigneur.-^Dans l'espoir dont j'entrevois les charmes, « Ne. m'abandonnez pas ^ Dieu qni voyez mes larmes I « Difsu^ mort sur cette croix, et qui revis pour nous ^ « Parle , achève, 6 mon Dieu ! ce sont- là de tes coups. « Quoi, madame ? en vos mains elle était demeurée ? « Quoi? tous les deux captifs, et pris dans Césarée ! < — Oui, seigneur. — Se peut-il ? — Leur parole, leurs traits.

« De leur mère en effet sont les vivants portraits. ' « Oui , grand Dieu I tu le veux , tu permets que je voie. « . . « Dieu ! ranime mes sens trop faibles pour ma joie ! « Madame.... Nérestan.... Soutiens-moi, Chatillon; «c Nérestan , si je dois vous nommer de ce nom , « Avez -vous dans le sein la cicatrice heureuse « Du fer dont à mes yeux une main furieuse. . . . « — Oui , seigneur , il est vrai. — Dieu juste ! heureux moments ! « — Ah , seigneur ! ah, Zaïre I ... — Approchez mes enfants. « — Moi , votre fils ! — Seigneur ! — heureux jour qui m'ëclaire ! « Ma fille , mon cher fils, embrassez votre père 1

On voit que cette triple reconnaissance du vieillard et de ses enfants s'opère à-la-fois par la cicatrice de Nérestan, et par la croix que porte Zaïre. Bientôt Lusignan, inquiet sur la piété de sa fille :

« Toi , qui seul as conduit sa fortune et la mienne y « Mon Dieu, qui me la rends, me la rends-ti; chrétienne? « Tu pleures , malheureuse ! et tu baisses les yeux. • . . «( Tu te tais ! . . , je t'entends. O crime ! 6 justes cieux I <t — Je ne puis vous tromper : sous les lois d'Orosmane...,. « Punissez votre fille. . . . , elle était musulmane.

Et de cette déclaration s'ensuit la péripétie la plus funeste pour cette jeune princesse ^ contrainte à fuir la mosquée ^ où lamour allait l'unir au Soudan qu elle adorait.

Dans la pièce qui porte le nom de Sémiramis , Ninias est reconnu de cette reine, par le moyen d'une lettre que Ninus écrivit en mourant , et dont la lec-» ture produit aussi le terrible changement de fortune des personnages, et prépare la catastrophe qui le suit.

Electre dit, dans les Coêphores d'Eschyle, un

3i8 COURS ANALYTIQUE

homme est venu qui me ressemble : personne ne me ressemble qu^Oreste : Oreste est donc Tjenu. Cette reconnaissance, qui naît d'un raisonnement, est pareille à cette autre qu Aristote tire de Tlphigénie en Tauride de Polyidès , tragédie perdue. Ma sœur fut immoluy dit Oreste \je Dois donc Vétre comme die ! et ces mots révèlent ce qu il est.

Un des bons auteurs modernes ^ Alfieri, dans sa tragédie à! Oreste ^ effectue skussi la reconnaissance d*£lectre et de son frère, par le moyen du raisonnement. Cette princesse interroge le fils d'Atride et Pylade, sur le motif qui les amène dans le palais d'Egisthe , et fatiguée de leurs réponses ambiguës , les prie de lui laisser poursuivre sa route vers une tombe voisine : Oreste trésaille à l'aspect de ce monument où repose Agamcmnon. Tu/remis à cette "vue ! dit Electre : Est-^e que le bruit de Phorrible mort qu^il reçut dans Argos est Denu jusqiûa toi ? — Oh n'est - // pas parvenu ? répond Pylade. Au même instant , Oreste , saisi de fureur , s'écrie :

« G tombe sacrée du Roi des rois ! tu attends une victime : « Tu l'auras.

Ce prompt mouvement est très- beau. Que dit^il? repart Electre. Je ne V ai pas entendu : interrompt Pylade^ qui veut cacher les transports de son ami. Electre s*étonne qu'il parle de victime : pourquoi la mémoire d'Atride lui est-elle sacrée ? Vainement Pylade explique le trouble de son ami , en supposant que la perte récente d'un père cause sa déraison ^ et que ses douleurs se renouvellent à toutes les images lugubres. Celui-ci

attache sur le tombeau des regards fixes, immobiles, étincelants : il garde une attitude terrible, et jure à Tombre d'Atride de plonger le glaive dans le cœur de son meurtrier, autant de fois que la plaie qu'il lui fit put verser de gouttes de sang; et comme Electre prononce le nom de père:

« Oui, s*écrie - 1 - il , un père me fat enlevé. O rage ! et il reste encore sans vengeance!»

Electre, à ces mots, repart vivement:

« Eh ! qui seras - tu donc si tu n'es pas Oreste ?

Réflexion rapide qui Téclaire à Tinstant. Oreste! dit son frère égaré, qui^ qui m'appelle? Cette exclamation le trahit, et Pylade le croit perdu; quand toutà-coup sa sœur se nomme, le presse dans ses bras et sur son cœur , lui commande de bannir tout effroi près d'elle et près d'un ami; enfin, elle ajoute élo-» quemment qu^elle a reconnu Oreste à ses fureurs, et qu'il doit reconnaître Electre à son deuil, à ses larmes , et à sa tendresse. Cette reconnaissance est une des mieux faites en ce genre, et décèle toute l'habileté d un noble imitateur des Grecs.

Dans la pièce X Adélaïde Duguesclin, Vendôme reconnaît un rival en son frère , par un même effet du raisonnement. Ce héros, tourmenté de jalousie , soupçonne Adélaïde d'aimer un objet méprisable , et le lui reproche injurieusement, en présence de Nemours:

« Pourquoi d^un indigne choix osez- vous l'accuser ?

« — Et pourquoi, vous, mon frère, osez-vous l'excuser?

A ces mots, la situation change, et les doutes de Vendôme deviennent tout-à-coup des certitudes.

3ao COURS ANALYTIQUE

De toutes les reconnaissances qui occasionnent liés péripéties et qui résultent des images retracées dans la mémoire , à l'aspect d'une chose ou d'une persontoey je n'en sais point de plus intéressante et de mieox ménagée que celle de Rhadamiste ef, de Zénobie, et nulle qui soit plus terrible que celle d'Atrëe et de Thyeste, dans les tragédies de Crébillon. Thyeste^ jeté par la tempête sur les rivages où règne son frère, lui est présenté sous un faux nom : Atrée l'interrogea, et l'ayant à peine entendu ,

« Quel son de voix a frappe mon oreille ! « Quel transport tout-à-coup dans mon cœur se réveille ! « D'où naissent à-la-fois des troubles si puissants ? « Quelle soudaine horreur s'empare de mes sens ? 'i Toi , qui poursuis le crime avec un soin extrême , « Ciel ! rends vrais mes soupçons ; et que ce soit lui-même. « Je ne me trompe point : j'ai reconnu sa voix. « Voilà ses traits encore : ah ! c'est loi que je vois. « Tout ce déguisement n'est qu'une adresse vaine : « Je le reconnnai trais seulement à ma haine. « Il fait pour se cacher des efforts superflus: a C'est Thyeste lui-même , et je n'en doute plus.

Croit-on que nulle part la fameuse inimitié des Pélopides ait été plus dramatiquement caractérisée ? Ce sont-là de ces beautés dignes d'Eschyle , qui eussent forcé La Harpe à juger plus favorablement Fauteur français, si les préventions qu'il adopta contre lui, ne lui avaient fermé les yeux sur ses qualités et s'il se fût borné sagement à ne critiquer que sa versification dure et peu châtiée. On doit pourtant pardonner au con:imentateur une partialité que fit naître l'injustice

DE LITTÉRATURE, Sai

des jalouses cabales qui vantaient Grébillon , moins pour son mérite, que pour déprécier les grands talents de Voltaire. La tactique de Venvie fut communément de mettre en rivalité . les hommes d'une même carrière y afin de couronner le plus faible aux dépens du plus fort : ce fut ainsi qu'on opposa long-temps Boursault à Molière; et, dès que celui-ci eut fait tomber son concurrent sôus le poids du ridicule , on le mit en parallèle avec Montfleury : La Femme juge et partie balança le succès du Tartuffe. Tels furent toujours les vils moyens employés contre le génie , pour abuser le public , qui ne s y méprend pas longtemps , et qu^éclaire la postérité , qui ne se trompe jamais. Chacun sent aujourd'hui que le petit nombre des beautés de Grébillon, quelque disdnguées qu'elles soient, ne peut entrer en comparaison avec la quantité de belles choses, imaginées par Fauteur à qui nous devons l'éclatante péripétie de Mérite,

L'héroïne de cette pièce est prête à plonger le couteau dans le sein du jeune et intéressant Egisthe : le vieux Narbas accourt , et saisit le bras de cette aveugle mère : elle lui dit, étonnée de son transport ,

a J'allais venger mon fils.— 'Vous alliez l'immoler.

Et ces paroles occasionnent une continuité de teVers, plus merveilleux les uns que les autres , dont l'effet se prolonge et s'accroît jusqu'au dénouement de cette immortelle tragédie.

Mérope est avertie et retenue au moment d'immoler son fils'; et cette révolution tourne du malhem^ au bonheur : il en est de même' d'Iphigénie , qui re-

3aa COURS ANALYTIQUE

trouva son frère dans un étranger qu'elle allait sacrifier. MaU> parmi les différentes reconnaissances, Anstote juge que La meilleure est celle qui s^ fiiit après aYoir .achevé et porté le coup : la révolution qui toum^ en ce cas au malheur est la pluâ tragique de toutes» Séide, dans la tragédie de Mahonmt^ esfère se rendre agréable au ciel et sanctifier son hjmen» en frappant Zopire ; et, après Tavoir poignardé, U i^coi^ naît en lui son père*

Orosmaae croit Zaïre parjure , il la tp^, et hiantôt après il la reconnaît, innocente. Aufisi n'est -il point de situations plus déchirantes que celles de; ces personnages; et je pense que si , dans queU[ue pièce , un malheur tel que celui de Séide , au Ijeu d'âtrt épiso« dique, était principalement développé ,,il ferait fondre en larmes tous les. spectateurs.

On trouve Les exemples des péripétieiif' causées par les événements , en deux magnifiques ouvrages de la $cèn^ française, IphigérUe en AuUde, et Cmna.

La £wmille d'Agamemnon est rassemblée autour d'Achille ; Clytemnest|e se dispose à lui donner sa fille pour épouse; tous les cœurs respirent la joî«, et sont pleins d*heureuses illusions : le messager d' Atride vient chercher Iphigénie. Et que dit Arcas envoyé par son ordre ?

«( Il Tatteod à. Tautel pour la sacri^er. ^ Ce seul vers porte à -^a-fois quatre coups différents, et renverse aussitôt les espérances d une félicité trompeuse. Rien n est. an-dessus de ce grand effet. C'est un trait de génie que d'avoir, réuni tant d'intérêts divers sous un seul point de vue. Nous analyserons spécia-

lément cette scène, lorsqu'il sera temps d'expliquer comment on offre les situations en tableaux frappants au théâtre.

La révolution est lente et grave, mais très -sensible dans Cinnay au moment où Maxime, découvrant à l'empereur le complot formé contre sa vie , fait passer sur la tête des conjurés le péril qui menaçait la tête d'Auguste. Cette pièce s'achève par la dernière espèce de péripétie, puisque l'empereur, résolu à punir les coupables , change de volonté , et leur fait grâce. Le retranchement que les acteurs ont fait du rôle d<î Livie , diminue la vraisemblance historique de ce dénouement , et augmente son éclat théâtral : car le public, toujours sensible aux beaux mouvements , applaudit moins volontiers aiix froides mesures de la raison qu'aux transports généreux du coeur. Le judicieux esprit de Corneille n'eût pu néanmoins prêter à un tyran tel que fut Octave une clémence naturelle ; il avait trop bien étudié le cœur humain pour lui attribuer une autre bonté qu'une clémence politique^ semblable à celle dont le premier César eût accablé pareillement Catoh , si ce graiid homme eût daigné l'attendre, et si sa fierté n'en eût prévenu l'injure par une mort héroïque et volontaire. L'un dels plus beaux motifs de cette mort m'inspira de faire dire au héros d'Utique, en parlant de son ennemi,

« De sa fansse tenté je prévois l*inôolèhcè : « Je ne veux pomt subir son ailtière clémence, « Et ne souffrirai' pfté , quàtid j*ai tlint cèinbattu , 'm- Que le crime intpiaiii pardonne à la vertu.

Parmi toutes les péripéties résultantes- du changement

de volonté , il importe de distinguer la double révolution que contient le quatrième acte de Britannicus^ où revit Fesprit de Tacite , utile révélateur de la bas* sesse des vices couronnés , de la servile férocité des milices, et de l'abrutissement des peuples. Là fuf personnifié le crime naissant , dans le jeune Néron , luttant entre la vertu personnifiée en Burrhus, et le vice personnifié dans Narcisse. Ces trois figures pré^ sentent dans leur combat mutuel le groupe le plus attachant , le tableau le plus salutaire à la morale des hommes , qu'on leur ait jamais offert sur le théâtre. Agrippine a ressaisi son crédit sur son fils : Britannicus, réconcilié avec son frère, possédera Junie, et vivra content, si Ton en croit les promesses menteuses de l'empereur romain : mais, bientôt délivré de la présence de sa mère, et jetant le masque , que dit-il ?

« Elle se hâte trop , Burrhus , de triompher :-

« J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étoufTer.

<t — Quoi, seigneur ! — C'en est trop. Il faut que sa mine

« Me délivre à jamais des fureurs d' Agrippine.

« Tant qu'il respirera je ne vis qu'à demi.

« Elle m'a fatigué de ce nom ennemi :

« Et je ne prétends pas que sa coupable audace

« Une seconde fois lui promette ma place.

« — Elle va donc bientôt pleurer Britannicus ?

a — Avant la fin du jour je ne le craindrai plus.

L'amant de Junie est donc irrévocablement condamné à la mort : mais Burrhus parle , et le poète ajoute à l'éloquence victorieuse de la vertu toute la force et l'élévation de son génie. Burrhus triomphe en retraçant au prince, timide encore, le souvenir de ses

DE LITTÉRATURE. SaS

qualités premières , Vamour de tous les cœurs qui en fui la récompense , le péril d'entrer une fois dans la sanglante carrière des forfaits, et l'horreur universelle attachée au nom des scélérats sur le trône. Il éteint les semences de discorde : Néron cède, et Britannicus sera sauvé. Mais Narcisse paraît; et Fidée que le spectateur a prise de ce lâche ministre , fait de sa seule présence une péripétie. En effet quels mots sortent les premiers de sa bouche devant Néron ? Le poison est tout prêt. Cependant l'empereur hésite , flotte ; il oppose à son sinistre conseiller le serment d'une réconciliation : il craint que les Romains ne lui donnent les noms d'empoisonneur et de parricide. Ecoutons la réponse de Narcisse , ingénieux modèle du langage de tous les vils esclaves qui auront besoin sur la terre de fournir des prétextes aux attentats de leurs maîtres.

« Eh ! prenez-vous, seigneur, leurs caprices pour guides?"

A Les Romains ne vous sont pas connus.

« Non , non , dans leurs discours ils sont plus retenus.

« Tant de précaution affaiblit votre règne :

« Ils croiront , en effet , mériter qu'on les craigne.

« Au joug , depuis long-temps , ils se sont façonnés :

« Ils adorent la main qui les tient enchaînés.

« Vous les verrez toujours ardents à vous complaire.

« Leur prompte servitude a fatigué Tibère.

« Moi-même , revêtu d'un pouvoir emprunté ,

• Que je reçus de Claude avec la liberté,

« J'ai cent fois , dans le cours de ma gloire passée ,

« Tenté leur patience , et ne l'ai point lassée.

« D'un empoisonnement vous craignez la noirceur :

« Faites périr le frère, abandonnez la sœur;

« Ronie sur les autels prodiguant les victimes-,

3a6 COURS ANALYTIQUE

« Fussent-ils innocents , leur trouvera des crimes. « Vous Terrez mettre au rang des jours infortunés , « Ceux où jadis la sœur et le frère sont nés.

Observez que cet esclave se sert des nobles mots de gloire et de liberté, en rappelant son prc^re sort; mais dans la bouche de tels infâmes , liberté vseut dire les privilèges d'un affranchi, et gloire y les avantages de leur autorité servile. Cependant Narcisse a parU; et le jeune tigre , que des liens captivaient encore, échappant aux barrières qui leffarouchaient , est en* fin déchaîné pour jamais dans Tunivers. La ipcurt de Britannicus est résolue. Nulle péripétie n'est aussi grande, aussi complète, aussi généralement instruotive que celle-ci : il semble que dans la propre affaire des trois acteurs se traite l'intérêt de tous les humains. Ce spectacle des fluctuations de volontés dun prince, dont les oreilles sont assiégées, dun côté par les réclamations de la justice , et de Tautre par les insinuations de la basse flatterie, était digne du talent supérieur que Racine sut déployer dans tout ce qu'il exécuta. Il doit les riches détails de cette pièce à Tacite , mais il n en doit le vaste plan qu a lui-même.

Le changement de volonté d'Assuérus, entre Aman et Mardochée, est moins frappant^ parce qîi^il est moins prompt, et que l'opposition du vice et de la vertu n'y est pas aussi étroitement rapprochée.

Yoiis conclurez , Messieurs , des choses que je viens d'exposer, qu'une péripétie est une condition essentielle de la fable tragique, puisque la terreur, la pitié qt l'admiration ne naissent que des différentes

sortes de changements de fdttune. Toutes les pièces où ces révolutions ne s'effectuent pas ne sont que des déclamations dialoguées, et le mancpie d'action les glace. Le spectacle des revers subits de la destinée nous frappe lui seul, conftéïiablemtènt aux dis» positions de nos esprits et de nos c«)mrs.

n feut avoir su d'abord que !a vénérable Hécûbe fut mère d'un grand nombre d'en^nts illustneâ , épouse de Pïiam, Tun des plus fortunés rois tle l'Asie; qtie ses fiUes fnréténdaient à de nobles alliances; pout tiious attendrir et nous effrayer, en la revoyatit triste, veuve, dépouillée ^e son faste, spectatrice de la mott ou dé l'esclavage de sa famille , esclave elle-même , et précipitée du trône sur un lit de cendre arrosé de ses pleurs , et où l'accablent dV)Utrages ceux qui l'eussent révàrée en sa puissance.

La fortune passée d^un héros, SOA malheur présent, ses misères futures, deviennent pour le spectateur les trois points de comparaison qui frappent àla-fois sa pensée ; et lorsqu'un personnage , élevant sa tête au-dessus de tous les obstacles, sous le poids d'une calamité qui terrasserait les autres hommes, reste pareil à lui-même au milieu de ses destins changés, et soutient dans ses maux la fermeté de ses discours par l'immutabilité de son ame , alors vous ressentez pour son caractère cette admiration qui vous arrache des larmes plus nobles que les larmes de la pitié. Telles furent celles que fit couler, à la représentation des Templiers y le très -beau rôle de Jacques Molay. La source des larmes d'admiration est d'autant plus rare , qu elle vient du spectacle des ac-

tions généreuses ou des magnanimes dévouements. Ce sont ces larmes que l'auteur des Horaces nous fit répandre le premier à la vue des images du grand y dont il fut le peintre in imitable.. Ce. sont ces larmes que ne peuvent refuser à la scène les hommes graves et presque impassibles. Ces héros même; que le malheur et la guerre auront long -temps raffermis contre lefiroi de tout danger, et qui ne trouveraient que faiblesse puérile dans les tourments des passions ordinaires et de lamour désespéré , eux-mêmes , disje , ne seront pas insensibles au spectacle de la magnanimité qui leur ressemble, et ne rougiront pas d éprouver une noble émotion pour ce qui est vraiment admirable. Ils verseront donc ces larmes dont je parle, celles enfin qui méritèrent que la poésie, en associant avec éloge deux beaux noms en un seul vers , fît remarquer à la postérité ,

« Le grand Gondé pleurant aux vers du grand Corneille.

Page 1