O COURS ANALYTIQUE
ne sort de ces deux contrastes / puisque 1 auteur ne marque point à quel milieu la raison doit s arrêter. Bien loin de-là, Téi'ence, accordant en6n lavantage à lun des systèmes quHl critique , jette le séTère Démée' en des réflexions sur Tinutilité de se faire haïr par les réprimandes, et le précipite en une. autre exagération,. Ce père farouche et rigide se transforme tout-à-<;Qup en un vieillard désordonné, prodigue, et résolu d achever joyeusement sa vie dans les dé^ bauches et dans Içs festins. Le défaut de qette £aible est évident : elle a pour objet la peinture de deux travers principaux ; or on ne corrige pas un vice par un vice contrastant avec lui ^ mais parspn contraire^ qui est le droit bon sens. Vous napprendrez point à éviter le danger d^une manie qui vous £aùt rire,, en trouvant sujet de rire d une manie opposée. Vous res* tei^ dans l'irrésolution du choix entre les deux in* convénients à fuir, si Fauteur ne vous montre en parallèle , comme le poète latin , que ctes iinperfections égales. Molière a plus sagement fondé la moraliti^ dé ses comédies, car il n^y observa, pas moins exi^ tement, Funitç de ridicule, principal, que les trois ajulr^s unités dramatiques. £n voici la preuve^ .. . i»vEeS^du JS École des Mans j imitation perfectionnée de.. la pièce des ji4fi^phes^ va constater ma proposition. Le^ rôles de Micion et de 'Démée se retrouvent en ceux d*Ariste et de SganareUe : un ami commun les a chargés en mourant du soin de 5a^ deux filles. ei du droit de les épouser ou de les pourvoir à leur guise.: .tji^tGurs absolus de ces jeui^ pupilles , chacun d*eux gouverne à s% manière celle qui lui fut confiée. Leur
DE LITTÉRATURE- aoi
premier entretien ressemble en tqu^ ,ppint$ à celui des deux personnages de Térençe y; et .^Éj^ connaît la scène de Molière a une juste idëeides: formes: ;de la scène latine. Xa différente humeur des deux frères cause entre eux le même débat , qui fait rentposition. Sganai^elle reproche à son frère de ne pas garder sa
pupille aussi sévèrement q^*il garde Isabelle :
« Vous souffrez que la vètre aille leste et pimpante ,
« Je le veux bien; qu'elle ait et laquais et suivante,
« J'y cpn8en9; qu'elle courre ^ aime l'oisiveté,
« Et soit des damoiseaux flairéeten liberté ,
« J'en suis fort s^itisfait: mai^ j'entends que la mienne
« Vive à ma fimtaisie et /non pas à la sienne.; .
« Que d'une sei^e honnête ellie ait son vélenlent,
« Et ne porte le noir qu'aui; bons jours seulement ;
« Qu'enfermée an logis» en pa^^sonne- bien. sage ,
« Elle s'applique toute aux choses 4q ménage ,
(c A recoudre mon liQg&.au|L heures de.loilir ,. '
« Ou bien à tricoter quelques bas par -plaisir ;
« Qu'aux discours des muguets elle fei'pBie l'oreille,
« Et ne sorte jamais sans avoir qui la veille* . .
« Enfin la chair est faible, et j'entends toQS l'ed bruits.
La réponse d'Ariste respire Tindulgence/» etibriUe de bon sens. :/
« Le sexe aimé à jouir d'un peu de liberté^
« On le retient fort mal par tant d'anstéôtéj
« Et les soins défiants , lesverroijÇç^etle^ gnU^s» , •
« Ne font pas la vertu des femmes et des filles :
« C'est l'honneur qui les doit tenir dans le devoir V '. '^^-'^
« Non la sévérité que nous leur Gûsons voir.
2(n COURS ANALYTIQUE
« C'est tnt^trange chose , à vons parier sans feiiite , « Qu'une ^pnequî n^est sage que par contrainte. « fin vain sur tous ses pas nous prétendons régner » « Je trouve qiie le oosur est cae qu'il rfeut gagner; « Et je ne tieiidraisy moi » quelque som qu'on se d«uia^ <t Mon honneur guère sûr aux mains d'une personne « A qui, dans les désirs qui pourraient l'assaillir, « Il ne manquerait rien qu'un moyen de Mlir.
« •— Chansons que tout cela I
« — Soit : mais je tiois sans cesse « Qu'il nous iaut en riant instruire la jeunesse , « Reprendre ses défauts avec grande douceur , «t Et du nom de vertu ne lui point faire peur. « Mes soins pour Léonor ont suivi ces maximes ; (« Des moindres libertés je n'ai point ftùt des crimes ; <c A ses jeunes désir» j'ai fOôjMirs consenti , tt Et je ne tiiVn snië pdSm^ grâce au ciel , repenti. « J'ai souffen qu^èHé toit vn les -belles compagnies , « Les divertisiemeilts , ItB hàÏB , lès comédies; a Ce sont bhosi^s ^ fiour ^m6i , que je tiens de tout temps « Fort proprlBè it fbftaier Têisprit des jeunes gens ; « Et l'école du ttiénde èii Tàir dont il feut vivre « Instndt lâfoUx, i inon gré, qué^nè £ût aucun livre.
Sganarelle siti^Bghé des <;oiiiplaisances de son frêne ', et lui prédit les accidents qui s'ensuivront , ce' ijtai n'empêche pas Ariste de lui répliquer ,
« Je veux tn'âlnàiidonner à la foi de ma ifemmë , « Et prétends tenjôùirs vivais àfbsi tjfoè j'ai vécu.
Sur quoi TaiUre sMçrie plai^mment , « Que j'aund'dè plaisir ^quànd il sera« ...
DE LITTÉRATURE/ !io3
QttèHe Tiéoeâshë de Tapfprfer ce 'ct)iriïc(tie ^rs dôht tdûtle moiydb se sbitirieht dTàvoîr ril On Toit que la pénsëe fondàMèhfaflé de Térëirce est trèlle qn a prise Molière; mais qtiil en tire un meilleur pàiti. Sgana* relie est dupe -de sts rigueurs , de sa Surreillaiîee , comme Démée ; mais Âriste est inieux récoiâpensë de ssk douteùr pigû**ni6nnétè réservé dé isa pupille que ne 1 est Mibibn par les -déportements ingrats de son neveu, t'àùtèur framàîs n'a frappé qu'un seul ridi» cule en sa pièce , et l'bbjef qu'il lui oppose devient une leçon 'exemplaire à suivre. Le comique d'ailleurs rejaillit plus vivefeuent de l'a sifàcation d'un amoureux tuteur dupé par une GHe rusée ^ que ûe celle d'un père abusé sur les' mœurs de son fils: Ce seul chan» geihent dans lé Mjet lui dohnfe tih éclat d'invention qui, s'il n'éfFacè le soiitvenir de la fable imitée, en rehausse inccMpàHlMéhiënt le prix. Remarquez, de plus , que ladoptibii dé tel oicr tel système d'éducation vicieuse n'e^ qu'un entêtement qui rentre dans l'espèce de ridicule passager que j'ai nommé éphémère, tandis que la surveillance tyrannique inspirée par la jalousie est un ridicule élernel^ espèce de travers plus fécond pour l'intrigue, plus fort en comique, plus abondant en pliàisânteries , et mieux assorti aux préjugés introduits en nos mœurs. En effet la diversité de prinéi|)eis è'n ëducajfioh n'a fourni qu'une pièce a nôtre ppête, et n'a prêté matière depuis la sienne qù^^ la seule coinédle des Précepteurs , composée par Fabred'Eglantine, sur un fondis' éhcpre pareil aux Adeîphes. Mais les bizarreries de' rambur jaloux ont été pour Molière et ses imitateurs une intarissable source de
îto4 cpyRS ANALYTIQUE
gaîté j que leur muse n'aurait su comment épuiser. Revoyez son -théâtre,, et, cpm^i^ç;^ le^nombre de ses pièiCfes marquées au coin de ce ridicule éternel qui touche directement les maris j vous vous assurerez qu'il surpasse le nombre de ses drames où sont raillés les autres ridicules.
, N'en. arguera*t-on pas que cet emploi de son art est blâmable i et qu'une telle satire implique à la comédie une sorte d'immoralité? L'état hoiùfiéte du
mariage mérite-t-il qu'on le livre à la moquerie des gens sensés? Je n'ai garde de. le penser: aussi n'est-ce point de lui que la philosophie se joue , mais du préjugé qui s'y mêle. Quantité de personnes s'imaginent que leur propre honneur tient à celui de leurs femmes; et depuis que cette étprange idée s'est enracinée en leurs têtes, les voilà pleines , comme on le ditpopulairement, de visions cornues. Le bon La Fontaine a beau les égayer du malheur qu'elles craignent , et leur affirmer naïvement qu'en ce cas ordinaire au:^ époux,
«( Quand on l'ignore ce n^est rien ,
« Quand on le sait , c'est peu de cliose ; - *
Les esprits soucieux n'entendent pas, raillerie sur cet article; ils se tourmentent, s'alarment,. se, créent mille soupçons , et persécutent leurs chastes moitiés^ dans la peur d'un mal qu'ils attirent eux-mêmes .en s agitant pour l'éviter. La saine comédie s'efforce à les guérir de cette manie désolante : elle répète sus tous les tons , à chaque mari, ces mots excellents du Qteç^ cure de notre auteur,
DE LITTÉRATURE. 2i>5
«Ma foi, veux-tu ^c je te dise, ' ' "'
' « Un toiâl d\>t>imon ne toudhe quie les sots : « Et je prendrais pour ma deritfe, ' • • ' j « Moins d*lionneur et plus de repos. •
~ 'Mais chacun s'obstine en sa chimère ; et. imi cesse poursuivi du besoin d'éclaircir les doutes qu'il con« çdit d'une fidélité chanceuse, à laquelle il' attaché stm'^bonheur^ chacun se parle à' soi-même dans le lanjgage de Sosie.
«La chose quelquefois e^ fSicheuse^à connaître ,* . '.
« £t je tremble à la demander. , |
«1 Ne yandrait-il pas mieux , pour ne rien hasarder , .
« Ignorer ice qu*il en peut être.
« Allons ! tout coup vaille, il faut voir
« Et je ne m^eh saurais "dëfendre.
« La faiblesse humaine est d*avôir
« Des curiosités d'apprendre *' ' ''^ ' * " " ' ^ *
« Ce qu*on ne voudrait pas Savoir. * î '
Cette même faiblesse. ofire à la comédj^e un digne sujet de ridicule : c'est la fureur de croire prévenir ce qu'on ne saurait empêcher. De ces manies naissent dans les ménages, les reproches, les querelles, les se** paration^, les éclats scandaleux, toutes pekes de la société que le ridicule ne combat ,qu afin dV rétablir
îUe
prévienne
n' faut que. ce ridicule ait j^es racines 'bien profondes léiioqi haute
!»o8 COURS AWALYtiQtE
hàsBtàaàsiJdjB^pmiMti s«>h»gù«i fiâtid isôrupule^ si je^ m^imagimâftiCfiift l'i^^ei^'yM^k^ le6^^(^«^s j et noA dans les «■DUP|ji'ft3ssajrai»4&'p«ouv^''que nous avons cxdtt lé coBNqne^ieairefeum la |yMpriétë>âës fermes; et que: noua • n'tttoés iieh <giigité' peur led m uftii l tf t fe lu poUtesveriàJinenrei'StttfGieptîfbilitë e^géf^e-, petii^4tt^ acquerrait <- je le <inrmvij(9exis ivoi:^ 'siéAh^dalisei'^-ulft]^ fort , ^analyser nettement le»' ^illeiiMI» sdèiles^ *^ notre pfaîk>flO|)he^ etde vottsmomiiiev^risiblè |^iè([)e'i) non; sons le titre^faux- et triste du:itiflti*ttoitipii^,^nM^ aoùs son. viai^ekjplaisant' titre '4u O^ki^ m^idairtkWK Le ! grand' nlet est -lAchë ! désoriiiaia^'pàsàei:4ie' mél^, ae< TOUS; en. ;dëplaisié , chaque* fois^qu^il^eii èera^beSéiA pour i ne pas &rder le» >exprepsioi|i naires et >£Kitiehcb de Molière, qui. ne prenait rpas dé détours ^^rn^tisttit pas de tant de réserve sous le siècle de Louis XIV^ probablement moins sa^^e et moms cultivé que le nôtre.
4e &^!J[!!^ • li jLe^faèuiçeèisril^anaiisUe aime bien sa feinme, qui diéiJOQ i o6tié)( n'aime 'pa»moiM^'^bietf âoiii^: mari: : de couple /jseraît) tr軫henreux , puitf^e* ineu n'*est - plus 'proprefiquun amour mutuel à; former i;lr -ibôto mé^ nage^ ti!l|»>deuiL époim. n'^é^ient agijiéa-d^une jalontiié TÎicipToque. .^ans leur défiance contimicile^')^ iridi* 43H)e' ft'aufttltifpas à^nionlfe sur iëux ;1 caiile ;boiilieur dme.ltfgitimeiùiiiodrji*eB^p» ;u».'<état qu'on* ^pitfisje raillev-v-'vu Ja oonditlqm des ^letsonnagesià'qui.^liii •scandale j1 «est per^Mi de Tivre * bien ensemble^ c^ si i^ê «deux . épova Mtnicb t idë »ces:gfefi9 apfiriQS t'omit fiie/ietton*% kmuiidoifBe ob%cf ^'exister eoUfOne'-'A ne fa«tf[fMt^,liaur? ain^uii edn}iigid prféitttaît aàc mp^
DE LITTÉRATURR 209
easmes : mais leur honnête bourgeoisie les met à cou^ vert de la raillerie ; et dans leur classe on ne se marie pas pour ne s'associer que de nom , pour se séparer dans la sociëté sitôt après le contrat ; mais pour s^unir en personne, et d'affection et de corps , ainsi que de fortune. Cette félicité , quelque vulgaire qu elle soit , est pourtant assez estimable pour qu on ne s'en moque point dans le peuple. Sganarelle et sa femme en jouiraient donc sans trpuble s'ils n'étaient jaloux l'un de l'autre» La comédie yeut le^ corriger de ce travers de passion qui nuit à leur repos, et leur apprendre à s'aimer en paix. Elle choisit donc à dessein un homme très-épris de sa moitié, et ce qui prouve son amour n'est pas seulement sa jalousie , car on est jaloux par yanité, et spupçonneuiL par sottise; mais c'est la ja- Ipu/s»^ de sa femme, qui na pas à craindre pour elle l'épithète que son mari craint pour lui, et qui ne «alarmerait pas de ses infidélités, pour peu qu'elle inclinât à en tirer de. secrètes vengeances. EUe.aper* çqit, d^ hatu 46 sa fenêtre» son. époux. tenant une jeu^ fille çntre ses bras : la colère la saisit, ieUe se h^te^de descen4re9 et pe trouve plus personne»
'« Il s*est siibitement élbîgivé de' ces lieux , «(t£t sa fuite a trompé mon deSir curieux :
- n Mais de sa thiliison je ne suis plus en douté, «,Et le peu quç j'ai vu me la découvre toute. « Je ne m'étonne plus de l'étrange froideur .«.Dont je le vois répondre à ma pudique ardeur ; '. . .1 ifX réserve ,, l!iograt , ses caresses à- d- antres , ; « Et nouirit; leurs plaisi^rs par le jeûiie des nôtres.
« Voilà de nos maris le procédé commun ;
« Ce qui leur est permis leur décent importun.
« Dans les commencements ce sont toutes merveilles,
« Ils témoignent pour nous des ardeurs nompareilles :
« Mais les traîtres bientôt se lassent de nos feux,
« Et portent antre part ce qu'ils doivent chez eux.
Le langage de cette bonne fémi^e n annonce pas quelle soit portée aux illusions romanesques ^ et Ton sent qu'elle tient simplement aux réalités dé FaAioiùr confugal , sur-tout lorsque d'un ton un ft^ taéé lui échappe cette forte saiHîe ^
« à)iI que j'ai de dépit que la loi n'autorise
« Â changer de mari comme on fait de chemise f
. Plaisanterie qui ne signifie ànvté iiïùàe que Tëtéèd d!un courroux capable de l'av^gler sur ton tkMiT) et de lui fyire haïr par un i^o^pçôn chimélique l'é* poux qu'elle chérit au fond du cœur. Le ridicule fin^^ d'autant mieux que sa rivale présumée ngst ùlle honnête demoiselle qu'un hasard fit tomber évanouie entre les bras de son mari. Le porurait d'un affnant s'est échappé ^es mains dé cette fille : là fiémme de ^[anarelle le trouve à terre^ le prend , l'admire , et sent les odeurs dont il est parfumé ; son mari, qui survient , croit qu'dle baise l'image d'un séducteur : il s'élance sur elle en le lui arrachant^ les deu9c ^poux s'accablent d'injures , et voilà, sur un doute extravagant, la paix bannie du ménage, avant toiit éclaircissement raisonnable. Cependant l'amant de la ^demoiselle arrive inopinément sur les pas de Sganàrelle occupé à chercher l'original du portrait qu'il a saisi:
DE LITTÉRATURE. an
la ressemblance du jeane hôtkitné avec la miniainre restée en ses mains le frappe si vivement, qu^I jette cette exclamfaiion comique où brille l'esprit de Molière j
« C'est mon honime 1 ... ce plutât c'est celui de ma femme.
Lélie inquiet Finterroge^ et la réponse de Vé^ poux irrité, source d'une aulj:p . erreur. ^ persuade à cet amant, que la maîtresse q^'U vient retrouver s*est lilariée à un autre que lui.
« Quoi ? celle , dites-vous , dont vous tenez ce gage... « — Est ma fléhimé , et je suis son mari. — Son mari.t «( — Oui, son mari , vous diS-jé, et mari tres-marri.
Piquant jeu oe mot devenu proverbe pan^i tous les confrères de Sganarelle. JL*i^rit iine lois:r«Vvpli de ces folles prévenlioiis^-ioiiA les persouiagea dissent ridiculcie»e«n les iiiii Mvevs les! àutvèv y' isitéï hasards les pki^ iipiiooeiits se ckialigaMr il ieu^s j^é^ en certitudes àe ^us etk plus oftetiiatiitéii.tSftë s^afppfète à rompre SAM reiouir ià^c sa ttiattre)s^;'ètétie'^i[''f engager pour jamais avec uii statié éiiùaÀtitai ^mme de SganaYelie à se séparer de ïuf ;Je misirr àtà'p^ûiir, et, pour, surcroît de scandale, à se battre avec son prétendu rival. Là Molière approfondit sou sujieit .d^s un long et. plaisant monotone qui m'ofire encore l'occasion de distinguer le, biulesque, Ifiux. d(U vrai comique. Sgaoa^relle dâibère ftireo afâ-mâme., «et balance entre jseiirfSsâÉtîmeiUi'ei: sa poltiBohaerie.f^armi les premierScViers'qtik'ii débtie> le seul dij^ de Tau» teur me paraîl êidiri-cn ,
* • . f • « » .« •• • rf . , • -A ■ *
« Je ne suis point battant dé peur d^étre battu.
Les autres , loin d'être gais et naïfs y tiennent du mauvais goftt desJPue/lùtes de.Scarron; et le grotesque armement du personnage ajoute une invraisemiblance visible au ton trivial et forcé de ses discours : le reste de la scène se remplit du naturel ordinaire à notre poète , et prouve que son talent , dégagé des vicieuses imitations, commençait à imprimer $on originalité dans ses oùWages.
Sganareile conclut, après avoir pesé lès iiicoiivé-
nientsd un cartel ou d'ùnaf&ont toléré dans le mariage,
« Qu'ayant. tout compassé y
« Il vaut mieux être enoor cocu que trépassé.
« Quel mal cela fait-il ? la jambe en devient-elle ^■■4 !P1ùs tohue , àprës tout', et la taille moins belle ? ^ i - y -Feftte soit qui premier trouva l'invention
- .i«i;De s'alfliger Tesprit de cette vision , ,,fi Ëtid'attaoiuenr L'honneur de l'homme le plus sage
«Aux choses ^ue^pieut ùàre une femme folage*! < » . « Puisqu'on tient , à bon droit, tout crime persomiél. - ,« Que fait Uu notre honneur pour, être çfîminel?
« Des actions d'autrui l'on nous 4onne.le blâme I ...
« Si noâ femmes «ans nous ont un commerce ijjLf&m^ ,.
« Il faut que tout le mal tombe siir notre dos !
« Elles font la sottise , et nous son^mes les sots ! '<t C'est tm vilain abus , et les' gens de police « Nous devraient bien réj^lèr une telle injustice. ' « TTavoHs-noué pas asses des autres accâielits ' c Qui nous viennent happer en dépit de nos dents?' ' * ; «'Les. querelles, procès, faim, soif, et miââdiei, .. « Troublent-i^s, pas aSIsez le repos de la vie, .!.: * « Sans aller , de surcroit , aviser sottement ... «c De se faire tm chagrin qui n'a nul fondement? .
DE LITTERATURE. tiS
« Moquoii8*ii(m8 de cela; méprisons les alanâes ,
« Et mettons sons nos pieds les soupirs et les Burnes.
« Si ma femme à failli , qu'elle pleure bien fort.
« Mais pourquoi moi pleurer,' puisque je n*ai point tort?
« £n tout cas, ce qui peut m*ôter ma fâcherie/
« C*est que je ne suis pas seul de ma confrérie.
« Voir cajoler sa femme , et n*en témoigner rien ,
« Se pratique aujourd'hui par force gens de bien.
C'est ainsi qu'il raisonne ; mais le bon sens n^a pas le dessus, et, pour/lemier trait de vérité ^ la passion remporte.
« Je me sens là pourtant remuer une bile « Qui veut me conseiller quelque action virile. « Oui, le courroux me prend ; c'est trop être poltron : « Je vetix résolument me venger du larron.
, « Déjà , pour commencer , dans l'ardeur qui m^enflanîme , , « Je. vais dire .par- tout qu'il couche avec ma feipine. ,
Le terme est cru, mais le vers est excellent ; car la colère ne choisit pas les expressions détournées , et celles-ci marquent* fortement d*un seul trait te ridicule de ces tbaris qui tympanisent leur propre nomi par leurs risibles violences dans le monde , et leurs cris insensés dans les tribunaux; ridicule d'autant plus repréhensible qu'il trouble l'intérieur des maisons et détruit l'établissement des enfants; ridicule qu'on ne- peut éviter qu'en se taisant , si le mal est £aiit ; et qui doit engager les époux, si le mal est imaginaire , comme celui de Sganarelle , à se répéter souvent cette moralité qui termine si gaîment 1^ pièce;
(t Yons Toyez qu'en ceci la fins forte apparence
« Peut jeter dans Tesprit une ^usse créance.
<v De cet exemple-ci ressouTenez tous bien-;
« Et qufmd vous verriez tout « ne croyez jamais rien.
de r£?oUd« Après avoir vu de quelle façon Molière guérit la frénésie des maris qui se croient ce qu'il; ne sont pa^s , voyons comment il applique les remèdes de son art à la manie de ceux qui , tourmentés de la peur , se précautioniietit tainement contre te thagrin d'être ce ^'ils sett>nt. Le l^anàrelle de l'Ecole des Maris nous en a déjà fourni lexemple; néanmoins TAmolphe de V Ecole des Femmes est le meilleur de tqus. Ce n'est point un tuteur orédul^i imprévoyant , sot et vieux; c'est un homme mâr, avisé, suhtil, actif , expert en fait de galanteries, averti de toutes les rubrique» féminines , préii)uiii par r«itf>érienoe qu'il a du train de la société, ayant réduit l'art de garder une épouse en tactique j^X la surveillance en systêmç. Il a réfléchi profondément sur les inconvénients de$ qualités du sexe; la- beauté l'expose par son trop d'éclat qui at^ire^ les séducteurs; l'esprit lui suggère des#çxcu3^&|ise5 tentations , et des supercheries pour y satisfaire : les talents ne lui servent qu'à l'e^virouper d'istdor^eurs, dangereux; le savoir Tinstruit de ce qu'il doit ignoirec décemnient; le goût du jimk ç^dç la toilette ^içi^A^ en passioq pour h dépçnsç, le luxe çt le jeu ,.qui coûtent cher à son honneur ; enjQn Arijolphe aimerait mieux ^ comme il l'exprime»
« Une laide bien sotte « Qu'une femme fort belle avec beaucoup d'esprit.
DE LITTERATURE. ai5
. ^ Chrysalde a beau lui opposer 1^ plus judicieuse rér flexion qu'on puisse faire sur qe point y
« Mais comment voulez -vous , après tout , qu'une béte « Puisse jamais savoir ce que c'est qu'être honnête ?
« Une femiie d*esppit pent trahir son devoir , « Mais U faut poor le moins qu'elle ose le vouloir ', « Et lsi stapide au sien peut manquer d'ordinaire « 69m en avoir l'envie e^ san# penser le faire.
TTimporte! Arnolphe est sourd à cet argument profond, et n'ëcoute que son entêtement jaloux. Possesseur d'une innocente dont il prit soin au sortir du berceau . il la circonvient de toutes les façons imaginables; la retraite dune maison champiêtre, des valets simples et rustiques, ^e tripla portas t)i/en verouillëjeis 9 sa seule présenoe «^ Ipgis , eu 1 wique société d'un chat , tout concourt à rendre Agnès idiote pour la canservation de sa p$H:faite ignorance. C'est peu que dTentourer sa personne de tant de précautions , il comprime son intelligence par mille frayeurs superstitieuses , et par autant de sottes pratiques. Rien de ^luis risible que ses sermons; rîeh de plus piquant que leur inutilité. Il c'est aucune sorte d'entraves dont il pe la gêne ^ aucune sorte de Uçns dont ' il ne la aeiT^ étroitÇjD^njl;. IVfeis U nati^re y qn'û veut par^tout cont^û^d^ ^ éll^ i ^cj^appe de tous côtés à ses efforts ; c^t Vamau^:, hi^^ makre babi)^ de ipette ignorante^ lui enseigné: fortiveoient et si bien ce qu'on lui cache , que, lui ouvrant Vespit par degrés , il confond k soieiice expérimentée de son Argus par
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les aveux d une ingénue qui le désole sans le vouloir ^ et qui , par un étonnant prodige d'invention comique, le poignarde coup sui* coup de ses traits de candeur et de naïveté.
La frénésie d'Amolphe s'accroît par les difficidtés même. Le péril qu il a couru ne lui paraît qu un avertissement de mieux surveiller lobjet de ses inquiétudes. Il fait gravement comparaître la jeune fille qu'il veut honorer du titre d'épouse : c'est dans ce moment que Tauteur , portant le ridicule à son comble , dicte au malheureux jaloux cette inimitable prédication dont les passages que je v^is citer ne vous sembleront ennuyeux ni superflus.
« Le mariage , Agnès , n'est point un badinage : « A â*austères'deToirs le rang de femme engage ;
f « Et vous n'y montez pas , à ce que je prétends , <t Pour être libertine et prendre du bon temps. « Votre sexe n'est là que pour la dépendance : « Du côté de la barbe est la tbute puissance. « Bien qu'on soit deux pioitiés de la société ,
,. . « Ces deux moitiés pourtant n'ont point d'alité : « L'une est moitié suprême, et l'autre subalterne; « L'une en tout est soumise à l'autre qui gouverne ; « Et ce que le soldat dans son devoir instruit , « Montre d*obéissance au chef qui le conduit , « Le valet à son înaitre. Un enfent à son père, « A son supérieur le moindre petit frèrp , « N'approche point encor de la docilité , « Et de l'obéissance , et de Thumilité , « Et du profond respect où la femme, doit être « Pour son mari , son chef, sop seigneur et son maître.
DE LITTÉRATURE. %ij
« Lorsqu'il jette sur elle un regard sérieux ,
« Son devoir aussitôt est de baisser les yeux ,
« Et de n*oser jamais le regarder en face
« Que quand d*un doux regard il lui veut faire grâce.
« C'est ce qu'entendent mal les femmes d'aujourd'hui :
n Mais ne vous gâtez pas sur l'exemple d*autrui.
« Songez qu'en vous faisant moitié de ma personne , « C'est mon honneur, Agnès, que je vous abandonne; « Que cet honneur est tendre , et se blesse de peu ; « Que sur un tel sujet il ne faut point de jeu ; « Et qu'il est aux enfers des chaudières bouillantes « Ou l'on plonge à jamais les femmes mal vivantes. « Ce que je vous dis là ne sont point des chansons ; « Et vous devez du cœur dévorer ces leçons.
« Si votre ame les suit , et fuit d'être coquette , « Elle sera toujours, comme un lys , blanche et nette : « Mais s'il faut qu'à l'honneur elle fasse un foux bond , « Elle deviendra lors noire comme un charbon ; I « Vous paraîtrez à tous un objet effroyable , « Et vous irez un jour , vrai partage du diable , a Bouillir dans les enfers à toute éternité , « Dont vous veuille garder la céleste bonté ! « Faites la révérence.
A ces mots , il tire de sa poche un petit manuel , non moins plaisant que sa harangue, intitulé les Maximes du mariage^ ou les deifoirs de Id femme mxiriéey avec son exercice journalier ; morceau composé de versets , dont chacun se termine par quelques moralités aussi risibles que le ton du rôle. Agnès le lit avec soumission; et ce qui couronné Tœuvre, c'est qu'Arnolphe lui fait prendre là de chastes leçons dont
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elle ne profitera que pour le bonheur d'un autre homme.
Le reste de la pièce ofiEre un continuel 4»pectacle de toutes les extravagances et de tous les transports fantasques où se peuvent égarer les plus honnêtes gens, lorsqu'ils, sont amoureux hors de saison, et qu'ils ont la peur d'être diipes. L'humeur soupçonneuse d'Amolphe l'expose à être ce qu'est i^anarelle ; aussi Test-il au dénouement : mais, quoiqu'il y manque une dernière façon, il en crève de rage, et l'oi^ ne le consolerait pas eu lui disant ainsi qii'à son confrère,
« Que ne Têtre qu*en herbe est pour lui doace chose.
Cette comédie^t un mod^l^ dans l'art de. pianier le ridicule atuiéné aux jalouses frénésies.
AnaiyM Daus la pîéce du Mariage Forcé ^ qu'il &ut citer en
Managt/oni. passaut , Ic même ridicule est touehé très-gaiement. Encore un Sganarelle; car ce nom, adopté par l'auteur, semblcAchez lui le synonyme décent de Tépithète redoutée des maris. La leçon porte sur le danger de la disproportion d'âges dans les alliances conjugales. Le nouveau Sganarelle n'est pas assez sage, ail bout de cjnquante-^trois ans^ pourvue pas vouloir épouser une demoiselle de dix<>neuf ans , et pour n'avoir pas besoin de consulter par-tout sur ce qui lui alrivera indubitablement : c'jest une chose exquise que de lui faire interroger la franchise d'un vieil ami pour en exiger une ii^onse qui l'approuve dans sa fantair aie : c'est une idée très4blle que de lui fairç demander à des BohémiecuMs, prophétesses de hazard> ce qui
sera ou ne sera pas de sa bonne aventure : mais c^est du comique par excellence que de l'adresser à ua docteur pyrrhonien , que de le choisir pour juge d'un tel cas , et que de lui faire dire en le questionnai^t sur Tarticle de son mariage.
« La fille qne je veux prendre est fort jeune et fort belle.
« — Il n*est pas impossible.
< — - Ferai-je bien ou mal de Tëponser ?
« — L'un ou Tautre.
« — Mais en Tépoosant je crains d*ètre cocu.
« — La chose est faisable.
« — Qu'en pensez- vous ?
« — Il n'y a pas d'impossibilité.
On ne poussa jamais la raillerie plus loin que de prendre pour conseil en cette matière à conjectures un arbitre de la secte pyrrhonienne, et que de demander sur un tel point une décision positive à un philosophe dont le système est de douter de tout. En même temps, jamais on ne se moqua mieux de la folie du doute quen l'appliquant à la conséquence certaine d'un hymen mal assorti. Le personnage ac« quiert enfin Tassuniaee de son avenir, en écoutant les propos de son honnête fiancée ; et lorsque son sort lui est bien confirmé , qu'il en est saisi d'épouvante , on l'oblige violemment, pour surcroît de ridicule , à consommer l'alhire et à subir l'influence de sa fâcheuse étoile. Le dénouement s'accomplit par un de ces traits saillants du génie de Molière : Allons , dit le beau-père, déchargé du soin de sa fille , nous réjouir et célébrer cet Iveureux mariage. Ces derniers mots sont le complément du comique.
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uTowî^ Je ne parlerai pas de George-Dandin , placé dans Dandin. j^ pj^^ cFuelle ct la plus risible des trois situations où ''^Fauteur r^résente les maris^Sgonarelles; celui-ci ne craint plus qu'on le sganarellise en herbe, ni autrement, il Test de toutes les façons : mais son ridicule ^ plus fort que tous les autres, est de ne point se résigner en silence à son accident, et de s obstiner, après se letre bien prouvé, à le prouver à tout le monde. Leçon directe au grand nombre de sots qui n'auraient pas tant à rougir des outrages qu'on leur fait s'ils ne les ébruitaient scandaleusement euxmêmes. On a remarqué, dans le Mariage forcée que la moralité se fonde sur les suites de l'inégalité d'âges ; on observe dans George^Dandin qu'elle réside dans les suites funestes de l'inégalité des conditions dans les mésalliances. Ainsi Molière imprimé toujours à la comédie une utilité générale , en i^dressant par la moquerie les torts les plus communs de la société.
C'est pourquoi, non moins habile à traiter les ridicules étemels du genre de celui dont nous venons de parler, que les ridicules éphémères pareils à ceux, qu'il railla dans ses Précieuses , dans ses Mascardles , dans sa comtesse d^Escarbagnas , il s'attira tant d'ennemis qu'atteignait l'étendue de ces censures. Le nombre s'en accrut tellement , dès son entrée dans la carrière théâtrale , qu'il se crut obligé de s'en défendre en les satirisant. Les interlocuteurs de V Impromptu de Versailles se parlent en ces termes du succès qu'obtiendra certaine comédie composée pour le punir.
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« Le railleur sera raillé.
« — Cela lui apprendra à vouloir satiriser tout. Comment? « cet impertinent ne veut pas que les femmes aient de l'es- « prit r il condamne toutes nos expressions élevées , et pré* «tend que nous parlions toujours terre à terre I
« — Le langage n*est rien ; mais il censure tous nos attache*
«ments, quelque innocents qu'ils puissent être
' « «^ Il n*y a pas une femme qui puisse plus rien faire. « Que ne laisse-t-il en repos nos maris , sans leur ouvrir les «yeux 9 et leur faire prendre garde à des choses dont ils ne « s'avisent pas ?.
«,— La représentation de cette comédie (celle du Portrait « du Peintre , dirigée cpntre Molière) , aura besoin d'être « appuyée , et les comédiens de l'hôtel
«c — Mon Dieu ! qu'ils n'appréhendent rien. Trop de gens « sont intéressés à la trouver belle. Je vous laisse à penser « si tous ceux qui se croient satirisés par Molière ne pren- « dront point l'occasion de se venger de lui, en applaudis- « sant à cette comédie.
« — Sans doute ; et pour moi je réponds de douze mar- « quis y de six précieuses , de vingt coquettes , et de trente « cocus , qui ne manqueront pas d'y battre les mains. En effet , « pourquoi aller offenser toutes ces personnes-là, et particulier t rement les cocus, qui sont les meilleures gens du monde?
Pourquoi ? diseiit-ils : parce que le mal que je nommerais , si j'osais de nouveau me servir du vieux terme de notre bon Molière et du simple La Fontaine, ce mal d opinion } dis-je, ouvre la mine la plus riche à exploiter en situations comiques , le meilleur magasin de plaisanteries, le champ le plus fertile en galantes intrigues , en aventures agréables , en sui^prises piquantes^ en quolibets divertissants , et en tours
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d'adresse multipliés par la contrainte, la mse et l'araour. Devais-je m'étendre moins longuement sur les applications de ce ridicule, le plus ordinaire et le plus universellement répandu , tant chez les n<Mes que chez les bourgeois , grâce aux moeurs pures du siècle dernier où l'on aflfecta le scrupule de n'en pins même prononcer le nom , et où Ton n*avait de chaste que les oreilles. Mais que dis-je ? aujourd'hui, messieurs , peut-être est-ce une erreur de ma part que de-revendiquer ce ridicule en faveur de la oomëdie. C'est aller trop loin sans doute , et je recoiuuàf -d'avance mon tort, ayant peur, eoiikime on le sait, de Ai'attirer les critiques. On aurait à m'objecter qu'une sage révolution dans nos mœurs a supprimé Tépithète qui scandalisait, parce que, son objet n^eristant ph» j die ne porte plus sur rien. Les confirères de Sganarelle, on sont-ils maintenant ? D n'j en a plus; on ne voit plus en notre temps de ces maris dupés : en vain je regarde de tous côtés dans le monde, en vain je les dierche.... Ce qui reste de leur espèce , vraiment devenue ai rare , tût qu^il en est dVDe cxioune de ces races perdues qui vivaient dans les àgea reculés , et dont les naturalistes retrouvent en témcHgnages quelques débris échappés au temps qui les a détruites. Enfin me voilà quitte de Tembanas d'en parler : Fissons a dautres ridicules; il me tardait de sortir de la route épineuse où m*enga|^t cdui-ci. Heureux qui sait esquiver le mot et la chose, le plus vite et le mieux possible !
Outre les vaines craintes qui tourmentent les hommes dans leurs jalousies amoureuses et pour
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leur honneur conjugal , ils s'agitent d autant d'alarmes pour leurs biens et pour leur vie. Ces faiblesses ]^oduisent encore les ridicules éternels de Tintéfét, de l'avarice , et de la confiance aveugle à la médecine. En l'tine de ces sources Plante avait autrefois puisé thei les Latins les couIeur%4ont il peignit son avare. De toutes les pièces latines VAtdularia méritait le mieux ^ètxe imitée par un grand martre. Le ridicule de l'avarice y est fortement empreint sur la figure du vieil Euclion : Les principaux ^traits de ce r61e se retrouvent dans les dialogues d'Harpagon et de ses valets. On ne peut nier même que l'auteur fiançais, à qui les plus frappantes scènes ne sont pas échappées, ait ta tort de ne point s'empaiier de la scène exquise x>èL l'opulent Mégafdot^ propose à Eudion d'épouser M f^lle sans Aùt : c'est dè-là qu'il a tiré l'expression répétée de ce motif qui détermine Ifar pagon à marier la sienne , lorsque le vieillard oppose à toutes les raisons qu'on lui donne contre cet hymen, ce seul re^ firain , sam dftt ! Exolafnation risible y il est irai , mais qui ne inippléé ^'à demi au développement par£adt de la scène originale. Néanmoins l'Euclion de Plante n'est que le p<Mtrait d'un avare , Itftidis ^^ l'HarpagOii de Molière ^ et les personnages qui T^tourent , sont le tableau cpmplet de l'avarice. Le poète latin met son personnajfe ,iians l'isolement et dans la médiocrité qui nécessite ou peut, excuser ses épargnes : le poète français, au contraire, le place dans une maison riche, danis un état aisé, où les occasions de dépenses deviennent autant dé lormres pour lui : il ne néglige pas la peintture des désoidretf *ài da &Ue , ni la
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circonstance d*un mariage qui 1 oblige à des frais extraordinaires ; il enchérit sur son modèle , en offrant .Valtitude de son avare entre deux enfants de lun et de lautre sexe , qu il laisse dans le dénuement , et dont il abandonne sans soin l'éducation et les mœurs au hasard qui les dérangé tous deux. Le, nombre de ses serviteurs, son intendant, son cocher, ses che» vaux, son train forcé, ses somptuosités indispensables^ son avidité usuraire, les nécessités de sa famille , et sa- manie de choisir une belle-mère à ses enfants^ sont autant de ressorts qui ne le meuvent pas moins plaisamment que Finquiétude continuelle de se voir voler sa cassette. Concluons que l'application du ridicule est plus complète chez Molière que chez Plante, et qu'en ceci l'excellence appartient à l'imita» teur. Son exemple , d'ailleurs , nous enseigne qu'il ne faïut jamais oublier de bien montrer Todieux du vice, en représentant son infamie de manière qu'il plaise ou égayé; car c'est détourner Tart de son but que de ne pas prendre cette précaution. Destouches aussi, dans la pièce du Dissipateur ^ introduit un avare : mais les connaisseurs n'approuvent pas . les applaudissements accordés à cette tirade de son Gér Tonte , quoique le sens en soit ironique :
« Plus on aime Pargent, et moins on a de vices. « Le soin d'en amasser occnpe tout le cœur, « £t quiconque sV livre y trouve son bonheur. « Un ami qii*on implore ou refuse ou chancelle ; « L'argent est un ami toujours prompt et fidèle. . - « Le plaisir d'entasser vaut seal tous les plaisirs.
« Dès qu'on sait que Ton peut remplir tous ses désirs.
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« Qa*on en a les moyens, notre amé est satisfaite. « De tout ce qne je vois je puis: faire l'empiété , « Et cela me suffit. J*adn^ire un beau château : « Il ne tiendrait qu*à moi d'en avoir un plus beau y « Me dis-je ; j'aperçois une femme charmante: « Je l'aurai , si je veux ; et cela me contente. « Enfin ce que le monde a de plus précieux , « Mon coffre le renferme , et je l'ai sous les yeux ^ «Sous ma main; et y par -là, l'avarice qu'on blâme « Est le plaisir des sens et le charme de Tame.
Ce morceau n^est pas d*un bon comique , bien que la pensée en pubse être vraie relativement aux avares, en ce qu^il explique leurs secrètes jouissances ; iliais les paroles d'Harpagon n expriment que l'idée de letur turpitude, et n exposent que leurs honteux supplice^.
Si noua revenons au, principe originairement posé, que les conditions de Fart dramatique dérivent toutes du cœur de l'homme, nous en tirerons celle du nVft*culcy Tune des plus essentielles de la comédie. Le ridicule naît en nous de nos passions : celui de la jnlousie soupçonneuse vient de Famour : celui de Tav^rice inquiète et défiante résulte de l'intéi^t : celui de la peur des maladies et de la crédulité aux renièdéstient à notre excès d'attachement à la vie» Voifà dfs ridicules de tous les temps ; car les hommes ém)t toujours exposés à perdre leur femme ou leur maîtresse par des infidélités, leur or par des larcins, leur santé par des accidents, se fatiguent sans cesse l'esprit d'alarmes chimériques : il est bon de railler en eux ces dangereuses manies, pour les en guérir. Le s^eiU titre du Malade imaginaire atteste que-MoIière, t(HH:
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chant le point le phi» fin de son art^ fut un vëiitable ipédecin de Tespriti en oompoiant cette fameuse satire contre la médecine. Le bon homme Argant, qu'il met sur la scène, n'est pas un portrait singulier qu'il doive au hazard et qu il ait tracé de fantaisie : c'est le modèle de ces gens pusillanimes qui, ne comptant point sur les forces naturelles du corps, émus avec effroi de ses secousses nécessaires et de ses révolutions habituelles, sç regardent à Tintérieur en frémissant , traitent comme des maux les alternatives de la santé, s'observent, s'écoutent, ii*osent exister par eux-mêmes, se prémunissent contve les maladies qu'ils n'ont pas , s'accablent de la maladie des médicaments , et ne se fiant plus aux ressources de la vie^ ne vivent plus que par artifice. Leur infirmité n*est qu'en leur ame , et la gaf té de la comédie essaya salutairement d'en opérer la cure, en livrant Argant au ridicule, et en le faisant figurer au milieu de son appareil d*oreillers et de seringues, et dans son cortège de docteurs Purgons, de docteurs Diafoims, de messieurs Fleurants , et de conseillers testamentaires. AaiJogie La risiUe cérémonie de la réception d'Argant dans tmpioyé* ptf le docte corps de la faculté , où l'ignorance du bon»
H ol Utea et par % ^% i « i
i^«^pi«fi»M. homme est figurément couronnée du bonnet de médecin et revêtue de la robe doctorale; le patois latin :tfBLfm lui chante en chœur; ses réponses notées, et les joyeuses évolutions des apothicaires , tout rap* p^le vers le dénouement de la pièce les chœurs satiriques et les parodies d'Aristophane, à qui Molière ne dédaigna pas de faire quelques emprunts, et dont je vous annonçai qu'il portait les traits de ressem-
fil^mm^ 1^ jSiatjf^ q^î »i w ïes pjB^mîf Ff y r^bwsse lie av3^ s^çpf^^s^ et pe kli 9'iiiul prppcf^ qtt> I^A^p^^ le §p^aç}^ f}iipe i^pfcilBl^ 4^pi$i4>P ; le^. i|^Q(Hk4s! «er
lui 4 uue i^i|qpe9le ex^r^i^^gii^ii^ ^ f^ ^c^Uit «^Né«l9nies plai^eiE^t pow'ti^pt XmP^ ^% VjlM'^ pair (ejLir AwHTr le$({ijie pcNiiipe , et r^»mvfil4enl %m 9f^t99 Hh^yHi^. If
gui pe s'^ftp^qji^^if p^ s^ i9ffe|^ ^m ^^ ^w:|.gi:îWwU exemp]e$f
Ce bx\, 4e ^ F^^fuf^ et de h ^^M^i «n^lloljère apprijt à traip^v Jie lidÀc^lf 4»^ $npinei»f , et j^ fi4iaute éterniel : ce fut 4*Afi»t«iphw^ V^'A (9i»t)f liiiiHft Je. «er çfet de trai^ le ridiçju4^ g4^«l*l>» ïpes-»4î«wr* 4^ ridicule paitipuliei^^ ep <p(» gv^ «rtwr^ t^urfi§J^ singularités ipdiyi4Hpl|^, ep; q^ râ^^Hufi epih*A«siÂe^ fractions entière^ 4^ }a sppipté » j^eHe# «SI? W ^Wfê 4iP la médecine, la spfît^ 4«» byfWfl^es, laup^m^^iei^ )a bourgepUie. 4xi|»t/op)i^u>^ r<^4ftMtA 4ani^tef Q8rf4if
4e$ iVWw le h9^vQp9^^ s^ç^aib, m^M ^^ ïmm
de sinst^i^îjje d^h^f^tes #pé<^MU4iip^ 4^ pWJp^^^Kii, et recevant 4e &QPf?rte de^ lei^QV^ §|i£ ie m^owUR^'ejt le féminij^, sur J^ jjuyçt^ ^t J'i?îi).uste, 4Uf b y^eiKI^ieit npuyelle lupe,, sur )^ ï»^Hr<9 4h s|ji« 4'«P# f ^f»j| leçons àrpeu-prèf p^r^illfs^ à pdles q!ji(!^«,4ftiliil? pièflf du Bourgeois'Gentil'homme^ M. Jo}ir4^in prefi4 40ilKMi
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maître en philosophie sur la grammaire, sur la prononoation des voyelles, et des syllabes , et sur ralma** nach, où il cherche h savoir pumd il jr a de la lime etqmmdil n*jr en a point. Strépsiade , trop vieux pour être un bon disciple, n^a niTentendement mieux ouvert, ni la mémoire plus s&re que M. Jourdain. Enchantes tous deux des belles choses qu'on leur exjdique , f un s*en va les répéter de travers à Philippide, son fils, qui le croit devenu fou; et l'autre récite i rebours les enfantillages dont il s'émerveille , à sa femme , et à sa servante Nicole , qui lui croient Fesprit tourné. Cette imitation est évidente , et celle qui s*y joint n'est pas moins ranarquable : le ridicule imprimé dans la pièce grecque porte moins sur le bourgeois que sur la secte entière des sophistes, figurée en la personne de Socrate, que le poète accusait faussement de se perdre dans les nues , et d*6telr le sens commun et la droiture au peuple par ses subtilités et ses rêveries élevées ; de même, le ricficule imprimé dans la pièce firançaiae porte moins sur le bourgeois qoft sur les mœurs déréglées de la cour toute entière, ^figurée &ï la personne d'un chevalier admis dans la chambre du roi, que le poète accuse dln^irer aux peciles gens k manie de singer ses grands airs et son &st9,eC qn*il raille de descendre aux familiarités avec la pins honnête classe du peuple pour lui offiir un ■wdèle ysXl de bassesse et de firiponnerie insolente. La amgulartté de M. Jourdain est prise dans le ridicule paiticiilier ; car rauteur raille un bourgms et non la bourgeoisie, puisque sa femme, née dans la •nème classe que hù, ne rot^t point d*agir et de
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parler comme une simple marchande t[ui n'a pas hcmte 4e son commerce, et veut, en choisissant jk sa fille un mari de sa condition, pouToir,l6 pUper A taUe à son côte, et lui dire librement, Mittez^-vous làymortr gendre, et dînez avec moif
Gléonjte nest pas moins homme de bon sens et>dè bonnes mœutSi quoiqu^il aTOuefinnchemeitfcpi'il n'est point gentilhomme. L^enjouée Nicole est une fc|mme 4u peuple, et Molière en a £û| la raison méme.M. Jourdain, lui seul, se ridiculise par ses travers d'^pi^t, par son costume, par ses gaucheries , par son éducation de grand seigneur ; Molière satirise encore ç0lle-ci, ^n insinuant que cette éducation |ie consiste «qu'en puérilités, qu^en pas de danse, qu'en révérences,i)en salutations et en compliments, et sur*tout en l!art da l'escrime , par lequel on n*appi;en4 la tierce et la carte que pour se mettre bravement à couvert, et Umrson homme h coup sûr. Lès manières et Findustrie .du chevalier , objet des admiratiop^ de M. Jouk*dain, sont prises au contraire dans le ridici^ général; car Vau« teur, en faisant de son homme de cour un agréable dissolu, impertinent et xnpqueur,.ne prend nul soin de placer en contraste quelque honndte persoiupage. du même rang ; mais il associe au chevalicF une marquise entretenue par lui aux frais du bourgeoUqu'iL trompe , qu'il joue et qu'il vple, devant qui mâmie il. se dégrade , jusqu'à le servir eii spni du prince « et dont îl emprunte et mange font l'argent, en affectai^t de lui faire grand honneur, de le traire^ ainsi que le dit l)onnement madame Jourdain , comme sa vache a lait*
a^ CÔTTR^ Àl^ÀLYTÏQUE
*«Ii«bC 4i^ àéjttgét, (t^fti^ Utt tel emnèn, pourifûM attCé pèUDé^ié^vH dâlM^ ft la bàtitë Société des grcMftt ^ V^!)fi|illl^) ëf «le dftt ^làiile qn^u roi et qu'au pViMte ^ ^M oonfMisèAiMt lé fdhà des choses. Cette inimitable satire attalijttèy éli èfli^, plutôt les tîeé^do k âaidës^ de iJo«# t^ les Hdièidei de la kNit^i«|rilf<f«;<!tefl« fov^'à là ikVèttr d'ttft tiiié qdi wmfk MV àM ^^ériitâ>)ë si!^ët^ t|uë Mbli^ Et passer cttto Mço» vi^UI<eUiië èf (pléilii'é d'attdÀcé, b&ijë dë^ vdits te ^êaim ék «à pliiloïièpKie ^èpttlaifë; Sm subtil génie «t^il mi diUm ëgAlë idt'éMs eii iébttiik>!iàtit la conuldilè 'Ùé Hëùf^Dakéè^j lorqtié, traçant monsieur et tHàchHM âe SbIMtilië, il g^éralisa si botifFoniieimèttt^*dlttl!$ leUkrs {^eiMiinès, Vigàcftsûoé grossière ^ la ]lM^% êèê IgeéûWiLtMi^ «et Jes j>réj[u^s kbsutdes et bnfliaitt de toute ta Mbfesse de pToViticè. Il est ua ob}4t plu» gràVè doétjMl tiscùU Tëiainën ta terme de mes iDÇotts «ur la ébittëdte : l'InstàUt n'est jias venu pour min d« dé^éfpper iés sUl^fiitiités «t les pftàFondrais de km dxcfJfdkiti^ ctHitfe là setiië ittdëi^èiniblèide l'itopiMU)^. TëMiié-flbuii-en làvbt reconnaissdiis (jm IViittoenI léffèl dès ëuiir»^ dfe det auteur inpptéeild}I« «âMdlè dé hl haute ]^bH:ëe dé ies Tttes, qui aaiaiSMiMbl ët^ëtleti^iëfkt à-Iâ*fbis lé système en* tier: de la eitUisétibfi , èi ^dos les dër^ements de rordré sotùll, »Aï daM sëé firaétibi^S) Sbit dans sa totalité. L^s fVajVfMmts âehkples que nîMs aVoiis ttirés de ses oomëdiéi hou^ léiélàiï^i âssëz Sn^ la itiatoiëre d'exposer phiIosophi<|UeiWeiii au théâtre les quatre principales espèces dd ridicule.
DE LïTTÉAATtm!?. "» a^i
SECONDE PARTIE