VINGTIÈME SÉANCE
Sur lèi càrkùtèhè^ tàmtquës; ihf tèù'rs éipèces; iùy les baisions, et sur les. moeurs.
iftSSIEURSv
Lb reproche qtt'en â s6avMt fàkt âUt tkvima$ deë traités élénenuirei 5 d'adopter de «okifiniiDe Idâi më-^ tfaodes reçues^ sans les «n>ir râisouttëeft, et de ne composa: leurs lÎTres qttaTeé d^àiitfesliVfi^^ tieddtt pas nbtu pousser i rechercher plutôt le âoavMiU ^e ki' Vr^ et.qùto le bon<) dans M coûts draniailiquèV Notre dessein «hnt ;se bonter à reftiplir Ie$ lacuAé» quWaperçoit dans le» règles; d4* l'art > et chaque fe^ que noUâ ttoUYOlis le» fïrividpM justement 'èijKysèi dans un outrage , ce serait une ^ttJs Tataitë 'que de ne vouloir pas efi citer les dëvdOppetnenia , et tjùe d-y suppléer par des idéeci brig;inal69 y ou de tibus eh at^pro* prier les définitions t notre seul mérite , éii lés iéni-' ployant, ne peut consister qll>èn une autre )rédkctiôn dies choses utiles à recueiHhr , plus convenablement Adaptée à la marche que noiis avons suivie.
Je n'omettilii donè pokit, dans ce travail, les bons
a3!ï COURS ANALYTIQUE
éléments que nie fiDurnit le .Traite de Fart de la €Ck Ip'^d* mëdie , que Cailhava nous laissa en témoignage de son rtu« ..voir, e.«te»^périence, de ^pratique .u théàu,. iw2!^^« Jaloux de compléter mon système d analyse, et non de • eoon. gingulariser ma doctrine > je me félicite de trouver dans la chaîne des matières que divisent les chapitres de cet auteur, Fun des plus pniïtonts anneaux de la classification détfdllée que j'espère enfin établir. Ce qu'il
*c!!ltlaL. cï^plîq"^ swla conditÎQu des CAKACTsaBSid^slacor médie, comprend ce que j'aurais de meilleur à tous dire; si j'en diffère, ce ne sera ni dans les principes qu'il énonce, ni dans les applications qu'il en démontre, mais dans le choix de quelques exemples que j'ajouterai aux siens. U commence par réfuter trèssensément l'opinion, qui attribue aux Français I«^ ghwé 4'il¥pir inventé les pièces de caractère, c*est:4à»'dirr c§Ues où Je rciisort d'un caiaetère de tous let temps 4 Qlidtt mome<irt;, soujtiûnt et: fait mouvoir la/maolnoe oomique par. S4 fOule /action.. Les tijtres que lettavnp^ 99us:%.fcansmis, de trois^pièces de Manandim» UM que le Çu/^rOitieusoij Courage de Liàii^ etrjSammidm. ^u^uneSihn sarveiM^.d^>pi^âsuèfe preuve :.U]W'déill^ plusieurs aut;^:es d0s ^^pôques où briUa le ÂéètR^ ff»fy L'ancieniie copi44i^9 ^» -iiQ^mantJft nmptMJUkeiLlm généraux . qu'elle osait jptier> «teùt ppint irotoé. do f*^Qurces en leur ^ule (di^e^min^^Qn peraonpefle | si la pieinture de leun hu|n«^rsQt de leui^ dé&uts. n'eilkl produit le jeu piquant qui r^sultail dQ Uw9,oa;raetèré^ représentés; la moyenne coiaéd^e.) en:$e.c<H» vra9t.de masques ressemblants ^uy: personnes qi|*^Ie avait perdu le droit de nommer» eut eiicpi:efpUi9;Jb#soi|i de
DE LITTÉRATURE. a33
■firokation fidèle de leurs travers et- deJ^urs TÏceày .que' n eussent pu Mre reconnaître leurs seules figures* Enfin la comédie ;modeme> à laquelle furent in ter* dites les désignations individuelles'» s'abstenant des noms et des portraits particuliers, fut nécessairement Bédniie è ne caractériser, que des traits généraux re- ^KmÉtis de toms les hommes , ou des citoyens dune nation. Tel fut sans doute le genre élevé du poète Ménandre^ nous n^oserions affirmer quEpicharme de Sicile ait suivi le même; car les imitations ^.que Plaute a. flûtes de ses pièces, nous invitent i croire qu*il ne traile que la coiùédîe d'intrigue. Piaute embrassa les devm espèces ainsi . que Térence. L4ubUaria et la Miles gloriosus de l'un, et \eè jidfilphes de l'autre, en font paiement foi , puisque des Ade^h&s sortirent les 4^ux frè/res de rjBpc^^ des Matis\f que ÏÂubdaite contient le Qrpe original .du rôle d'HarpagdiL, et que \è Soldat Fanfanpn pût servir de premier modèle aus nombreux matamores dont les auteurs espagnols nâul* tiplièjçent tant de. fois les copies dans leurs intrigues théàtii^les. GetçL oi ^édament encore la priorité sur nous par la création 4u MMtewr^ dmit s'empara si beiija*eusem9nt Pierrer CprtieiUe » par odle du Princê JfUo^XJspfi pass|i.<;h,ea 1^* comiques :de riiaUe,et que Molière tenta d'emprunter à leur Hercole Bentivoglio,» pour le reproduire en Dam Garcia de Navarre. Pour* rions-nou^ onl^liitr jfitô œ m^me auteur , et que Tho^ mas Corneille, qui verçifiot la prose de son Festin de Pierre , furent , tous 4eux .redevables :ai»x. muséiB ^e TEspi^gn^ di| I)çm \Jwvi^ Trampmr dei\Séiallç ^ ifox'tr^%PQ0sjn9pÙ..AQ l'AlM^l lluni«ilè)reip»rieiJseUenoeien
a34 COURS ANALYTIQUE
ce qu'il appartient à touB les sièt^les et à Funivers, et qae^ traduit dans toutes les langues, on la joué die» toutes les oatîonâ. avec iin roétne. succès.
wLe but de la €iomédie,>4li( Gàilhava^ ëtaint de « pliôre aus;hommes,.ét de les itoidr^imeilleurs^jn « leur présentant leurs défauts^il est bien plus flaittém « de rendre ce double service et à ses <}onipattiot8S «et aux étran|[ers. » -, ••♦' ' ■
J'obserréral ^ 9iarcek,qa*entre toutes les comédies du j^tnde y It Tartufe^ lui seul, attcont aussi fl^itemeilt à ce but^qùele Dom Juan. Ces-deux caractèvés^ également marquélr^ ont -un effet ëgaletnent uqiv%lMll et frappant; ims AeuiL sont saisis atix points éxtrêiues du plus grand et du ^os dangeteux vice des borame» : cAr on «le sait lequel on a le plus lieu de icraindré d'iiii ktkéè sabandoiUbant sans ^mn à ses passaoïls brutales, et que b^arrétent ni tel- peur de^ diâtittients ni les Ttawrds^ oa.d'Àn ifnpotMUl* qui, lioh îhoinÉ ehdupéi dan^ une iuovédiilité qué^ pH^UVé sôU* hypè^- 4acisîé, oou'vni sa méchanceté d'iAi ëcfiêti^ masque de zèlè^^t 'se met à eovrert des supj^liéteS qfWit Wé^ rite , sousl*aiNn')sacré d'Iibe^ teligiont Ge& déUt cèli* uaires peuiiènt seqls rWalteer l'un éVe^ Fiiutt^'^ par rjiorreur pàIrèiUe qu^il» inspirent ^^«t iè désèi^df'e égaf qai\^ jettent dans le môndCi ' ! * .:• c
• ..«. Un ouTf&gê, où dbs ti^iti généraux s6ht iiti- « pHmés ^ dit GailhaTa ^ passe 1^6 ' fifôUtièrt» y et lé « nom dé Tauteur avec kii....w^: .... «
^« Nousi avons des caractères généi^u& si bieà atrti» «tnlé^V si .bien prononcés, qu*il n*ést quunè.sxâule f nianière de -let ;peiwdre à toiift^ les yeux. .Léè- ëutres
DE LITTÉRATURE; aî5
« demandent à être pl^ârfÀtës hVéë êek ëétiléUrs dif- «fji^hté^r, séim !és dltërÀ pèffis ëfl idte fait; leuts « jkirtràitàf. •
«r Je défié, pér èièM^Ië,^e àsths (Jiiëlqué pays que « c!é ^oit, roh puisse peihdtê tiii tAâlàde Imaginaire, « et corrigêi* Si*s paMib , si lV>h ne le lltfè aux per- «rsônheis qili^ ^àr i^tMàiiàé oM par èhatlatanisitié , « entretiehnéht sa manié et le fétiâém enfin Tiictime « de leut àtt. Au lied (Uti'tih M peiht â Rriii ne tès^ « semblera point du tbîit à un ht de Ldndreé. Gepéii- « dant la fatuité, ^Ubique plus l^rèche^ certains peu- « plfes , est cbnhUé de hVUt^ leâ hktibns ^dlicéeè. »
Renvoyohé l'ëiéUdèii àê céé difrâréi^cës , ainsi que les partic^lfiirité^ dé^ earactère» de pt*oféÀsiM , à Far* tidé de la it^itidition dés nMUrs datis la eoMëdie. Ce soin de séparer aiilsi luHè dé râutife les pai^ties éléméhtaires^ pèiit seul réiMLn<ire là clarté sut les règles spéciales c[tié hàU& vôulôhs fiter; f é retiens donc à la définition diès'quèti:e espèéès decâriaictëres priiici'-' paux , accessoires ^ parèi^ i eux <^ înéthes , et cbàtigéants. ' '
Les prirttîïpaùk Abfat éëut dëtit les qUâlHés lie par-* ^;^T7, ticipeht d'aUcuné tatre, qui tiëhfieht d*éUx sédls leui^ travers etleuris iîMaïiies, et dont le vide bti le ridicule prend ses racines au .fdhd du èoèùr humain. Les ca* ractères accessoires sont ceux qui dérivent des premiers , comme les tnots composés sortent des radicaux ^ ou les nuazïces, des couleurs primitives^
Le^ caractères pareils à eux-mêmes sont ceux dont l'action et les pensées ne se défiiéntetit jditoai^jet <^cii, dans- toutes les circonstahces , se dîrigeVît en -Vertu
canct^r«s coim<|aei.
a36 COURS ANALYTIQUE
d'une impulsion qui leur est propre, ou d'un système donOeur esprit ne peut se débarrasser : leur nature les rend incorrigibles , et la comédie manque son but en les faisant dévier de leurs mêmes directions *nécessaires. Les caractères changeants sont ceux qui , n'ayant rien de constant que leur continuelle fléxi* bilité aux impressions diverses de Tintérét ou du hasard, passent toiir-à-tour aux variations les plus contraires, sans le sentir et sans le vouloir. Prenons d« les exemples. Alceste est vertueux, loyal en ses engagemens, fidèle .en ses amitiés, sensible en ses amours, sincère dans le commerce du monde; mais la plupart des hommes ont abusé de ses qualités pour lui nuire, il les a vus tromper les autres , et le qiectade de la corruption générale, dont il ne sent pas son cœur atteint, lui persuade que le temps présent est pins vicieux que le siècle passé, que la race humaine est g&tée à jamais , qu'on ne saurait plus vivre avec elle «ans se souiller soi-même. Dès-lors son courage veut rompre en visière avec tout le genre humain; sa générosité préfère essuyer la perte d'un juste procès i le. gagner par des solliciurion» que la prudence lui commande ; son désespoir, enfin, l'oblige à s'exiler, sans retour de la société, dont tous les sentiments lui paraissent fardés, menteurs et perfides. Oui, s'écrie-* t-il, en entrant sur la scène :
« Je hais tons les hommes :
« Les uns , parce qu'ils sont méchants! et mal&isants; • Et les autres , pouir être BxaL méchants complaisants , f-Et n'avoir pas pour eux ces haines vigoureuses /i Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.
<i De cette complaisance on Toit l'injuste excès
« Ponr le franc scëlërat avec qui j*ai procès. -
« An travers de son masque on voit à plein le triiitre ,
n Far-tout û, est conna pour tout ce qu'il peut être;
« £t ses roulements d'yeux, et son ton radouci,
• N'imposent qu'à des gens qui ne sont pa» d'id.
« On sait que ce pied-plat, digne qu'on le confonde,
« Par de sales emplois s'est poussé dans le monde;
« Et que par eux son sort, de splendeur revêtu ,
« Fait gronder le mérite et rougir la vertu.
« Quelques titres honteux qu'en tons lieux on lui donne,
« Son misérable honneur ne voit pour 'lui personne :
« Nommes le fourb^, inf&me , et scélérat maudit ,
« Tout le monde en convient, et nul n'y contredit.
« Cependant sa grin^ice est par-tout bien venue ,
« On l'accueille, on lui rit, par-tout il s'insinue;
« Et s'il est par la brigue un rang a disputer,
« Sur le plus honnête homme on le voit l'emporter.
« Têtebleu ? ce me sont de mortelles blessures
« De voir qu'avec le vice on garde des mesures;
« Et par-fois il me prend des mouvements soudains
« De fuir dans un désert l'approche des humains.
Telle est Texpreasiôn d*un caractère principal ; car elle sort du fonds de probité d'un homme à qui les dérèglements publics inspirent la misanthropie. Or les hommes de quelques pays et de quelques temps qu!ib soient, seront frappés de son langage. Ils ont tous les mêmes pensées dans Famé, et bien que nous ne les fassions pas , avec imprudence , éclater comme lui , nous répondons tacitement chacun à ces sentiments par les nôtres ; il n'est pas de citoyens qui ne voient tous les jours tel ou tel coquin redouté , comparable au scé-
2i« COURS ANALYTIQUE
lérat dont $e plaiat ^^Ice^t^ç^ at jio^ p^QW fêté» non moins acciécUtié, fiçfi i|)iHi^^Plt>144i&gfftff^fA4^onneurs. Noire indigtt»ti0O M»él0 A^iftft WMî en accord avec le courroux du niâsan/dutppeç«r«iià par quoi nous saisit universellement ee personnage. Sî ia fme de ces objets hideux (échauffait autant notre bile, si nous n'avions pas plus de flegme et de modération , si nous voulions fuir le monde à i^aspect des injustices, et vivre solitaires^ préférableoient ^ tqlérer le9 méchants autour dp nous , il ne rçste^ait jb^entdt plus un seul honnête bqroii^e d^i^ 1|^ viUe i j»^i^ l^fi 4*aToir cette fièvre ^e Ter^i , fioip pxen^giiM V'ç^-^lf^f^ I^ v^^^ en patience; Hf^^prf^ fMM>/l J çQPf^^^fmi^ iq^^ par un surcroît de soeiabiltté exemplidne : e-eitt en quoi nous différons du misantbmpe, et ee qui «n iîiît mi caractère unique et principal.
Celui-ci, d un bout àTautre, remplît les cinq acte/ de Molière, sans que sa présence prodiguée atténue le mouvement théâtral qu'il produit par-tout. La raison en est simple; c'est qu'il est v.éhémen|;, expansif , exalté ; que ses sentiments , loin de se contenir , tendent violemipent à s'exhaler au*dehqrs : il eo est de même d^Harpagon , dont rinqiiîétude active ne peut se réprin^er. De tels itâies portent toujours la chaleur avec eux, tant qu'ils se dévidoppeat. Au conlaire, le personnage d% ncchant fut mid ii^isi pa9 Gresset, pour caractèœ priiocipal , puisqu^il en & i'unîque support de sa flcunédie. La méchaniseté , nécessairement contrainte et mesucée, ne se répand <qu*»rec une sotte de réserve qui refooidit l'action. Ce q^e Cléon jexprime de malignité, dans ses amères s^atires, ne part que de
DE LITTÉRATURE. aSg
0O1I esprit : on hait ce qui sort de sa bouche. Mais ce qu eicprime Âlceste émane de son cœur : on aime à Tentendre , et le feu de ses publiques censures se corn* munique à tous.lef» spectateurs, qu'échauffe son indignation allumée. Il iaut , dans l'économie des caractères, faire attention à ces diversités; Molière ne s'y trompa jamais. On remarquera que lorsqu'il traita YImposteur il se garda de faire abus de laspect du Tartufe^ dont les mœuf« comprimées auraient glacé la scène , s'il ne leùt fréquemment reculé dans le fond du tableau. La pièce de Fabre-d'E^lantine^ intitulée : Suite du Misanthrope ou le PfàUnte de Molière . me CrUiqne
* 'du caradcre
fournit une occasion de mettre en évidence la supé- J'AJceite d«n.
*■ U oomedie de
riorité de l'auteur que je commente ici. Cette pièce, ^.Jj^jj^, toute belle qu'ette est par sa simple et forte contexture^et par le dessin de ses caractères , manque pour^ tant à son titre. Le misanthrope n'y est point caractérisé , mais Thomme probe et généreux : le Philinte n'y est point le personnage raisonnable en opposition avec ^cAste, mais l'égoïste : et certes , jamais on ne le peignit plus théâtralement. Néanmoins je ne puis reconnaître spécialement lemisaniiirope dans un ly>mme que courrouce la ruine d'une fiamîUe opprimée, et qui , rempli de l'espoir du triomphe de la justice au milieu des hommes, s'élance au secours des malheureux , plaide leur cause à ses risques et périls , et la gagne victorieusement. Nombre de gens zélés en feraient autant s'ils comptaient ainsi sur la valeur du droit et de l'équité. L'action de celui qui se jette à la nage pour sauver d'un torrent l'homme qui s'y noie, n'est point^particulièrement celle d'un misanthrope ,
»4o COURS ANALYTIQUE
iqais plutôt d^an philanthrope charitable enren sent prochain. Je n^aperçois là nul ridicule. L'Aiceste dt Molière, qui prévoit l'iniquité des tribunaux, et qui n^lige d^y défendre même sa propre cause ; qui sé^ tonne, dans la maturité de son âge , d entendre les amis de cour s entre-déchirer : qui ne peut concevoir qu une coquette le trompe et le joue , qn^une prude se venge d'elle par des médisances, et qu'un bel esprit ne lui pardonne pas d'avoir dit franchement que ses vers sont mauvais ; cet Alceste qui , furieux de toi)t ce que les autres supportent , prend en une averaon irréconciliable toute l'espèce humaine , et s^en éloigne à jamais; celui-là me paraît seulement le vrai misan* thrope : car ses procédés outrés ne.ressemblent en rien à ceux de l'usage .commun des hommes^ L'art de Mo* lière dans cette pièce, dont on blâme à tort le défaut d'action • est de n'avoir £»it consister la force de ses cinq actes que dans celle d'un si saillant caTactère.
L'habile Fabre-d'Eglantine eût mieux conservé les traits de son modèle , s'il eût songé qu'il ne {sÊt faire entrer dans un personnage que les seules qualités qui le distinguent. On trahit la vérité quand on s'écarte de cette maxime, et le bruit des applaudisseme.nts aa^ioSÏL ^^ couvre pas la faute. Examinez le Glorieux de Des- D^l^. touches. Son arrogance envers ses égaux, ses mépris envers ses inférieurs, son affectation des grands airs, et l'importance qu'il attache à son commerce avec les ducs et les princesses , caractérisent bien sa superbe sottise ; on ne peut trop louer Ja situation bien imaginée de sa sœur réduite par Tinfortune, à son insu, et sous ses propres yeux, à T^t de domesticité^ OÙ
DE L^ITTÉRATURE. 241
Torgueilleux la retrouve pour sa confusion » après ravoir accablé ^e ses dédains. Mais sied-t-il c|u un tel insolent , dont la vanité réside dans les hasards de sa haute naissance , et qui compte pour rieii le patri-* moine , l'abaisse , en aventurier , à se vanter d^uné opulence qull n^a pas, et rougisse de son père appauvri, au point de Fintroduire dans la maison riche à laquelle il s'allie, par intérêt de fortune, sous le nom et sous Tapparence d un intendant obscur de ses fermes ? Le Glorieux disparaît dès ce moment j et fait place au chevalier d'industrie : c'est une faute capitale en Destouches, à moins qu'on ne l'excuse d'avoir confondu les noms de grand seigneur et de fripon , comme synonymes. Ah ! que s'il eût examiné de plus près les Glorieux de la caste où il place le sien , il l'eût montré plus comiquement, se faisant honneur devant une' riche famille roturière des prérogatives de sa noblesse indigente , lui présentant avec ostentation son vieux père gentil-homme, fût-il vêtu de draps usés jusqu'à la: corde, et n'eût-il qu'une ficelle pour attache à son épée , mais fier de ses ancêtres et de ses parchemin» titrés , et s'enorgueillissant bien mieux de ne mettre eii équivalant au poids d'une dot immense que les veines qualifications de ses suzerainetés gothiques , dei ses baronnies, de ses comtés et de ses marquiisats, qu'à peine il daignerait faire entrer en balance avec les richesses pécuniaires de ses parents éblouis. Tel , je Ci'oi&, devait être dessiné le Glorieux , pour servir de ridicule portrait à ses semblables , et de leçon utile à la crédulité des préjugés bourgeois. A défaut d'exem* pies dans la société, ne trouvait -on pas au théâtre^ //. 16
en. M. Bertrand de Sotenville , descendant des Gilles de Sotenville, et en son- épouse, issue de Tancienne piaison de la Prudoterie , où le ventre ennoblit , deux modèlesoriginauxdlnsolence envers le paysan George- Dandin , qui répara , en épousant leur fille» , leurs af&ires trjès-délabrées, et dont V argent y comme il le dit ingçnuement, servit a boucher drossez bons trous; mais à qui ni l'un ni lautre ne donnent la permission de rappeler autrement que Monsieur et Madame ^ et, non son beau-père et sa belle-mère, ni de nommer son épouse, sa femme; qui, de plus, le font s'humilier, dans une explication, le bonnet à la main , devant un gentil-homme, et lui disedt après cela , si comiqueraent : « Sachez que dous êtes entré dans uneJamiUequi 'vous » donnera de P appui y et ne souffrira point que ton ih>us y^ fasse aucun affront^. Ce dernier trait n'est point une saillie d'esprit^ mais l'ironie profonde du génie. Le père du Glorieux pouvait être fondu dans un pareil moule ; et sja figure, moins triste , eût été mieux assortie au principal personnage. Destouche& pe commit pas la même faute à l'égard du Dissipateur. Son goût pour le faste , ses libéralités à ses maîtresses , les prodigalités de sa table , l'abyme du jeu , ou il s'engouffre tout entier, Tabandon de tant de complaisante qu'il nommait ses amis , et qui tous le fuient aussi Vite que sa fortu^ie , il n'est rien là qui ne caractérise absolument le personnage. Sa physionomie porte, aussi bien que l'avare, dont il est le contraste, rem!)f>reinte d'un caractère principal : cependant ces rôles n'égalent pas en comique l'incomparable Harpagon^ rôle peut-être le plus complet dans chacune de ses parties,
1>E LITTÉRATURE. a43
qui jamais ait animé le théâtre. Examinez jusqu'à ^"^^^^ quelle profondeur il est creusé; lavarice ne songe ^'Harpagon. qu'à entasser ; Harpagon vit dans les privations et le dénuement, au milieu des biens. L'avarice rend maujtiis maître; Harpagon ne paie point ses valets, il les questionne et les met à la torture. Lavarice rend méchant père ; Harpagon ne donne à son fils que sa malédiction , et s inquiète peu des mœurs et du sort de sa fille, pourvu qu'on la lui prenne sans dot. Lavarice est soupçonneuse; Harpagon frémit et tremble qu on ne lui dérobe le trésor autour duquel il . rode jour et nuit , et quon n attrape son secret, dans la moindre de ses paroles. L avarice ôte Thonneur et la probité; Harpagon prête ignominieusement à usure* Lavarice contrarie toutes les bienséances; Harpagon plaint le régal qu'il est forcé d'offrir à sa maîtresse , et ne songe qu'à en sauver les restes pour Us renvoyer nu marchand. L'avarice endurcit le cœur ; Harpagon parlant à une intrigante qui, .pour le flatter ^ lui assure qu'il est de taille, dair et de mine à enterrer ses enfants et ses petits-enfants, répond ce seul mot trèspeu paternel , Ixint mieua>! L'avance, enfin* ^ renverse Tesprit et la vaison; Haipagon y volé de son or ^ entre en délire, et sC' pendra de désespoir, silène iait pendre le larron de sa chère cassette. Quel tableau ! quel . caractère! Pas un mot, pas une intention, pas un geste qui n'aille droit au but. Ce personnage admirable n% s^ tourne en aucun sen» qui ne le fasse mieux reconnaître , et qui ne le décèle plaisamment; Qu'a dù faire l'auteur pour en perfectionner la création ? Recherchons la marche de son esprit , elle nous diri-
aU COURS ANALYTIQUE
géra dauis Pinvention de tous les autres caractères que nous voudrons accomplir à son exemple. Une fois occupé du projet de peindre un tel personnage , il en a médité l'attitude et les démarches, et les inclina* tions , en les considérant primitiTement dans la na* tore : après, il se sera saisi du type original de Plante, et riche des choses qu'il y trouvait, aura remarqué ce qui pouvait y manquer encore. La société lui aura sans doute offert les traits qu'il y devait ajouter. Mais j jn^nez-garde à ceci : que Molière ait rencontré quel-, que avare sur son diemin, ne croyez pas qu'il se soit contenté de le choisir pour modèle, et de copier seu* lement sa ressemblance. Le travers d'un individu ne foonût qu'un portrait singulier, nuùs non prindpd et universeL H a donc continué sa redierche au milieu de tous les avares, et, notant les particularités de chacun , en aura su rassembler tous les traits épars dans le monde; puis, les recueillant dans sa mémoire, pour les empreindre sur une seule physionomie , les aura savanmient réunis et répartis dans la figure générale, consacrée à représenter le masque et le main-, tien de l'avarice, avec tant de vérité, et sons tant de fàcesj qu'^e ne fftt méconnaissable à personne. C'est en quoi je vous prie d'observer que la comédie a son . idéal comme la tragédie. Cdle-ci peint /e meil/emr ei fe sunuuurtl*^ celle-là, nous lavons dit, représente. lepànej et ne copie que le naturel; mais die l'achève en toutes ses formes, et ce que fit Praxitèle kursqiyl empruntait tant de qualités diverses à mille beautés , pour en composer une Yénus, qui fut le modèle idéal de la beauté de son sexe , la comédie doit le frire
DE LITTÉRATURE. a45
pour accomplir une idéale image de la laideur et de la difformité du vice.
Opposons maintenant au rôle éminemment Tertueux ^ J^ms d'Alceste, up rôle d'un effet aussi général y qui soit ^•"*«'«" éminemment vicieux , celui de Dom Juan : nous y apercevrons les mêmes qualités théâtrales. On con* vient que ce personnage possède toutes les condidons qui frappent à la scène , et qu'il est peut-être le plus parfait, le plus fortement tracé qui jumais ait paru: il se montre et se développe d'acte en acte, avec une perversité toujours égale, et des attitudes sans cesse variées , tour-à-tour séducteur perfide , amant infidèle , époux adultère, débiteur insolvable, duelliste audacieux, seigneur insolent, maître tyrannique, railleur cruel, fils dénaturé, athée téméraire, et redoutable hypocrite. Mais ce dernier vice ne se signale en lui que vers la fin de la pièce ^ pour combler la mesure de ses crimes, et lui servir à les couvrir tous : les autres éclatent dans ses faits et dans ses paroles, durant le cours entier de la fable. L'audace de son esprit n'a recours à nul déguisement; trop accoutumé à braver les hommes et le ciel, il ignore long-temps le besoin de mentir et de dissimuler : de»là vient que son humeur atroce n'a pas moins d*expansion et de véhémence en tout son rôle, que la bile vertueuse du Misanthrope. On pourra donc, en ordonnant mieux les intrigues décousues de l'ouvrage espagnol, à qui l'on doit ce caractère principal , faire un meilleur Festin de Pierre; mais je défie qu'on fasse un meilleur athée.
Il fallut un suprême irient dans l'inventeur pour
égajer une si sombre physionomie. Ce caractère est un rare et parfait exemple de la puissance dugéniecomique.
. L'image odieuse de Dom Juan plaît et divertit par
c^^t'i^i^ la même raison que les débuts de la coquette Céli* mène amusent dans le Misanthrope. La jeunesse et l'esprit les relèvent, et le spectateur, enchanté de la voir et de l'écouter, n'emporte de la r^résentation qu'une idée morale, en r^échissant que tant de grâces, d'élégance et de gaité ne la sauvent point de son mépris , et n'excusent point à ses yeux la perversité qu'elle étale. Celimène , plus que les rôles nombreux qu'on a copiés sdr le sien , est encore le meilleur modèle des coquettes. Elle se place au rang des caractères pareils à eux*mémes , dont les traits demen* lent invariables. MoUère s'est bien gardé de supposer quelque sensibilité de cœur à une coquette. Ces jolis monstres de vanité , qui se jouent du repos et des sentiments de notre sexe, n'ont rien de la délicate bonté du leur. En elles , ri»i n^est amour ni ten* dresse, elles n'en ont que la grimace et les superficies : un puéril oigueil dessèche en peu de temps les ressorts de ces élégantes machines de boudoir, dont l'éclat peut attirer les regards un moment, et ne remue point le fond des âmes. L'auteur de la Céfimène connaissait trop le ccéur humain pour représenter, ainsi que Lanoue , une Caquette corrigée. Le caractère lui eAt paru démenti par le titre même ; car il ne peignit jamais , comme étant corrigés , les vices incorrigibles; plus fidèle à suivre cette rè^e, qua bien disposer un dénouement dlntrigue , il^fnrésomait avoir aaex £iit
quand le dernier mot de ses rôles principaux était un dernier trait de caractère. Son aVare, après avoir consenti au mariage de ses enfants , y ajoute la condition qu^on lui fera faire un habit neuf pour la noce : son Sganarelle, au dénouement, de PEcoh des maris j ne reyient point de son système, à l'exemple du Démée de Térence, dont il est l'imitation. La réputation du poète latin ne prévalut pas sur le tact juste et sûr du poète français : son goût ne copia point cette faute , et ne jeta point tout-à-coup, comme lui, son personnage de Tune en lautre extrémité. La nature le lui défendait : car une fois que tous les forts caractères ont pris leur pli , rien ne les redresse : il en est de ceux-là' comme des incrédules déterminés qui meurent dans rimpénitènce finale.
Lorsque j ai compté parmi les quatre espèces de caractères , ceux que j'ai nommés changeants , je n'ai point voulu faire entendre qu'il y en eût qid changeas^nt naturellement, mais plusieurs dont on pouvait feire varier les volontés théâtralement : en effet Tirrésolu, l'inconstant , le crédule , le puàUànime''^* sont sujets à se démentir sans cesse avec proiti jltituditf', et à prendre tout d'un coup les partis les plus opposés à leurs maximes. La comédie n(s pèche" point en conformant sa fable à leur inégale mobilité; mais, en cela , leurs caractères restent encore les mêmes, puisque leurs mœurs constantes sont leur instabilité et leur variabilité involontaire et habituelle. L'art de Fauteur consiste à le bien marquer : heureux qui peut, comme Destouches, faire dire à l'irrésolu, long*temps
incertain de son choix entre deux maîtresses^ après s^étre enfin marié à Tune, d'elles ;
« J'aurais mieux fait , je crois , d*épouser Célimène.
Un vers si piquant ne s'oublie jamais. Quelques auteurs , pour suppléer aux ressources qu offrent ces caractères changeants , et que ne procurent pas les caractères fixes , ont inventé den composer du mélange de deux ou de plusieurs ensemble. Ceci donne lieu à Cailhava de noter dans ses distinctions les caractères composés. Je les omets en ma classification , non par un dissentiment avec lui , mais pour signaler mieux la conformité de mes opinions et des siennes en ce point , puisqu'il ne parle de ces mélanges que pour les blâmer. Je ne rangerai donc point au rang des éléments du bon , ce qui est mauvais. Du reste il me serait difficile d ajouter plus de poids à la soli* dite de sa dissertation sur l'inutilité et l'abus nuisible de confondre deux caractères en un seul rôle, de manière à ce que leur équilibre les rend nuls , pu que l'un l'emportant sur l'autre détruit la moitié de la force du personnage principal.
Vous vous plairez à écouter la comparaison élégante dont Cailhava accompagne encore le précepte de ne point faire contraster deux personnages d'une égale force dans une comédie.
aeCaUhH^rar « Lorsquc je trouve , dit-il , deux personnages ^ale-.
fefTet des or o • • •
caractères « mcut rentorccs et parfaitement contrastants , je crois
Mxsatra. «voir deux maîtres d'armes l'épée a la main : les
« coups qu'ils se portent mutuellement sont tous dan-
Opinioi
DE llTTÉRATURE. a|9
« gereux; quelquefois ils se tuent tous deux ^ou bien « celui qui triomphe n'a ce triste avantage qu^après «avoir été considérablement affaibli par' son adver- « saire. Mais dans une pièce où les principaux person* « nages ne sont qu'en opposition , je crois considérer f avec satisfactio9 un maître d*escrime qui fait assaut « avec le plus leste , le plus délié , le plus adroit de ses « élèves. Ce ne sont plus deux furieux qui cher* « chent à terminer bien vite leur combat par des « coups mortels , ce sopt au contraire deux athlètes « qui, placés dans la situation la plus favorable pour « faire admirer la souplesse , la grâce , et la vivacité de « leurs mouvements divers , se fournissent tour-à-tour « les moyens de les développer aux yeu^ du spectateur « charmé : lun est sans contredit bien inférieur à « Tautre : cela doit-étre ainsi ; le public s y attend; et « le peu de résistance qu'il oppose à sa défaite vaut « la victoire que l'autre remporte. ,
La justesse de cette comparaison ne comporte pas d avis plus instructif que cet autre qu'on doit encore au même auteur : il conseille de ne point resserrer le portrait d'un caractère, en le circonscrivant dans les bornes de telle ou telle circonstance , en ne le traitant que sous un rapport étroit, sous une seule face, et pour ainsi dire partielleinent. C'est gêner la liberté de l'art, c'est amaigrir les figures et les mutiler. Ghoi-* sissez plutôt le jaloux que le soupçonneux, car le pre-^ mier renferme nécessairement Vautre en soi , puisque la jalousie ne marche jamais sans le soupçon , et qu'il n'en est qu'une conséquence. Ne présentez pas, comme Dufréiiy, le Jaloux honteiix de têtr^y C9X cette situa-»
sSo COURS ANALYTIQUE
tion n^est qu'une àrconstance de la passion jalcNise. Bagnes , ajouteraîs-je , si tous en êtes frappé , le ridicule de llionune qui se croit philosophe , et qu'agitent pourtant les moindres préjuges; mais n^intitulez pas Totie pièce, comme Destouches, le PhUosaphe nuaie : on n entendiait pas ce que Taffiche Tondrait signifier ; et lorsqu'on aurait tu TOtre ouvrage , on TOUS blâmerait de n'avoir peint qu'un sot bizarre qu'effiaie la raillerie de quelques cercles sur Fétat du mariage , et non un philosophe qui , sans peur de la qualité de mari , firondenût plutôt avec outrance le persiflage du monde , qu^il ne s y soumettrait. La condamnation que je porte contre Fauteur du Philosophe marie y je ne crains pcnnt de Tétendre à la plupart de ses ouvrages ; ses aperçus manquent fitéquemment de justesse.
Ses caractères sont &ux , Texécntion en est trop sérieuse , et son stjle est trop uniformément grave pour le genre. DestoiHJies, le premier, ouvrit la route au drame larmoyant, en attristmt le masque de Thalie ; et ses succès accréditèrent le droit que prit La Chaussée de la £ûre piteusement pleurer. On voit, par cet eiem|de, combien il importe dTarrèltir le mal à sa source pour maintenir ks limites de rail , puisque sa d^radation prc^rresùve est si prompte à Tentrainer jtuqu'^à Textrème abâtardissement. Les raisims qui me font estimer Molière comme le seul modèle ^ m autorisent à juger l>estouches avec cette liguenr, et même Regnard^ auteur plus plaisant qu'il ne sut ^. wr^ Tètre. Autant f apprécie le caiftGlère de son /«nficr, autant je condamne celni de «mu Dùtnak : la distrac-
DE LITTÉRATURE. aSi
tion n'est qu'une infirmité de lesprit que la nature rend incurable : la passion du jeu est un vice que la comédie peut corriger : aussi rien de plus amusant que les alternatives de Thomme qui ne gagne qu en se hasardant à tout perdre, et qui ne s'expose à tout perdre que^pour gagner ce qu'il perdra de nouveau : Les chances qu'il court deviennent une continuelle péripétie. Le spectateur se divertit du supplice dun tel extravagant , dont la vie entière s'use à tenter le sort des cartes, et dont la manie ne jouit que du triste plaisir de faire dépendre sa fortune , son amour , son honneur, sa liberté, ses jours même, dun as ou d'un coup de dez. L'exécution comique et vraie de ce caractère mérite d'être étudiée par tous les disciples de l'art.
En définissant les caractères accessoires nous avons dit qu'ils dérivaient des principaux, et nous ajoute* rons que de leur bon choix et de leur convenance avec ceux-ci, résulte la profondeur de leurs traits mieux creusés , et le jeu de leur relief plus saillant. La coquette Gélimène brillerait de moins d'éclat dans la pièce du Misanthrope si son audacieuse légèreté n'était en opposition avec la réserve de la prude Arsinoé : or, qu'est-ce qu'une prude? une coquette honteuse, cachant sous de sévères dehors la même vanité que la plus hardie ; mais contrainte à en dissimuler les desirs , par un âge qui la sèvre de jouissances. La pruderie est à l'égard de là chaste décence ce que l'hypocrisie est à la dévotion. Ce caractère était donc le juste accessoire de celui de Gélimène. Le plus gi*and péril du Malade imaginaire est-il de se médicamenter.
a5a COURS ANALYTIQUE
de s'enyironner de charlatans sans l'aide desquek il croit ne pouvoir vivre , et de trembler sans cesse de mourir ? Son plus grand ridiciile est-il de compter les grains de sel qu'il met dans un œuf par nombre pair ou impair , de demander à son docteur sll se doit promener pour sa santé en long ou en large? et de vouloir marier sa fille à un étudiant en médecine ? N'était-ce pas la plus forte leçon à lui donner que de remettre le soin de sa vie et de son sommeil à l'une de ces femmes intéressées qui n'aiment en leur infirme époux que l'espoir de leur héritage , et qui les étouffent de leurs fausses caresses pour recueillir mieux leur dernier soupir , et se faire payer les perfides larmes qu'elles feignent de verser. Telle est l'artificieuse Béline que Molière place au chevet d'Argant : sans ce ca« ractère accessoire ^ ne manquerait-il pas un trait de perfection à la touche du rôle principal? Quel sublime comique l'auteur a su tirer de leur rapprochement !
Akgavt.
« Ma mie , vous êtes toute ma consolation.
B]£live.
- « Pauvre petit fils !
Argàht.
« Potir tacher de reconnaitre l'amoar que vous me portez , «je veux, mon cœur, comme je vous ai dit , fiire mon tes- « tament.
« Ah ! mon ami , ne parlons point de cela, je vous prie; «je ne saurais souffrir cette pensée, et le seul mot de testam ment me bit tressaillir de douleur.
A&.GÀNT.
«( Je vous avais dit de parler pour cela à votre notaire*.
BlÊLINB.
« Le voilà là-dedans que j'ai amené avec moi.
Risible transition pour préparer la scène suivante | dont je vous veux citer ce seul dialogue*
AaoÀifT.
«n ÙLUt faire mon testament, m'amour, de la façon que. « monsieur dit ; mais , par précaution, je veux vous mettre « entre les mains vingt mille francs en or que j*ai dans les « lambris de mon alcôve, et deux billets payables au por- « teur. . . .