QUINZIÈME SÉANCE
Entretien supposé entre La Harpe et un Athé^ nien^ qui réfute ses opinions injustes sur la comédie grecque ; examen des pièces capitales d^ Aristophane. Première, seconde, et troisième époque de l'ancienne comédie.
ESSIBUaSy
Il n'est pas étonnant que la réputation des auteurs contemporains s établisse difficilement, puisque les suffrages de l'antiquité ne suffisent pas à défendre la gloire des morts contre l'avis de quelques détracteurs qu'ils eurent de leur vivant, et contre les préjugés renaissants après eux. Si Platon , Quintilien , Lucien y Rabelais , La Fontaine , et Molière , surent goûter les pièces d'Aristophane , il n'est pas moins vrai que le sentiment de Plutarque est contre elles , et sert d'ap* pui contre l'autorité des judicieux Brumoy et Brunk , au ton de mépris avec lequel Voltaire et son disciple La Harpe ont parlé du poète grec. Mais le poids des opinions de ceux qui le vantèrent l'emporte de beaucoup sur la valeur de ceux qui le déprécièrent. On considérera que Plutarque fut plus un historien mo«
taliste qu un :arbitre du goût', que Voltaire condamnai plus d^une fois inattentiinement les anciens dont le gë* nie n'était pas en accord a^ec son esprit , et que La^ Harpe . transmettait souvent 1^ idées de son maître sans les examiner assez scrupuleusement. La solidité de la plupart de ses discours sur les. tragédies de Ra* dne et de Voltaire , prouve que ce dernier l'empêcha de s'égarer en. parlant du genre qu il avait approfondi^ et sur lequel il lui communiqua tes réflexions de sa longue expérience ; mab le peu de fonds des juge» ments qu'il porte sur les comédies grecques , latines, et françaises, et particulièrement sur Molière, qu'il effleure en quelques pages , prouve que n'ayant pas jàsseï médité ce genre, et que n'étant plus dirigé. par un bon guide en cette. autre route dramatique, son esprit ne trouva pas assez de fiorce et de lumière eu lui seul pour la bien parcourir.
Il est donc indispensable de remettre en question ce qui n'est point encore décidé, afin de démontrer en effet qu'il ny a rien d'arbitraire, comme on le croît, dans la littérature , et que les seules raisons de débats en matières de goût prennent leur source dans le dangereux crédit des gens qui se trompent^ en attaquant sans cesse le jugement des gens qui* ne se trompent pas.
Les comédies d'Aristophane ont jadis réussi pleinement; c'est un fait reconnu : elles ont remporté les' suffrages de toute une nation , et de celle à qui nous devons les modèles du goût en ^ous genres : c'est encore un fait constaté. H ne s'agit donc plus de mettre en problème si ces comé.dies eurent ou non le m^i^te
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qui leur ^alut de. si Inrillants succès. On sait qa^éÛm Baquirem dans la Grèce qui iea couronna ; on saif qu'elles passèrent chez les Latins on les plus doctee leiti^les admirèrent; on sait encore quelles noua furent transmises, et les voiles que les «ècles jetèrcM sur leur text^ nelobscuroirent pas assez pois^r qi|e no9 plus fameux écrîtains n'en pénétrassent pas l'esprit e» n'en goûtassent pas l'atticisme. Ce sont autant de fiiil» incontestables* Mais ces comédies ne resseopUent pa» aux nôtres ; qudcpies rhéteurs sont fatigué» cka dé>« fja^îs qu'ils y rencontrent , et ne pouvant se rendu» compte*de l'enthousiasme qu'elles ont excité , prennent le parti commode de condamner l'antiquité; et av* guênt de-là que le théâtre d'Aristophane étant mau*> Taia n'aTait rîoi qur dét le faire réussir«Cest vouloir nier l'expérience même. Or n'est -il pas plus raisonnaUv de s'efforcer à trouver comment, pourquoi, par quellei^ règles difSérentes des nôtres, dans quel ntoment , en &veur de quelles idees^ ces comédies ont su plaire^* piàsqu'estifin on ne peut désavouer qu'elles ont pU ^ Cette recherche h'^appadient-^lle pas à l'histoire de' l'aisly et. uotice analyse de toutes les espèces de comique sentit^ ^le complète si nous omettions ceUe-ci ? Qaoa^ lœ perniette dono de reprendre cet* objet, et de ne^ pas, à l'exemple de La Harpe, avancer sur ce point/ m^ propres opinions à la place. de celles des Grecs et des plu3. graves auteurs modernes, le ne contredi»-* qu'à. regret les sentiments de ce littéi^teur dont j'appréciai les, talents, autant que personne; mais la né» cessîté de suivre l'ordre r^^Her des principes l'era* porte 9ur les considérations qiii m engageraient à vpus^
DE IiITXEJEVATURîL K
Uffmit fins gn^ftd.poiH';Shoi de^apprpj^i^^^.quc^ de.lç réfttler; imisjjii^técêt de rai90ur^pi»aipre ne dioit,Jipjig iKHt» dé|Otttfn^l?'d^'tei9d|« au vra^L-but de\Uart« Jnii* Ibn» BàmncioMi» sans pai^alité ce.^'Uy a .dj^ bo^ dans Itk Uàfp^^ enwponîqxniSint notrjS uLéthode d^ idisGiiwfm à la itowftliM >^u il dpnaie ^r h roàmâ.ftttr }^ à la sienne,. JB.fnBdpiAC|«li^. ctit hominage de le |iffendiiB pour meddl^ ea ïei^wpbiX^h coBimf^ U j?^^ pepir W tieb Ariiâ|iîQ(^^sMiie| dc)at le ^ fffl^eilla son esr prit lonc|ii'ttie.y^ulut 0tti^^er|.eteecT^n$tiMHis pour le oewbeiire 4^i mêkoes mtocki qufU emp^uiijta de l-MMeiir qiU leiilui.'^aîl eigtiis^^ Su|)\po60M àf notre %(mi «il dialogluei^iitm lâlQotni^A^gpieiç el Je profoft» âtnlr yi qm en fit si pieu, de: cas f di^l^gU^ ^ iM>ufr ad- «lèltroM qu Aiis|0fpihs()[)erfIt|t. t>ar}^ 49'M;'piièf>e eus ^Hmanàx^ comme lis ]rbét4uip . ^j^p^s-a qo'up^alHtfmt de quelfue cojolii^ f r^b^U^ed^r VÀ4ç^ M^eure ^'en^ IntieM wf» leSi'lï9hiUM$' 4'4^èn^;Hu; la pièc^ d^
j./IJol>jel de lurioeiinédid j dir^i l>ii^^ ne^ij. pa^^de adre phssep des'lei^n^ titilea à te .fevctur dit divf^ijietfaieiil>eft descm^ r^M^i^iroé» manquez ce Ihu^ vér râmre^ puisque j^ ne saîsû pa» robjetdei vos iiinjtaaticpies/et^^ je ne comprends. rie^' à Teii jeux, dé - mois et à ii^s jéqui^H^qnes muUipUées. ^f^ Pei>il^tr«!>edtf^e y€^lre.£aute et non la. mienne .: il est doilten(x!preiiiièréinen€ que vous 's^yes appri^nafi langue , et rien vies^ jiés difficile à eH^ndre^ da99 tous bs idiôiaèa:(plejlflè^fin%KM^e| lo^HOiis Sunîtiàief .
éè CdÙRS ANALYTIQTJE
Je TOtH soupçonne de n'être pas plus \étsé dans Mi connaissance particulière de nos moeurs que datis cène de mon langage. Ces deux causes obscuTcisseni ^our vous le sens: des choses que mes coitipatiîotc» ont tnmvé très-clàîreâ. C'est pourquoi ils riaient 'si fbrt des plaisanteries que vôtre ignorant étranger 'n^ pas gdfttëes plus que vous. — il pensait oomme moi que la comédie devait représenter dé» hotumes, et tion un concours de monstres bizarrés^ 6t d'ad^imalii tels que 'Vous en rassenablez sur la scène — Mes pcifr^ sonnages étant e^tnbîémiâtiqties ainsi que la fable sfff^ je construis, prennent toutes les formes qu^i} convièlil k mon dessein dé leur prêter. Ces figures ne sont pai plus bizarres -que celle de nos divinités, à qui noiift donnons des attributs significatifs de leurs fonctions; Vous paraît-il monstrueux d'attacher des ailes, à la tète et aux talons d'un homme? Cébà n^'vous rappèttat«il pas soudain la rapidité du vol dç Mercurq, le méih sàger dès dieux? Vous semble*t-il étrange qùeporir
figurer la vigueur et la sublimité de Tesprit^ onjcréétni cheval volant? Voilà pourtant Pégase. Je n'en fais pas d'autres : c'est là le génie de ma nàtioii;>il bi'a fallu m'y conformer pour lui plaire. — Mais, ôâi imagés sont nobles , et les vôtres souvent basses et hî» deusement grotesques. — Parce que les objets que^je désigné sont vicietat? oti ridicules ^ et que mon imitai tion doit les contrefkire en charge risible. -^ Êtessvous certain que tant de grossières métamorphoses se fassent assez tôt reconnaître de la multitude pour -qu'elle ne se dégoûte pas de là fatigue qu'elle, se (donne à en defviner le sujet? — En cela même éclaté
>non talent , car je ne choisis pas les spectateurs qui assistent à mes pièces ; ils sont de toutes les classes; magistrats, guerriers, marchands, manœuvres, mariniers , tous y viennent, et tous m*applaudissent après de grands éclats de rire ; preuve que ni mes masques ni leurs propos ne sont trop énigmatiques. — Et quelle satisfaction peut avoir le peuple à reconnaître vos acteurs burlesquement travestis , et à comprendre leurs singuliers discours qui ne représentent que des hommes d^état, et ne touchent que des af&ires politiques , objets au - dessus de lui , et qui ne doivent pas rintéresser autant que le ferait la peinture de ses mœurs habituelles. — Il éprouve un vif plaisir à ces choses , parce que le peuple athénien n est pas , comme les vâtres, étranger à ce qui regarde son existence et «a liberté. Les affaires publiques sont les propres a(^ Aires de tous : il n'est pas insouciant de savoir quelles fens le gouvernent, ce qu'on lui demande, ce qu'on lui prend, ce qu'on lui vole, et l'usage qu'on fait de lui. La Grèce entière est une libre et noble famille dont tous les membres se surveillent dans leurs emplois divers , et se rendent mutuellement leur compte les uns aux autres, pour la conservation du bien et des droits de chacun. Vous qui ne leur ressemblez pas, et qui laissez aller le train des événements, vous n*entendez rien à ce que comprenaient les moindres des Grecs , et ma co<» nédie, si instructive pour eux, vous paraît folle et pleine de mystères. Je ne vous en félicite pas. — r Moi , j'en félicite nos nations , ayant été témoin def ^désordres que produit la licence démocratique. — Avouez plutôt que> confondant le droit et l'abus ^
88 COUaS ANALYTIQUE
TOUS f^ttrihuez à la vraie liberté les inconvénientâ àe
la déipagogie turbulente. — Non , j'aperçois le ca^
ractère de tous ses excès dans vos injurieuses façades :
TOUS soutenez moins le parti de la vérité et de la
prudence ei^ vos pièces , que vous ne flattea les fucr-
tions et la malignité de votre populace : vous immo-*
}e3 à Ja vanité de chacun, de vos citoyens la gloire
des grands personnages de votre république et àeê
plus beaipi talents de votre siècle. Périclès lui-même,
après tant de hauts faits qui Vont signalé , après tant
de bons pf&ces rendue k Tétat, nest pas plus à labri
de vos offenses qu^Euripide n'en est à couvert par sei
admirables et touchants ouvrages, et que Socrate par
sa sagesse. Est-ce en effet montrer un noble esprit
public que de payer les hommes qui n'ont f2^t que du
bieu en leur faisant du mal? — Vous vous trompez
f3t sur Tobjet de mes censures et sur l'effet quelles
produisent. Les archontes et les spectateurs ^ doat j'ai
reçu les prix, et qui m'oiit décerné des couronnes,
m'ont jugé avec de meilleurs yeux, ayant vu les choses
de plus près. Mon art ne livre à la risée que les justes
sujets de blâme et de critique. Un vil Hyberbolus^
un infâme Cléon , un lâche Cléonyme , Tua odieux
délateur^ Vautre impudent factieux , et le dernier,
capitaine sans valeur, ont perdu par mes saliras le
pouvoir qu'ils usurpaient dans la cité pour le mal*
heur, commun. Si j attaquai des chefs principaux , oe
fut moins pour les humilier que pour mettre uu frein
à leur orgueil , et pour empêcher que Tenthousiasroe
du vulgaire ne les érigeât en tyrans. Périçlès mérite
notre reconnaissance par sesécla^nts service^, mais
plus ils lui valurent de louanges et lui acquirent d ascendant, moins il devait en abuser au gré des caprices de la courtisanne qu'il aimait , et au nom de laquelle il ruina la ville de Mégare, et alluma la £aitale guerre du Péloponnèse. Se ne lui reproche publiquement que cette tache à sa gloire : notre liberté nationale m'en donne le droit , et l'habile Périclès la respecte trop pour me Voter. Mes parodies du tragique Euripide ne détruisent point l'admiration générale qu il inspire aux Athéniens; mais elles font blâmer ses dé* fauts dangereux à ses imitateurs, et maintiennent Té* lévation et la simpUcité d'un art qu'Eschyle et Sa* phocle n'ont pas altéré comme hii par des dialogues pleins d'ambiguités subtiles, et de controverses oratoires mie\pL séantes à la tribune qu'au théâtre. Si la multitude éblouie continuait à mettre ce genre en vogue, le cothurne ne tarderait pas à dégénérer de sa noblesse, Peut-êti*e ai- je. à l'égard deSocrate poussé trop loin mes railleries , puisque ses ennemis en ont tiré des armes contre sa personne. Oui , que leurs haines parvinssent dans quelque temps à lé perdre, on Ottblierait l'interyaUa des années qui aépaFéï*ait mes poursiûtes des leurs, on me soupçonnerait d'avoir occasionné sa condaonnation, et sa mémoire grandie aggraverait ma£iute, Cependant ce sage , qui vous paraît à respectable , ne passe aux yeux de ses contemporain^ que pour un dialectitien spirituel dont les discours ont propagé la manie , trop funeste dans nos mars, d'ai^menter et de sophistiquer sur tout. Sa morale , excellente pour les sages qui lui ressem- Uent, devient pernicieuse aux hommes vulgaire^ qui
l'interprètent à leur façon : ma pièce des Nuées n^exposé son nom au ridicule que pour ébranler sa secte toute entière , et désigner en un seul personnage les nombreuses écoles de sophistes que j'atteins à-la-fois dans l'homme qui en est le chef. Son plus ilhistfé ami, Platon, sait mieux que tous où tendent mes vues , et ne nous ferait pas converser ensemble dam ses entretiens fandUers , si j'avais conjuré sa mort. ^ — Vos réponses, plus captieuses que péremptoires, ne me font pas comprendre comment on vous laisse transformer la comédie en magistrature d'état, et dire sur lin théâtre contre les hommes et les institutions ce que vos orateurs n'oseraient exprimer dans leurs plus foor yeuses harangues. Votre privilège de réformateur autorise la malignité de vos propres vei^eances et seconde à merveille lepanchement de votre fiel amer et caustique. Un tel droit, si Ton présume qu'il fiTit salutaire de l'accorder à quelqu'un ^ ne devrait appartenir qu'au plus juste , au plus impartial, au plus éclairé des citoyens; mais un pareil homme ne se char «^ gérait pas de ce ministère de railleries , d'injures et de réprimandes satiriques : il irefuserait, sous celle condition, l'avantage de corriger les autres; car i} tremblerait de se tromper dans le choix de ses victimes, et de désoler ses compatriotes par un rire diffa* matoire. — Désabusez-vous : Gratinus , Eupolis , et moi , nous aimons trop la patrie pour montrer tan( de sensibilité à l'égard des individus condamnables, et notre atticisme immole les vices et les ridicules avec aussi peu de pitié que nos soldats ont tué leurs eur nefnis aux batailles de Marathon et de Platé^. C'est
ke même courage qui nous a conquis nos couroniles civiques éi'Kttéraires. Ne prétendez pas à en acquérir de pareille^, car on ne vous permettra jamais d'avoir des Aiistides qui vous gourmandent ni des Aristophaiies qui tous raiflent. — Quant aux Aristophanes, h. Grèce elle' même nen aura pas long^temps, et voni se^ le dernier. Les lois se h&teront de réprimer votre hardiesse, et leur sévérité prouvera que vos comédies furent aussi préjudiciables que je le pense*
— Erreur, erreur, vous dis-je : on examinera la date dés règlements ; on y verra que mes plus fortes pièces obtinrent des récompenses sous le gouvernement des libres héros d'Athènes , et qu'on les aura supprimées vers l'époque où le parti de Lysandre et les corruptions du roi Philippe firent décliner notre grandeur et notre indépendance. Pour moi, je profite encore dé la liberté qui me reste^ en renouvelant l'avis que j'ai donné trois fois aux Athéniens en faveur de la paix, et je leur soumets une comédie intitulée /i^5 Oiseaux. jeWmîd
— Que signifie ce titre ? et sur quoi roulera votre sujet? — Ecoutez , et vous lé comprendrez malgré lè« déguisements dont la prudence m'oblige à ihé couvrir, en des choses si délicates à traiter. Vous savez que les Lacédémoniens et les Athéniens , dès long-temps rivaux , sont jaloux de là primauté qu'ils se disputent ' parte fer et lé feu dans toutes les contrées de la Grèce? ' — Oui, vos malheurs mont instruit du danger de ces rivalités de nations. — Nos Athéniens consument leur temps en contestations vaines, et se persécutent entré eux. Us sont ingrats envers leurs plus zélés dé* ^nseurs, et les condamnations forcent les meilléuiv
de» Oiseaux:
ga COURS ANALYTIQUE
che& à sexiler de leur pays et à chercher aa loii|
le salaire, de leurs services. Nos adTeraaires s'enri*
chissent de ixos pertes , et les Tilles alliées de l^[iarte se peuplent de nos citoyens .qui fuient, et 4e nos guerriers qui désertent. Personne né rédame assey haut sur la cause de cette calamité. Cootraint de. se soustraire à une injuste sentence , le jeune Alcibi^d^ a porté ses secours et ses conseils à Lacédémone^ ât persuade à ses habitants de fortifier les murs de JD^ célie sur les confins de. TAttique. De ce rempaj^, les Spartiates fermeraient le passage aux coutoisl dç vivres et aux troupes dAthènes : on prélèverait smx elle des droits onéreux et avilissants. Je veux préveiiîr ce malheur et en avertir le peuplç et les magistrats.
— Vous flattez-vous de débrouiller dans une corné* die des intérêts si sérieux et si comj^qués? Y a-t-4^ là de quoi rire? — Mes acteurs seront conduits par des oiseaux , et d autres seront oiseaux eux-mêmes.
— Quoi) vous poussez le délire jusqu'à faire parler des bêtes sur la scène P-^:^ pourquoi ny r^liserais^ je pas la £ctioa dom . Esope a si bieiL usé .dans Sfis £&bles? Ne- vous ad-je pas dit que nos Athéniens son% étourdis, légers^ volages, sans cesse; allant de L'un ^ lautre extrême , et chaafeant iniUa fois de maximes > de partis et d'alliés , comme mes Animaux volant dç branche en branche.^ On les reconnaîtra d'abord.. eR ces hommes prenant des oiseaux pour guides^ et Pis^ thétérus, errant àlaventure, une corneille sur le poing, représentera notre Aldbiade : son arrivée chez Térée., jadis homme , et métamorphosé en huppe y ses galanteries avec Philomèlei sa compagne, ne laisseront
DE LITTÉRATURE. gS
pdA douter que ce soit lui qui vient chez le roi de Sparte offirir ses secours , et séduire la reine, sa femme, représehtée eh rossignoL — Sauf Tallusion , quel effet attende^Tous de cette mystérieuse mascarade ? — Elte n'aura rien d obscur ; car les masques de chacun de mes oiseaux , le tour de leurs jeux et de leur bec ouvert ou fermé, leurs ailes courtes on longues en gmsé de manteaux, leurs brodequins en forme de pattes h griffes , signaleront au mieux les gens dont fis seront les portraits , et le caractère de leur avidité^ de leur babil ou de leur imprudence. Les spectateurs en riront au premier regard, et ce plaisir les mettra en bonne humeur pour le reste. Pisthétérus conseilfera au roi huppé de bâtir à ses sujets ailés une ville enFair, et d*usurper la souveraineté en arrêtant même l'encens et les dons que les Athéniens envoyent aàx dieux. Cela désignera la présomption de Sparte qui aspire à tout dominer. Là, de risibles combats entre les oiseaux qui figurent les Spartiates sobres, vivant de peu , et dormant sans peur des intempéries, *èt entre les hommes figurant notre peuple qui a toutes les passions et toutes les manies de l'espèce humaine. En ce démêlé comique , force coups de bec distribués de gauche et de droite à nos citoyens , à Jkùê proviseurs, et à nos chefe du Prytanée. La ville imaginaire enfin sera construite : on la nommera Né~ phélococcygie y pour exprimer que ce n'est encore qu'un projet bâti vaguement sur des brouillards. Alors glrande révolution : tous les Athéniens voudront s^ rendre et acquérir des ailes; nos poètes les plus fous y viendront chercher au milieu des vapeurs leurs di«
thyrambes et leurs odes ; nos magistrats prévaricateiuci réclameront l 'intendance de la ville du peuple-oiseauj des prêtres sjcophantes lui consacreront un culte et des sacrifices ; des géomètres lui présenteront des for* mules inintelligibles et Içs moyens de mesurer le cid, pour la désoccuper du soin de la terre; des crieuis d*édits publieront des lois et des arrêts arbitraires vendus argent comptant. On les chassera tous comme jlnsinuerai qu on devrait les chasser de la ville que nous habitons. Enfin les dieux déchus de leur trône et dépossédés de la souveraineté, la céderont aux cô* seaux qui remplaceront sur les autels , durant l'empire de la huppe , désignant Lacédémone , Jupiter de Corinthe par Taigle , Apollon de Delphes par Téperr vier, Hercule de Béotie par le cygne, et Minerve d*Athènes par la chouette. L allusion à tous nos peupL^ sera claire et complète; et nos Athéniens jaseurs, inconsidérés , fiivoles^ crédules et inconstants , seront métamorphosés dans cette risible volière en une fovde de merles, d'étourneaux, d*oisons, et de pies. Quimaginez*vous de plus saillant , de, plus vif et de plus comique ? — D*accord : vous me détaillez vos moyens d'exciter le rire; mais vos Grecs superstitieux, qui in» tentent des procès capitaux à Timpiété , par quielle contrariété inconcevable en leur caractère, par qudlel^;èreté criminelle, toléreront-ils en vous Tirréïigion quil^ punissent dans leurs chefs et dans leurs sophistes ? SoufiGriront- ils que vous traduisiez insolemment sur la scène les divinités qu'ils honorent dans leurs temples ? — Je ne me moque point ici des dieux , et le reproche que vous m'en 6dtes pari encoie de votre
ignorance ou de TOtre distraction. Pénétrez mieux mon génie , et soulevez le voile dont il s'enveloppe : la figure des dieux qui interviennent n'est pas moips allégorique que les autres rôles. Minerve et Neptune^ sont là des emblèmes de la ville d'Athènes qui lui rappellent la double puissance qu'elle eut sur la terre et sur la mer , dans le temps de sa gloire ; et ces divinités réduites à céder le sceptre et leur ancienne primauté , lui présagent que par ses fautes ses rivaux l'emporteront sur elle. — J'entends fort bien maintenant , et je saisis le fin de vos emblèmes ; mais je n^en reste pas moins convaincu que vos pièces sont dun mauvais genre, d'un goût affreux, et péchant à toutes les règles. — Dites , dites plutôt qu'elles ont d'autres règles qui leur sont propres , et les seules convenables aux sujets que je choisis. Mes fables sont composées, non des éléments du raisonnable et du vrai, mais d*un idéal de folie et de convention. Ajoutez à ce ressort la promptitude des traits que je décoche de part et d'autre , ces coups de dent cruels, ces lardons sanglants , ces brocards enjoués que je prodigue en passant , toutes ces bottes que je porte aux spectateurs les mieux plastronnes , sans interrompre le fil de ma principale critique , vous concevrez le plaisir et le mouvement que produisent les représentations de mes satires. Je sais ce qu'il faudrait pour vous plaire : vous n'hésiteriez pas à vanter le bon goût de mes dialogue^, si j'avais le ton plus modéré, si ma touche était plus timide, si ma couleiu: était moins dure , moins tranchante et moins crue , et si je n'outrais pas les charges que je dessine fortement
q6 cours analytique
pour les rendre plus apparentes. Mais de si hardis tableaux posés sous un Taste cadre sont faits pour être TUS de loin par un peuple entier , et peut-être par îa postérité ; des formes moins articulées se pronOAceraient m'ai ou s'effaceraient à une longue distance. Nous autres Grecs , nous n'estimons pas les pincetfnx si précieux que les vôtres qui effleurent à peine les objets, qui tempèrent jusqu'aux nuances, et ne ^marquent rien qu'à demi, soit par concision d'idée, soit par esclavage d'e^iprit , soit par ménagement pour les méchants et pour les sots. Je vous parle un peu vertement, docte rhéteur, parce que vous avez parle dSe moi d^une manière outrageante, que vous m'avez nommé vil histrion et bateleur, que vous avez dé* menti magistralement tous les grands écrivains qui m'ont loué. Je n'ignore pas que mes réponses ne réduiront pas vos préjugés à se taire ; car votre ton acre et décisif m'a fait plus d'une fois soupçotiner que vous étiez fort opiniâtre. Tachez néanmoins de . vous détromper en me lisant mieux : et persuadezvous que si les politiques ont incité les pédants à décrier tant mon genre et mon cynisme, le fin mot, c'est qu'ils ne redoutaient que mon rare exemple de liberté.
Tdl serait à-peu-près le langage que pourrait tenir Aristophane au professeur qui le traitait avec un souverain mépris, et qui lui rendit justice à son insu, en ^npruntant, pour se moquer de lui, les armes de parodie que le poète avait forgées.
On admire que dans une république, régularisée par Solon^ on souffrit qu'un homme publiit tant de
satires générales et personnelles; mais sans récapituler les raisons que nous avons déduites par l'intervention du poète , il n'est besoin que de considérer ce qui peut autoriser ses comédies dans un état démocratique : là , le crédit se partage entre tous les membres de la cité : ceux-ci ont intérêt qu'on les éclaire sur les feutes de leurs chefs : ceux-là qu'on avertisse le peuple de ses écarts et de ses excès : les grands et les petits sont animés de rivalités nécessaires à main* tenir respectivement, dans toutes les classes, une égalité légitime. On ne craint pas seulement la tyran* nie du pouvoir, mais toutes les prépondérances qui rompraient Tléquilibre de la commune. Conséquem* ment tous montrent une ardeur égale à soutenir l'auteur satirique dont le talent se charge de dénon» cer les prérogatives usurpées. Tantôt un parti le défend ; tantôt une faction contraire le protège à son tour, et lui-même soumis à la censure de spn auditoire, est réprimé s'il passe le but, ou s'il abuse du droit qu'il acquiert de faire rire le monde aux dépens des abus et des vices.
S'étonnera - 1 - on qu'il ait lieu d'exercer ce droit librement , lorsqu'on voit, dans nos états policés, des plumes périodiques et journalières tracer de continuelles personnalités en des feuilles qui ont cinquante mille fois plus de lecteurs que les comédies n'eurent d'auditeurs? On nous croit fort éloignés du goût des Athéniens : cependant on est contraint de céder au besoin que nous témoignons de distiller les humeurs qui nous travaillent , et que nous versons en des articles mordants par le canal des feuilles publi-
ques, où trop souvent le poison a coulé sans qaos pftt le combattre par aucun antidote; cependant on permet aux allusions écrites de suppléer aux allègeries en action ; cependant on tolère un partial commerce dapologie ou de diffamation rapide et partout répandue , privilège qui n'est pas limité par la justice d'un parterre, et qui s'étend à couvert dfS toutes réclamations des offensés, jusques au fond de nos provinces. Pourquoi souffrirait-on cela , si Ton n'avait intérêt à contenter par -fois la malignité des oisifs d'une capitale, à rabaisser souvent des présomptions trop enhardies , à discréditer telles ou telles maximes contraires au train du jour , à miner telle ou telle réputation que Ton craint, que l'on hait, ou que l'on envie , à perdre tel ou tel dans l'estime , enfin à rendre mille charitables services de œtte sorte à l'opinion publique ? On sent , par ce rapprocjbe- .ment , que les critiques d'Aristophane , sans comparaison pour le mérite , quoique licentieuses et mordantes , devaient paraître à l'autorité indispensables et salutaires : soit dit sans raillerie. Ceci prouve que la satire est de tous les temps et ne fait que changer de forme : les Grecs avaient un Aristophane, et n'avaient point de journaux ; nous avons de^ journaux, et n'aurons plus d'Aristophane. Je prie mes auditeurs de me dire si nous avons gagné au change.
JVIes louanges du comique grec ne sont encore appuyées que sur des raisons qu'on pourrait contester: quoique les vœux réitérés ^uil exprima dans ses pièces en faveur de la paix annoncent assez en lui le caractère d'un bon citoyen , on aurait lieu de
se
succincte de
DE WTTÉRATURE.
malléguer que son habileté couvrait d'un motif adroit le méchant dessein de diffamer les chefs partisans de la guerre , et de s'autoriser de Tintéi et du peuple qui en souffrait , afin d'accuser impunément les généraux et les magistrats , sous ce beau prétexte. Mais ses œuvres me fournissent de quoi prouver que sa muse fut véridique et non factieuse.
La pièce des Chevaliers sigfnale authentiquement sa ^^•b
^ o J. succinct*
haine pour la démagogie : loin dy flatter le peuple, ^j'^Js"" uTe* c'est ce peuple même qu'il expose à sa propre risée : il le représente sous les traits d'un vieillard capricieux, l'oreille ouverte à tous les bruits , entêté , bavard , curieux de nouveautés , gourmand , dissolu , jouet imbécille des fripons qu'il tire de la boue et qu'il dé** core des marques de l'autorité, volé par ses intendants, dupe des délateurs, et mené à la lisière par les scélérats fieffés qui s'en emparent. Ses plus dignes serviteurs sont les derniers esclaves de sa maison, tandis qu'un tanneur de cuir la gouverne, et n'est supplanté que par un marchand d'andouilles , homme d'une faction opposée à celle qui mit le premier en tête des affaires. On dépouille le bon vieux Peuple , on l'appauvrit , on lui extorque le peu qui lui reste : il geint , il s'emporte ; mais on Fappaise en lui servant quelques» mets grossiers ; on le gorge de repas ^ on l'enivrç ; enfin son anioux du changement le livre à d'autres mains ; dernière épreuve par laquelle passe le Peuple qui , refondu entièrement , se rajeunit, reprend sa vigueur, et se défait des charlatans de tribune , qui lui vendaient si cher leurs paroles , afin
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de les remplacer par des gens de bien, qui l'habillent et le nourrissent en repos.
Certes on avouera que si l'auteur manifesta son indépendance contre les puissants de Fétat, il ne fiit pas moins indépendant du pouvoir de la canaille; et que Thomme qui fronde les rois sous une monarchie n'est pas plus utilement courageux que celui qui fronde la populace lorsqu'elle est reine dans une république. Ou je m'abuse , ou voilà l'esprit de la saine liberté , qui toujours sait garder im juste milieu.
On conçoit qu'un si clairvoyant et si téméraire critique se souciait peu de ménager la petite importance des corporations secondaires et des sectes querelleuses qui pullulaient dans Athènes. Après n'avoir pas craint de travestir dans les Harangueuses l'administration des principaux hommes de la ville en un conseil de femmes babillardes ; après avoir ironiquement métamorphosé les juges des tribunaux de la chicane en guêpes paresseuses, voraces, et dardant des aiguillons envenimés dont chacun recevait des plaies cuisantes, il ne se fit pas scrupule de draper les philosophes et l'abus du raisonnement , si préjudiciable à la raison, hes Nuées parurent comme emblênles personnifiés de la vanité des es{)rits-forts qui, s'enfonçant dans les ténèbres des systèmes vagues , ne savent affermir leurs principes sur rien , et divinisent la nature, qui n'est qu'un ouvrage, à la place de Dieu, qui en est l'ouvrier. Le Juste et l'Injuste vinrent contester devant les 'spectateurs, en avocats Subtils
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et captieiuL. Le^ leçons dune fausse logique apprennent enfin au bourgeois Strépsiade à ne point payer ê^ dettes , tandis que son fils , instruit à la mêma ^ole de morale, y apprend de son côté quil a le droit de battre 3on père. Je renvoie plus loin mes réflexions sur ce fameux cbef-d*oçuvrç d*Âristopbane, ^nsi que d'autres cpnsidérations sur les Guêpes et 9ur les Harangueuses , dont il sera temps de parler çn examinant le^ belles imitations qu'en ont tirées Molière et Racine. Leurs emprunts me donneront lieu de relever encore les inventions de Tauteur original,
Son génie fut moins heureux dès qu'il en borna ae !«"îomWie Tusage à des objets particuliers , et qu il s'abandonna ** '*'*^ *'* 3an9 frein à ses naturelles, animosités. La coutume de décernçr des prix, dans les fêtes des Panathénées çt des Dionysiales , aux tragédies et aux comédies qui concouraient solennellement en présence des commissaires publics et des spectateurs, avait des inconvénients funestes qui ne lui échappèrent pas. Il osa railler le danger des partialités et des jalousies que ces luttes font naître ; soudain la CQur de Pluton , transformée en tribunal d'esprit , offrit \e spectacle d'une joute ridicule entre Eschyle et Euripide. Le dieu Bacchus était venu se plaindre 9UX enfers de l'absence de tout bon auteur dans l'auique ; et pour insinuer au public ce que son goût 9vait de conjectural et d'inconstant , des pièc)ss entières d'Euripide , mises dans une balance , n'équivalaient pas au poids des moindres citations et de quelques ffr^nds 9iQt3 d*Eschyle : cependant Sophocle laissait
combattre les deux rivaux, et cachait ses chagrins dans la retraite. Les cabales des partis , les intrigues, et les préventions, tenaient les juges en suspens, et les souplesses d'Euripide , qu'on peignait ambitieux et rusé , ne remportaient pas sur la roideur majestueuse de son concurrent. Ce dernier obtenait la couronne, mais la préférence entre eux restait si long - temps douteuse que le prix semblait donné plutôt par le hasard que par Féquité. Cette satire des prix littéraires est le fonds d'une comédie intitulée du nom de lun de ses chœurs que forment les Grenouilles : grotesque parodie des clameurs et des murmures de tous les barbouilleurs de vers , qui sortaient de la fange et des marais de Permesse.
Aux traits perçants qu'Aristophane aiguise contre Euripide , il en mêle souvent d'injustes et d'empoisonnés : on ne peut sur -tout le blâmer trop sévèrement de lui reprocher sa naissance , et de s'efforcer à le tourner en ridicule par la dénomination fréquente de Jils cPune marchande (Therbes, Plus son origine fut commune, plus son mérite extraordinaire s'en rehausse , puisqu'il surmonta le défaut d'une éducacation première à laquelle suppléa son génie. Ce reproche était aussi déplacé à l'égard du poète, qu*il était bien appliqué aux proviseurs et aux prylanes, punis de leur impudence hautaine par le ressouvenir de la bassesse de leur extraction. Mais notre satirique en veut au disciple d'Anaxagoras au point de s'aveugler sur son compte ; c'est sa manie : il ne lui suscite pas seulement des ennemis parmi les hommes , il soulève l'autre sexe pour le jperdre :
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a«»si feint-il dans la coinëdie des JStes de Céres que les femmes , irritées de tout le mal qu'Euripide disait d'elles , se rassemblaient pour en tirer vengeance. Les railleries enveloppent jusqu'aux amis du célèbre tragique; et, pour désigner quils sont artificieux et timides , l'auteur les déguise en femmes, et les intro* duit en plaideurs femelles vetiani haranguer contre ses accusatrices. On présumerait quau moins Aristophane veut défendra l'honneur du beau sexe; mais l'athénien n*est pas si galant ; ses injures surpassent toutes les imputations de son rival. Chacune des actrices dévoile en ses déclarations tant de faiblesses , tant d0 supercheries et de turpitudes cachées , et tant de suppositions d'enfants^ qu'U ne dût pas être un mari dans la Grèce qui n'eût à trembler pour la légitimité des siens. Ces honnêtes dames finissei^t par s'avouer mutuellement, en absolvant Euripide , qu'il n'a peint qu'une Phèdre et qu'une Médée; mais qu'elles sont toutes des Médées, des Phèdres,et peut-^ être pis. Étrange apologie des femmes , dofil Aristo-phane prend U cause en main ! Cette seule pièce , déposant contre les mœurs grecques , atteste èi^ «notre honneur la différence des Athéniennes et dés^ FràRhfçaiseSf Lés malins tours que notre Molière ^ttrilMràili aux filles et aux épouses de son temps ne sont ^ au prix de ceux dont je parle , que des bagatelles dont il nous conseille plutôt de nous moquer que de nous fâcher. Encore na-t-on lieu de croire que la moitié de ce qu'il dit; et chacun pour sa sécurité n'a pas besoin d^avoir lès yeux si fins, ni de regarder à tout 4^ si près qu'un auteur comique, qui ne. cherche
comëdie grecque
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qu'à nous divertir sur des articles dont on ne plaisante pas.
Toutes les poétiques font mention des trois époques de la comédie grecque qui se distingue par les noms de comédie ancienne , c'est celle don t. nous avons donné une idée ; de moyenne comédie , c'est celle dont nous allons parler; et de comédie moderne, c est? à-dire celle que traitaient Ménandre d'Athènes , et Epicharme de Syracuse. Cette dernière espèce , la plus parfaite au jugement des philosophes de l'anti-i . quité, ressemblait à celle que perfectionna le docte Molière.
f'^raru ^^ moyenne comédie, déjà tempérée par la prudence des magistrats , adoucissait ou s'interdisait les dénominations trop personnelles, les vérités crues, les masques ressemblants $iux particuliers, les bror cards lancés aux citoyens connus, et les quolibets adressés $iux spectateurs ; plus réservée que la pre-> mière^ sa critique ne portait que sur des abstractions générales et sur les immoralités des hommes, pris cpl<r l^çtivement. Elle devint moins violente et plus délicate,. moins forte et plus ingénieuse , moins acre et nKNi9[S amère, mais plus pure et mieux goûtée. Le Plutus, d* Aristophane fut composé dans ce nouveau mQde : cette pièce élégante et morale montra que son auteur, en perdant ses privautés indécentes, avait conservé la vigueur dç son imagination et la vivacité de son coloris. Habitué à jeter des regards pénétrants sur tous les principes de la corruption publique, et sur tous les vicieux penchants de ses compatriotes, il aperçut que la soif de l'qr et Tapp^l^ ^"^ &^^ P^é-
Evamen lu Plu tus.
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cipitaient la décadence de sa patrie; il voulut guérir cette cpntagion destructive de la liberté et de la vertu dans tous les gouvernements. Aussitôt Tallégorie, système auquel s'attacha sa muse, amena sur le théâtre laveiigle dieu des richesses, sous la figure d'un vieillard craintif et consterné de l'approche des intri* gants qui le dépouillent , des voleurs qui lui cpupenf; la bpurse, des avares qui le veulent enterrer chez eu:i|:, ou des prodigues qui bientôt le renvoyent tout nu à la porte ; il ne s^it plus ou rencontrer la probité qui lie dédaigne, et se plaint de sa cécité qui l'éloigné des honnêtes gens, toujoui*s restés pauvres depuis que Jupiter lui-même porte envie aux hommes vertueuçc : piot profond , par lequel il exprime que la vertu est devenue si rare, quil n^est plus rien aur dessus délie! Ghrémyle et son valet Curion , instruisent le dieu de ce qu'il vaut : c'est la puissance de l'or qui donne les qualités \ c^est elle qui revêt les fripons d'un lustre honorable; c'est elle qui at^ tire des respects à l'ignorance ; c'est elle qui inspire l'amour, l'amitié, les complaisances; c'est elle qui fait estimer tel gouverneur de ville, tel amiral indigne par soi-même de son rang; c'est elle qui ouvre l'entrée des sénats, des tribunaux, et des citadelles; c'est elle qui fonde les temples; enfin le grand roi d'Asie ne tient' sa majesté que du pouvoir de l'or. On se dégoûte du boire, du manger, des voluptés, du faste, du commandement, de tout au monde, mais non de l'or. Piutus est surpris de tous les miracles qu'il fait : l'auteur l'expose d'abord sous les haillons et dans le dénùment absolu d'un gueux , afin de ms^ni-
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fester que 1 or n'est rien par soi , et n'a de valeur qué dans ridolàtrie des hommes qui en relèvent le néant. En effet Plutus est conduit par eux chez Esculape , dont 1 art doit lui dessiller les yetuc : on espère que, devenu clairvoyant, il refusera ses faveurs aux méchants et ne les dispensera qu'aux bons. Ses conducteurs désirent en outre lui faire combler la ville de tant de biens, c[ue les débats jaloux des riches et des indigents y soient terminés, et que tous les citoyens jouissent d*une égale opulence. Au sujet de ce vcen, Tauteur crée une fiction frappante, vive et morale. Je n'ai pu résister au plaisir de Timiter en vers dans une satire autrefois publiée , et dont vous m*avez déjà permis de vous lire un fragment qui touchait notre Aristophane.
« Plutus prêt à rouvrir ses yenx encor fermés , « D'Athènes veut hannir à jamais la misère :
« La Pautkktk , toujours en horreur sur la terre , « Accourt, d*un air farouche, et d'une forte voix, « Vanter à qui la fuit ses hienâdts et ses droits. « — Éloigne^toi de nous ! dît Thomme avec injure ; « Quel montre est plus hideux que toi dans la nature ? « Vante-toi de ce teint qu*enfiamment les tomeors , « De nos enfiints rongés par d*infectes humeurs» « De leurs mères pleurant la tète sur la pierre, « £t qui, sur des grabats, sur la natte grossière, « Aux animaux en proie , entendent en dormant « Mille insectes leur dire en leur hourdonnement : « Debout ! la faim menace.... Et ta main les habille « De kmheaux recousus où ta saleté hrille , « Nourrit d'herhages crus leurs estomacs nsès , « Et les assied a Tair sur des vases
t — Ingrat, répondit-elle, ah ! ta voix insolente « Peint sous ce vil aspect la misère indolente , « L*active pAuvnsTi , qui chasse le besoin , « Se fait un revenu d'épargnes et de soin.
« Si Plutus clairvoyant , de ses mains libérales , « Prête à tous les mortels des richesses égales y « Qui désormais voudra façonner les métaux , « Élever des palais , et bâtir des vaisseaux , «Tailler le cuir, filer et teindre vos tuniques, « Parfumer pour l'hymen vos habits magnifiques , « D'un soc laborieux cultiver vos gueréts, « £t combler vos greniers des moissons de Gérés?
«I C'est moi qtii , des humains , diligente maîtresse , « Les ranime au travail, quand ma rigueur les presse. « Plutus , épaississant votre corps engourdi , . «( Appesantit vos pas sous un ventre arrondi : <c On tient de moi la force et la taille légère , « Qui dompte la fatigue et triomphe à la guerre. « Plutus dans les cités endort*les orateurs , « Et les change en muets , souvent en imposteurs : « Moi , toujours pour le peuple éveillant leur courage , « J'excite leur génie à prévoir l'esclavage : <i Je donne la santé du corps et de l'esprit ; « L'honnête Pauvbxté vou9 sert et vous nouirrit. « Ne la méprises plus. »
L*idéal personnage s'expKqàe à-peu^-près en ces mots, et le sens de son discours doit vous paraître encore directement applicable aux mœurs de l'Europe. Ce sont là des beautés de tous les temps et de de tous les lieux. Sur ces entrefaites , Plutus , guéri ide son aveuglement, reçoit les demandes et les réclamations de la foule ; il ôte aux scélérats ^'il avait
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gorgés dor; il donne aux gens de bien que leurs scrupules avaient appauvrb. Le bourgeois Chrëmyle ne croit plus qu'il faille s*écarter du sentier de Thon* neur pour devenir riche; il le pensait, n'ayant vu dans la misère que les vertus et la science, tandis que les fourbes, les menteurs, les débauchés, et les intrigants , étaient seuls heureux et fortunés. Un pa* rasite délateur jette les hauts cris de n'être plus payé de son espionnage et de ses calomnies; une vieille courtisanne se désole de s'être ruinée en folles dépenses^ pour acheter l'amour d'un jeune libertin qui mit ses ardeurs à gages, et qui se moque d'elle après s'être paré de ses dons : leçon comique, dont l'application atteindrait de nos jours Textravagance de nos L^ïs surannées, et la lâcheté de ces industrieux chevaliers, qui réparent noblement leur infortune aux frais de leurs dupes insensées.
Tant de scènes marquantes ne sont pas encore les plus fortes; la vigueur /d'Aristophane pousse toujours les choses au plus loin : tous les citoyens, épris du dieu des richesses , changent de mœurs dès qu'ils le possèdent; ils oublient leurs parents^ leurs amis, leurs devoirs^ et même leur religion; les dieux n*ont plus d'encens ni de sacrifices; Plutus lui seul est adoré. Que voit-on alors? Mercure, mourant de faim, implorant d'un valet quelque emploi qui le sauve de la disette , et l'avantage de servir de loin le nouveau dieu. Or, que désigne ici Mercure, si ce n'est le çoi^ tége des talents, des arts et des sciences, accourant se vendre, se prostituer à l'or, se prosterner devant Vor , jvirer d'être les vils e^iclaves de Ipr, et subir , au
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vestibule du palais où Tor se dispense , les insolents dédains et les rebuts d*un méprisable et bas introducteur qui les repousse? Cette dure nécessité contraint bientôt les prêtres eux-mêmes et le grand sacrificateur, tout saints qu*ils se disent, à quitter les autels de Jupiter pour brûler Tencenâ et chanter les hymnes au dieu de For, tout puissant sur leurs consciences. Quels emblèmes plus ingénieux et plus clairs pourrions - nous substituer à cette dernière allégorie d^Aristophane, si nous avions malheureusement lieu, comme lui , d'insinuer que notre nation n'a plus que l'intérêt de l'or pour seule divinité?
L'analyse du Plutus achève de vous tracer une idée complète des qualités du poète grec, dont le littérateur que je réfute assimila les ouvrages ^ax parades du boulevard y aux lazzis d Arlequin ^ et dJin farces de Searamouche, Je vous en laisse les juges.
Délivré maintenant du soin indispensable de vous TroUi^m*
^ époque de lA
parler d une espèce de comédie qui ne vous est pas c««»^di«. familière et que repoussent nos habitudes, je vous entretiendrai désormais de celles que le goût de Ménandre, de Plante, et de Térence, rendit plus conformes à nos mœurs ; espèces bien supérieures à la satire allégorique dont je ne pouvais m empêcher de mentionner le mérite. Je déclare d'avance la supériorité de ces dernières, afin que Von ne me fasse pas dire autre chose que ce que je dis, et qu'on ne m'accuse pas de prôner un genre exclus par notre urbanité, préférablement à la comédie moderne. Si je tentai le panégyrique de l'ancienne, en étudiant ^ts^ desseins ^ son but, je dois faire une plus grande apologie de
la nouvelle. L'une , entièrement dégagée d'entraves par la démocratie , se donna pleine licence , et n'eut pas de peine à tout oser et à se jouer de tout, pour amuser et instruire; l'autre , chargée de toutes les contraintes que lui imposèrent les gouvernements et les sages bienséances, trouva dans les maures de son génie réglé le secret d'atteindre aux plus utiles résultats. Cette considération nous la fait admirer davantage , par la même raison que vous prisez moins un bouffon dont le vif esprit vous égayé , en s'affranchissant des lois du bon ton et de la décence , qu'un plaisant de bonne compagnie, dont le goût sûr et fin vous charme , en réglant sa verve et ses saillies subtiles ; et de même que l'orateur qui s'énoncerait avec indépendance au milieu d'un peuple républicain , ferait moins estimer son adresse et son éjaergie , que celui qui , parmi les surveillants du despotisme , en des temps de tyrannie, se servirait de son art pour jeter innocemment des idées de liberté publique dans les esprits de la multitude.
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SECONDE PARTIE