‹ Cours analytique de littérature génerale: tel qu'il a été professé a l'Athénée de Paris (volume 3)Chapitre 6 sur 20 · SEIZIEME SÉANCE · texte numérisé non relu

SEIZIEME SÉANCE

Aperça des révolutions de la comédie; perfectionnement que lui donna Molière; exposition de ses conditions , ou règles élémentaires.

ESSIB1TRS,

Après avoir rétabli les titres dé la comédie antique i^-^'^^^'^i^'^j^ sur les respectables témoignages de Platon et deQuin- 'aeuJomédTe? tilien , sur les suffrages presque unanimes du peuple attique , sur des comparaisons de son esprit avec celui du profond Rabelais , notre Lucien moderne y et en tenant bon compte des emprunts de Racine et des nombreuses imitations de Molière ; après avoir , dis-* je, fort de tant de preuves, tâché de relever Fhonneur trop déprimé de la satire allégorique dialoguée^ à laquelle appartiennent principalement les CfievalierSy les Guêpes y les Oiseaux y les Nuées ^ et le tour ingénieux et moral de la moyenne comédie , à laquelle ^ ainsi que je le démontrai , appartient le Plutus , je dois me hâter de renouveler ma déclaration sur la supériorité de la nouvelle Thalie dont leloge termina ma dernière leçon ^ éloge que je vais motiver dans

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celle-ci. Le genre d'Aristophane va céder le pas à celui de Ménandre. Le premier naquit des circonstances particulières à la démocratie d'Athènes; le second, dune imitation générale des mœurs humaines sous tous les gouvernements. Ce n'est plus la parodie des choses réelles, des événements ai^rivés^ ni la caricature des personnes connues et vivantes : c'est la fidèle peinture du vrai , la représentation ei^te des penchants de Thomme, et les portraits ressemblants des vices et des manies de tous les temps et de tous les lieux , abstraction faite des individus. On le trouve défini dans lart poétique.

« La comédie apprit à rire sans aigreur ,

« Sans fiel et sans venin sut instruire et reprendre ,

« Et plat innocemment dans les vers de Ménandre.

R Chacun , peint avec art dans ce nouveau miroir ,

<c S*y vit avec plaisir , on crut ne s'y point voir,

(c L'avare des premiers rit du tableau fidèle .

« D'un avare , souvent tracé sur son modèle ;

« Et mille fois un fat finement exprimé

<c Méconnut le portrait sur lui-même formé. »

L'estime de César, de Cicéron , d'Horace, et de Plutarque , si hautement déclarée pour les comédies de Ménandre , ne nous permet pas de douter que nous ne soyons aussi redevables aux Grecs de la première idée du beau comique , que nous le leur fûmes des modèles du beau tragique. Peu de fragments , et quelques noms restés des pièces du poète athénien^ confirment qu'il inventa la comédie de caractères , de même que les imitations de Plaute et de Térence attestent qu'ils reçurent les formes animées de la

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«omëdie dlritrigues de Diphil^^-^iiteur gvi^ .<}q qjy^j la cassine fut empruntée 9.4®. If b^leniQn^ aMtr<^.|[n9fi<^ cité par Atbénée) par Suidas ^j pat: Apuléei^et dç quifut tiré le sujet des Bacchides,; et ^«^p;, 4u Sîci-, lien Epicharu^e. Ce fut des Ls^tin^ ,^û. les It^lien#> e$! les Espagnols emprunt^ent fl0|4;e nouvelle! espèce s ce fut chez ces deux peuples. :q;i;^; nptre Molj^iiQ Jni prit en dernier pour la perfeotioAn^ir ; m|iis re^ qu4>iv ne doit qu à lui fut Tatt dg, çflmp6^r.la..QO«édi0. miite^ d'un mélange habile deficatao^^^et Ah il«fin trîgi^e ; création d'autant plus ét^nante que 1^ !qu* Trages de.Ménançlrje nexista^pit ip^^j^, purent ^ lui en fournir les.4)f9inents , et q»!il.ii<ws:46nna ïà^tgny pes origiii^uK de la plus beHab^spèojBfiiiA» c<yn44ierir dont il navaif; pu trouver primiti^enlent euijui. qu(4> Vidée. Les pièces épisodiquei l9t:ltttié{ieuses, qtti.4fiflrf) Tent de ces trois. espèces, furei^>:ffilpore:jréguldâséife par Mqlièr^^ on le nomme. dpnc jnt^tement^i/ti/alM de la con^i^j puisque, noigbrriides productions .|U|«^ ciennes et modernes , il la fit naître si bien formée en toutes ses parties, et. que peut-être sans lui n'existerait-elle pas telle qu'elle est.Qn sent aussi que le seul dépouUlenxent des pièces de ce docte ^riyain, bien examinées , -suffit à com|dérter la poétique de son art , puisque la comédie gr^cqi^e y latine^ italienne et espagnole ^ rentre par ses inutatîojis origii»aies, dans le genre que ^on génie a comme épuisé tout entier. Je m'exempterai donc d'un facile étalage d'éi^udition en vous citant ce - que Quintiiien y Macrobe , Saint- Jérôme > et le docte Scaliger ^ écrivirent en faveur di Plante, q[u'ils;: estimèrent en son.genm nomme ou IL 8

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priticë de la làiigue latine. Je m'abstiendrai de chercher

pd^qtidi le savant Volcatius Sédigitus, selon le téraoi*

Ifb^g^ d' Aulagelle , donne la première palme comique

lesancienflflnr ^ CéciKus , la secoiidô à Plautc, la trobième à Nœyius,

i7«7de punVe '* qUatiième à Licinius , ensuite nomme Atilius, et

et de quatre ne placo Térehcc qu'au sixième tiàne. Deux seule-

latrcs poètes. la O

ment de ces auteurs nous sont parrenus : quels devaietfit être les talents de ceux qu'on leur préférait ? Je m^disp<fenSerai'ilônc du soin d analyser particulière* mèut'les qualités dé Ptoiitè et celles de Térence, desquels je tirerai des «éitèmplës , quand il en sera temps,' pour les «appliquer spécialement à chacune des r^les» doiÉt là totalité' fi^^trduve comprise dans les seuls ouvragés de Molière. Dc^ fui , comme d'un tronc plein de ligueur et de sève , sortent les autres brandies dépendantes. Je croii^i donc avoir suffisamment parlé de»^eûx poètes lâtin^^) en ne vous les rappelant que MÏativement à'i'^rt de notre poète, par cette raison qo^on exprima si 4yien dans son épitaphe , à l'époque de 'sa perte f '..'••'

« Sous ce tombeau gîisént Plante et Térence ;

« Et cependant ,* lé seul Molière y gtt. * ' " •

« Leurs trois talents ne formaient ^utt' esprit ■ ^

cr Dont le bfel art rejouissait la France.' : « Us sont partis ;Bt j^'ai peu d'espéranee « De les revoir , malgré tous nos efforts :' a Pour un long temps ^sçlon toute apparence, « Térence et Flaute et Molière ^f^i morte.

S^HTritlr de Molière me. fournira , dans cette nouvelle partie de

•juUsâttî^ nion. cours, plus de leçons prises en lui seul que

comique». Corneille ne m en a fournies dans la tragédie : car ,

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il ma fallu chercher le complément de la théorie du genre tragique dans les auteurs grecs, dans Racine, qui les imita, et dans Corneille, qui créa spécialement la ti*agédie politique ^ tandis que je trouve chez le seul MoUère tous les principes et tous les modèles du genre coniique , parce qu'il ne partage avec personne rhonneur de l'avoir accompli dans ses cinq espèces différentes. On verra même que lextention qu'il sut donner à son art embrassa jusqu a la sixième ^et lui appropria la plupart des singulières qualités d'Aristophane, dont il refondit et corrigea les inventions lorsqu'il vouljut généraliser ses censures.

Je reprends la marche méthodique à laquelle je me suis asservi en vous retraçant les divisions que je nomme espèces du genre comique. 2^ La comédie de mœurs et de caractère. 3" La comédie d'intrigue. 4^ La comédie mixte , ou mêlée d'intrigues et de caractères. 5^ La comédie épisodique , vulgairement appelée comédie à tiroir. 6^ La comédie facétieuse^ Essayons désormais de mettre en évidence l'utilité de ces distinctions, afin de prévenir les fausses raisons qu'objecteraient contre elles ceux qui croient leurs conditions minutieuses et trop mathématiques , ou superflues.

Quelqu'un se veut former une idée de la comédie : il se rend d'abord compte de ses qualités; car les règles qui s'y appliquent en dépendent immédiatement. Il apprend qu'elle a une fin contraire au but de la tragédie , qui se propose de peindre le bon et le beau de manière à tirer nos larmes , et à causer notre dfiroi par la représentation des nobles infor-

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tunes; tandis que l'autre se propose de peindre le moui^ais et le vicieux ridicule , dans Tintention d'exciter notre moquerie et de nous corriger en nous égayant par la représentation des perversités et des manies du genre humain. Une fois cette généralité bien comprise, il cherche comment la cotnédie parvient à son but. Il découvre que c'est par une action feinte et développée , au moyen du dialogue de divers interlocuteurs. On lui enseigne que c'est par une fisible unique , et soumise aux circonstances de deux autres unités, quelle excite la plus complète illusion au spectateur; que les ressorts de cette fable doivent être vraisemblables , naturels et plaisants , et que le langage des acteurs doit être conforme à la condition des personnages. Il fait plus , il médite l'avis que lé judicieux Boileau donne en ces termes :

« Auteurs, qui prétendez aux homieurs du comique,

« Quiconque voit bien rhomme , et d'un esprit profond

a De tant de cœurs cachés a pénétré le fond ,

« Qui sait bien ce que c'est qu'un prodigue , un avare ,

<x Un honnête homme , un fat , un jaloux , un bizarre ,

« Sur une scène heureuse il peut les étaler,

« Et les faire à nos yeux vivre , agir et 'parler.

« Présentez-en 4)ar-tont les images naïves.

« Que chacun y soit peint des couleurs les plus vives.

« La nature féconde en bizarres potraits

« Dans chaque ame est marquée à de différents traits i

«c Un geste la découvre , un rien la fait paraître :

« Mais tout esprit n'a pas des yeux pour la connaître*

« Le temps, qui change tout, change aussi nos humeurs :

R Chaque âge a ses plaisirs , son esprit et ses mœurs :

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Et plus loin :

« Étudiez la cour et connaissez la Tille :

« L'une et Vautre est toujours en modèles fertile.

Et peu de vers après :

« Le comique, enneini des soupirs et des pleurs, « N'admet point en ses vers de tragiques douleurs : «( Mais son emploi n'est pas d'aller dans une place « De mots sales et bas charmer la populace.

« n faut que ses acteurs badinent noblement, « Que son nœud bien formé se dénoue aisément , « Que l'action , marchant où la raison la guide , « Ne se perde jamais dans une scène Tuide , « Que son style humble et doux se relève à-propos , « Que ses discours , par-tout fertiles en bons mots , 1 Soient pleins de passions finement maniées , « Et les scènes toujours l'une à l'autre liées. « Au dépens du bon sens garder de plaisanter. R Jamais de la nature il ne faut s'écarter.

Pénétré de ces vérités sommairement tracées par Vauteur de Fart poétique , le disciple ou lamateur se persuadera savoir ce que c^est que la comédie, assez pour entreprendre d'en juger ou d'en composer. Cer pendant ce nombre d'idées principales, inculqué dans sa tête, ne lui suffira pas pour en bien connaître les règles, s'il na pu suffire au savant Boileau luinnéme pour ne se pas tromper. La différence des jugements de ce poète et de ceux du public éclairé lui fera penser que rexcellence du comique tient à des opinions si variables qu elle n'est pas absolue , positive , et que l'art dans cette partie de la littérature est aussi conjectural que dans les autres qu'on accuse de l'être. Les

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règles qu'il se sera faites y bu qu on lui aura «donnéessur cette matière, ne s*accorderont pas avec les qualités et TeiTet des comédies. Ceci est vraiment bon , se dira-t-il à Tinspection dune pièce : le fait est simple, unique, vraisemblable, moral ^ et comporte une fine ironie : les caractères sont vrais, ressemblants à la nature : la diction est familière et noble i les scènes tiennent bien Tune à laufre ; ceci contient toutes les conditions d^une bonne pièce comique : fort bien ! 11 a raison cette fois. Mais il voit un autre bon puvraj;e sur la scène : cela n est plus soutenable , on tous les principes sont faux. Le fait est invraisemblable, absurde : les personnages sont imaginaires, le rire qu'ils excitent surprend la raison et ne Tinstruit pas. Ici nulle moralité qui corrige le siècle : le dialogue est plein de sel et d'esprit en pure perte; le tout n'est qu'un jeu d'imagination, et la gaité ne ressort que d'un fonds de bouffonnerie , puisqu'elle n'a pas partout une vérité plÛMuite pour fondement. Cela ne ressemble en rien à la bonne pièce comique à laquelle s'appliquaient les règles. A merveille ! Il a raison encore, et pourtant les deux pièces sont excellentes. Mais d'oii vient qu'il blâme Fune après avoir loué l'autre ? Est-il sensé ? Est-il sincère ? Oui , car il juge bien les choses en les comparant ; mais il a tort de les comparer , et s abuse en le faisant. La première pièce dont il admira l'ordonnance était ou les femmes sa^ vantes , ou le Misantrope ; la seconde , dont il condamne l'invraisemblance et l'extrême gaité était, Am* phjrtrion ou le Médecin malgré lui : mais voici bien une autre erreur! Il assiste à une représentation nou*

:DE HTT]|fiATURB, iif

▼elle 9 et la première comédie qu'il regarda cpmme W modèle du genre, ne lui parait ;plu& mériter Thon^ lieur qui! lui accorda; unç d<^ r^ùs les plus puis* ^ntes manque à son effet théâtral; cest la force çOf mique, empreinte dai^s toutes Içs scènes de cette derv nière : désormais il la préfère , et prouve la première défectueuse par labsence de cette qualité. Mais po^u|^ quoi ? C'est qu'il vgit le Tartine ou V Avare ^ et qjifr les moyçns d'intrigue et de mœurs $*y réunissent dou^ J>lement pour attacher , diverti^: et remuer ,1e sp^ tateur» Maintenant qu'il a ,une pleine connaissance de la construction régulière , d'une vraie çomédiei aura-t*^> encore liçu de se;trQn)per en condamnant celle qui ne lui ressemblera pa^PiEfCoutez-Je parler sur 1^ d^^ière qu'il examine. , Oh ! pour le çoi^pi séf dRjera-t-il) :çette pièce a yplé son titre. Nul fait pr^nr cipal^'auUe scènQ f^ttachée à celle qui. la suit, nul perr sonnage agissant , .ni^Ue exposit^oi^ qui produise pm noaud, nul intérêt «qui conduise à^un dépouement: des dialogues sans suite et aucun caractère OG|ntinu.; cette galerie de portraits ne forme pas un tableau composé, tel que le genre Tèxige, Patience! vous verrez de nouveau que c'est en confondant les appli*cations des 4f/kes , qu'il Téproùve cette charmant^e pièce; car, il leur soumettail&^i^ iFacheuxy comédie créée sur d'autres* conditions. Une ipareille confusion des qualités diverses de chaque x>avcdge cause :1a con^ tradiction de tant de jugements portés au liasard et les doutes qui s'élèvent perj^ét^eMement sur le bon et le mauvais. 4^uantité de pièces s'annonçant sous im même titre, <|ui est celui du genre , sont mal ap

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préciées faute d y saToir distinguer les variétés qiii sont- dans les espèces. Établissez dairement leur division y on les jugera sur les lois qui les constituent , on lefs classera dans leurs rangs, et on reconnaîtra leiïf bonté relative. Mais comment mesurer, si Ton n'a des mesures- exactes ? Gomment préciser les opi-

«ns avec justesse, si l'on ignore de quelles règles que espèce de comédie est comptable? Autant vaudrait-il refuser de recevoir Farçent et le cuivre pour des métaux, parce qu'ils ont un autre .poids que le platine et For, qui en portent le nom, et qui né ressemblent pas aux deux premiers. Sous le titre d^ biétal, qui les comprend tous comme genre , sont ren^ fermées toutes leurs espèces dont cbacùné a son d^ré de valeur et de pureté particulière. Ces espèces iine fois bien distinguées, on les évalue séparément. Ai osé d'abord avancer que le législateur du Pkmasse français n'avait pu se garantir d'une erreur en appréciant notre plus grand comique ; et je vais le prouver eh le prenant sur ses propres paroles. « Molière, dit41 » ,

« Peut-être de son art eût remporté le prix

£h ! qui le lui avait disputé dans le monde jus* ^*au temps où Boileau parlait ? EIP qui le lui a nrvi depuis cette lépoque jusqu'à nous ? Pourquoi le goût de Boileau met-il «n questicm: cette supériorité de Molière , et le traite*t41 moins bien de son vivant qull n a fait après- sa mort dans une belle épître à Racine ? Un si habile Aristarque avait-il besoin que ie poids de Fopinion publique fît pencher sa balanoe, et-que le regret dV^e perte irréparable au théâtre

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Fëclairàt sur le mérite du poète disparu ? Nétait«ce pas plutôt à lui de devancer par ses décisions les suf* fipàgès de l'avenir? Est-il un auteur qui se puisse flat-' ter de vaincre les préventions et les rivalités de sea contemporains, si le plus impartial et le moins en* vieux des hommes ne daigne accorder qu'une place inlérieiu*e à Molière? Sachons à quelle condition il eùt^cquis le premier rang dans «a pensée. ^

« Si moins ami du peuple, en ses doctes peintures» « n n*eût pas fait souvent grimacer ses figures» (c Quitté pour le boutTon Tagréable et le fin , « Et sans honte à Térence allié Tabarin.

' De sorte qu'il lui reproche dWoir composé ses t»« bl^^Ui: pour luniversalité des hommes, de ne s'être pas gêné dans un cadre rétréci où n eus&etït comparu que* des personnages pris dans une haute dasae p^U nçkoibreuse , et d'avoir fait dialoguer les siei^s , non*>seu* lement pour instruire les lettrés çt 1^ gens de oour^ mais pour corriger la multitude entière. ;Oii. voit-il grimacer les figures du peintre ? Est-ce lorsqu'il prononce avec énergie les traits et les gestes des manants grossiers quil copie si naïvement ? Entre lui et son juge ne me fierai-je pas sur cette matière à la justesse du comédien philosophe préférablement à la sienne? L'uà vivait studieux et retiré dans un cercle d amis Utbéra«* teUrs ; Tautre multipliait par son état et pour son att ses relations avec la grande, la moyenne, et la petite société. Son coup«-d'œil saisissait une foule innombra^ ble de bizarreries que Boileau n avait pu même entrée voir ni soupçonner •: Ce qui lui semble faux et oiUré

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dans les pemtures de Molière, oy est qu'original et T^nrensem^st tracé. La force n est pas. TesagériitkiD ; et qui descendra des plus nobles maisons dans Imt»» rieur de la dernière bourgeoisie et au-dessous d'dle encore. Terra des contrastes plus marquants et pins tranchés que ceux qu*il euTisage à la scène comme do Jolies carricatures. Y oilà ce que Molière sayait mettre en relief : Toilà d'où rejaillit en lui le boufion poor lequel on le blâme de quitter Tagréable et le fin , qull traitait, en son lieu, mieux que Térence même, et mieux que personne. Le poète latin ne fat que natnrd et d'une élégance exquise : Fauteur français lutta ricto* rieusement avec ses grâces et sa finesse , et remporta de plus par le feu , la rigueur, le mouTcment, et le coloris. Lui seul nous donne l'idée de ce Ménamdre tout entier dont César ne retrouTait quHme faible mol« tié dans ce Térence , que les Romains nommaient mm beau parleur^ et qu'ils ne plaçaient qu au sixième rang des comiques, et au quatrième au-dessous de Plaute. Mais Boileau ajoute :

« Dans ce sac ridicule où Scapin s^enveloppe , « Je ne reconnais pins raateur da Misantrope.

Ek , tant mieux s'il ne s'y frit plus reconnaître ! Aurait -il usé de toutes les ressources de son art, s'il n'avait eu le secret de se varier ainsi ? Devait* il produire une fable commane et basse sous les mêmes formes qu'un sujet rare et noble? Les tours patibulaires de deux rib fourbes, et l'avarice crapu« leuse ou l'imbécillité de deux crédules barbons »>t* elle des rapports avec les mœurs d' Alceste , avec' la

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fatuité de deux jeunes seigneurs et d un <;ourtisan bel esprit? Ici ,les reissortsde la haute comédie ont Fàisance, la simplicité, le lustre qui' lui conviennent! là, 1<S8 ressorts de la seconde ont toute la vivacité, le vernis brillant, et l'impulsion excessive qui pousse au dernier terme l'extravagante gaîté du sujet. Si le jeu de la scène où Géronte est bâtonné dans un sac , passe la borne d une juste plaisanterie , tant d'autres belles scènes rachètent ce défaut , que la pièce n'est pas inférieure en son espèce à celles dont lauteur eut droit de s'honorer le plus. Elle se range dans la classe des comédies facétieuses , qui ne veulent pas être traitées par les règles des comédies de mœurs. Ces premiers aperçus convaincront, je crois, ceux qui m'entendent, de l'indispensabilité de bien classer les diversités du genre , afin de leur appliquer les préceptes qui leur sont propres. Concluons que Boileau n'eût pasacciîié Molière d'avoir forcé le comique, s'il eût médité les maximes dramatiques d'Aristote, qui définit la tragé» die , imitation du meilleur^ aipsi que l'bnt conçue So^ phocle et Corneille^ et la coipédie, imitcuion du pire , ainsi que l'ont imaginée Aristophane et Molière. Ceux-ci ne craignirent pas de pousser le vicieux et le ridicule jusqu'à Fexcès et jusqu'à l'es^traordinaire. Nos auteurs froids et tempérés blâmeront plus facilement leur vigueur chaleureuse qu'ils ne parviendront à nous faire rire autant qu'eux , en les imitant. Cela tient au génie : le reste ne dépend que du talent et des étroites bienséances.

Nous avons vu que la comédie originaire fut une afwîSdi* ingénieuse et violente parodie, et non une iiniutioii "'*^'***

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fidèle de la nature. Elle gardait encore les habitude^ que lui avaient transmises les mimes du chance de Thespis : ceux-ci bix>cardaient. et insultaient les pas* smnts ; celle-là lançait de doubles et triples sarcasmes aux personnages contrefaits, aux choses et aux speiv tatèurs. Ses saillies imprévues atteignaient et contria* taient par-fois les assistants qui s'attendaient à rire^ et l'emploi qu'elle faisait de Tall^^oiie est -d'autant plus remarquable, qu'elle n'en usait pas pour rcikot des vérités haidies et déguiser les personnes désignées^ ou ne les montrer qu'à demi et de côté , mais au con«traire pour en exagérer les expressions et les afïuUer de travestissements qui rendissent le ridicule extrême*- Elle ne dissimulait rien ; elle nommait tout :

« J*appelle un chat un chat, et follet un fripon.

Quel est ce brouillon , ce délateur, cet escroc , cet orateur vendu ? disait ui\ de ses acteurs ; c'est, peut-être , un tel, et il montrait du doigt un intrigant de la république assis parmi les juges. Celui dont vous me parlez, disait un autre , n'est qu'un sybarite , un efféminé : c'est donc un tel? Et Tinterlocu^Ur désignait quelque lâche guerrier, ou quelque citoyian sans vertu. Les gens que vous voyen-là réunis , aj.4>utait le coryphée du chœur ne aont assidus aux |isseBd>lées publiques que pour y gagner leurs trois oboles par jour : ib n'applaudissent qu'aux imposteurs qui les abusent : ils s endorment sitôt qu'on donne de salutaires avis^ ou qu'on tient des discours raisonnables. Dresses lies oreilles, ne bàiUex plus : c'est 'à vous, messieurs, que je m'adresse. Vous n'écoutez et n'admirez que les

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charlatans et les fripons publics. Et racteor se tournani en faoe.ide l'auditoire^ le réprimande sur ce ton. Souyent même Fauteur place dans le dialogue sa jus* tification , son. apologie , ou sa défense contre les critiques» Telle était, la licence , Feffronterie de la nomédie ancienne que nous avons classée dans la pre» mière espèce. Nous l'avons soumise à sept conditions, ou réglés piûncipales, déduites en nos précédentes séances. Il est superflu d'y revenir. :'

Les abus de ce genre, bientôt corrigés par les lois, EfTet* <ie u cessèrent d'inquiéter les citoyens : on ne permit qœ •uri» comédie. des leçons artist^ent déguisées : Thâlie prit dès4ors le ton de la société polie , où l'on a le droit dé tout dire avec finesse, en dissimulant l'application qv'on :en fait, où le sens direct est sous-entendu , où la raillerie délicate effleure sans déchirer, ei laisse à Tof* fensé le moyen de se méprendre «sur.robjet de l'attaque. Les personnages de la scène éunent des nonis -et des attribucts ^néraux, comme les- portraits de Thé- -ophraste. Leurs actions et leurs parolesoreprésentèrent abstractivement les mœurs et les^caraoières tc'est , se- Ion nous, la troisième espèce de* comédie. Celle «-ci eut besoin d'une fable qui lui servît de* tissu :^ Q. fallut que le fait eût une étendue mesurée, que le sujet put s'asservir aux trois unités , que le nécessaire et le traisemblable ordinaire s'y réuiiîf>, que le ridicule y éclat&t par les caractères et par les «nœurs qu'dle était destinée à peindre, que les -pasBions lui prêtassent une chaleur d'où l'intérêt naquit, que les scènes , les actes, en fussent bien ordonnés , que Texposition en fi&t.facile, le noeud ploi intrigué, le d^-

débauchés^ les marchands trompeurs, les niisées niétc»

trices, fouàiHrent encore asse:& à son esprit pour r^ren-"

dre gaîment les désordres de. la InHirgeoisie romaine^

et pour égayer les magistrats, far un tissu plaisant

de risibles hasards et de surprisie» agréables dont le

spectacle les délassait de Ja gravité'.de leurs fonctions.

La sévérité du peujd^l^main contint la Terre- det

auteurs en des bornes bien resserrées : il n'eût «pas

souffert seulement i qu'on osât.£ûre figurer sur Is

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