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t>ù tout le monde doit se reconnaître, faites^ en disposant votre sujet , soit réel, soit fictif, qu'il ressemble à la vérité la plus familière aux hommes , et qu*il s'ao corde à ce que vous voulez traiter. Sont-ce des carao tères : il faut que Févéneraent ne soit produit que ^ar eux. Sont-ce des intrigues: il faut qu^elle^ ne sortent que les unes des autres , et que rarement le hasard s y mêle dune manière trop fortuite et trop brusque. Harpagon veille nuit et jour sur un trésor pour lequel il oublie le soin de sa personne et de sa famille ; on le lui vole , et son désespoir le jette dans la démence. Ce fait est bien inventé pour représenter les tortures d'un avare : le dérangement de son fils, la complicité clandestine de sa fille avec un amant déguisé chez lui en intendant de maison, les angoisses que lui font souffrir ses valets, sa maîtresse, et leurs dépenses ; la confusion qu il éprouve dé ses usures, le renoncement à son autorité sur ses enfants, qui lui rendent à ce prix sa cassette, devenue le moyen du dénouement, tous ces faits, suite du fait principal , ne partent que du caractère , et c'est là d'où provient leur excellence.
La célèbre comédie de Caldéron, intitulée la Maison a deux portes , n est regardée comme un chef-d œuvre en complications bien claires, que par Thabileté du poète à lier ensemble des incidents , qui , sortis d'un même fil, se reploient en tous sens sur eux-mêmes, et semblent ne former, de mille aventures de nuit et de jour, qu'une seule et même fable dont tous les chaînons s'attirent à-la-fois vers la conclusion , où s'effectue le débrouillement du sujet total, Plaute ^ dans son Épi^
ttSfuep dans sa Mostellaire ^ dans sa Cassine^ dans ses Captifs^ et Térence, dans son Eunuque y avaient par avance fourni aux Romains des modèles dans Fart 4'intriguer ainsi les drames comiques.
]La plupart des préceptes qu ils ont mis en pratique sont si heureusement appliqués à la contexture de XlnadvertitOy comédie italienne imitée par Molière dans son Etourdiy qu'il suffit de citer ce dernier exemple pour en donner une idée parfaite. Les rusos de Mas^^ carille ont toutes dans cette pièce une raison tirée du sujet ; et les maladresses de son maître y qui rom-» pent inopinément toutes ses mesures , proviennent du caractère de ce personnage : les incidents que ces causes font naître ne se succèdent point au hasard, et s'enchaînent entre eux mutuellement : aussi la cu-r riosité qu ils excitent ne discontinue qu'au milieu du cinquième acte, parce que la fortune seule achève l'aventure, et qu'elle aurait dû se terminer par les moyens employés précédemment dans la fable. La faute commise par notre auteur est d'autant plus sensible, que les inventions du valet et letourderie du maître' ne concourent en rien au dénouement. On a remarqué avec justesse que lauteur italien avait évité ce défaut ; dans la pièce originale; Tam^nt désolé de ses propres incartades se redoute soi-même au moment où toutes ^&& affaires sont arrangées ; et quand son valet n'a plus besoin que de sa présence pour lui faire conclure son mariage avec sa maîtresse, celui-ci prend la fuite de peur d'être un nouvel obstacle à ce qui se concert^ pour lui ; et son valet est contraint de le rapporter en persopae sur ses épaules , pour (]ue son évasion n'es»-
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pèche pas encore son hymen. Ce risible imndent est un coup de maître dans Tintrigue de cette comédie. owerratioM Unc autrc qualité à considérer dftns le choix du fiât, cWx d« la c*est cfVLiX puisse intéresser généralement la multitude des spectateurs. Telle anecdote vous paraît piquante , et produit le même efFet sur quelques personnes, qui ne le produira pas sur le public. U en est d'un certain nombre d aventures de société, comme de certains bons mots dans les cercles d'esprit ; traduisez-les au théâtre , les uns et les autres y perdent leur sel : quau* tité de choses qui se passent dans vos maisons ne sont pas accompagnées à la scène des circonstances partie culières qui vousles avaient rendues comiques. Les mots qui étincelaient dans un jargon entendu dfs la cotterie qui le parlait , deviennent inintelligibles pour le par* terre qui ne comprend rien au langage de convention. Une fable pour être bonne doit donc être non -seulement originale , mais comique pour tout le monde, de même qu'un mot pour être plaisant doit être dair et gai pour toute sorte d'auditeurs. Peu d'auteurs ont le tact assez fin , assez stiT , pour saisir ces nuances.
Il faut donc que le sujet choisi avec art porte sur des choses que le vulgaire n^ignore pas, et sur des personnages de nations, de mœurs, et de professions bien connuesw Ces particularités , jointes aux principes généraux que nous avons énoncés relativement au choix et aux qualités de la fable, expUquent 9Mez quelle est cette pi'emière condition dans les deux genres dramatiques.
a« RècM. i^ mesure de l'action ne demande pas notre
La niriiiiT^' i?e
men entier : nous Tavons considérée en psitîe daiip
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B08 leçons sur le genre tragique. Dispensons-nous de redire qu'il lui faut une certaine étendue , afin qu elle comporte un comniencenient, un milieu, et une fin. Remarquons seulement à quel point Fauteur doit la prendre, pour quelle fournisse matière au nombre de ses actes. Je me rappelle qu un jour un littérateur rencontrant avec moi Fabre-d'Eglantine dans le foyer dî^**JÎJ!îl,. du théâtre français, lui dit en ma présence que les **<*^**"** fujets propres à la durée de cinq actes lui semblaient très*rares. L'auteur comique lui répondit: c'est que vous ne réfléchissez pas assez sur les événements qui ie passent devant vos yeux ; car le moindre fait peut fournir à une ample comédie. Regardez chaque mouvement, en marchant dans les rues, et demandezvous le poiu*quoi de tout : vous trouverez par-tout le nœud d'un sujet , et votre esprit lui donniera son étendue en le développant. Deux hommes se battent sur votre chemin ; un passant en fait arrêter un autre; un vieillard gronde un jeune homme: tel autre fait (sentinelle à une porte et s^évade au premier bruit : une femme âgée soufflette une jeune fille ; un ivrogne tombe , ou s^égare la nuit. Tout cela n'est que hasards du moment , si vous n'y regardez pas bien : mais exà« yninez le maintien , l'habit des personnes ; écoutez leurs paroles , vous saurez d'abord leur caractère et leur état; supposez ensuite toutes les causes présumables de ce qu'elles ont fait, ou de leur situation; demandez-vous après , ce qui pourra probablement en résulter. Ces gens qui se battaient , était-ce par vengeance, par jalousie, par point d'honneur ? Ce passant l|ui faisait arrêter Tautre, était-ce pour affaire à citer
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en justice, pour vol, ou dettes, ou rapt, ou sédac* tion ? Ce vieillard gourmandait-il son fils , son neveo, son pupille, ou son disciple ? Qu*est-ce que Taii et Tautre ? Avaient-ils raison ou tort ? Pourquoi celui-ci veillait - il dans Fombre ? Qu'est - ce qu'il guettait i Quest-ce qu'il craignait? Méditait- il un larcin, un enlèvewent? Espérait- il un rendez-vous nocturne? Figurez*vous alors les obstacles, les surprises, les accidents inopinés de ces sortes d'aventures. La fille que vous avez vue soufBetée Ta-t-elle été sans sujet? Sa jeunesse, sa beauté, sa contenance, ne vousrév^entélles pas l'espèce de tort qu'on lui faisait payer? L'ivrogne égaré ne laisse- 1 -il pas à l'abandon sa femme ou sa maîtresse ; et ne rentrera-t-il pas à contretemps chez elles, ou trop tard pour son honneur? Ces diverses actions , dont vous fûtes témoin , ne sont donc que le milieu d'une action commencée, dont il faut vous imaginer les antécédents, et qui doit avoir une suite et une conclusion dont vous devez vous figurer les subséquences. Voilà comme on donne aisément leur juste étendue aux sujets de la comédie. Tel fut à-peu* près le sens des paroles de Fabre-d'Églantine : sa leçon me parut si bonne , et si bien mise en pratique dans son Philinte , que je ne Foubliai plus. Ceux qui cultivent iin art tirent le plus grand profit de ces communications des hommes de talent : leur principal secret leur échappe plutôt dans le feu de leurs conversations confidentielles que dans leurs ouvrages > et que dans leurs dissertations écrites.
Le point de laclion théâtrale doit être saisi au tiers de Faction véritable : c*e8t Texposer froidemoit que
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de la commjencer devant le spectateur : on risque de n'en pouvoir enfermer la totalité dans les bornes que ïart prescrit. C est l'exposer avec confusion qne de la prendre au dernier moment, parce que trop de détails antérieurs en gênent la conduite, et qu'on risque de n'avoir plus assez d'éléments dans le reste pour la soutenir jusqu'à la fin : que fera l'auteur? il saisira l'événement comme la nature le lui présente ^ et selon que Fabre-d'Églantine veut qu'il le surprenne ; il rejetera dans l'avant-scène les causes premières de l'action , et ne la mettra en mouvement que dans ses effets déjà marqués , ou bien à la suite d'un choc des passions déjà développées , d'où Fintérât doit éclater de plus en plus.
Examinons toutes les bonnes pièces du théâtre, nous n'en trouverons point d'irréprochables, dont I'a.ction ne soit engagée précédemment au lever de la toile. Le même précepte, applicable aux person<« nages du drame , s'applique à la durée de l'action : si l'on ne veut pas voir ceux-ci, « enfants au premier • acte et barbons au dernier » ; on ne veut pas plus voir naître l'origine d'une intrigue, ni la suivre à pas traînants jusqu'à son dénouement. Il faut la prendre à tel ou tel point précis, comme on prend les personnages à tel ou tel âge «fixé : autrement son étendue excède ou ne remplit pas les limites données au poète ^ et, dans ce cas, il est réduit à s^appuyer du secours d'une double action , faute de quoi la marche de son drame eât rallentie par la tiédeur et par Tennui. Re<^ cueillez les réflexions de Gailhava , dont les judicieuse9
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remarques ont jeté qadque lumière sur Fart de Ik
« Une pièce qui n'a point darant-scène,ouquifln « a peu , a nécessairement aussi dans ses commence* m ments une marche traînante et ennuyeuse : la raison « en est bien simple : Tamour est la base , le fondement ^ « et lune des machines principales de toutes noé oo« « médies. Deux amants qui commencent à se lorgner ^ « à s*agacer, à se parler^ à se rendre des soins mina* «deux, ne peuvent pas aller bien rapidement, oa « bien ils ne sont pas honnêtes, et le théâtre exige de « l'honnêteté et de la rapidité, »
Çailhava cite l'exemple du Menteur de Corneille, où le héros de la pièce rencontre une femme qu'il n*a jamais vue, en devient inopinément amoureux, et le lui déclare : « Aussi , ajoute-t-il , l'intrigue est «die «traînante jusqu'à la fin du second acte, lorsque Ta» «mour, ou pour mieux dire le goût de Dorante s'ë- « tant fortifié , son père Talarme en lui proposant un «mariage. Je sais bien que les spectateurs s'amusent « en attendant une action plus vive , de quelques men« « songes dans lesquels Dorante s'embarrasse , et qu'ils « sont intrigués pour savoir comment il se tirera d'af* « £aiire : mais Tintérêt de curiosité ne vaut pas celui « de sentiment , l'un n'amuse que l'esprit , l'autre af* « fecte le cœur. D'ailleurs en exposant aux spectateurs « une intrigue déjà avancée , en Tintéressant pour deux « amants qui , déjà loin de tous les préliminaires â» « l'amour et de ses enfantillages , partagent de bonne • foi sa tendre vivacité, et sont sur le point de se voir
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« heureux ou malheureux, un auteui* réunit, et Fin* « téret de ciuiosité , et l'intérêt de sentiment : le pre- « mier acquiert même beaucoup plus de force quand « lautre Taccompagne. »
Après cet article, Gailhava ne manque pas de poser en axiome , que ce qu'il observe sur la manière de traiter lamour bien établi , doit être observé pareillement sur tous les autres principaux mobiles de la comédie. Il explique très*bien comment il faut que les grandes machines théâtrales se meuvent par des ressorts d avance mis en jeu^ qui se croisent, se succèdent , et augmentent continuellement d effet , de promptitude , et de vigueur, A l'exemple du Tar^ tufe^ qui commence en pleine action, le professeur eût pu joindre VA^are^ les Femmes Savantes y h Misantrope , V Ecole des Femmes y en un mot , le répeiv toire entier des meilleures pièces , dont pas une ne manque davant-scène très-étendu. Mais il a jugé inu* tïle d'accumuler les citations pour faire sentir une si évidente nécessité; on peut s'en rapporter au soin exact qu il a mis à bien éclaircir et h séparer entre elles toutes les parties élémentaires de l'art. Mes élo-* ges de son ouvrage sur Molière imité et sur Molière imitateur y se fondent principalement sur les distinc* tions qu'il a faites des lois spéciales de la comédie. Si Tordre dans lequel je range la classiG cation des règles est plus méthodique et plus rigoureux que le sien , je reconnais avec sincérité qu^il n'en est que Tachè-^ vement, et je n'en espère quelque fruit honorable que par sa conformité avec la division de principes qu'i^ avait analytiquement classés avant tous ccu3^ qiii écr^-i
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virent sur cette matière. Ses formes d!eBAeignement rentrent dans celles que j'ai cru devoir généralement régulariser. Il avait senti sur la comédie ce que j'entreprends sur toute la littérature, et offert en approxi-». mation ce que je veux réduire en formules positives. Loin de moi, quand je cherche à approfondir la métaphysique de l'art , l'orgueil des disciples qui veulent nier à leurs habiles prédécesseurs le secours des flam^ bleaux dont ils leur doivent les clartés (i) ! 3«Rici«. La troisième condition est celle des unités, con-.
JLtê unités.
dition pareille dans la tragédie et dans la comédie , conséquemment déjà traitée ejt débattue dans nos le- \ çons sur ce premier genre. On sait qu elle consiste à renfermer un seul fait dans un seul jour et dans un seul lieu. Ou sait que l'extensiou donnée à cette règle, accorde vingt -quatre et jusqu'à trente-six heures , et que dans l'unité de lieu on- peut comprendre une maison et ses appartenances , telles que ses cours , ses jardins, et ses pavillons, ou bien une place publique et rentrée des rues qui y aboutissent, et la face des bâtiments qui l'environnent : néanmoins la rigueur de la règle est préférable inux licences qu'elle tolère, et le spectateur n'est jamais mieux satisfait que lorsqu'une seule action se passe dans un endroit que ne dérange point le jeu des décorations , et dans un temps égal à celui de la représentation de la pièce.
(i) Cailhava, mon estimable collègue à Tinstitut, vivait encore , lorsqne je lui rendis cet hommage : il mVst doux d'avoir agréablement touché son oreille par une louange sans flatterie, et de n'avoir pas attendu sa mort pour lui rendre une justice ingrate et tardive, dont il ne jouirait plus.
Ï)É LITlTÉRAÏtlRE. f§^
Alors cette régie , favorable en tous points à l'illusion théâtrale , est la plus belle de toutes. On ne s'y astlreint absolument que dans la haute comédie. La pra-* tique des meilleurs auteurs ne s'étend pas sur les autres espèces , et souffrirait trop de gêne à le faire. Aussi les acteurs passent'-ils d une chambre dans une ^
place , d'un bois ou d un champ dans une ville , sans que la condition des pièces secondaires en soit offensée. L'esprit eût pet'du trop de bonnes choses à se tenir si fort à Tétroit/Tinsisterai pourtant sur lavantage de garder, autant quil se peut, la triple régularité dans toutes les principales compositions dramatiques. Mais, en me déclarant contre Vinfraction de cette excellente loi théâtrale, j'observerai que son observation exacte non*seulement est très- difficile, mais qu'elle est très -rare : aussi, dût-on encore fausser le sens de mes paroles , je me permettrai de vous faire i^émarquer que Tunité de lieu , et que celle d action , ne sont pas plus scrupuleusement observées dans la plupart de nos plus estimables comédies, quelles ne sont respectées dans plusieurs de no3 plus belles tragédies. Je demande si Ton est en di^it de soumettre notre faiblesse à des lois plus strictes que celles qui furent souvent trop sévères pour les grands maîtres, et si la petite quantité de leurs chefs-d'œuvre , où les trois unités purent s'adapter^* complètement , ninclinait pas à faire présumer que leur application parfaite n'est qu'idéale et de pure théorie , ou du moins n'est pas toujours réelle et indispensable.
•r • i'> 1 ... AvantsgM
Lom d admettre pourtant cette opmion , je pense ^erunit^de
vue tlaiiii
quaux trois unités, desquelles on ne doit guère tout ouvrage
te
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se relâcher dans la comédie , il faut en ajouter une quatrième qui est Vunité de vue^ c* est-à-dire la ten* dance vers une seule leçon morale • ou une seule Té* rite philosophique. En effet à quoi prétend un auteur comique ? à laisser dans le souvenir du spectateur une idée de quelque ridicule assez forte pour l'en corriger: il ne peut aspirer à en imprimer plusieurs à-la-fois très -profondément; car une comédie ne saurait contenir un grand nombre de moralités différentes sans qu elles se nuisissent entre elles par leur multitude , qui sortirait de la mémoire. Pourquoi se souviendrat-on à jamais de \ Avare? c*est que tout concourt à représenter dans le drame de Molière les seules dégradations qu'entraîne Tavarice. Il y a là unité de vue. Pourquoi n oublie -t- on pas le Misanthrope? c'est que le tableau des vices du monde n'y est tracé en tous ses détails que pour apprendre à la vertu qu'elle doit être tolérante^ sans quoi elle cesse d être sociable. Il y a là unité de vue. Examinez le Tartine sous cet aspect, et vous n'y trouvez que des traits qui carac* térisent Timposture , et qui vous apprennent à recon* naitre sa laideur masquée : il y a là même unité de vue.
.Vous rappelerai-je des comédies dun ordre inférieur à celle des Femmes savantes , dont la direction tend uniquement à réprimer l'abus du bel esprit, el les travers de la pédanterie féminine ? Parlerai-je des Précieuses ridicules? de George Dandin? àix Malade imaginaire? Là. ^ l'auteur ne reprend que l'affectation des manières et du jargon à la mode , que les simagrées et le ton des provinciales qui singent le beau
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monde. Ici, ce n'est que la sottise des alliances discon- Tenantes entre les manants riches et les nobles gueux. Enfin y dans Tautre exemple, Molière concentre toute sa force comique vers le seul projet de guérir Vinfir*> snité d'esprit de ces gens pusillanimes qui^ de peur de mourir, s'abandonnent en pleine santé aux attaques mortelles de la charlatanerie médicinale. Il y a encore là unité de vue; et cette quatrième unité, je .crois, n'est pas moins importante que les trois autres qu on a seules définies et recommandées tant de fois.
L'un de nos auteurs vivants, dont on a justement loué la verve facile, le naturel et Tenjouement, en comparant ses pièces aux pièces les plus agréables du spirituel Dancourt, M. Picard mérite un rang égal dans notre estime, par Tunité de vue qui distingue ses jolies comédies. Quest-ce que sa Petite ijîlle P une vive esquisse des tracasseries du commérage et du babil médisant de voisins qui caquettent Tun contre l'autre par en vie, par curiosité, et par désœuvrement. Qu'est-ce que l'intrigue de son Mari ambitieux? une leçon à quiconque sacrifie son repos domestique aux empressements de la brigue , et l'honneur de sa femme et le sien à la vanité de cumuler les places. Qu'est-ce enfin que ses Marionnettes? une image de tous les hommes que l'intérêt fait mouvoir et tourner sous un même fil au$si aisément que se meuvent les pantins de la foire. Une seule vue philosophique brille en chacun de ces gais et charmants ouvrages. C'est à mon avis , leur premier titre à nos éloges (*).
(*) Tandis que je disposais rédition de ce second tome de mon Cours , le même auteur a fait paraître une nouTeile pièce intitu»
tCo COURS ANALYTIQUE ^
Les conditions du nécessaire et du vraisemblable modifient de diverses manièresla règle des trois unités ici-dessus mentionnées ; car on ne s'y soustrait point par caprice ni par ignorance , mais par le besoin cki sujet. S*il est nécessaire que les acteurs d une pièce se transportent d*un lieu en un autre, on ne fera pas difficulté de le souffrir : comme on le voit dans le Médecin malgré lui y dans le Festin de Pierre^ et dans la plupart des comédies d'intrigues: ces pièces pèche* raient par le vraisemblable, si le fagotier exerçait la médecine dans son bois et non dans une maison; si les aventures de dom Juan se passaient toutes dans sa chambre ; si les accidents , qui n'arrivent que dans les rues ou dans les places, s'effectuaient dans Tinté^ rieur de Tasyle *des personnages. La vraisemblance et la nécessité commandent en conséquence une disposition quelquefois contraire à la rigueur des unités;
lée Vanglas^ l'un de ses pins heureux ouvrages par Papplication du principe que je recommande ici. C'est le tableau de la bonté naturelle aux prises avec les vanités du luxe et la corruption des ministères publics , de Tamitié trahie par Tambition des boiineurs ; eniin de la conscience qui capitule avec Tintérét, et qui, voulant s'interpréter le mal en devoir > pousse à-Ia-fois on même bqmme , protecteur et dénonciateur tout ensemble, à tendre une main au proscrit innocent contre lequel il signe, de Tantre , un rapport dressé par ordre pour sa condamnation capitale. Les leçons qui rejaillissent de-là sur la fatuité des gens en crédit, sur leur méconnaissance d'eux-mêmes, sur leurs imper* tinentes audiences , sur la bassesse de leurs clients , de leurs valets et de leurs solliciteurs, sont autant de rayons qui convergent en une saillante unité dg vue, qualité très-distincle dans cette morale
et U
yniMmUaU*.
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mais ces deux conditions emportent d'autres préceptes avec elles.
Le nécessaire exise que rintriffiie, les caractères, et 4'et5*RUtM. la diction , ne contiennent que les éléments convenables au sujet et au ton qu'on lui donne. Il ^xclut les scènes de pur ornement , les détails sup^s^us , les tirades prétentieuses, les portraits inutiles, et Tenflure ambitieuse du style. Il veut que tout aille au but , que tous les ressorts tendent à Faction , et retranche les mobiles étrangers qui n'y concourent pas. L'ordon* Tïsoïce du Mîsanthro^j quelque admirable quellesoit^ pèche au second acte contre cette condition puissante. Alceste annonce quil vient contraindre la coquette Célimène à décider de son choix entre ses rivaux et lui : la scène entière s'écoule en une longue suite de traits médisants et de portraits originaux, dont le retranchement ne nuirait pas à Teffet total de l'ouvrage. Les applaudissements que chacun de ces morceaux attire au talent du plus grand peintre des ridicules, n'éblouissent pas les connaisseurs sur le défaut de leur inutilité. Aussi Faction de la pièce ne parait -elle se rallentir qu'en ce moment, parce que la scène, quoi* que vraisemblable, n'est pas absolument nécessaire. Le dénouement de V Ecole des Maris ^ bien que si piquant et si théâtral, n'est pas à l'abri d'une juste critique. Est-il probable que le tuteur d'Isabelle, argus jalovx et soupçonneux à Fexcès, la rencontrant le soir seule hors de chez elle , se fie aux raisons qu'elle lui donne de sa sortie secrète ? N'est-il pas moins probable encore que, la laissant passer pour sa sœur sous im voile , et , sous son vrai nom , il la voie entrer //. II
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chez Valère sans se douter que ce n*est point Léonor P Mais supposez tout cela possible : après que sa pujnDe est restée enfermée dans le logis de son amant ^ et que celui-ci Fépouse en son nom d'Isabelle, le tuteur^ pouTait*il penser qu'il n aTait pas eu le temps de re» connaître celle qui se serait suppôt en sa place , et ne devait-il pas tout-à-coup se détromper? Le jeu deS situations, la force comique, la vivacité du dialc^gue, déguisent très-bien le défaut de cette catastrophe ; mais le vraisemblable y manque de scène en scène. Ce n'est pas qu'on ne fasse une distinction entre le vraisemblable réel , qui n'est pas par-tout nécessaire ^ et le vraisemblable théâtral , qui l'est toujours ; d'ailleurs il a doux espèces , la vraisemblance ordinaire , et l'extraordinaire. Lune exige que la représentation soit conforme au train du monde , aux choses de la vie commune, comme dans le Tartufe^ le Joueur^ Turcaret^ et la Métromame ; l'autre veut que le spec* tacle d'une fable supposée s'accorde en tout aux données convenues d'imagination ou de parodie , tellement que rien ne les démente, aussi bien que dans Amphitryon y dans la Femme juge et partie y dans les Ménechmes ^ et dans le Légataire unii^ersel. Ce n'est pas tout : le vraisemblable porte ses qualités sur le style aulattt que sur la composition , et réclame les convenances relatives aux mœurs, à Vesprit, à la profession de chaque personnage. Sosie ne s exprftnera point comme Amphitryon^ ni Jupiter comme Mercure. Leur langage cesserait de r^sembler à la vérité. L'homme d'épée ne parlera pas du ton de l'homme de robe, ni le libertin n'aura l'onction du dévot; on ne les
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«aurait plus reconnaître. Le bon goût indique facilement ces diversités que la Traisemblance commande; mais il faut prendre conseil du génie pour creuser les caractères, et pousser le ridicule à son comble, sans sortir du vraisemblable ordinaire ou .extraordi<» nairH La nature marque toujours ses traits plus fortement que lart; et dès quUl ose aller aussi loin quelle, on Faccuse d outrer le vi;^ dans son imitation ; mais le vraisemblable dans le tragique et dans le comiquç sont aussi contraires que ces deux genres le sont entre eux : nous avons g^rvé que la tragédie , étant 1» peinture du meilleur , voulait que latrocîté des crimes y fût adoucie , expliquée , et même excusée par les passions, pour que leur énormité révoltante ne semblât pas hors de la vraisemblance : nous observons que la comédie , étant la peinture du pire , exige qu on charge sa palette des tons les plus tranchants , et quon enlumine Jiardiment son masque pour assimiler ses imitations à tout ce quil y a de vice, de ridicule et de bassesse dans le naturel des hommes. Sachez bien voir ; jetez les yeux en face sur Jes avares , sur les pédants , sur les fripons, sur les jaloux, sur les vieux débauchés , sur les femmes effrontées , médisantes, ou faussement ingénues, vous y saisirez des difformités et des replis plus prononcés peut-être que tousceux qu a gravés Molière , plus honteux , plus bizarres que les grimaces et les turpitudes des Harpagons, des Trissotins , des Gérontes , des Arnolphes^ des Sbrigani^ des Arsinoés, et des Relises. Poussez en couleur, enfoncez le trait le plus avant possible, chargez vos pinceaux; à peine atteindrez-vous au ton saillant de la
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simple réalité : les travers ont cela danconoevaKI» qu'on n'en n imagine jamais le dernier d^ré ; et que , par une extrême complaisance pour nos propres nanies , leur influence glisse autour de nous et sur nous, sans que nous nous en apercevions nous-mêmes. Le peintre qui en ranimerait vivement les imageflUrop effacées nous courroucerait si fort , en nous montrant tout ce que nous avons aujourd'hui d'étrange, de dégradé, de difforme , de grotesque, et de risible, que BOUS commencerions par briser ses miroirs trop vrais, et que, nous récriant contrent exagérateur, nous accuserions ses tableaux d'être invraisemblables : mais quelque voix s'élèverait encore du parterre, et lui redirait , Courage , disciple de Molière , voilà la boDn«
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SECONDE PARTIE