‹ Cours analytique de littérature génerale, tel qu'il a été professé a l'Athénée de Paris;Chapitre 12 sur 35 · IO COURS ANALYTIQUE · texte numérisé non relu

IO COURS ANALYTIQUE

fils imfnortel de s éloigner des flots qui le menacent: son aveuglement; égare ses pas vers une forêt ; aussitôt le premier diéne que touche sa main devient une Dryade^ qui lui cède un rameau vert pour assurer sa marche et sonder âa route : sa lyre lui échappe et tombe dans un lac; Syrinx la retient dans ses roseaux: une orageuse pluie Taccable; qu'est-elle pour lui, que Juûon , la reine des nuages ? Son ressentiment persécute le poëte, qui chanta ses artifices pour endormir Jupiter au mont Ida : la nymphe Echo lui révèle une grotte dans laquelle il trouve un refuge contre la tempête: enfin l'Aurore ouvre les portes de TOrient: Apollon , dieu du jour , touché des misères de son auguste favori , demande au roi dès dieux de rappeler Junon ^ il s'élance, et du haut du ciel réchauffe son cher Mélésigène, sous Tinfluence de ses rayons, et l'avertit par leur ardeur de la présence du Dieu qui le protège ; mais la faim et la soif le consument ; U ignore en quels lieux il est jeté , quand une vigne qui Tarrête labreuve du jeu de ses raisins ; elle se personnifie en Nymphe de la suite d'Erigone, et lui révèle quUl- est dans le terroir de Chio^ où jadis Bacchus Ta laissée sur le penchant dune colline. Cest là que le pasteur Glaucus le trouve, et lui offre Thospitalité. Quelle était la matière de ceebMU? Un vieillard infirme exposé durant une nuit aux intempéries de lair : on voit ce qu'en a fait Fintervention des Dieux et des Nymphes.

Quelque heureux usage que j'aie pu faire dans ce poëme des ornements variés de la mythologie, et quelque richesse que m^ait encore offerte la religion

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hébraïque dans le poème inëdti de Moisey^f ayooerai que cependant leurs sources de noufeantrini-oiit paru s'épuiser, et que la» eontradicticRs de.li physique des anciens et de U nàite m'a semblé linuîre à des &bles qni ne sont plus peur nous.les-.Bjafbdles.de la vérité^ telles quelles, devaient rètre:poiir<Us'fiiecs et pour les premteci chrétîeiis. Cette \déà ma dit présumer qu'il était temps de Couvrir •deiicteuxnouveaux, de se construLpe un autre monde i^éal, et d y créer une Théogonie merveitkmse qui i^présentities phénomènes de la nature, ainsi que-jncmsiilèsa fait concevoir la philosophie newtonienne :.là il jmé fallut tout inventer. i„,entîo.

Je sentis qu'on nl3 pouvait prêter; à des peuples ^^i^tle connus nulle autre religion que la; l^ni Je supposai ^rHaTlI^rj^

1 1 / • j 11* «ciences dans

donc un. peuple antérieur aux** autres^* et le plaçai monpoëmede dans Vile Atlantide, dont la submersion précède tasiàtes les annales. Théose, premier Dieu de cette naticui ima« ginaire, est T Être-Suprême ^ que je me gardû bien de figurer, persuadé que Ibômmene conçoit "plus Timmenaité de rÉtemel, dès qu-iJ se le peint à son image. Je ne personnifiai que les puissances mdtrices de là création , que les propriétés des substances , et j établis entre ces divinités une hiérarchie correspondante à leur importance naturelle. Des noms étymologiques que je leur donnai reiiiplaltèrent les noms téchniqi!ies repiymvés par la poésie : j'aippelai Barythée, la force centrale ; Proballènev -la force, centrifuge : ces deux frènta* divins .me représentèrent le système de la' gravitation universelle» Nomogène, leur mère, fut la gnmde déesse de l'équilibre» et Syngénie fîit celle dé^

affinitës ^ectétei. Le soleil cessa de me paraître un Dieu:ccHicaiit>0iir un char attelé de coursiers qu'il dirige .de Ihmm à roocident : cet astre, immobile au centre joit no» sciences Tont fixé , devint Tauguste HélioB;da(pri/la lumière et la chaleur furent tes filles; et spiks-iès morps de Lampélie et de Pyrophyse , s'élançant* du • palais radieux de leur père, elles portèrent dans- ileuT vol , cpii parcourut Funivers , la splekKleur^ le inonvement, et la fertilité. Cette fiction, inspirée par la vérité même, égale , je crois, en majesté.celle^qu'inspira Terreur aux disciples du vagabond Pliébus , et s'accorde mieux à nos opinions sur la stabilité du soleil. Les lois de l'attraction qui influe sur les marées me fournirent le tableau des mysté* rieux amours de lOcéan pour la tendre Ménie , déité qui .i^eprésenta la lune dont les phases varient les agJÉttiohS' des mers; Ménie , ainsi qu'on le voit , me tinttlieu de Diane ou d'Hécate. Cette fable explicative do moâvement des flux et des reflux est la meilleure du poëme, et l'une de celles qui obtinrent les suffrages de Delille et du fameux géomètre Lagrange. lé trouvai- dans les inclinaisons de l'aiguille aimantée vén le, fer. et vers les pôles , dans les actions de l'élecftscité ,' des substances • volcaniques et du £su fidminant/ d'autres intrigues amoureuses, d'autres tî-^ valitës allégoriques entre cks Dieux inférieurs et des £fynlphes cjui s'attiraient ou se combattaient : la nature matérielle se déifia tome entière en mon imagination comme en celle des anciens mythologues : il ne 'me restait plus qu'à diviniser, à leur exemple, rintélligence et la vie. L'une, image de Tame univer-

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selle, se nomma PsycoKe, et remplaça Minerredans ma création; Tautre .se nomma- Bione , et prit ta^place de Vénus génératrice. Celle-ci (de mes iconc^ptiv^ns la plus favorable à la variété des eiïets)'iietTepréseiita pas seulement la force vitale y< mais la forcei végétative, et la transformation perpétuelle des ètMs. Aiiif^itôt cette divinité , soumise à d'innombrables métamorphoses, emprunta mille traits des animaux et^ des plantes , et , toujours fugitive, sans cesse reparut dans les airs, sur la terre, et dans les eaux, sous t(w^ les formes que prennent la vie et la v^g^tation. Je retrouvai dans les sexes des fleurs , parmi les zoophites et les madrépores , de nouvelles aniours , et jusqu'aux hermaphrodites de la fable. Voilà le précis de ce que m*ont donné les vues de Newton sur la nature. On ne contestera pas quelles m ont fourni les trois ordres constituants du merveilleux épique. Une religion qui remonte à un créateur et suprême moteur des choses, par qui tous les phénomènes et joutes les actions se produisent, et qui ordonne' et gouverne tout. Qu exprimai-je en exposant le sujet ?

« Un centre est au grand corps de la matière immense , <t Ce qu'à Vame est un Dieu , centre d'intelligence.

De là le merveilleux divin, ou sacré.

Des divinités syinboliques dé tous les "principes naturels offrent mes fictions sous deux faces , et celle de la fable qui se développe en aventures ; de.-là le merveilleux allégorique. Celui-ci me sert à peindre les mouvements physiques et leurs causes.. Citons^en un court exemple. ;;

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Je youd ai <iit que le centre solaire se nommait HéUoni:.on pense que son attraction étend son in* fluence jusque sur la projection des masses très-lointaines 9 ;qui: lui sont subordonnées ; et que cette cause rè^e les retouirs périodiques de quelques météores. Ce fhénoHiàne est ainsi dramatisé :

« Une ardente comète , esclave d'Hélion , « Vole ,1 et plonge en ses feux toute sa chevelure : « Son corps entier s'embrase aux chaleurs qu'il endure. « JUdTs, et du plus loin 'de l'empire des airs , ' 'it Aveuglément lancée stnx cienx les plus déserts, « Elle avait cm , sans maître, en des nuits sans limites, « Echapper au Soleil, roi des vastes orbites;

^ « Mais Tastre impérieux qui suspend son lien , p Aa bout de sa carrière, enfin lui dit, Revient « EIIq^ de par-delà l«s ellipses des mondes ,

, « L'entend,! et de retour en ses routes profondes, « Bu tfône d'Hélion approche la splendeur , « Et ne. soutenant plus son éclat, son ardeur , « Bouillante de courroux , pâlie , échevelée , « Pour dix siècles encor reprend sa fuite ailée.

« Va , lui crie Hélion , va , mais sans t'approcher n De l'orbite on la terre aime en paix à marcher. « Ton essor trop voisin , troublant sa masse errante , n En soumettrait le poids à ta force attirante ; « Et renversant son axe et le cercle des ans • % Soulevant ses vapeurs , gonflant ses océans , « Y renouvellerait les terribles merveilles « Qu'autrefois produisit l'une de tes pareilles, '^''n Qui submergea son globe^mi flux des vastes eaux, ' ' « Déluge écrit encore au sein des minéraux : s Les fossiles marins attestent ses passages

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« Sur les plus hauts des monts pétris de coquillages ; « Et rhomme y reconnaît qu'aux flots jadis ouverts « Tous les lieux qu'il parcourt furent les lits des mers. « Va donc, fends l'Empyrée; et, de loin menaçante, « Traîne ton atmosphère en queue ëtincelante : < Mais des lois de tes soeurs ne crois pas t'abstenir; « Je te rappellerai dans mille ans à venir.

« Il dit ; et la Comète , effréné météore , « Semble échapper au joug qui la domine encore.

La théorie reçue ne s'explique-t-elle pas clairement en cette rapide scène ?

Tâchons de prouver que, m étant soumis le premier aux leçons que j'essaie de donner, je n'ai pas négligé les ressources du merveilleux chimérique. On sait que la poésie ne réussit en ce dernier que par le droit quelle a d'exagérer ses figures. Le sujet du poème est rengloutissement de TAtlantide, p^r l'efFet des volcans et des mers. L'atmosphère obscurcie, dans sa plus grande hauteur, au moment de cette subversion totale , intercepte le passage à la lumière : je peins dpnc LampéUe , qui en est la déité , remontant au palais du SoleiU son père : elle porte à ce Dieu ses plaintes de la disparition de l'île qu'elle éclairait, et qu'elle n'a plus revue parmi les continents.

« L'immuable Hélion, instruit de ses alarmes, a Souriant de son trouble et d'un choc si léger : « Ma fille , calme-toi ; cesse de t'afHiger. « Sur le trône central où ma gravité règne ^ « n n'est point dans l'éther d'orage qui m*àtteîgne. « Tois rauguste univers, tranquille autour de rooi^ % Gitifâek' son éq«iflibre'èt soirre en paix nùi loi.

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« Les révolutions de la terre lointaine ,

« Fuyante dans l'espace où je la vois à peine ,

t Mon immobilité ne peut les ressentir.

« J'ignorerais quel choc vient de la subvertir,

« Si tes plaintes vers moi n'en portaient la nouvelle.

<t Dérange- t>il en rien l'ordonnance étemelle

« Des mondes gouvernés par mon stable pouvoir?

« Son étroit Océan saurait-il m'émouvoir ?

« Moi , qui fais circuler onze spbères pesantes ,

« Que me font de ses eaux quelques gouttes roulantes ,

tt Dont lés hommes à peine ont entendu le bruit

« A deux degrés du point que le flot a détruit.

<t Redescends , Lampélie ; et va sous ta lumière

« De ce globule encore éclairant la poussière ,

« Charmer les liabitants des rivages prochains

« Qui n'ont pas même appris les maux dont tu te plains.

« Ris-toi des changements de cet amas d'argile :

« Comme ses animaux sa surface est fragile.

« Ses chocs sont peu de chose , au prix des mouvements

« Où s'embrase mon disque en tous ses éléments.

« Que diras-tu de voir , dans leur âge tombées ,

« Les comètes se fondre en mes feux absorbées ?

n Et quand j'aurai rempli mon profond avenir ,

« Mon orbe consumé se dissoudre et finir.

« Tout passe ; et le soleil , centre de tant d'orbites ,

<t D'un centre plus pesant n'est qu'un des satellites.r

« Ainsi parle Hélion , qui dans l'immensité « N'ose se confirmer son immortalité.

Il me semble qu une pareille fiction , toute chimérique qu'elle soit^ présente bien la mesure indéfinie de TuniverS; quelle terrasse bien nos petites importances, et qu'elle confond aussi lamour^propire in-

volontaire du poète qui vous la cite , et de qui la faiblesse demanda quelquefois à l'amitié d'inscrire simplement , après lui : // fut Fauteur de Vatlan-

TUDE (l). ^

Il m'était indispensable, en tous développant les systèmes du merveilleux , de ne pas omettre ici le résultat de mes propres efforts pour agrandir le domaine de ridéal , et pour y tenter une nouvelle conquête. Mon bût, en consacrant douze années d*étude et de travail à ce projet , fut d'ipfiiter le fonds même des in« ventions de Tantiquité dont on nemprunta jamais que les formes , de concilier autant qu elle lavait fait , les sciences du temps avec la poésie , et d'indiquer encore quelque route où Ion aille puiser le merveilleux dans la grandeur de la nature qui , toute merveilleuse elle^ ménie , est la source intarissable de nos surprises , de notre admiration , et de la fécondité du génie.

Les qualités du merveilleux chimérique étant bien Le merveiDeu examinées a 1 égard des personnages agissants , consi- reUtif «ox

■| , 1 -i ^. ^ i . . , choses, aux

aérons - le relativement aux choses inanimées , aux espaces , et -% lieux , et aux temps. Ce n'est qu'à son aide que le poëte se transporte dans les espaces inconnus, dans les âges passés ou futurs , et qu il pénètre en idée dans les régions éthérées ou dans les abjmes infernaux : ce n est que par son prestige qu'il bâtit les palais célestes , les pandémonium , et les châteaux dé la féerie. Sous ce rapport il sert d'ornement à toutes les espèces d*épo-

(t) Ce poëme fut publié à Tépo^e des troubles de iSiS, et se troiiTe çjiex M. Pichard , libnûre ,' quai Ycdtaire , n° ai.

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pée. Sa plus éclatante merveille reluit dans la peinture aussi savante que fantastique des enfers où descend àê vÊ!ai!k. Enée. Jamais ces vues idéales de^ demeures qu habitent les coupables et les justes après la mort, ne furent i:asseroblées dans un optique si épuré, si vaste et si profond. L'ordre majestueux qui règne dans les intervalles tracés par les circuits des fleuves de douleur et d oubli; celui des compartiments distincts où sont rangés les appareils des supplices suivant les différents degrés des for&Its ; le lucide tribunal des juges étemek; et la paisible enceinte où se promènent les ombres heureuses en des retraites dont les agréments se mesurent au bonheur que méritent les vertus plus ou moins héroïques : tous ces aspects composent le plus grand et le plus admirable monument des chimériques fictions. Les clartés enflammées qui rougissent les torrents du Phlégéton , les ténèbres des goufifrês du Styx, les sombres teintes répandues dans les cavernes du Tartare , ne se confondent pas plus que les nuances délicates de ce crépuscule, ou demi-jour lunaire, qui règne dans les berceaux et sur les collines de FElysée : et par-tout ce magnifique tableau des plus tristes et des plus consolantes rêveries se colore de la lumière la mieux assortie aux scènes terribles ou charmantes qu'elle doit éclairer. i

Localité Le Dante , architecte et peintre d'un autre édifice

cJuménque» *^

mn^MlvM *^^^' ï ^^ pouvait choisir un meilleur guide que Virgile,

*"^*/" pour lui tracer sa route dans les cercles brûlants de

rimmenstC spirale où il place ses damnés; mais les

éclairs deTApocalypse et les rayons du Saint-Esprit lui

ant merveillepsement illuminé 1 étendue des autres

DE LITTÉRATURE. aig

cercles qui, par une seconde etâroisième spirale, portent son génie jusquau-delà d'un septième ciel. On ne peut l'y suivre sans être ébloui des flots de clarté qiLj répand son imagination sur une croix plus démesurée que la voie lactée, et composée d autant d âmes réunies sous cette figure, quon suppose en celle-ci d'innombrables étoiles. Le chimérique ne saurait briller d'un plus vif édat qu'en cette fiction mystique y et je défie Iqs Isaï^ , et tous les pères de Téglise dans leurs plus véritatiles extases, d'avoir rien vu de si resplendissant. L'Olympe des païens n'est quobscu* curité , en comparaison de ce Paradis où le Dante porte les lumières de la foi. Son pinceau ne recule que devant le trône éternel de Dieu, que nos organes ne peuvent contempler, et que je désespérai comme lui de figurer dans mon poème de Moïse quand j'exprimai notre impuissance de le voir , par ces vers :

« La lumière est an voile à sa splendeur extrême , « Dont réclat brôlerait les yeux des anges même.

L'essence du ihéme merveilleux remplit le chaos Gnndeor illimité dans lequel Milton fait nager le prince des MUton'^et It démons , et ses illusions les plus pures embellissent le riant séjour d'Eden , et les promenades du phis beau des hommes et de la phis bdle des femmes ; à peine si la riante magnificence de leurs jardins fleu* ris par un impérissable printemps cède en édat aux demeures où planent le Messie , et les chœurs des ar* changes. Homère n'a pas mieux construit les chimériques hiabitations de Jupiter, de Phébus et de ¥nh

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