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serpine. On dirait qu'il n'ose franchir le seuil des enfers avec son Ulysse afin de laisser à Virgile^ son émule, la gloire de les ouvrir le premier : il s'arrête à l'entrée des chemins du Gocyte , et se contente d'y faire évoquer les mânes par son héros. Remarquez que ces descentes aux enfers furent imitées par les plus habiles des auteurs épiques. Fénélon même y conduit hardiment Télémaque sûr les traces des héros grecs et latins; mais Voltaire, retenu par la froide raison du siècle , moins familier avec le nlsrveilleux , manifeste un esprit plus timide. Il semble craindre de matérialiser ses images, et leur ôte la consistance poétique qui les réalise. Ce n'est qu'en songe qu'il transporte Henri dans le ciel et dans Tenfer; comme si l'intelligence de Thomme éveillé ne pouvait voir cet univers expliqué par Nevirton qu'il choisit jpour y voyager en rêve. Aussi le merveilleux qu'il décrit n'a-i-il pas ces formes déterminées , précises , qu'Hésiode , Homère , Virgile , le Dante , et Milton , surent prêter à leurs régions fantastiques. Sa muse, trop métaphysicienne , raisonne, expose, mais ne tient qu'un pinceau vague et confus. Elle ne figure assez ni les choses , ni les chimères. En quoi le goût sage des modernes serait-il offensé de voir un héros descendre dans les enfers de sa religion , et en sortir ainsi que les héros fabuleux? Ignore-t-on que ces voyages té* Explication nébreux passaient chez les anciens pour une simple
de* ''niiilfines ' '' ^
'dî^con.es"* allégorie des épreuves effrayantes que subissent les
**îeïlnfoii!'" hommes illustrés par les hauts faits et les vertus? On
présumait que leur courage n'avait accompli les
grandes entreprises qu'en traversant les périls, qu'en
Grubonrdop.
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touchant le fond des abymes , et qu'en envisageant de près la mort, contre laquelle ils avaient lutté, sans peur. Tel est le fondement réel de ces enfers où la f>oé5ie les fait entrer vivants , qu elle ouvre sous leurs paS| qu'elle approfondit sous leurs yeux , et dans lesquels peut-être chaque homme.se souvient que les dangers de sa carrière, ou les maladies mortelles, ont. fait plus d'une fois voyager sinistrement sa pensée. .:.
L'esprit de Voltaire sest plus enhardi dans les ^^jîf" fictions de son merveilleux comique; et n était que notre dévotion se scandalise de voir sa philosophie erronnée faire gaîment rôtir dans la chaudière de Grisbourdoii tant de rois canonisés , tant de papes et de benoits évêques , que nous croyons au ciel , notre critique ne trouverait rien à redire à son enfer. Il y est entré plus avant que l'Arioste qui retient son Astcdphe à la porte de ce noir. séjour, comme le héros de \ Odyssée, Celui-ci se flatte qu'en embouchant le cor dont le spn mit les harpies en fuite, il chassera devant lui Pluton, les diables, et Cerbère lui-même. Il se précipite donc sans crainte dans le gouffre : mais des boufiées de poix et de fumée lui obscureissent le passage ; et ce qui le détourne d'allep plus loin , c'est le récit de la première aventure .qui distrait le poète, comme de coutume, de tout ce qu'il se propose d abord. Il ^'aperçoit à l'entrée que la demeure des ingrats, parmi lesquels sont sévèrement punies les belles dont l'insensibilité se laisse aimer en vain, qui ne cèdent pas aux tendres instances, qui, telliçs qu Anaxarète, font pendre leurs amants de dés-
«lana la Lttnc.
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espoir, oa, telles que Daphné, les fariguent à courir inutilement après elles. Nombre de ces cruelles ingrates sont damnas , et je recueille en passant cette botme leçon de l'Arloste, dont la sagesse veut rendre les femmes moins inexorables. D'ailleurs il n'eiitre dans TEnfer que pour obéir à la loi des vieilles épopées, Ïa^SiT* *^ '^'y reste pas assez de temps pour nous y fixer : montons plutât avec lui sur le char d*Elie, et vojons-le transporter son merveilleux dans la sphère de la lune. Là, par une fiction très-originale et moins énigmatique que celle de Fauteur de T Apocalypse qu'il y conduit, nous retrouvons toutes les choses perdues sut notre globe, ou par notre faute, ou parle temps, ou par hasard. Les heures mal employées , les jours usés dans loisiveté de l'ignorance, les larmes, les soupirs des amoureux , les prières des misérable pé* cheurs, les réputations faussement acquises, les sté* rites projets , les désirs plus nombreux et plus vains , les hommages intéressés offerts à Tinsouciance de^ princes et des patrons, les vers à la louange dès grands seigneurs, les serres d'aigle figurant l'excès d'autorité qu'usurpent les ministres, les cruches cassées représentant les disgrâces des courtisans , les aumônes lé^ guées par testament ; là , comme il l'ose dire , la donation de Constantin au bon pape Sylvestre , les couronnes antiques , les empires jadis fameux , dont les noms ne sont plus connus, enfin les trésors, les villes, les citadelles, ou dissipées ou tombées en ruine |nir les effets de nos frénésies désastreuses, tout ce que nous perdons va droit en ce lieu , où nous chercherions vaineiftent un grain de folie , car elle nous
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est toute restée ici-'bas.Mais, en revanche i, notre bon sens, dit TAiioste^ est si bien amoncelé là^baut^ qu'à peine si les plus sages d entre nous en ont gardé <}uelqt|e dragme.
En cette sphère chimërique • rien n est plus sur* BeUe fictio« prenant que de rencontrer les Parques déroulant sur un éfeernel dévidoir le fil.de la vie humaine : et quand leurs quenouilles sont épuisées, elles sortent de leur palais V ^ vont remettre les noms et les étiquettes des hommes expirés, à un vieillard agile et robuste ; cest leT^^mps qui court sans cesse, et qui, secouant son manteau , jette leurs titres dans le fleuve de loubli : la plupart s'y engloutissent: des vautours, des chouettes, des oiseaux croassants , images des flatteurs , des complaisants, des bouffons et des favoris des grands, reprennent les noms dans leur bec, et les font sur* nager peu d'instants ; après quoi ils retombent et s^abyment : d un autre côté de beaux cygnes y images des poètes, emportent les seuls noms recommandables lu souvenir, et, les ravissant au Letlié, les déposent dans- le temple de la Gloire immortelle où la nymphe 1^ reçoit de ces iorseaux éclatants pour les inscrire sur sa colonne. Ici la vision est sublime , et ïantiquité n'en offre pas de plus parfaite. Mais je m aperçois, qu'elle touche à Tallégorie et que nous sortons du pays de^ éhimères snr lesquelles je croi^ m'étrc assez étendu : « j'ai donc envie, selon lexpression d'Arioste, « dé faire un saut de tout 1 espace qui est entre le « ciel et la terre , car notre vol ne peut se soutenir si 'c haut. «
Ferihettez*moia imiter brusquement ses transitions,
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afin de ne pas vous laisser oublier la distinction «pie j'ai faite entre le merveilleux divin ^ puisé dans les re* ligions, \ allégorique y dans la représentation des phénomènes, et le chimérique enfin , dans la seule fantaisie de l'imagination. Notre analyse les a tour-à-tour examinés. Observez seulement qu ils sont employés tous trois dans \ Iliade^ Y Enéide^ Yjirgonautique^ la divine Comédie j et le Paradis perdu; que Tun d'entre eux est banni de la Jérusalem délivrée^ où l'auteur nuse d aucune allégorie ; et que la Henriade ne se sert que d'un seul, puisque ses divinités agissantes sont emblématiquement morales. Ce poème, où deux sortes de merveilleux manquent totalement, est en conséquence le plus faible des modèles. L'allégorie même n'y a pas acquis la consistance que Boileau sut lui donner dans le Lutrin : là tout agit et prend du relief. ^de^BoIkiu? La Nuit en personne vient placer en sentinelle son formidable hibou : la Discorde sort des monastères et de l'antre de la Chicane; et parmi ces figures la Mollesse devient un être de qui les formes saillantes et doctement dessinées ne peuvent plus sortir de la mémoire , dès qu'une fois on a vu et entendu cette nouvelle Déité qui, dans sa nonchalance,
((.... Lasse de parler , succombant sous l'effort , « Soupire , étend les bras , ferme l'œil, et s'endort.
L'importance de la condition du merveilleux dans l'épopée égale celle de la terreur et de la pitié dans la tragédie , et celle du ridicule dans la comédie : chacune de ces conditions est majeure dans le genre
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auquel elle s applique. Je n'ai pu resserrer en moins de deux leçons les développements qu'exigeait cette règle fondamentale du poëme épique, tant il m'a paru nécessaire d'en exposer les principes et les exemples.
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