‹ Cours analytique de littérature génerale, tel qu'il a été professé a l'Athénée de Paris;Chapitre 21 sur 35 · TRO · texte numérisé non relu

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ISIÈME PARTIE-

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5o COURS ANALYTIQUE

Tambition , l'amour , affections communes à tous les hommes , diffèrent en eux suivant leur éducation diverse , et selon les mœurs qu'ils tiennent des institutions de leur siècle et de leur pays. La fierté de Thé* mistocle, plaidant pour la défense de la patrie, ne consistera pas à se venger d'-un geste qui le menace d un coup offensant ; il dira : « Frappe, mais écoute», tandis que Thonneur chevaleresque , plus personnel que civique^ se croirait avili de tolérer un tel outrage. La résignation d'Abraham et du vieux Brutus inunolant leurs fils, l'un à la loi divine, l'autre à la loi pu* blique , ne paraîtra qu'un acte superstitieux et féroce aux peuples modernes, en qui d^étroites et de vulgaires maximes ont détruit le zèle qui dut tiÉinsporter les fortes âmes des fondateurs de la religion et dé ta liberté ; de même le dévouement égal de Zamti, sacrifiant son enfant au salut de la £aimille de ses rois , ne semblera qu'un prodige de scwitude au peuple imbu dé principes contraires à la monarchie. Tous ces exemples seront pourtant beaux et convenables aux mœurs des nations et des époques ^ où éclata leur gloire pareille en trois causes différentes. Ces grands traits signalent les mœurs ; et c'est à les choisir dans cet ordre rare et élevé que se dis* tingue le génie épique.

Commençons toutefois par reconnaître que toutes les mœurs, fidèlement peintes, sont intéressantes en poésie : nous discernerons, après, lesquelles sont préférables dans Tépopée. Toutes plairont , si lauteur les offre sous leur aspect vrai, parce qu il n'est pas d'objet que fart ne rende agréable en l'imitant bien, et en

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rembellissant de sa magie sans le dénaturer. Mais toutes ne .charmeront point , parce qu'il est des réalités uniformes ^ communes., peu susceptibles d*étre vivement tra,cé0S et coloriées , tandis que d autres présentent de$ îaLces i^euves , cQntrastantes , et riches de leur propre splendeur.

On s accorde à penser que les temps originels, les dîfpJÛT, âges pommés héroïques ^ se prêtent mieux aux illusions ^i^u/Titmli! de^ poètes que les siècles plus rapproché^ de nous. La i:aison s'en déduit de la tendance même d'un art qui n'excelle jamais davantage qu'en excitant la sur*» prise par le complet développement des passions violenter :^r, où se rencontrent-elles plus fortes, plus impétueuses^, et, en quelque sorte, plus aveuglement instinctives ^ue chez les hommes à demi-barbares et à demi-civilisés. Plus près de la nature , ils n'auraient que des habitudes sauvages, brutales, abj6ttes; et leur informe société, sans culte, et sans idée d'un code, ne présenterait rien de ce qui |>orte le nom de m^urs : trop loin de cet état primitif, et dégénérés d'eux - mêmes , ils auront perdu l'énergie de leurs sentiments assujétis aux chaînes d'une légis? lation compliquée : les principes du droit des gens éjnousseront l'àpreté de leurs aversions nationales ; la seule peur du ridicule tempérera l'emportement de leurs querelles domestiques : la diversité de leurs usages participera de la multitude des relations qui étendront leur communauté ; leurs caractères propres s'effaceront dans le commerce d'une politesse délicate .et trompeuse ; la dissimulation suppléera sans cesse à la violence; leurs traits seront moins saillants, et

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ii*exprimeront qu'à peine les mouvements captifs de leur ccnur , et les affections déguisées avec airt dans le mystère de leurs pensées. Dégradés de lettt dignité naïufclle, tnodelés par leur éducation subtile, on ne leur verra phis que de mêmes contours, qu'une même empreinte; et encore celle-ci paraîtra-t-elle confuse et peu marquée : chez eux les pratiques de la religion n'étant plus qu'une froide déraarche.d'intétét et dé res^ pecl humain , cesseront d'avoir ce je ne sai^ quoi d'au** guste et d'attendrissant qu'une sincère troyanbe doiine à l'appareil des cérémonies : chez enx l'absence des Aàles vertus fera consister le devoir et la morale en bienséances glacées : la joie métne sera sans transjyorts; et la rigueur de la symétrie et des étiquettes attristera' les festins et les plaisirs. Il n^est pas jusqu^aùx fdiiears dé la guerre qui, réglées par un art diplonrati^ue y ne prescrivent une mesure à l'effusion du sang , et ne Aiodèrent l'horreur de ses actes inhumaine; par les éohventions d'un honneur et d*une généi^osité tfosfetitation. Mais les peuplades restées encore éHtre la première barbarie et la civilisation dfernière , inces^ samment poussées par la nécessité de l'agtession i^ de la défense; forcées à combattre, pour «xister ô» s'agrandir, contre les voisins qui les menacent où qm fes pressent; mues par dés passions ardentes, ces peuplades adorent les dieux avec fanatisme, embrslfi-^ sent les vertus avec enthousiasme, fondent leurs droits sur l'audace et les armes, suppléent à la justice incomplète de leurs lois par la promptitude dés vengeances , punissent les outrages par des crimes , et les férocités par de sanglantes représailles : la raison n'op*

pose qu^lrl fmn léger à Tinstinct Téhémant qui les ■

^traîne ; amour , amitié , dévouement , hj^ipe , orgueil, col^e, cruauté, tout en elles est extrême; et le passage subit de leur anie aux plus violentes agitations multiplie. en leurs caractères les contrastes perpétuelfement variés des trausports à l'abattement , de Texoès •de I41 crainte à l'excès de la témérité, et de la tendresse ou de la pitié profonde à la plus atroce fumeur, sources du pathétique et du terrible.

Telles sont les mœurs des nations conduites par ^ ,. .

/ i Appiicati<mv

Achille, Ajax et Diomède, moeurs les plus épiques, ^f^'j^'X^ doiit l'imitation la plus exacte ait fait le tableau le ^tiv'^- ,plus vivaat. Ces mœurs sont comparables , sous quelques rapports, à celles de la chevalerie ignorante, gueixière, et dqa polie, ou plutôt dégrossie un peu de M^ rudesse gothique, tant par 1 attrait galant d'un jsexe toujours idolâtré d9ns la Gaule ^ que par ll^^* fliiençe des dogmes évangéliques , et de la législation italienne* Les mysticités, d'autant mi^ux accueillies .p^ d^s hommes turbulents et crédules , qu elles l^ur jipot plus inintelligibles, squleverpnt, ligtierpnt, armeront leur efffsrvescence aveugle et leur indomptable humeur contre l'Islan^isme oriental ; et |a barbarie ^uf^péenne, opposée à la barbarie asiatique, se mé- .kinger^ pour lembellissement de Vépopée , avec les pompes religieuses , et les règlements politiques et militaires q^i accompagneront lés meurtres ^t le brigambge sanctifiés par la délivrance du saint -sépulcre. Combien 4^ 4i^erses couleurs elles fourniroi^i; au pin- (C^aii idu T^ts^! Oi| trouvera des oppositions pop moim £pneipii|^ntépiqiies çh^ les peuples eiïtièreinent

JM^^PU civilises, mais aux époques de leurs révolutions. L'es- >^iniJÏ^ prit des sectes et celui de Tindépendance passionnent on-ba^terw. ^^ors tous Ics hommes. Stimulés par le zèle, exaltée I par l'émulation et lardeur de la gloire , irrités par les obstacles , leur courage s'accroît en raison des palmes ou des prix qu'ils espèrent, et des périls auxquels ils s'exposent. Les lois interrompues cessent de les régir: la violence reprend le dessus, mais elle se gouverne avec industrie : les caractères primitifs de rivalités, d'avarice, de bassesse, de grandeur, de désintéressement, de courage, et d'orgueil, reparaissent eii toute leur force : mais les nations ne redescendent point dans rétat sauvage d'où leurs institutions les ont retirées. Elles rentrent dans cette demi -barbarie, ipû participe à-la-fois des brutalités de la nature, et des molles habitudes de la civilisation. Dans ces grandes luttes, on revoit les traits distinctifs des empires ou des républiques qui eurent des vertus pour fondement constitutionnel : ceux-là conservent encore des mœurs tendantes à leur régénération ou à leur perfectionnement : en cela leur destin intéi^esse , et mérite la mémoire que lui assure la poésie qui le consacre. Les états où l'humanité n'eut d'autres statuts que les édits d'un despotisme héréditaire, ou que les lois d'un honneur chimérique, honneur étranger au bien de la patrie; ces états, dis -je, n'ayant plus, durant ces renversements de tout ordre , ni soumission , ni fidélité aux serments, ni vraie noblesse d'ame , n'offrent qu'un spectacle de dissolution affligeante , parce que, également privés du repos de l'esclavage et du bonheur de la liberté, ils n'ont, en effet, plus de mœurs

qui les caractérisent^ et ne sont plus qu'un informe assemblage auquel on ne peut plus donner le titre de nation ni républicaine ni monarchique.

Les poètes s'appliqueront donc à choisir les époques où les mœurs reluisent de tout leur éclat : mais quelles que soient celles qu'ils représentent, ils sont certains d attacher la curiosité en les traçant avec détail, et d'une manière conforme aux temps ^ aux lieux , et aux personnagfes. Qu'ils réfléchissent au parti qu a su tirer le talent de Virgile des minutieuses circonstances qui occasionnèrent l'établissement des petites peuplades d'où la puissance romaine devait sortir. Sa muse faitelle un seul pas sans décrire avec soin les cérémonies , les coutumes du peuple fugitif, dont elle chante les destinées^, et des nations naissantes chez lesquelles il porte son culte et ses usages ? Ne joint-elle pas à ces détails de mœurs générales ceux des mœurs particulières k l'infortune ? Virgile trace en un délicieux épisode, les regrets de la patrie, et la fidélité conjugale dans le cœur de la plus illustre veuve troyenne. Ce récit ^ caractéristique des mœurs, est dans la bouche d'Enée , qui raconte sa surprise , en abordant sur les côte del'Épire, d'y avoir retrouvé la triste Andromaque.

« On nQus dit qu'Hélénus,

« Enfant du dernier roi de la trisfe Pergame,

« Possède de Pyrrhus et le sceptre et la femme ;

« Qu'il commande à des Grecs , et qu*un dernier lien

<c Met la veuve d'Hector dans les bras d'un Troyen.

<i Un désir curieux de mon ame s'empai^e ;

« Je brûle d'admirer un destin si bizarre ,

« De voir, d'entretenir le successeur' d*Hector« .

Beau uMeau

lie niœars dans VEnéiJt.

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