‹ Cours analytique de littérature génerale, tel qu'il a été professé a l'Athénée de Paris;Chapitre 6 sur 35 · VINGT-NEUVIEME SÉANCE · texte numérisé non relu

VINGT-NEUVIEME SÉANCE

De V unité y du vraisemblable j et du nécessaire.

JMessieurs,

Vous avez reconnu avec moi que les deux premières conditions du genre épique sont le choix convenable d'une action , et la mesure propre à cette action , qui , dans répopée comme dans la tragédie , doit être eri' tîere , c'est * à - dire avoir un commencement , qui n'exige rien avant soi ; un milieu , que des choses précèdent et suivent ; et une fin , qui suppose des choses antérieures, mais qui ne demande rien après elle. J'aurais pu transcrire le passage d'Aristote , qui , faisant consister la beauté dans la grandeur et Tordre, compare la tragédie et l'épopée à ces corps naturels dont , à un certain éloigneiuent , on peut saisir d'un même coup d'oeil les parties liées entre elles, et dépendantes le;5 unes des autres : « de même , dans Fac- « tion d'un poème, on veut, dit- il, une certaine «étendue qui puisse être embrassée toul-à-la-fois, « et faire un seul tableau dan^ l'esprit. « Il ajoute

que « plus une pièce aura d'ét«[idue , plus elle sera «belle, pourvu qu'on puisse en saisir l'ensemble « d une seule vue. » Par cette raison il incline à préférer la tragédie à l'épopée , en ce qu'elle forme un tout plus régulier et dégagé d'épisodes : mais ^ à perfection égale y un poème épique est plus rai*e , parce que, sans se constituer de plus de parties en son entier , sa totalité est d une plus grande étendue. ,Ce poème ne veut pas moins d'art, mais plus de force, de patience et de ressources dans le génie de l'auteur. Tel qui fournira ,* comme Sophocle ou Racine, la carrière de trois ou cinq actes dramatiques , ne fournira pas , comme Homère ou Virgile , celle de douze ou vingt-quatre chants. L'étendue de 1 épopée accroît conséquemment la difficulté de ce genre , et sur-tout dans les poèmes où l'unité d'action est observée.

Cette troisième règle va nous occuper : nous en retrouvons le précepte dans la poétique du rhéteur de Stagire ; car il faut toujours remonter à cet habile homme de qui partent nos explications. Ecoutons-le d'abord : «La fable n est point une par l'unité « de héros , comme plusieurs l'ont cru : de plusieurs « choses qui arrivent à un seul homme , on ne peut « £sdre un seul événement : de plusieurs actions que « fait un seul homme , on ne peut faire une seule « action : ceux qui ont composé des Héracléidesy des « Théséides , ou d'autres poèmes semblables , étaient « donc dans l'erreur. Ils ont cru, parce qu'Hercule « était un , que leurs poèmes l'étaient aussi.» Il loue, à cet égard ^ l'auteur de XOdytsée de ne s'y être point

Page 1