RÈGLE
L'unitë.
iî8 COURS ANALYTIQUE
mépris , et d'avoir écarté de son sujet les circoii«> stances de la folie simulée d'Ulysse , et de sa blessure au Parnasse, événements étrangers au retour du héros dans sa maison. Chaque règle qui se présentera devaut nous, achèvera de nous prouver la supériorité de l'art d'Homère , ou du sens droit dont la nature l'avait doué : car nous verrons que personne n'a sa mieux conformer ses ouvrages à toutes les conditions du bon et du beau* Cette Odyssée ^ la moins parfaite de ses deux épopées , ne cède qu'au Paradis "perdu de Milton , sous le rapport de l'unité. Le seul pôême «nîJaîpÔëme ^^ l'égalc en ce point de vue est XArgonautique de **FkMM.°* Flaccus. Pélias, roi soupçonneux, et jaloux, comme le sont tous les tyrans , de la réputation d'un prince de sa cour, n'osant, par une crainte naturelle encore à la tyrannie , attaquer ouvertement Jason qu'il déteste , couvre le dessein de le perdre d'une apparente confiance en son courage , et le charge de la périlleuse expédition d'enlever la toison d'or au roi de la Golchide. Le héros part, traverse des mers inconnues, soutient des guerres chez Aêtès, et, à l'aide des dieux et de l'amour d'une magicienne, fille de ce monarque , il dompte les taureaux de Yulcain , abat les soldats nés des dents du dragon de Cadmus , en* dort le monstre qui garde la toison, enlève cette merveilleuse dépouille , et revient triomphant des orages de l'HelIespont , et des pièges de la tyrannie^ qui conjurait sa mort. Cette action est une, et liée en toutes ses parties animées , comme le sont les membres d'un corps vivant.
VÉnéide , bien préférable à XArgonautique , par
Umt de qualités que nous déduirons, est défectueuse Dnniiot^ ea comparaison , relativement à la duplicité de sa aei'E^éiat fiible. Les littérateurs qui jugent de ces matières d'après leurs impressions, et non sur les principes ^ n'ont pas manqué de la mettre au-dessus de tout , par la raison même qui condamne son action. Us ont estimé que des deux faits consécutifs qui s*y renferment, ressortait la réunion de toutes les beautés de V Odyssée et de Y Iliade; qu'une heureuse imitation avait fondu la première dans les six premiers chants y et la seconde dans les six derniers ; et que l'établissement d'Enée en Italie, étant annoncé au commencement de l'action , son trajet sur les mers , qui en est le milieu , et sa conquête dans le Latium, qui en est la fin y attachaient l'ensemble de l'un à l'autre bout^ par un enchaînement qui paraissait former un tout très-bien lié. Opposons Yir^lé lui-même à ceux qui lui rendent un faux hommage, comme s'il était besoin de lui prêter d'autres perfections que les siennes pour le faire admirer , et réfutons par ses propres vers les erreurs d'un aveugle enthousiasme , qui n'ajoutent rien à notre respect de ses qualités réelles. Premièrement, Virgile n'indique pas même , en commençant , la guerre de son héros contre Tumus ; il exprîme seulement le but où se dirige sa course : on né le contestera pas , à moins qu'en ce seul mot Arma , qui peut se rapporter aux guerres d'Ilion , on ne trouve l'exposé de sa future conquête. Il n'est pas question , dans les premiers vers, de l'entreprise belliqueuse d'Enée chez le roi Latinus. Le sujet qu'ils exposent est expressément limité ; et ce sujet entier , vous le