‹ Cours complet d'histoire universelle à l'usage des collèges et des maisons d'éducationChapitre 21 sur 107 · VI. — l’allemagne jusqu’au commencement de la guerre · texte numérisé non relu

VI. — l’allemagne jusqu’au commencement de la guerre

DE TRENTE-ANS. (l68«-lG48).

L’allemagne jusqu’à l’ avènement de Rodolphe ii (1556- 1576). — La paix d’Augsbourg avait reconnu une existence légale au protestantisme en Allemagne ; les Etats de l’empire s’étaient dès lors divisés en catholiques et protestants. L’empereur Ferdinand /, frère et successeur de Charles-

Vl. Empereur»; Ferdinand l (1556-1564). Maximilien II (1564-1.576). Rodolphe U (1576-1612). Mathias (1612-1619). — A consulter: Pfister, Uiitoire de» Allemands, 4» vol. Mailath, Histoire de l'Autriche, 2« vol. Stenzel, Histoire de la Prusse, 1"vol. Boettiger, Histoire de la Saxe, 2* vol. (dans la collection de Heeren et Ukert).

FeRDituao 1 (1556-1564). Etat de l’Allemagne lors de l’abdication de Charles-Quint, (voyez plus haut, page 22). La paix de relir/ion (fAugsbourg (l’an 1555) fut le premier pas vers la dissolution politique de l’empire allemand. Le jus re/drmandi, accordé par cette paix, donnait aux princes et aux Etats le droit de régler les croyances du peuple; la prétendue liberté religieuse, que les protestants ne cessaient de réclamer, conduisit ainsi h la plus intolérable des tyrannies, celle des consciences. La restriction stipulée relativement aux territoires ecclésiastiques, abbayes et évêchés (reiercolum ecclesiasiicum) était violée partout, malgré les réclamations des Etats catholiques : la plupart des membres des chapitres avaient embrassé l’hérésie et choisissaient les évêques parmi les princes des familles protestantes. Seize évêohés furent ainsi protestantisés, parmi lesquels on remarquait ceux do Brandenbourg, Mersebourg, Naumbourg, Scliwerin, Magdebourg, Brème, Lubeck, Osnabrück, Minden. La division qui existait entre les luthériens et les calrinisies donnait lieu aux attaques et aux persécutions les plus acharnées de part et d’autre. Ferdinand I fit plusieurs tentatives pour déterminer les protestants h envoyer des représentants au concile de Trente (voyez plus haut, page 55). Changements de religion dans le Palatinat; le luthéranùm» qui d’abord y avait été introduit fut proscrit par le prince-électeur Frcdéric III (l’an 1 563), et remplacé par le calvinisme. Son fils Louis (l’an 1 676)

l’alt.emagne avant la guerre de trente-ans. 153

Quint, fit de nouvelles tentatives pour rétablir Tunité religieuse : des conférences théologiqùès eurent lieu entre les catholiques et les protestants ; mais elles restèrent sans résultat, d'autant plus que la scission qui existait au sein du protestantisme entre les luthériens et les calvinistes était devenue de plus en plus profonde. Ces deux secter > étaient animées d’une haine implacable l’une contre l’autre : elles ne s’unissaient que dans leur opposition contre l’Eglise catholique. La paix d’Augsbourg ayant accordé à tous les princes laïcs de l’empire, avec le droit d’embrasser le protestantisme, celui de l’introduire de force dans les pays qu’ils gouvernaient, il en résultait les plus funestes conséquences. Le peuple fut forcé d’adopter les convictions du prince, qui supprimait à son gré toute liberté religieuse et ne tolérait que le culte qu’il suivait lui-même. C’est ainsi que dans le Palatinat la religion fut changée quatre fois dans l’espace de vingt ans, le luthéranisme y alternant avec le calvinisme. Dans le nord de l’Allemagne, plus de quinze

rétablit le lutbéraDisme et expulsa du pays les ministres calvinistes. Casimir, frère de Louis, en prenant la régence au nom de son neveu mineur (l’an 1683], introduisit de nouveau le calvinisme et persécuta cruellement les luthériens. — Maximilies 11, fils de Ferdinand I , lui succéda (1564-1576). 11 se montra favorable aux protestants au point de leur faire espérer qu’il embrasserait leur croyance : ainsi il accorda une liberté religieuse illimitée dans tous les pays qui relevaient de l’Autriche; aussi la noblesse y aposiasia-t-elle, et y abolit-elle le culte catholique dans toutes ses possessions. L’empereur se montra même hostile au clergé catholique, et principalement aux Jésuites, qui travaillaient & maintenir la foi catholique parmi le peuple. L’exemple de la noblesse fut suivi par une partie du haut clergé qui n’observait plus le célibat ecclésiastique. Le protestantisme fut ainsi introduit dans tout le midi de l’Allemagne, qui jusqu'alors était resté fidèle h l’Eglise, et les catholiques furent cruellement persécutés en Autriche, en Styrie, en Carintbie et môme en Bavière. La majorité fut déplacée dans les diètes générales de l’empire, où les Etats protestants l’emportèrent f par le nombre sur les Etats catholiques. Animosité entre les deux partis ; la scission religieuse en Allemagne devint de plue en plus profonde.

Rudoipbe 11(1576-1611]. Le gouvernement de ifoximi/t'en J/, en se montrant favorable aux protestants, avait affaibli l’autorité royale dans les Etats autrichiens, la Hongrie, CAutriche et la Bohême; la noblesse de cos pays, qui était en majeure partie protestante, se mit on opposition avec l’empereur, ét refusa le secours qu'il demandait pour faire la guerre aux Turcs. Rodolphe se retira à Prague et abandonna le gouvernement de l’Autriche h son frère, l’archiduc Ernest. Ce prince, catholique zélé, s’efforça d’arrêter les

sièges épiscopaux catholiques furent occupés par des princes protestants et arrachés ainsi à l’Eglise, malgré la restriction admise dans la paix d’Augsbourg, que les territoires ecclésiastiques devaient rester aux mains de prélats catholiques. Enfin la religion catholique fut proscrite partout où les protestants parvinrent à dominer. — Sous le règne de Maximilien II, fils et succes.seur de Ferdinand I, le ipal devint plus grand encore, parce que l’empereur se montrait favorable au protestantisme, qui commença alors à se répandre en Autriche, en Styrie, en Carinthie et dans le duché de Bavière. Ce fut surtout la noblesse et une partie du clergé qui apostasièrent et qui entraînèrent le peuple dans l’hérésie, en employant tantôt la ruse et tantôt la violence. Dans les diètes générales les plaintes des Etats catholiques étaient repoussées, parce que la majorité y était déjà composée de protestants et en outre appuyée par l’empereur. La division religieuse de l’Allemagne préparait ainsi sa décadence politique.

progrès du protestsntisme; il réprima les violences que les familles protestantes de la noblesse se permettaient h l’égard des habitants catholiques de leurs domaines, et encouragea les travaux apostoliques auxquels se livraient les Jiiailet et les Frandicaint pour fortiüer dans la foi ceux qui étaien t ébranlés et pour ramener ceux qui s’étaient laissé égarer. L’empereur ne put pas décider les Etals protestants de l’empire à adopter la réforme du Calendrier, accomplie par le pape Grégoire XIH et déjà acceptée par tous les pays catholiques (l’an 1581). Apostasie de l’archevêque de Cologne, Gebhard de Waldbourg, qui épousa Agnèt de Uantfeld, chanoinesse de Gerresheim (l’an 168ii). Il fut excommunié parle pape et déposé par l’empereur, malgré l’opposition des princes protestants. Le prince Èrneet de Bavière, évéque de Liege, fut élu par le chapitre, dont il exclut les chanoines protestants, tolérés par son prédécesseur. Elu plus tard évêque de Afun^fer, de Freiiingen et de Hildesheim, il travailla activement h combattre le protestantisme dans ces pays, en conflant l’éducation de ia jeunesse à l’Ordre des Jésuite» ei en favorisant les missions que les Pères Franciscains donnaient au peuple. Les Etats protestants commencèrent h se détacher de plus en plus de l’empire et à rechercher l’alliance des puissances étrangères, entr’autres celle du roi de France, Henri IV. L’empire était en danger de se dissoudre; il fut sauvé par l’énergie et le patriotisme de deux princes catholiques, Maximilien, duc de Bavière, et Ferdinand, archiduc de Styrie et de Carinthie: ce dernier travailla activement au rétablissement du culte catholique qui, dans plusieurs contrées de ses duchés, avait été violemment aboli par la noblesse protestante (l’an 1696). Le peuple retourna en masse h la religion catholique, qu’on lui avait fait abandonner de forep. Les protestants usèrent de violences dans les villes libres

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L’ALLEMAONK avant la guerre UE TRENTE-ANS. 155

Rodolphe ii et mathias (1576-1618). — L’empereur Rodolphe II, fils et successeur de Maximilien II, joignait à un caractère faible et indécis une véritable aversion pour les affaires publiques ; s’occupant d’astronomie et d’astrologie, il abandonnait le gouvernement à ses conseillers. Toutefois l’opposition de la noblesse protestante en Autriche, qui refusait de payer les subsides, l’irrita au point qu’il transféra sa résidence de Vienne à Prague. Moins favorable aux protestants que son père, Rodolphe II appuya les efforts qui faisaient les Jésuites pour maintenir la foi catholique dans ses Etas. Grâce au zèle de cet Ordre illustre et à celui des Franciscains, le protestantisnae fut arrêté dans ses progrès, et même un grand nombre de personnes de toutes les classes de la société qui avaient été égarées par les prédicateurs protestants furent ramenées à la vérité. La déposition de l’archevêque Gebhard de Cologne, qui avait apostasié pour se marier, augmenta encore l’irritation déjà grande des princes protestants de l’Empire. Gebhard

A’ Aix-la-Chapelle et de Donautoerth, où ils troublèrent le culte catholique. (]es violences furent réprimées par ordre de l’empereur et avec le secours de l’archevêque Ernest de Cologne et du duc Maximilien de Bavière.

Division dans l’empire : les protestants forment une confédération sous le nom d’Union et s’allient ouvertement avec les puissances étrangères, la France, l’Angleterre et la république de Venise (l’an 160i>). Ce fut Ih le premier pas dans la politique si funeste, suivie par les Etats protestants et qui livra l’Allemagne pendant trente ans à toutes les horreurs d’une guerre où les intérêts de la nation étaient sacriSés à l’ambition de princes étrangers. Les princes catholiques se virent forcés d’organiser également une confédération, la Ligue (l’an 1609): la plupart des princes ecclésiastiques de l’empire, ainsi que l’archiduc Ferdinand, y entrèrent. Mort de Henri / V et de l’électeur palatin Frédéric IV (l’an 1610). La paix est conclue h Munich entre l'Union et la Ligue. Des dissensions éclatent dans la famille d’Autriche : Idalhiae, frère de l’empereur Rodolphe, est élu roi par les Hongrois (l’an 1 606), et force son frère à lui céder encore l’Aulrfch* et la Moravie (l’an 1608). La noblesse protestante d’Autriche et de Bohême profite de ces circonstances pour arracher h Mathias et h l’empereur de grandes concessions; entFautres ils obtiennent le droit d’établir le culte protestant dans leurs domaines. Rodolphe publie en faveur des protestants un édit appelé lettre de majesté {l’aa 1609;. Mécontentée son frère Mathias, il songe h laisser la couronne de Bohême à l’archiduc Ferdinand de Styrie. Hais alors la noblesse protestante de Bohême se révolte et appelle Mathias au trône (l’an 1611): Rodolphe meurt peu de temps après (l’an 1613). Marnus (1613-1619) parvient h se faire élire empereur par les Etats de l’Allemagne. Il tente, mais en

fut remplacé par le prince Ernest de Bavière. Mais l’empereur n’avait pas assez d’énergie pour maintenir la paix ; les Etats protestants formèrent une confédération sous le nom d'Uniorif dont l’électeur palatin, Frédéric 7F, fut nommé président. Les Etats catholiques ne pouvaient rester désarmés en présence de leurs ennemis ; ils leur opposèrent la Ligue, qui avait pour chef Maximilien de Bavière. L’Union conclut une alliance avec le roi de France, Henri IV, qui lui promit son secours : la guerre civile était sur le point d’éclater, lorsque ce prince fut assassiné. Voyant que l’empereur Rodolphe avait perdu toute autorité dans les Etats autrichiens, les Hongrois choisirent pour roi son frère Mathias, qui fut également reconnu en Autriche et plus tard en Bohême. Elu empereur d’Allemagne après la mort de son frère Rodolphe, Mathias ne réussit pas à calmer l’effervescence qui se manifestait partout. Comme il n’avait pas d’enfants, il désigna pour son successeur son cousin Ferdinand, archiduc de Styrie et de Carinthie, catholique sincère et fervent, qui fut couronné roi de Bohême et de Hongrie. Ce prince avait travaillé activement à l’extirpation du protestantisme dans ses duchés hérédi-

vain, de dissoudre Wnion protestante et la L\g\t» catholique. II veut faire reconnaître son cousin, Ferdinand de Styrie, pour son successeur en Autriche, en Bohême et en Hongrie. Ferdinand est reconnu en Bohême (l'an 1617). Mécontentement de la noblesse protestante de Bohême; le comte de Thum devient le chef des mécontents: révolte et commencement de la guerre de Trente-Ane. Voici la suite de la généalogie de la maison de Habsbourg (voyez 4* vol. p. 466), jusqu’h l’extinction de la descendance masculine ;

Kei'ditinnd !•'.

Maximilien II (1564-1576) Charles, archiduc de StjriëT"

Rodolphe II Mathias Albert, souverain Ferdinand II (1619-16371

(1576-1612). (1612-1619). de la Belgique. |

Ferdinand III (1637 1657).

Léopold I« (1658-1705)

Joseph 1» (1705-1711). Gharles VI (1711-1740).

LA GUERRE DE TRENTE ANS

taires ; aussi le choix de l’empereur Mathias mécontenta-t-il vivement les protestants de Bohême. Leur révolte fut le signal de la terrible guerre de Trente-Ans.

vu. — LA GDERBE DE TRENTE ANS. (4618-4648.) .

La guerre de trente-ans, qui a causé à l’Allemagne des maux incalculables et qui a fait déchoir l’empire germanique du haut rang qu’il avait occupé jusqu’alors parmi les Etats de l’Europe, fut l’œuvre des protestants. Abdiquant tout sentiment patriotique, ils s’allièrent contre leur empereur avec des puissances étrangères et livrèrent ainsi leur patrie à des princes qui, sous prétexte de défendre la liberté religieuse, poursuivaient des projets ambitieux: car la politique fut le seul mobile des rois de Danemark et de Suède, du cardinal Richelieu, de l'Angleterre et de la Hollande. Le traité de Westphalie, qui termina cette longue guerre, consacra le démembrement définitif de l’empire et réduisit l’Allemagne au rôle secondaire qu’elle a joué depuis cette époque jusqu’à nos jours.

Période allemande (1618-1623). — La guerre com-

VII. Empereurs; Ferdinand II (1619-1637). Ferdinand 111(1637-1657).

A consuller : Menzel, Histoire moderne des Allemands, vol 6-8, Breslau.

1839. (en allemand). Léo, Manuel de l’histoire universelle. Malle. 1838.3* vol. (en allemand). Barthold, Histoire de la grande guerre allemande, à partir de la mort de Gustave-Adolphe, Stutigard 1843, 2 vol. in-8* (en allemand). Gfrœrer, Gustave-Adolphe. Fribourg, 1834 (en allemand). Schoell, Cour# d'histoire moderne. De Villermont, Tilly ou la guerre de Trente Ans, Tournay, 1860, 2 vol. in-8'>. Du mdme, Ernest de Mansfeld, Bruxelles, 1866.

La plupart des auteurs modernes apprécient la guerre de Trente Ans d’une manière tout b fait erronée. Les intérêts religieux ne furent que le prétexte de cette guerre qui eut pour principales causes : 1“ l’ambition de l’électeur Palatin Frédéric V, 2» le caractère conquérant des rois de Danemark et de Suède, et 3° la politique de Hichelieu, qui voulait abaisser la maison de Habsbourg et qui trouvait naturellement des alliés dans la Hollande et l’Angleterre. Les trois historiens protestants de l’Allemagne, Menzel, Léo et Barthold (voyez leurs ouvrages cités plus haut) ont le mérite d’avoir restitué à la guerre de Trente-Ans son vrai caractère, en jugeant avec une grande impartialité les hommes et les événements. Rien de plus faux à cet égard que les appréciations de Cantu, Histoire universelle.

Le guerre de Trente- Ans se divise en quatre périodes ■ 1* la période aile-

lllSTOlKEl UNtVKHSBLLii.

mença dans la Bohême par une révolte des protestants ; ceux-ci ayant rassemblé une armée marchèrent contre Vienne, où Ferdinand de Styrie venait de monter sur le Irène après la mort de l’empereur Mathias. La courageuse énergie que ce prince opposa aux rebelles força le comte de Thum, qui commandait l’armée des Bohèmes, à se retirer. Les protestants de la Bohême refusèrent alors de reconnaître Ferdinand, qui venait d’être proclamé empereur à Francfort, et ils offrirent la couronne de Bohême à l’électeur palatin Frédéric V, chef de V Union protestante. Frédéric accepta leur offre et trouva un allié dans le duc de Transilvanie, Bethlen Oabor, qui, après avoir fait la conquête de la Hongrie, marcha sur Vienne et réunit son armé à celle des Bohèmes, commandée par le comte de Thurn. Mais cette ville fut si vigoureusement défendue par l’empereur en personne que les révoltés se virent forcés à lever le siège. Ferdinand eut alors recours au duc de Bavière, Maximilien, qui rassembla l’armée de la Ligue et en confia le commandement au baron Tserclaes de Tilly, général aussi distingué par ses talents militaires que par sa bravoure et sa piété sincère. Le prince-électeur

mandé ou palatim, depuis le commeocement de la guerre jusqu’au rétablissemeot de l’ordre en Allemagne (16I8-16S3I; S* la période danoiM, depuis l’intervention de Ghristiern IV jusqu’à la paix de Lubeck (1623-16S9); 3* la période iuédoise, depuis l’arrivée de Gustave-Adolpbe en Allemagne jusqu’à sa mort dans la bataille de Lutzen (1639.-163S); 4* la période françMte, depuis la bataille de Lutzen jusqu’au traité de Westphalie (1633-1648). L’influence de la politique de Richelieu sur la guerre se flt déjà sentir dans la seconde période. — PsEMièRe péaioos (1618-1633) La fermeture et la démolition de deux églises prote.stantes qui avaient été construites, contrairement aux lois existantes en Bohême, dans des villes soumises à des seigneurs ecclésiastiques, donnèrent le premier signal de la révolte. La noblesse protestante, ayant pour chef le comte de Thurn, se réunit à Prague : les deux conseillers impériaux, Martiniti et Slavata, que l’on considérait comme les auteurs de la mesure, furent précipités du haut des fenêtres du château, et un gouvernement de trente directeurs fut institué. Le comte de Thurn réunit des troupes et entra en relation avec les protestants de la Silésie, de la Moravie et de la Lusace. L’empereur Matbias mourut au moment où cette révolte éclatait (l’an 1619); Ferdinand de Styrie lui succéda. Les Bohèmes marchèrent sur Vtenne, prirent ia vilie et pénétrèrent dans le château impérial pour forcer Ferdinand de souscrire à leurs demandes ; l’arrivée inattendue de 600 cavaiiers sauva le prince, qui était resté inébranlable.

LA GUERRE DE TRENTE ANS. 159

Georges de Saxe resta fidèle à l’empereur : luthérien zélé, il était l’adversaire déclaré de Frédéric V, qui s’efforçait d’introduire le calvinisme en Bohême. Les troupes réunies de l’Empereur et de la Ligue remportèrent sur les protestants une victoire signalée près de Prague et forcèrent Frédéric V à quitter la Bohême. L’empereur punit les rebelles avec une juste sévérité : plusieurs furent condamnés à mort et exécutés, et les protestants de la Bohême perdirent la liberté religieuse dont ils avaient abusé et qui avait servi de prétexte à la révolte. Frédéric V fut déclaré déchu de sa dignité de prince électeur que l’empereur donna avec le Palatinat au duc Maximilien de Bavière : cet acte fut ratifié à la diète de Ratisbonne, et V Union protestante fut déclarée dissoute. — Trois aventuriers qui avaient servi dans l’armée protestante, le comte Ernest de Mansfeld, le margrave Georges de 'Bades et Christian de Brunswik, rassemblèrent des troupes mercenaires et refusèrent de se soumettre à l’empereur. Tilly les défit dans plusieurs rencontres et les força enfin à quitter l’Allemagne et à se réfugier en Hollande. La guerre paraissait terminée, lorsqu’elle fut rallumée par l’ambition d’un prince étranger, le

Retraite du comte de Thuro, qui retourne en Bohême. Ferdinand est élu et couroiiué empereur à Francfort; le duc MaximiUm de Bavière lui promet le secours de la Linue. Les protestants de Bohême élisent Frédéric V, électeur palatin et chef de l'Union proleetante, qui est couronné à Prague et reconnu par les protestants de la Moravie, de la Silésie, de la Lusace et même de l’Autriche. L’armée des Honyroie, commandée par Bethlen Gabor. et celle des Bohfmee sous la conduite du comte de Thurn vont ensemble mettre le siège devant Vienne; elles sont repoussées. Armements de la I.igue; le commandement est donné à Taerclaee de Ttlty, seigneur belge, un des meilleurs capitaines de cette époque. Les mesures prises par Frédéric V pour introduire le calvinisme en Bohême mécontentèrent les luthériens, qui l’abandonnèrent presque tous '■ le prince électeur de Saxe s’unit avec l’empe- >eur,qui conclut en même temps un armistice avec Bethlen Gabor(l’an 16S0). L’armée de la Ligue, sous les ordres de Tilly, fit sa jonction avec l’armée impériale commandée par Bucquoi seigneur belge ; le duc Maximilien prend le commandement en chef. Bataille de la montagne Blanche près de Prague (l’an 1620). Défaite et fuite de Frédéric V. Punition des rebelles : vingt-quatre des principaux seigneurs sont traduits devant un tribunal, , condamnés à mort et exécutés; leurs biens sont confisqués pour couvrir les frais de la eucrre (l’an 1621) ; la liberté religieuse est retirée aux protestants de la fiobôiDe, parce que leurs prédicateurs ne cessaient d’exciter

HISTOIRE ÜNn'EHSELLE.

roi Christiem IV de Danemark, qui songeait à réunir à ïos Etats le nord de rAllemagne. '

Période danoise jusqu’à la paix de lubeck ( 1623 - 1629 ) . — L’ambition de Cristiern IV trouva tout naturellement des auxiliaires dans plusieurs princes protestants du cercle de basse Saxe. Comme l’empereur réclamait de ces derniers les territoires ecclésiastiques dont ils s’étaient emparés, ils appelèrent à leur secours le roi de Danemark. Celui-ci conclut d la Haye une alliance avec l’Angleterre et la Hollande et obtint du cardinal de Richelieu la promesse d’un subside : Richelieu voyait dans la continuation de la guerre un puissant moyen d’affaiblir la maison d’Autriche. Mansfeld rassembla des troupes en Angleterre, Christian en France, et le roi de Danemark entra dans la basse Saxe à la tête d’une armée. L’empereur résolut alors de réunir une forte armée et nomma général en chef Albert de Wàldstein, duc de Friedland, qui s’était déjà fait distingué par sa bra. voure et ses talents militaires, mais qui avait une ambition démesurée ; Tilly continua de commander l’armée de la Ligue. Les exploits de ces deux généraux furent couronnés d’un plein succès. Pendant que Wàldstein anéantissait

le peuple à une nouvelle révolte. Dissolution de YUnicm (l’an 1621). Maximilien de Bavière reçoit le palatinat et la dignité de prince électeur (l’an 1622). L’année suivante, è la diète de Batisbonne, les princes de l'empire connrment cet acte (l’an 1622). — La guerre est continuée par trois aventuriers : Mamftld, le margrav» de Uade et Chrittian de Brutmoick dont les troupes mercenaires portèrent partout la dévastation et le pillage. Vaincus par Tilly et abandonnés par Frédéric V lui-méme, ils oiTrent leurs services à l'empereur qui, pour toute réponse, les met au ban de l'empire : leurs troupes sont disper^s. Mansleld et Cbristian se retirent avec les débris de leurs armées en Hollande ; mais ils s’y rendent odieux par toutes sortes d’excès et sont obliges de chercher un asile en Angleterre l’an 1623).

DeuxièiE PÉRIODE (1623-1629). Tilly rétablit les catholiques du nord de l’Allemagne dans les droits dont ils avaient été dépouillés par les protestants ; l’empereur, de son côté, mahifesta l’intention de nommer des évêques catholiques h plusieurs évéchés qui avaient été sécularisés par les princes protestants, tels que Halberstadt, Hildesheim, Osnabrück. Les Etats protestants du cercle de basse Saxe s’adressèrent à Chrisliem IV de Danemark; ce prince saisit avec empressement cette occasion d’étendre sa domination sur le nord de l’Allemagne, qui touchait h ses Etats. Une alliance est conclue à la Haye (l’an 1625) entre le Danemark d’une part, et

LA GUERRE DE TRENTE ANS

l'armée de Mansfeld près de Dessau et le forçait à se réfugier dans la Hongrie, Tilly remportait près de Lutter une victoire éclatante sur le roi de Danemark. Mansfeld et Christian étant morts peu de temps après, Tilly et Waldstein réunirent leurs forces contre Christiern IV, qui armait de nouveau dans le Holstein et le Juiland, et se rendirent maîtres de ces deux contrées. L’empereur, dans le but d’effrayer les princes allemands, qui avaient fait cause commune avec les Danois, et cédant aux sollicitations de Waldstein, dépouilla les ducs de Mecklenbourg et investit de ce duché son général. Cet acte mécontenta tous les princes de l’empire, parce qu’il avait été accompli sans leur concours. Cependant le roi de Danemark fut obligé de négocier et de conclure avec l’empereur la pafa; de Lubech, par laquelle il renonçait à toutes ses prétentions sur le nord de l’Allemagne. — Alors, sur les instances des Etats catholiques, l’empereur publia Védit de restitution : cet édit ordonnait aux protestants en Allemagne de restituer tous les territoires ecclésiastiques dont ils s’étaient emparés contrairement aux stipulations de \d,paix de religion d'Augshourg ; l’édit portait en outre que dans ces territoires

de l’autre, l'Angleterre et la Hollande qui promettent des subsides, Rkhelûu en Tait autant et autorise Christian de Brunswick à enrôler une armée on France ; Mansfeld recrute des soldats en Angleterre. Les troupes de Cbrislian et de Mansfeld se réunirent à Berg-op-Zoom pour pénétrer de là dans la Westphalie. L’empereur Tut Torcé de prendre des mesures énergiques dans l'intérét de la paix. 11 se décida à rassembler une armée de troupes mercenaires, destinée à opérer de concert avec l’armée de la Ligue. Albert de Wabistein (Walienstein), seigneur bohème, offre à Ferdinand de réunir une armée sans frais pour l’em|>ereur. Il suivait l'oxeipple donné par Mansfeld et Christian; sa réputation militaire attira sous ses drapeaux un grand nombre de .soldats. Les princes eVecteurs de Saxe et de Brandenbourg, quoique protestants, avaient trop de patriotisme pour faire èause commune avec les ennemis de l’empire. L’électeur de Saxe s’efforça de négocier la paix entre l’empereur et le roi de Danemark, mais il ne put conclure qu’un armistice. Bataille de Dessau et défaite de Mansfeld (l’an 1626); il se retira dans la Hongrie et alla mourir dans la Dalmatie, oh il voulait s’embarquer pour l’Angleterre. Mort de Christian de BrunsuiicA (l’an 1626). Bataille de Lutter et victoire de Tilly sur le roi de Danemark d’an 1626), qui est expulsé de l’Allemagne. Conquête du Holstein, du Schleswig et du Jutland par WaldsteiD ét Tilly H’an 1625). Un décrétée l’empereur destitua les ducs de Mecklenbourg, bien que leur procès n’eùt pas été instruit régulièrement. La

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l’exercice du culte protestant ne serait pas toléré, et qu’en général le.s luthériens seuls jouiraient de la liberté religieuse dans l’empire, à l’exclusion de toutes les autres sectes protestantes. Cet édit jeta l’Allemagne dans une violente agitation , qui allait au-devant des projets du roi de. Suède, Gustave- Adolphe, et du cardinal de Richelieu.

Période suédoise, jusqu’à la bataille de lutzbn (1629- 1632) . — L’empereur convoqua alors les princes électeurs à Ratisbonne dans le but de faire reconnaître son fils Ferdinand pour son successeur au trône impérial. Mais les princes exigèrent, avant tout, la révocation de Yédit de restitution et la destitution de Waldstein : ce dernier s’était rendu odieux par la manière hautaine avec laquelle il traitait les princes de l’empire et en ne réprimant pas les excès que son armée commettait partout où elle se trouvait. L’empereur céda : Waldstein fut destitué et se retira dans son duché de Friedland en Bohême ; une grande partie de l’armée impériale fut licenciée, le reste passa sous le commandement de Tïlly. Quant à Yédit de restitution, on en remit l’exécution jusqu’à ce que l’on pût s’entendre de nou-

part active qu’ils avaient prise k la guerre contre l’empereur fut la cause (l’une mesure qui provoqua le mécontentement des princes de l'empire Ce mécontentement augmenta encore lorsque l’empereur donna le duché de Mecklenbourg a Waldstein, qu’il créait ainsi prince de Tempire (l'an 1627). La ville de Siralsund refusa de se soumettre; Waldstein la lit assiéger (l’an 1628), et le roi de Suède Gustave-Adolphe y envoya des troupes. Paix de Lubeck avec le roi de Danemark (l'an 1629) ; le Schleswig, le Jutland et le Holstein furent rendus à Christiern IV, qui promit de ne plus se mêler des affaires de l’empire. — Edit de restitution (l'an 1629) ayant pour but de rendre aux catholiques lesévéchés et abbayes, qui leur avaient été injustement enlevés par les protestants, contrairement à la réserve ecclésiastique adoptée et sanctionnée dans la paix de religion d'.Augsbourg (voyez plus haut, page 152 ). Léo et Menzel ont complètement justifié cette mesure, a L’empereur, dit le premier de ces historiens, n’avait pas seulement le droit d’agir ainsi, mais il y était même obligé. > Peut-être le moment n’était-il pas bien choisi ; il s'agissait de la restitution de 2 archevêchés, de l3 évêchés et 6 abbayes. Les deux autres dispositions de l’édit avaient trait à des points que les protestants avaient également admis, savoir: l‘ le droit pour les princes de l’empire de décider en dernière instance de la religion de leurs sujets (jus reformandi, voyez ibidem), et 2° la tolérance légale des luthériens qui professaient la confession dfAugsbourg. tolérance qui ne devait pas s’elendré aux

LA GUERRE DE TRENTE ANS

veau dans une diète générale qui devait être convoquée l’année suivante, La paix se trouvait ainsi rétablie dans l’empire; l’empereur venait de prouver suffisamment par sa conduite qu’il ne songeait nullement à opprimer les protestants. — Mais déjà un nouvel ennemi avait mis le pied sur le sol de l’empire : Gustave- Adolphe^ après avoir conclu un traité avec la France, venait d’aborder avec une armée sur les côtes de l’Allemagne et de forcer le duc de Poméranie à lui livrer la ville de Stettin. Cependant les princes protestants refusèrent d’abord de faire cause commune avec lui contre l’empereur, et même ils conclurent à Leipzig une alliance oifensive et défensive dans le double but de s’opposer à une invasion de la part du roi de Suède et à l’exécution de l’édil de restitution. Gustave-Adolphe dirigea alors ses armes contre son propre beau-frère, le prince, électeur de Brandenbourg , et s’empara de la forteresse de Spandau. Au lieu de secourir la ville de Magdebourg, assiégée par Tilly , il emporta d’assaut Francfort-surrOiïer .Cependant Magdebourg, après s’être défendue opiniâtrement, fut prise et saccagée par les soldats ; pour arrêter le pillage, les habitants mirent eux-mêmes le feu à la ville

autres sectes protestantes. Ces mesures excitèrent îles craintes et du màeontentement dans les Etats protestants de l’empire.

TaoisiéME PÉRIODE DE U GUERRE (1 629-1 2). Gustave-Adolphe avait forme le projet de s'emparer de tout le littoral allemand de la mer Baltique (voyez plus haut, page 145). Kichelieu négocia un armistice entre ce prince et la Pologne (l’an 1629). Il lui promit des subsides pour la guerre contre l'empereur. Circonstances qui favorisaient les projets de Gustave-Adolphe r 1<> la publication de l'edit de restitution, qui avait mécontenté les Etats protestants de l’empire ; 2" la conduite hautaine de Waldstein et les violences commises par son armée ; 3" la destitution de ce général réclamée et obtenue par les princes de l’empire (l’an 1630; : cette destitution diminuait considérablement les moyens de défense de l’empereur. Celui-ci en outre consentait a surseoir à l’exécution de l'édit de restitution et à convoquer, pour l’année suivante (l’an 1631), une diète générale à fVane/ort, dans laquelle cette affaire devait être de nouveau examinée; les ducs de Mecklennourg furent dulorisésà fairevaloir leurs réclamations pourétre rétablis dans la possession de leur duché, qui avait été donné à Waldstein. L’Allemagne se trouvait ainsi entièrement pacifiée (l’an 1630).

Arrivée de Gustave-Adolphe h la tête d’une armée aguerrie et bien disciplinée (l’an 1630); le duc protestant de Poméranie refuse de s’allier avec lui; le roi de Suède le force ii lui livrer la ville de Stettin, sa capitale,

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qui fut réduite en cendres malgré les efforts de Tilly pour la sauver. Le roi de Suède menaça do bombarder Berlin et força ainsi le prince-électeur de Brandenbourgde se joindre à lui ; il fît ensuite la conquête du Mcchlcnbourg Qu'il rendit aux ducs de ce pays sous la condition qu’ils reconnaîtraient son autorité. Le 'prince-électeur de Saxe avait rassemblé des troupes et voulait garder une neutralité armée ; sur son refus de livrer passage, Tilly pénétra de force dans la Saxe. Alors le prince-électeur appela Gustave- Adolphe et conclut avec lui un traité d’alliance. L’armée réunie des Suédois et des Saxons remporta près de Leipzig une victoire complète sur les troupes impériales ; Tillv lui-même fut blessé et son armée dispersée.

Après la bataille de Leipzig, Gustave-Adolphe traversa l’Allemagne en vainqueur. 11 s’empara do la ville de Mayence, se fît prêter partout le serment de fîdélité et manifesta ouvertement l’intention de monter sur le trône impérial. Ainsi, après la conquête du Palatinat, il se réserva plusieurs villes^ où il plaça des garnisons suédoises, et ne renditqu’une partie du pays au prince-électeur Frédéric V, avec obligation de reconnaitre sa suzerai-

et soumet tout le pays par les armes. Congre* des Etats protestants du nord de l’Allemagne à teipziÿ (l’an 1631); ils décident qu'ils ne feront pas alliance avec le roi de Suède, mais qu’ils réuniront une armée pour le repousser s’il venait les attaquer, et pour s’opposer en môme temps à l’exécution de l’édit lie restitution : ils prennent aussi une position hoslde vis-U-vis de l’empereur, qui leur ordonne de cesser leurs armements. Gustave-Adolphe prend d’assaut la ville de Franc fori-sur-V Oder et force son beau-frère, le prince électeur George-Guillaume de Brandenbourg, h lui ouvrir la forteresse de iîpandau, dont il a besoin, dit-il, pour pouvoir secourir Magdebourg^ assiégée par Tilly. Cette ville avait résisté i> l’empereur et avait conclu un traité d’alliance avec Gustave-Adolphe qui avait promis de la secourir. Mais Gustave-Adolphe n'osa pas se mesurer avec Tdly ; Magdebourg fut prise d’assaut et pillée par les soldats que la résistance vigoureuse des habitants avait exaspérés. C’est à tort qu’on a accusé Tilly d’avoir favorisé le pillage et d'avoir incendié la ville; le feu y fut mis par les habitants eux-mômes Tilly fît les efforts les plus louables pour éteindre l’incendie. La critique moderne a mis ces faits hors de doute. Les protestants sont mécontents du roi de Suède qui n’a rien fait pour secourir Magdebourg. Le prince-électeur de Brandenbourg réclame la restitution de Spandau : Gustave-Adolphe le force a lui livrer encore Custrin et lui payer un subside de guerre de 30,000 thalers par mois. 11 fait la conquête du Mecklenbourg et rétablit le>

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