I-A OIJERRE DE TRENTE ANS
neté. Du Palatinat le roi de Suède pénétra dans la Bavière, défit Tilly sur les bords du Lech et entra à Munich. Tilïy, qui avait été blessé dans la bataille du Lech, alla mourir à Ingolstadt. — Cependant l’empereur se voyait menacé d’une attaque de la part des Saxons, qui venaient de se rendre maîtres de Prague, après avoir fait la conquête de la Bohême ; il s’adressa de nouveau à Waldstein et lui offrit le commandement des armées impériales avec un pouvoir illimité. En peu de mois Waldstein rassembla sous ses drapeaux une armée do quarante mille hommes avec laquelle il chassa les Saxons de la Bohême. Il avait d’abord refusé de marcher au secours du duc Maximilien de Bavière, son ennemi personnel ; mais cédant enfin aux sollicitations de ce prince, il se dirigea avec son armée sur Nuremberg, qui était tombée au pouvoir de (îustave-Adolphe. 11 établit, près de cette ville, un camp retranché vis-àvis du camp suédois et, par son attitude menaçante, obligea le roi de Suède, qui manquait de vivres, à se retirer dans la Bavière. Waldstein se tourna alors vers la Saxe pour punir la défection du prince-électeur. Gustave-Adolphe le suivit et lui livra, près de Lutzen, la célèbre bataille où il
ducs, mais à la condition de reconnaître la suzeraineté de la Suède.PIusieurs princes de l’empire, tels que le landgrave de Hesse-Cassel et le duc Bernard de Weimar, se joignent au roi de Suède. Politique de neutralité armée, adoptée par le prince-électeur de Saxe ; cette politique est favorable h Gustave- Adolphe, qui parvient h prendre une position forte dans le Brandeiibourg, tandis qu’elle est nuisible aux intérêts de l’empereur. L'armée impériale, sous le commandement de Tilly, force l'entrée de la Saxe et s'empare de la ville de Leipzig. Le prince-électeur conclut une alliance avec le roi de Suède, qui marche contre Tilly. Bataille de Leipzig (l'un 1531).
Cette bataille eut de grandes conséquences : l’empereur se trouva sans armée; Tilly se retira avec le reste de scs troupes dans la Bavière; les princes protestants se joignirent h Gustave-Adolphe qui songea à faire la conquête de l'Allemagner La défense de la religion protestante n’était plus qu’un prétexte pour continuer la guerre. Gustave-Adopbe marche vers le Ithin, tandis que l’armée saxonne pénètre dans la Bohême et s’empare de Prague. Il occupe successivement les territoires ecclésiastiques de Mayence, Wurtzbourg, etc., et se fait prêter partout le serment de tidélité. Conquête du Palatinat sur les troupes espagnoles: Gustave-Adolphe refuse de céder tout le pays h l’électeur palatin Frédéric V, et même il exige de lui le serment de fidélité. Bataille du Lech et mort de Ttlly à Ingobladt (l’an ■1533), à l'âge de 73 ans; c'était un des plus grands capitaines du seizième
166 H1ST0IK.E UNIVERSELLE
trouva la mort. La victoire resta indécise ; Waldstein ramena son armée en Bohême.
Période française, jusqu’à la pahc de westphalte (1632-1648). — La guerre changea entièrement de caractère à la mort de Gustave-Adolphe : elle continua sans que la religion fût encore invoquée comme prétexte par les ennemis de l’empereur Ferdinand II. Elle reçut une nouvelle impulsion par la participation active du cardinal de Richelieu et du régent de la Suède, le chancelier Oxenstiern. Oxenstiern voulait ajouter à la Suède une partie du nord de l’Allemagne, et Richelieu poursuivait son projet d’abaisser la maison de Babsbourg. La Suède et la France obtinrent l’alliance de la Hollande et de l'Angleterre et gagnèrent encore à leur cause quelques princes secondaire.s d’Allemagne, tels que Bernard de Weimar et Georges de Lunébourg, taudis que les princes-électeurs protestants de Saxe et de Brandenbourg les abandonnaient et se réconciliaient avec l’empereur. La guerre continua encore pendant seize ans, pour aboutir à la ruine totale de la prospérité de l’Allemagne.
Cependant Waldstein restait inactif avec son armée en
siècle; il avait gagné 3fi batailles et unissait h la bravoure personnelle une piété sincère: on ne peut pas le rendre responsable des excès commis par les troupes mercenaires dont se composaient alors les armées. Gustave- Adolphe s’empare de la ville libre impériale A’Augtbourg et se fait prêter le serment de fidélité par les habitants. Son entrée h Munich. Il frappe la Bavière d’énormes contributions de guerre. Refroidissement entre Richelieu et le roi de Suède, dont la puissance devient dangereuse pour la France. Richelieu donne des subsides au duc Maximilien de Bavière ; celui-ci demande en même temps du secours à l’empereur, qui s’est de nouveau adressé è W'aldatein et le nomme commandant en chef en lui accordant une autorité presque indépendante. La renommée militaire de Waldstein lui sutlU pour rassembler en peu de temps une armee de 40,0d0 hommes, aven laquelle il marche sur Nuremberg, apres avoir expulsé les Saxons de la Kobême. Il se retranche dans un camp vis-è-vis du camp suédois et s'y tient en observation pendant prés de deux mois; cette tactique lui réussit; les Suédois, après une vaine attaque contre le camp impérial, se retirent. Mais Waldstein s’étant replié sur la Saxe, Gustave-Adolphe le suit et lui livre la bataille de Lutzen dans laquelle il périt. Chacun des deux partis s’attribue la victoire.
Qcirs.àsE pïBioDB. (I63Î-1648). Voyez: M'aldetein et la guerre de Trente- Ane par J. Moeller, dans ia Revue de Dublin, juillet, 1838., A partir de
LA GUERRE DE TRENTE ANS
Bohême et entretenait des relations mystérieuses avec Richelieu et Oxenstiern sans y être autorisé par l’empereur ; il tâchait en même temps de s’assurer le concours des officiers supérieurs de son armée. Cette conduite équivoque obligea Ferdinand II de recourir à une mesure énergique. Il donna ordre d’arrêter le général ; mais cet ordre fut outrepassé par ceux qui étaient chargés de l’exécuter : Waldstein fut tué à Eger. L’empereur nomma alors généralissime de l’armée, l’archiduc Ferdinand, son fils : le jeune prince fit sa jonction avec l’armée bavaroise commandée par Jean de Werth et remporta sur les ennemis la victoire décisive de Nœrdlingen. La Paix de Prague, qui intervint alors entre le prince-électeur de Saxe et l’empereur, et à laquelle adhérèrent aussi le prince-électeur de Brandenbourg, Jes ducs de Mecklenbourg, la plupart des princes allemands et un grand nombre de villes libres impériales, semblait être un acheminement vers la paix générale. — Mais Richelieu prit dès lors une part directe à la guerre, qui recommença avec le plus grand acharnement. L’armée suédoise, commandée successivement par Hom, Baner, Torstenson, Wrangel et Kœnigsmark,
la mort de Gustave- Adolphe la guerre ae Ht, d’un côté par deux puissances étrangères, la Sitèdt et la France qui poursuivaient des buts et des intérêts divers, et de l’autre par la maison de Habsboug, qui continuait è défendre l’intégrité de l’empire. Le cardinal de Aic/iefi>u et le chancelier sdédois Oxmsiiem (voy. p. 1 43) unirent leurs elTorts pour continuer la guerre.Lipua de Htilbron conclue contre l’empereur par la Suède et les Etats protestants des cercles de Franconie, de Souabe et du Rhin (l’an 1633). Bernard de Weimar et le général suédois Hom prennent le commandement de l’armée et menacent h la fois la Silésie et la Bavière. Inaction de Waldetein. Il entame des négociations secrètes avec la France, la Suède et les princes de Saxe et de Krandenbourg, et agit d’une manière tout à fait indépendante de l’empereur. Ses véritables projets sont restés inconnus, mais II n'est plus douteux qu’il n’ait voulu acquérir soit en Allemagne, soit en Bohème, une souveraineté indépendante avec l’appui des ennemis de l’empereur. Sa proscription est donc pleinement justitiée, comme le prouvent Léo, Menzel et Rarthold; mais le meurtre commis à Eger, ne fut pas ordonné par l’empereur. Bataille de Nœrdlingen et victoire complète de l’archiduc Ferdinand et de Gallassur Bernard et Horn (1634). L’armée impériale occupe le Wurtemberg, Rade et le Palatinat : les protestants de ces contrées conservent la liberté religieuse. Paiœ de Prague entre l’empereur d’une part, et de l’autre la plupart des princes protestants de l'Allemagne (l’an 1636). BicheUeià
généraux également distingués par leur bravoure et leurs talents militaires, et les armées françaises sous les ordres de Turenne et du grand Condé soutinrent avec avantage la lutte contre les généraux de l’empereur, Gallas et Piccolomini, et contre les deux généraux bavarois, Mercy et , Jean de Werth. Ferdinand III, ayant succédé à son père b'erdinand II, travailla activement au rétablissement de la paix. Deux congrès se réunirent simultanément, l’un à Osnabrück, et l’autre à Munster. Mais les négociations traînèrent en longueur, et pendant cinq ans l’Allemagne fut cruellement ravagée par les armées ennemies. Lorsqu’enfin la paix fut conclue, la population du pays était diminuée d’un tiers, les villes les plus florissantes étaient ruinées, des provinces entières se trouvaient dépeuplées et désertes. Jusqu’à nos jours, les horreurs de cette guerre sont demeurées proverbiales chez lo peuple ; elles ont couvert le nom suédois d’une tache ineffaçable.
Le traité de westphalib (1641-1648). — Ferdinand III, quelques années après son avènement, fit les premières propositions de paix ; les préliminaires en furent signés à Hambourg par les envoyés de l’empereur, de la
déclare la guerre à l'empereur et à l'Espagne et pousse les hostilités avec beaucoup de vigueur; il envoie des subsides h firrnard de tVeimar et aux Suédois, met sur pied plusieurs armées et fait envahir l’Alsace et la Belgique. Bernard auquel Richelieu promet la possession de l’Alsace, finit par entrer au service de la France. Horn est fait prisonnier dans ta bataille de Nœrdiingen; il est remplacé par le général Baner (l’an 163.'S). Mort de l’empereur Ferdinand il (l’an 1637). Ce prince généreux et magnanime, d’une piété sincère et d’une fermeté inébranlable, sacrifia toujours ses propres intérêts h ceux do l’empire. Son fils Ferdinand lll lui succède. Il donne le commandement de l'armée impériale à Gallaa: l'armée bavaroise, ou de lu Ligue, est commandée pur deux généraux distingués, le Belge Jean de Wertk, et le comte Mercy.
Victoire de Hheinfelden remportée par Jean do Werth (l'an 1637); Bernard fait la conquête de l’Alsace, tandis que les Suédois s'emparent de la Po méranie après la mort du duc Bogislav |l’an 1637). Refruidissemeut entre Bernard et Richelieu; ce dernier songe h réunir l’Alsace à la France. Mort subite de Bernard (l’an 1639); ses conquêtes passent à la France. Les Suédois, sous les ordres de Baner, occupent la Bohême fl’an 1639), qu'ils ruinent par bues pillages, ils en sont chassés (l’an 1640). Mort de Baner (l’an 1641]; il est remplacé par Tortenson Quoique maladif au point d’être obligé de se faire porter dans une litière, ce général se fait remarquer par
LA GUERRE DE TRENTE ANS. 109
France et de la Suède. On choisit les deux villes de Afunster et àî Omahrucli en Westphalie, pour y réunir deux congrès, qui en réalité devaient n’en former qu’un seul. Ils ne s’ouvrirent cependant que deux ans après, et les négociations traînèrent encore plus d’un an avant d’aboutir à un résultat. Le mérite de les avoir menées à bonne fin appartient à l’envoyé impérial comte Maximilien ‘de Trautmansdorf dont l’habileté réussit à triompher de tous les obstacles. Ces négociations amenèrent enfin, mais seulement au bout de deux ans et demi, le traité de Westphalie, qui introduisit des changements très-importants dans l’état politique de l’Europe, et qui enleva définitivement à l’empire germanique la prépondérance qu’il avait exercée jusques-là. Voici les principales stipulations de cé traité :
1® La Suède obtint la plus grande partie de la Poméranie, ainsi que les principautés de Brème et de Verden; le roi de Suède devint ainsi membre des Etats de l’empire. On lui paya en outre une somme de^cinq raillions de thalérs pour les frais de la guerre.
2® La France reçut en pleine et entière souveraineté la
ses projets hardis et son habileté militaire. Il remporte près de Leipzig une victoire sur Piccolomini, qui a succédé à Gallas (l’an 1642). II pénètre dans la Bohême et la Moravie et menace Vienne (l’an 1643); mais il est rappelé dans le nord de l'Allemagne par la déclaration de guerre du roi de Danemark, qui venait de conclure une alliance avec l’empereur U’an 1644). Il envahit le Jutland, et force ce prince à faire la paix, que .Mazarin avait du reste déjà négociée [J’an 1645;. Les princes de Brandenbourg et de Saxe concluent des armistices avec les Suédois et abandonnent la cause de l’empereur. Victoire de Jankau remportée par Tosienson sur l’armée impériale ; le vainqueur s’avance jusqu’aux faubourgs do Vienne. T urenne et lepn'nc* Je Condé commandent l’armée française sur le Rhin. Batailles de Bocrog, do Fribourg et d’AIferjAMm. (1644-1645) gagnées par les armées françaises. Wrangel succède à Tostenson et réunit son armée à celle de Turenne. Le duc Maximilien de Bavière est forcé de conclure un armistice (l’an 1647); il le rompt, surtout parce que Jean de Werth y est opposé. Turenne et Wrangel envahissent de nouveau la Bavière, tandis que le général suédois Kcenigamark pénètre dans la Bohême et s’empare d’une partie de la ville de Prague. Ce fut là le dernier événement de la guerre (l’an 1648).
Diète de Balûbonne (l’an 1640) convoquée par Ferdinand III: tous les Etats tant catholiques que protestants demandent le rétablissemcntde la paix ; l’empereur adhère à ces réclamations. Préliminaires de la paix signés à ffam-
Dr-- {k
a. laiv. v.
Lorraine et une grande partie de l'Alsace ; ces contrées furent définitivement séparées de l’empire.
3“ La république de Hollande, qui avait conclu à Munster un traité séparé avec l’Espagne, devint indépendante de l'empire ; il en fut de même de la Suisse.
4° Des compensations territoriales furent accordées aux princes protestants de Brandenhourg, de Hesse-Cassel, de Meclkembourg et de Brunswick. On sécularisa, à cet effet, un certain nombre de territoires ecclésiastiques.
5“ Charles-Louis, fils de Frédéric V, fut remis en possession d’une partie du Palatinat; on créa pour lui un huitième électorat, le cinquième restant à la Bavière qui conservait également le haut Palatinat.
6° Tous les Etats de l'empire obtinrent la souveraineté dans leurs territoires et le droit de conclure des traités, même avec des puissances étrangères, pourvu que ce ne fût pas contre l’empereur et l’empire.
7° Quant à fa religion, on mit sur la même ligne les catholiques , les luthériens et les réformés ou calvinistes, et l’on stipula que chacun resterait en possession des droits et propriétés dont il avait joui depuis l’année 1624, appelée
bourytl’an 1641). Les négociations devaient commencer trois mois après, à Omabruck entre l’empereur et la Suède, et à Muntter entre l’empereur et la France ; ces deux villes avaient été déclarées territoires neutres. Les congrès ne s’ouvrirent cependant que dix-huit mois plus tard (l’an' 1643); les plénipotentiaires français n’arrivèrent que l’année suivante (l'an 1644). Difficulté d’arriver à une entente h cause des prétentions exagérées de la Suède et de la France, ainsi que des princes protestants, alliés de ces deux puissances. Le comte de Trautmansdorf est envoyé comme plénipotentiaire impérial (l’an 1645). Il profite de la jalousie qui existait entre la Suède et la France, pour décider ces deux puissances à rabattre de leurs exigences. La paix est enfin conclue le 24 octobre 1648. Les conséquences du truité de Westphalie furent la division religieuse et le morcellement polittque de l’Allemagne ; le commencement de la sécularisation des territoires ecclésiastiques, laquelle fut achevée au congrès de Vienne , la séparation d’avec l’empire de contrées considérables, telles que la Hollande, la Suiue, U Lorraine et une partie de i’Alsace, qui étaient cédées à la France; l’entrée d’une puissance étrangère, la Suède, dans les conseils de l’empire, comme membre des diètes générales; enfin l’anéantissement de l’autorité impériale dans les territoires des Etats allemands: l’Allemagne devint une agrégation de principautés indépendantes et souveraines, et par conséquent sans unité politique.
La QUERRE DE TRENTE ANS.
à cause de cela année normale : la liberté religieuse fut garantie à tous les habitants de l’empire, et le droit que s’étalent arrogé les gouvernements protestants de ne tolérer que leur culte officiel fut aboli.
Telles étaient, en substance, les principales dispositions du traité de Westpbalie, qui a servi de base au droit public moderne. Le pape Innocent X protesta contre ce traité, parce qu’il violait les droits les mieux établis de l'Eglise. Cette protestation demeura sans effet ; mais c’est à ton qu'on en a fait un grief au Pontife.
il.'. .(!. ! -.ttitiuii ;i ■■ üi,>:> ;iî!