‹ Cours complet d'histoire universelle à l'usage des collèges et des maisons d'éducationChapitre 40 sur 107 · IVOH VI · texte numérisé non relu

IVOH VI

PARTAGES DE LA POLOGNE

Turcs une guerre qui tourna à leur avantage, grâce aux talents militaires des généraux Munnich et Lascy. L’impératrice Anne, avant de mourir, désigna pour son successeur Iwan VI, petit-fils de sa sœur Catherine, âgé d’un an, et laissa la régence au duc de Biron. Mais Elisabeth, la plus jeune des filles de Pierre- le-Grand, s’empara de la couronne et fit jeter hoan en prison, où il mourut après vingt-quatre années de captivité. Pendant son règne, Elisabeth éleva sur le trône de Suède le duc de Bolstein, Frédéric-Adolphe, qui lui céda le reste de la Finlande. Dans la guerre de la succession d’Autriche, elle soutint Marie-Thérèse ; plus tard, elle prit une part active à la guerre de Sept- Ans contre Frédéric II. Mais elle se laissa gouverner par ses favoris ; tous les étrangers furent éloignés des emplois publics, et les privilèges de la noblesse furent encore augmentés. L’administration de l’empire fut entièrement abandonnée à la noblesse ; il en résulta de grands abus, qui rendirent Elisabeth odieuse. Elle mourut subitement; son neveu Pierre lll lui succéda. Après un règne de six mois, il fut détrôné et tué dans une révolution que sa femme Catherine II avait fomentée et qui l’éleva elle-même sur le trône.

le prince Dolgorouki et envoyé en exil ë Beresow. Oiltrmann, allemand d'origine, chancelier de l’empire, partage le pouvoir avec Dolgorouki.

Mon de Pierre II . ë l'âge de quinze ana. — Grâce ë l'appui d’Ostermann, Anne (1730-1740), nièce de Pierre-le-Grand, fut élevée sur le trène par la noblesse, qui la força cependant ë signer un acte par lequel elle accordait aux nobles de grandes prérogatives et renonçait au pouvoir absolu. Mais la famille Dolgorouki, qui s’était emparée du pouvoir, se rendit tellement odieuse que la noblesse conféra de nouveau ë l’impératrice une autorité illimitée. Anne donna alors toute sa contlance au duc d» Biron, qui gouverna avec une grande dureté. Exil de Dolgorouki; plus de i0,000 personnes sont envoyées en Sibérie. Ostermann reste ë la tête de l'administration ; un allemand Munnich et de Lcucy commandent les aimées russes dans la guerre contre les Turcs (1735-1739). Prise d' A zow et d’Oczakow; conquête de la Moldavie. A la fin de la guerre, les Turcs, qui avaient contraint l’Autriche ë signer la paix de Belgrade, rentrèrent en possession de tout ce qu'ils avaient perdu. Mort d’Anne (l’an 1740): elle avait désigné pour sou successeur iuan VI, sous la tutelle du duc de Biron. La mère du jeune empereur, Anne de Meckiembourg, renverse le duc de Biron et , s’empare du pouvoir. — Elle est renversé h son tour par EfùaèeiA, qui

HISTOIUE UNIVERSELLE.

Règne de Catherine ii (1762-1796). — Le règne de l’impératrice Catherine II fait époque dans Thistoire de la Russie. Cette princesse, marchant sur les traces de Pierro-le-Grand, éleva l’empire russe à un haut degré de prospérité et de puissance et lui conquit le rang important qu’il a .'.onservé depuis lors parmi les puissances européennes. Peu scrupuleuse dans le choix des moyens, Catherine II suivit une politique astucieuse qui a été flétrie avec raison, mais qui malheureusement était celle de la plupart des cabinets d’alors. Les territoires qui furent réunis à la Russie sous son règne sont aussi importants par leur étendue que par leur situation. En plaçant sur le trône de Pologne son favori Stanislas Poniatowski , Catherine mit ce pays sous sa dépendance, et en prépara le démembrement. Dans les trois partages qui en furent faits, la plus grande partie du royaume de Pologne fut incorporée à la Russie, qui recula ainsi ses frontières occidentales jusqu’aux confins de l’Allemagne. Un traité conclu avec le duc de Courlande assura à la Russie, avec la possession de cette province, une forte position sur le littoral de la mer Baltique. La ■paix de Kaynardgy, qui termina une première guerre heureuse contre les Turcs, lui valut

la fuit jeter en prison avec son Dis et se fait proclamer h l’instigation de son médecin, le français Lestoeç (1741-1762). Ostermann et .Munnich sont envoyés en Sibérie. Guerres heureuses sous Elisabeth: 1" contre la Suède i174l- 1743), qui se termina par la paix d'Xlbo et valut h la Russie une partie de la Finlande; — 2" intervention dans la guerre de la succession d’AuincUe (1746-1748); — 3“ guerre de .s'epA/l ns (1756-1 762). — Faiblesse du gouvernement d’Elisabeth h l’intérieur. Elle abandonna entièrement l’administration do l’empire à ses favoris et éloigna des emplois publics tous les étrangers, parmi lesquels se trouvaient un grand nombre d’Allemands ; elle les remplaça par des Dusses, souvent peu instruits. Elle accorda ensuite de grandes prérogatives h la noblesse et exclut par une loi ceux qui n’étaient pas nobles de toutes les premières charges. L’armée seule fut maintenue sur un pied respectable; mais aussi les finances s'épuisèrent par suite de la décadence de l’industrie et du commerce. Elisabeth adopta son neveu Pierre, fils du duc de Holslein-GoUorp, qui succéda ainsi h la maison de Romanow. — Pierre III (l’an 1762) ne répondit pas aux espérances que l’on avait conçues de lui. Violent et passionné, il gouverna tyranniquement et mécontenta les Russes par son penrhant |iour le protestantisme, dans lequel il avait été élevé. Sa femme, Catherine, fille du prince d’Anbalt, conspira

LA RUSSIE jusqu’à LA MORT DE CATHERINE II. 277

encore de vastes contrées sur le littoral de la mer Noire et prépara l’incorporation de la Crimée; le <Jernier khan lartare de cette presqu’île la céda à Catherine II. Les Turcs reprirent les armes pour s’opposer aux agrandissements de la Russie ; ils furent défaits et durent acheter la paix de Galatz, en cédant la ville d’Oczakow et d’importants territoires à l’embouchure du Dniéper. La prépondérance de la Russie sur la mer Noire fut ainsi affermie. Ces conquêtes exigèrent d’immenses sacrifices en hommes et en argent : PotemMn, favori de l’impératrice, et le général Souwarow, qui commandait ses armées, firent la guerre de la manière la plus cruelle. — Sous le rapport de l’administration intérieure, le règne de Catherine II n’est pas moins remarquable ; dans le but de peupler les immenses steppes traversées par le Wolga, elle favorisa l’établissement de colons étrangers dans ces contrées et y fonda plus de deux cents villes. L’acquisition de la Courlande sur la Baltique, de la Crimée et d’un littoral très-étendu sur la mer Noire, et les traités de commerce conclus avec l’Angleterre, la Turquie et la Perse contribuèrent à relever le commerce. Dans l’intérêt de l’administration, elle divisa l’empire en provinces appelées gouvernements, subdivisés

contre lui, le fit arrêter et mettre à mort; ensuite elle se fit proclamer impératrice.

Catherine II fut pour la Russie ce que Frédéric 11 avait été pour la Prusse; c'est à cette princesse que la Russie doit le rang important qu’elle a conservé jusqu’à nos Jours parmi les Etats do l’Europe. Son histoire se divise en deux parties: ses guerres et ses agrandissements territoriaux ;

son gouvernement intérieur. — Intervention de Catherine 11 en Poloijtie (voyez page 270), et réunion de la plus grande partie de ce royaume à la Russie. Le démembrement de la Pologne plaça l’empire russe à la tête de tous les peuples slaves, dont les deux puissances allemandes, l’Autriche et la Prusse, menaçaient la nationalité; de plus la barrière qui séparait la Russie de l’Allemagne fut ainsi rehversée. — Guerres de Catherine II contre les Turcs; première guerre (1768-1774), terminée par la paix de Kaynardgy. Par cette paix les contrées entre le Bug et le Dniéper, ainsi que l’isthme de Pérécop, qui' unit la Crimée au continent, furent cédées'à la Russie ; celle-ci obtint en outre la libre navigation sur la mer-Noire. Réunion de la Crimée à la Russie (l’an 1783) par suite d’un traité avec le dernier khan tarlarc Sahin-Ghéral, qui abdiqua. Seconde guerre contre les Turcs (1787-1791). Cette guerre, h. laquelle l’Autrich'' prit part, se termina par la paix de

U. l.MV. IV.

HlStOlRE tiNiVERSELLË.

en cercles, et sépara entièrement l’administration de la justice des fonctions administratives. Catherine II érigea de nombreux établissements d’instruction, elle fonda des écoles pour le peuple et donna un nouvel élan à la culture des lettres et des sciences, en prenant sous sa protection toutes les publications littéraires en langue russe. Si elle maintint l'Eglise russe dans sa dépendance de gouvernement civil, elle se montra tolérante envers ceux qui professaient une autre religion, et prit sous sa protection l'Ordre des Jésuites, persécuté dans tous les autres pays de l'Europe. La tentative qu’elle ât pour doter la Russie d’une législation uniforme ne réussit pas. La commission nommée à cet effet et composée de délégués de toutes les populations soumises à son sceptre, ne put rédiger un nouveau code de lois. Catherine II , qui avait terni sa gloire par des mœurs dissolues, mourut au moment où l’Europe était ébranlée jusque dans ses fondements par la révolution française.

La PRUSSE APRÈS LA GUERRE DE SEPT-ANS JUSQu’a LA

Galats et valut à la Russie de vastes contrées sur les bords de la mer-Noire. — Lutte dans le duché de Guurlande entre la noblesse et le duc. Ce duché était sous la dépendance de la Russie depuis l'an 1730. La noblesse, craignant de se voir enlever ses prérogatives par la bourgeoisie, qui gagnait beaucoup d’influence dans les villes, résolut de se soumettre à Catherine II (l’an 1795). Le dernier duc, Ernest Jean, n’ayant pas d'enfants, y consentit au prix d'une pension annuelle. — Gouvernement inférieur ; Catherine 11 ne fut pas très-heureuse dans le soin qu’elle prit d’attirer des colons étrangers dans l’empire, parce que la plupart d’entre eux étaient des gens sans aveu et qui ne pouvaient pas s’habituer h un travail régulier. Elle réussit mieux à fonder de nouvelles villes. Pour y attirer des habitants, elle accorda certains avantagesà ceux qui voudraient s’y établir, sans toutefois les émanciper entièrement de la servitude, ni en former une véritable bourgeoisie. Changements importants dans l’administration : ils avaient pour but de remédier aux abus, qui d’une part, étaient résultés de la trop grande étendue des contrées confiées h un seul fonctionnaire, et de Tautre, de la réunion des fonctions administratives etjudiciaires dans les mêmes mains. Catherine voulut réformer les lois et donner une législation uniforme h son empire. La commission qu’elle nomma à cet effet M’an 1767) se composait d’hommes appartenant aux diverses nations soumises à son sceptre. Mais elle n’élabora rien. Elle resta cependant réunie jusqu’au règne d’Alexandre 1 qui la congédia (l’an 1801). Efforts de Catherine 11 pour relever la littérature russe : elle favorisa surtout la traduction d’ouvrages étrangers en langue russe. Fondation d’une académie h St-Pétersbourg; établissement d’un grand nombre d’é-

LA PRÜSSB JÜSQU’a la RÉVOLUTION FRANÇAISE. 279

RÉVOLUTION FRANÇAISE (1763-1789). — Frédéric II s’était montré grand général pendant la guerre de Sept-Ans et avait fait l’admiration de toute l’Europe ; lorsque la paix fut conclue, il déploya les talents qui distinguent l’homme d’Etat. Il mit tous ses soins à guérir les plaies que ces longues guerres avaient faites à son royaume. Les finances de l’Etat se relevèrent, grâce à la sévère économie qu’il introduisit dans toutes les branches de l’administration, et qui lui permit de consacrer des sommes considérables pour aider les habitants des provinces à rebâtir leurs demeures et à cultiver leurs champs. L’agriculture , le commerce et l’industrie prirent un nouvel essor ; de nombreux colons, venus de toutes les parties de l’ÂHemagne, s’établirent en Prusse. Frédéric II leur accorda des secours efiScaces ; dans la seule province de Silésie, il réussit à fonder plus de deux cents villages. L’armée fut maintenue sur un pied respectable, et dés lors elle se compléta par un système régulier de recrutement. C’était le seul moyen d’assurer à la Prusse l’influence politique que les victoires de Fré-

coles. Commerce actif de la Russie sur la mer Baltique et la mer-Noire ; augmentation considérable de la marine.

État déplorable des provinces prussiennes à la fln de la guerre de Sept- Ans : la ruine du commerce et de l’industrie d’un côté, et de l’autre les contributions de guerre imposées par le gouvernement lui-méme et par les ennemis, avaient complètement anéanti la prospérité d’un grand nombre de villes; faute de brus, des contrées entières restaient incultes et désertes.' L’armée se composait en grande partie de troupes mercenaires'; l’esprit de corps et de discipline lui manquait. Talents administratifs et activité de Frédéric II. «Ma position, écrivait-il à un ami, exige du travail et de l’activité ; mon esprit et mon corps plient sous le devoir. Il n’est pas nécessaire que je vive, mais bien que je sois actif. Je me suis toujours bien trouvé en agissant ainsi. » Grandes économies de Frédéric 11 qui, pour lui et sa Q3ur, ne déi>ensait pas plus de 800,000 fr. par an. Il prenait sur sa cassette particulière les secours qu’il accordait aux habitants des provinces ruinées par la guerre : plus de 100 millions de francs furent ainsi distribués par la libéralité du roi, qui Ht reb&tir, comme il le dit lui-méme dans une lettre Ji d’Alerobert, plus de 14,000 maisons. Une banque commerciale, ti laquelle il .avança 30 millions de francs, (ut fondée 8 Berlin. Des étrangers et surtout des Français, qui vinrent s’établir en Prusse, y élevèrent un grand nombre de fabriques. Frédéric voulait s’assurer par lui-méme des besoins des provinces et dans ce but il les parcourait souvent. L’armée fut portée à 1 60,000 hommes et réorganisée par un système régulier de recrutement. Le corps des oQlciers fut exclusivement composé de nobles. Frédéric établit plusieurs

^80 mSTOIRE UNIVERSELLE.

défie II lui avaient acquise parmi les grandes puissances européennes. Aussi intervint-il énergiquement dans la guerre de la succession de Bavière après la mort de Maximilien- J ose'ph^ en qui la femille ducale s’était éteinte. L’empereur Joseph II voulut s’emparer de ce pays qu’il fit occuper en partie par ses troupes ; mais il fut obligé de renoncer à ses prétentions dans la paix de Teschen , et la comte palatin Charles-Théodore, parent de la maison de Bavière, fut mis en possession du duché. Après la mort de Marie-Thérèse , Joseph II renouvela ses tentatives pour se rendre maître de la Bavière ; il offrit en échange au prince-électeur les provinces belges ; mais Frédéric II fit échouer ce projet, en concluant avec un grand nombre de princes allemands une ligue qui avait pour but de maintenir l’état politique de l’Allemagne. — Frédéric fut le principal auteur du démembrement de la Pologne-, ce fut lui qui en proposa le premier partage à l’impératrice Catherine de Russie : c’est là qne tache ineffaçable dans la vie de ce prince. Il eut encore le tort de professer

écoles militaires dans lesquelles ou ne recevait que des jeunes gens de familles nobles. — Guerre de la succession de Ilavière {voyez page 28Ü). Frédéric organise la ligue des prtnees d’Allemagne pour s’opposer aux projets d’agrandissement de Joseph II (l’an 1785). — Partage de la Pologne (voyez plus haut). — Prédilection de Frédéric II pour la littérature française, son admiration pour Voltaire, d’Alembert et les philosophes incrédules de la France j il manquait de tout sentiment religieux et ne considérait la religion que comme un moyen d’imposer un frein aux passions populaires. Ce fut le motif qui le décida à prendre sous sa protectiortrOrdrede.» Jésuites et à laisser subsister leurs collèges en Prusse. — Parmi les œuvres de Frédéric II on distingue surtout ses mémoires, qui renferment son histoire jusqu'à l’an i 779. Il était animé d’un profond sentiment de justice : cependant il se laissait aller quelquefois à des actes violents et arbitraires, contraires à toutes les lois en vigueur. Vers la (in de son règne, il (it commencer une révision de la législation de son royaume; mais ce travail no put être achevé avant sa mort. Frédéric II n’ay.ant pas eu d’enfants, ce fut Frédéric-Guillaume II, (ils de son frère Augusie-Guillaume, qui hérita de sa monarchie ; elle avait gagné un tiers en étendue et comptait six millions d’habitants.

Le morcellement politique de l’empire germanique détruisit bientôt toute l'importance qu’il avait parmi les grandes puissances européennes. Les délibérations do la diète permanente de llatisbonne, qui était investie de l’eutoritü suprême, restaient sans effet; à cause de la jalousie des 'nombreux Etats indépendants qui y étaient représentés, cotte diète ne pouvait prendre aucune mesure efficace. L’influence de l’Autriche grandit do plus en plus;

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