LE PORTUGAL
Lb PORTUGAL jusqu’à LA MORT Î)E JOSEPH l" (1706-1777). POMBAL. — Jean V fut le digue successeur de son pere. Actif et auimé d’un profond sentiment de justice, il se laissa néanmoins entrainer par la tendance de son époque a rendre le pouvoir royal de plus en plus absolu ; il ne convoqua plus les Cortès et régla les impôts et toutes les autres affaires intérieures du royaume par voie administrative. Cependant Jean V n’abusa point de cette autorité : il s’entoura d’hommes probes et capables, auxquels il confia les charges les plus importantes de l’Etat. 11 employa les grandes richesses en or et en diamants que le Brésil envoyait tous les ans au Portugal, à encourager le commerce, les lettres, et les beaux-arts. On pourrait lui reprocher d’avoir poussé jusqu’à la prodigalité les dépenses qu’il fit pour des constructions à Lisbonne et la générosité avec laquelle il traita tous ceux qui le servaient. Sa piété
lai&séB au comte de CculeUo-Mellor, son favori. Guerre contre l'Espagne (1657-1668) : le Portugal est soutenu par Mazurin jusqu’à la conclusion de ia paix du Pyrénéu (l'an 1659) par laquelle la France s’engage a abandonner l’alliance des Portugais. Victoire d’Elcas remportée sur les Espagnols (l’an 1660). Le maréchal de Schomberg conduit à Lisbonne un corps de 4,000 hommes recrutés en France : on lui contie le commandement de l’armée (l’an 1661). Ses victoires sur les Espagnols. Une princesse portugaise épouse Charité II (tAngUlerre, qui envoie du secours en Portugal. Victoires de Canal (l’an 1663) et de Ptï/a- Ft'ctosa (l’an 1665) remportées sur les Espagnols. Conspiration contre le roi Alphonse VI ; il est forcé d’abdiquer et de céder le trône àsoe frère Pédbo 11 (1667-1706). Celui-ci prend le titre de régent qu’il conserve jusqu’à lu mort d’Alphonse VI (l’an 1683). C’est à tort que plusieurs auteurs modernes attribuent cet événement à l’inQuence des Jésuites. — Paix conclue avec l'Espagne (l’an 1668); l’indépendance du Portugal est reconnue. Activité de Pédro 11 pour relever l’état intérieur de son royaume, en réorganisant l’administration et en maintenant la neutralité du Portugal au milieu des graves complications suscitées par l’ambition de Louis XIV. L'influence de la reine, qui était française etflile du duc de Némours, lit d’abord prévaloir l’alliance avec la France. Après sa mort, l’Autriche réussit à rompre cette alliance; dans la grande question de la tucceeeion d'Espagne , Pédro II s’associa aux autres puissances européennes contre Louis XIV. Influence heuieuse exercée par le célèbre l'irfra, de la Compagnie de Jésus, confesseur du roi et prédicateur distingué. Cependant ses efforts et ceux dés PP. Jésuites en général pour faire abolir le tribunal de l'iuquistlion qui avait été établi en Portugal sur le même pied qu’en Espagne, et qui sévissait souvent avec une grande rigueur, échouèrent contre la résistance du peuple et de la noblesse. — 'fraiii de Méthuen, ainsi nommé du négociateur anglais qui réussit à le conclure (l’an 1703); il accor-
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sincère et son zèle pour Ja religion lui valurent le titre de Roi très- fidèle, que lui accorda le Pape Benoit XIV. 'Le régne de Jean V fut paisible ; ce prince ne prit qu’une part indirecte à la guerre de la succession d’Espagne et tâcha de conserver la neutralité au milieu des grandes complications européennes. Il mourut regretté de son peuple, laissant le trône à son fils Joseph, I". — Faible de caractère et adonné aux plaisirs, ce prince abandonna le gouvernement à ses ministres, parmi lesquels le marquis de Pomhal ne tarda pas à accaparer l’autorité suprême. Cet homme impie, violent et vindicatif, poursuivit d’une haine implacable l’ancienne noblesse portugaise et la Compagnie dé Jésus. Un terrible tremblement de terre détruisit Lisbonne de fond en comble ; un attentat contre la vie du rt)î, attentat dont on ne parvint jamais' à découvrir l’auteur, fournit à Pombal un prétexte pour faire condamner
(lait aux Anglais la libre entrée en Portugal pour tous les produits de leurs manufactures et dégrevait les vins portugais d’une partie des droits h leut'' entrée en Angleterre. Ce traite ruina entièrement l'industrie portugaise, qui ne put pas lutter contre celie de l’Angleterre; d'un autre côté, il fit un grand t(Ht A l’agriculture, A cause de la grande extension donnée à ia culture de la vigne. Les Anglais l’invoquèrent dans la suite pour revendiquer le monopole du commerce en Portugal. Afori d* Pédro 11 (l’an 1706).
Jsas V (1706-4750) régna 44 ans. Le Portugal jouit d’une paix heureuse sous- ce prince pieux et actif, qui a mérité rafTcctioii de son peuple, mais qui a été inciignement calomnié par tous les auteurs Incrédules du dix-huitième siècle. Elève des Jésuites, il avait reçu une instruction variée et solide ; U'sè montra toujours le protecteur éclairé des lettres et des beaux-arts. Il aimait surtout les mathématiques. On lui doit la fondation d'une académie A Lisbonne. quMI cliargca de rechercher et de publier tout ce qui avait rapport A l’histoire du Portugal. Ses efforts pour relever l’agriculture, l’industrie et le commerce furent entravés par le tmiié de Uéthuen. C’est A cette époque qu’on ntau Brésil la découverte des mines d’or et des diamants. Les riches- .ses qu’on en tira furent importées en Portugal et contribuèrent également'A faire négliger le commei-ceet l’industrie. La générosité de Jean V dégénéra [larfols en prodigalité; toutefois c’est A tort qu’on lui a reproché d’avoir dél>cnsédes sommes trop considérables dans un bnt exclusivement religieux, ainsi pour l’établissement du patriarcat do Lisbonne, pour la construction du couvent de Mafra et de la chapelle de St-itoch. Vhôpiial des Caldas et Y Aqueduc d'Alcan lara, qui furent construits dans un but d’utilité publique, absorbèrent aussi beaucoup d’argent. On a accusé Jean V d’avoir laissé trop d'influence au clergé, et d’avoir été l’instrument des Jésuites, mais c’est A tort. On peut lui reprotîher avec [Jlus dè justice de s’ôtre arrogé un pouvoir absolu et d’avoir préparé par' IA le gourernemont de Pombal. A l’extérieur
LK POlifUGAL.
aux’ plus horribles tortures et à la mort un certain nombre de membres dos principales familles nobles. En même temps il expulsa du Portugal l’Ordre des Jésuites qu'il accusait de complicité avec les conspirateurs. Les biens des condamnés et ceux des Jésuites furent confisqués; une partie fut employée à couvrir les folles dépenses du roi qui bâtit plusieurs magnifiques salles de spectacle, et l’autre servit à enrichir le ministre , détestable auteur de tous ces crimes. Sous prétexte de réformer les anciens abus, Pombal bouleversa toute l’organisation intérieure du Portugal et ne laissa après lui que des ruines. La mort de Joseph qui fut suivie de la démission du ministre omnipotent, ouvrit les prisons à plus de dix mille personnes, victimes de la vengeance de cet homme sanguinaire, qu’une haine aveugle contre l’Eglise a seule pu représenter comme le bienfaiteur de sa patrie. Pombal
sa poiilit|uo fut cetlts de la neutralité. C’était la seule qui pût convenir au Portugal, vu d’ailleurs sa position géographique. — Josei ii 1(1750-1777), qui a été loué outre mesure par les philosophes du dix-hulticme siècle, avidt an caractère taible et indolent ; il aimait avec passion la chasse, la musique et le théâtre, et dépensait pour ses plaisirs des sommes beaucoup plus considérables que son père n’en avait employé è des constructions religieuses et utiles. Grande autorité de Sébattien de Carvalho, plus connu sous le nom de marjuii de Poinbal. Cet homme habile et rosé appartenait b la noblesse de second ordre et se trouvait par là même en opposition avec les grandes familles du pays. Un séjour prolongé à Londres et à Vienne lui avait fait embrasser une foule d’idées nouvelles, pciitiques et administratives, qu’il voulut appliquer en Portugal, lorsqu’il fut devenu premier niinnistre de Joseph 1 (l’an 1755); sou but était de fonder r’oninipotencc de l’Etat, en abolissant les droits de la noblesse et du clergé, en anéantissant l'iiidépendaucede l’Eglise et en plaçant sous une surveillance tracassiërc le comnici ce et l’industrie : il força ainsi les propriétaires de vignobles d’abandonner la culture de la vigne et de la remplacer par celle du blé. Tremblement de terre et destruction de Lisbonne (l’an 1755, : ‘25 à 30,000 personnes périrent, Ici unes écrasées par la chute des bâtiments, les autres englouties dans les cuui débordées du Tuge, ou étouffées dans les flammes d’un incendie qui dura six jours. Pombal expoita cet événement pour rendre les Jésuites odieux à la onof, parce qu’ils considéraient ce uialheur comme une punition du dél et qu’ils exhortaient lé peuple à taire pénitence. Attentat contre la vie du roi (Péb 1758] ; les vrais auteurs ne furent jamais découverts; l^mbal Ot accuser de ce crime les principaux membres des puissantes famillés de Tavorà etû’AMro, ainsi qiie tes déiuite», ét, bien qu’il n’cxistùt pas la ihoindië preuve contra eux, ils furent édndatiinés èl ext^cutés dé ta rn.itirériï la pi'uk cbiiclle. Parmi ceux qui fur^t mis à inOrt, Se trouvait là vtcitlé m-aRjuiséSh
HISTOIRE UNIVERSELT.E.
avait préparé l’anarchie qui désola le Portugal pendant un demi-siècle. Elle fut cause de la perte du Brésil, la plus belle des possessions portugaises en Amérique, qui se constitua en empire indépendant.