‹ Cours complet d'histoire universelle à l'usage des collèges et des maisons d'éducationChapitre 49 sur 107 · LE SAINT-SIÈGE · texte numérisé non relu

LE SAINT-SIÈGE

l’indépendance qui lui est nécessaire pour exercer efficacement son saint ministère. En même temps on s’efforça de rompre le lien qui unit si intimement l’épiscopat au siège de Rome, centre de l’unité, en cherchant à remplacer l’esprit d’universalité de l’Eglise catholique par un étroit esprit de nationalité. Les premiers démêlés surgirent entre la cour do France et le Saint-Siège. Louis XIV, qui avait déjà traité le pape Alexandre VU avec peu de ménagement, s’arrogea le droit de disposer des revenus de tous les évéchés vacants en France et de nommer, pendant la vacance du siège, à toutes les dignités ecclésiastiques qui étaient à la collation de l’évêque. Le pape Innocent XI, sur la demande de plusieurs évêques, prit la défense des droits do l’Eglise. Alors le roi de France convoqua à Paris un synode de prélats qui lui étaient entièrement dévoués. Cette assemblée publia une déclaration contenant les fameux quatre articles, où étaient consignés les principes des prétendues libertés de l'église gallicane. Innocent XI les condamna et la lutte continua jusqu’au pontificat d'innocent XII. Elle se termina par la révocation de l’édit royal qui renfermait les quatre articles. Le droit d'asile pour les criminels, dont jouissaient les hôtels des ambassadeurs étrangers à Rome, fit éclater un autre différend

(le recuiiuaiire son ireru Uiaiies pour roi d'Espagne. Ueiueut XI, forcé de céder, s’attira l'inimiiié de Philippe d’Anjou, qui menaça de rompre toute relation avec le St-Siége. Oiflerend avec le roi de Piémont, Victor-Amédée 11 : ce prince s’arrogeait l’exercice des droits ecclésiastiques dans l’tle de Sicile qui lui avait été cédée par la paix d’Utrecbt. L’interdit est prononcé contre la Sicile ; plus de dOOO prêtres sont chassés de cette lie par le gouvernement et sont obligés de chercher un asile h Rome (l’an 1717). — Isxocert Xlll (I7ïl-I7ï4j, en investissant l’empereur Charles VI du royaume de Naples, révoqua l’ancienne stipulation qui portait défense de réunir la couronne de ce pays avec le diademe impérial. Ce pontife envoya du secours aux Vénitiens et il l'Ordre de Malte, qui soutenaient une guerre contre les Turcs. — Kenoii Xlll i1724-i730j, moine dominicain, n’accepta le pontificat que sur I ordre de son général. Il donna l’exemple de hautes vertus et travailla avec zele au muiniien delà discipline parmi le clergé. Il étendit à toute l’Eglise l'oince de fif. Grégoire Vil. mais cette mesure rencontra de l’opposiûon h la cour d’Autriche et dans les parlements français, parce que cet office renlermait l’histoire de l’excommunication et de la déposition de l’empereur Henri IV. Dispositions hostiles du roi de Portugal envers le pape. — CiÉ-

entre le roi de France et le Saint-Siège. Ce droit avait donné lieu à une foule d’abus ; Innocent XI le relira du consentement de tous les princes, à l’exception de Louis XIV, qui voulait le maintenir par la force des armes. Irrité de la fermeté du Pape, le monarque français fit occuper le comtat d'Avignon et le Venaissin, qui appartenaient au Saint-Siège, et en appela du Pape à un concile général. Mais enfin Innocent XII parvint à rétablir la bonne entente.

Le sainï-siége jusqu’à pie vi (1700-1775). — La guerre de la succession d’Espagne éclata pendant le pontificat de Clément XI. Elle jeta le Saint-Siège dans des complications politiques qui lui devinrent funestes. Les prétendants Philippe d’Anjou et Charles d’Autriche demandèrent chacun au Pape l’investiture du royaunae de Naples; l’empereur Joseph I®'' força Clément XI à reconnaitre son frère comme roi d’Espagne ; Philippe d’Anjou en fut irrité , et étant monté sur le trône disputé, il renvoya de Madrid le nonce du pape. La paix d’Utrecht mit fin à ce différend : Innocent XIII donna à l’empereur Charles VI l’investiture du royaume de Naples, ce qui n’empêcha pas ce prince de donner le duché de Panne et de Plaisance au prince espagnol don Carlos, sans égard pour les droits

MEUT XII (1730-1740) rétablit la bonne entente avec le Portugal : mais d’autre part la cour d’Espagne n’hésita pas, et cela sans motifs, h faire sortir le nonce du pape de Madrid et du royaume de Naples. Fondation do la congrégation du Très-Saint Rédempteur par St. Alphonse de Liguori. — Bekoit XIV (1740-I7b8) fut un des papes les plus savants, comme le prouvent ses nombreux ouvrages théologiques. Il rétablit la bonne intelligence ' entre le St. -Siège et les cours catholiques, auxquelles il Ht de grandes concessions. Ainsi il accorda au roi de Piémont le droit de nommer à tous les évêchés dans son royaume. 11 concéda la même faveur à Jean V de Portugal et lui donna en outre le titre de roi irit-fidéle. Concordat conclu avec le roi d’Espagno Ferdinand VI, auquel le pape abandonna la nomination h presque toutes les dignités ecclésiastiques. Sur la demande de l’impératrice Marie- Thérèse et du roi Charles do Naples, il réduisit le nombre des fêtes d'obligation. Los persécutions contre l’Ordre des Jésuites dans le royaume de Portugal commencèrent déjà sous son pontificat. CiÉaEirr XIII (1759-1769). Pendant son règne, il n’y eut que des persécutions et des attaques injustes contre le St-Siege de la part des Etats catholiques. Les Jésuites sont expulsés de presque tous les pays, la France envahit Avignon et le Venaissin,

LE SAINT-SIÉOB.

de suzeraineté que le Saint-Siège possédait sur ce duché. Benoit XIII, qui continuait après son élévation au trône pontifical à suivre la règle de Saint-Dominique, convoqua à Rome un synode d’évêques italiens auxquels il proposa des mesures pour le maintien de la discipline ecclésiastique Mais malgré tout ce qu’il fit pour contenter les princes catholiques, il ne put empêcher les différends que lui attira le refus de satisfaire toutes leurs exigences. C’est ainsi que la cour de Lisbonne rompit toute relation avec le Saint-Siège parce que le Pape ne voulait pas acquiescer à la demande du roi de Portugal qui sollicitait le cardinalat pour le nonce Bicchi. Clément XII, qui confirma la règle de la Congrégation du Trés-Saint Rédempteur fondée par saint Alphonse de Liguori, et son successeur Benoit XIV eurent encore à souffrir des exigences des rois d’Espagne et de Sardaigne et de la république de Venise. Benoit XIV était aussi distingué par ses vastes* connaissances que par son esprit de conciliation ; il a laissé nn grand nombre d’ouvrages de théologie et de droit canon. Il conclut plusieurs concordats dans le but de sauvegarder les droits de l’Eglise ; il ne parvint pas cependant à conjurer l’orage qui s’amoncelait de tous côtés contre l’Eglise et qui éclata sous le pontificat de Clément XIII. La Com-

tandis que le roi de Naples occupe Bénévent ; les cours de Lisbonne, de Madrid, de Naples et de France rompent ouvertement avec Rome. Clément XIII fit preuve d’une noble fermelé dans toutes ces difllcultés. — Cléme.vt XIV (17(39-1774). On a accusé le cardinal Ganganelli d'avoir en quelque sorte acheté le pontlDcat par la promesse qu’il aurait faite avant son élection de supprimer l’Ordre des Jésuites, promesse qui lui aurait concilié l’appui des cours de France, d’Espagne, de Portugal et de Naples; cette accusation est compiétement fausse Clément XIV résista penOant quatre ans aux obsessions des cours catholiques, et ce ne fut qu’en 1773 qu’il consentit h la suppression de l’Ordre des Jésuites. Il mourut l’année suivante, de mort naturelle, et non pas (lar le poison, comme on l’a soutenu. La mémoire de ce pape a été attaquée par Crétineau Joly, Clément XIV et Ite Jésuites, Paris, 1847 et défendue par J. Moeller, dam la Itevue catholique, Louvain, 1847, et le P. Tbeiner, Histoire du pontificat de Clément XI V, 1853. Un des meilleurs ouvrages modernes est' celui du P. de Ravigiian : Clément Xlll et Clément XIV. Paris, 1864. — Pis VI (1775-1’’99). Son pontifleat fut un des plus agités; dans tous les pays les droits de l’Eglise étaient méconnus ; la persécution éclata ouvertement en Allemagne d’abord, sous H. cmv. v. 87

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pagnie de Jésus en fut la première victime. Elle fut violemment persécutée en Portugal, en Espagne, en France et dans le royaume de Naples. Les protestations énergiques du Pape ne purent atténuer le mal. Enfin Clément XIV, dans l’intérêt de l’Eglise et dans le but do prévenir une véritable défection religieuse, crut nécessaire de pronon- cer la suppression de la Compagnie. Malheureusement cette mesure n’eut pas l’eATet que le Souverain-Pontife s’en était promis. Pie VI eut à souffrir des persécutions de l’empereur Joseph II et des violences de Tanucci, ministre à Naples, en même temps qu’il dut s’opposer aux innovations du grand-duc de Toscane Léopold et aux mesures arbitraires do la république de Venise. Mais de plus grands malheurs étaient réservés à l’Eglise pendant la révolution française qui allait bientôt éclater.

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