‹ Cours complet d'histoire universelle à l'usage des collèges et des maisons d'éducationChapitre 50 sur 107 · IT. LE JANSÉNISME, LE SALLICANISHE ET LE FÉBBOMANTSUB · texte numérisé non relu

IT. LE JANSÉNISME, LE SALLICANISHE ET LE FÉBBOMANTSUB

Tandis que les gouvernements catholiques, par leur tendance à restreindre les droits de l’Eglise, portaient une grave atteinte à l’autorité du Saint-Siège, des doctrines et des opinions qui devaient avoir pour résultat de favoriser les

Joseph II, et en France ensuite, d’une manière pius terrible par la révolution de 89.

II. Corneille Janténiut, hollandais de naissance, devint professeur h l’Universitë de Louvain (l'an 1030) et plus tard évèquo d’Vpres(l’an 1635), où il mourut (l’an 1638). Son ouvrage fut publié après sa mort (l’an 1640). Dans l’introduction il déclare vouloir le soumettre au jugement du St.-Siége. Duvergier de Hauranno, abbé de St.-Cyran, ami de Jansénius, le répandit en France. Le pape Urbain Vlll le condamna (l’an 1642) parce qu’il renfermait des dojtrines erronées. Scission dans la Sorbonne ; le syndic Cornet signala dnf proponiiions comme hérétiques; mais soixante docteurs delà Sorbonne recoururent au Parlement, qui défendit h la faculté de prendre une décision. Quatre-vingt-huit évêques soumirent les cinq propositions au pape Innocent X (l’an 1650), qui, les ayant fait examiner par une congrégation de cardinaux et de théologiens, les condamna comme hérétiques (l’an 1653). Les évêques français, la Sorbonne et l’Université de Louvain se soumirent h la bulle papale. Distinction du fait et du droit établie par les Jansénistes, qui reconnurent les cinq propositions comme hérétiques, mais soutinrent qu’elles n’étaient pas renfermées dans le livre de Jansénius. Us attaquèrent l’infaillibilité du (ùpe et de l’Eglise quant an fait, et prétendirent que l’on

LUTTES DB i/ÉQUSE.

empiétements des princes et de troubler la paix religieuse surgissaient au sein du clergé catholique. Elles acquirent une grande importance par suite de l’opposition faite aux Souverains-Pontifes par une fraction du clergé et de l’épiscopat, et qui dégénéra parfois en un véritable schisme.

Le jAumÉNisME. — La première de ces doctrines eut pour auteur Corneille Janséniits, d’abord professeur à Louvain et plus tard évêque d’Ypres. Son ouvrage, intitulé Augus. . tinus, qui renfermait des opinions erronées sur la grâce, ne parut qu’après sa mort. Il se répandit surtout en France et y trouva de nombreux partisans. Déféré à Rome, lV>uvrage fut condamné : sur la demande d’un grand nombre d’évêques français, le pape Innocent X réprouva comme hérétiques cinq propositions contenues dans le livre de Jansénius. Les Jansénistes, qui avaient pour chefs principaux AmoMld, Nicole et Pascal, soutinrent alors que Rome s’était trompée et que les cinq propositions ne se trouvaient pas dans l’ouvrage de Jansénius. Le pape Alexandre VII condamna également cette opinion, à la demande de plusieurs synodes des évêques français et sur les instances de Louis XIV qui désirait rétablir la paix religieuse. Les Jansénistes, parmi lesquels se distinguaient

ne devait k la décision du pape sur ces propositions qu’un silmee respectueux. Âmauld, professeur k la Sorbonne, écrivit en faveur de cette opinion et fut exclu de la faculté (l’an IëSd). Un synode d’évéques français, appuyé par Louis XIV, demanda alors une nouvelle déclaration du pape Alexandre VJl (l’an 166o), qui ordonna que tout lé clergé séculier et régulier souscrivit la condamnation des ohiq propositions. Résistance des religieuses de l’abbaye de Port-Royal des Champs, qui avaient pour abbesse la soeur d' Arnould. Nicole, Pascal et plusieurs hommes distingués par leur savoir se déclarent pour les Jansénistes et les défendent dans leurs écrits. Zèle de VOrdre des Jésuites pour la défense de l'Eglise contre les Jansénistes. Mort A'Arnauld (l’an I69t;. Questiel, membre de l’Oratoire, devient chef des Jansénistes. Son livre intitulé : Réflexions morales sur le Nouveau Testament, est approuvé par le cardinal de Noailles, évéque de Châlons et plus tard achevèque de Paris (l’an 1703). Expulsion des religieuses de Port-Royal, parce qu’elles refusaient dose soumettre aux décisions de leurs supérieurs ecclesiastiques (l’an 1709). La bulle Unigenitus, publiée par Clément XI, condamne 101 propositions tirées de l’ouvrage de Quesnel (l’an ,1713). Le cardinal de Noailles et presque tous les évéques français, ainsi que la Sorbonne, se soumettent à la bulle. Après la mort de Louis XIV (l’an 1714), les Jansé-

surtout les religieuses de l’abbaye de Port-Royal^ au lieu de se soumettre, se contentèrent de se renfermer dans un silence respectuetioo^ qu’ils n’observèrent cependant pas très-scrupuleusement. Après la mort d’Arnauld, un père de l’Oratoire, Quesnel, devint le chef des Jansénistes. Il publia des réflexions morales sur le Nouveau Testament, qui renfermaient les opinions erronées de Jansénius. Le pape Clément XI condamna ce livre ; mais un grand nombre de docteurs de la Sorbonne, plusieurs évôques et le cardinal-archevêque de Paris , de NoaiUes, refusèrent de souscrire à cette condamnation. Ce dernier finit cependant par se soumettre, mais sans pouvoir décider la secte janséniste à suivre son exemple. Cette secte se distingua d’abord par une morale sévère, mais elle ne tarda pas à tomber dans les excès les plus graves ; c’est ainsi que ses partisans, se prétendant inspirés, tâchaient de tromper le peuple par de faux miracles. Combattu énergiquement par YOrdre des Jésuites, mais soutenu par le parlement de Paris, le Jansénisme ne s’éteignit pas entièrement en France, malgré une nouvelle condamnation dont il fut frappé par le pape Benoit XIV. En Hollande, où Quesnel s’était retiré, le Jansénism'e donna lieu au schisme

nistes relevèrent la tète et en appelèrent b un concile général; on les désigna pas le nom de parti des appelants (l’an 1717(. Clément XI prit contre eux des mesures énergiques et prononça leur exclusion de l’Eglise (l’an 1718). Le parlement de Paris s’arrogea le droit d’intervenir; il inOigea des peines aux prêtres qui refusaient les sacrements aux Jansénistes et fit brûler les circuiaires que plusieurs évêques avaient publiées en faveur des décisions du St. Siège. Activité et zèle des Jésuites pour combattre les doctrines jansénistes, qui étaient surtout dangereuses ë cause de leur excessive rigueur. On répandit le bruit de prétendus miracles opérés sur la tombe d’un diacre nommé Pdris (l’an 1727). Des désordres ayant eu lieu dans le cimetière de St. Médard, où il avait été enterré, le gouvernement se vit obligé de fermer ce cimetière. Puis les plus graves excès signalèrent les réunions des Jansénistes Nouvelle Intervention du parlement de Paris, qui se mit en opposition ouverte avec le gouvernement (l’an 1750). Le roi fit déclarer la bulle Unigenitus loi de l’Etat (l’an 1752) ; mais il eut la faiblesse de ne pas s’opposer aux mesures violentes décrétées par le parlement, qui exila plusieurs évêques de leurs diocèses et qui commença une véritable persécution contre l'Eglise. Intervention de Benoît XIV (l’an 1756', et déclaration du roi cassant les décisions dn Parlement. La lutte continue jua-

LÜTTliS DE l/ÉGLlSE.

d'Utrecht. Favorisés par le gouvernement hollandais, et aidés par un évêque français, Varlet, qui avait été suspendu de ses fonctions, les Jansénistes se donnèrent trois évêques, à Utrecht, Haarlem et Devent^, et s’approprièrent en grande partie les biens ecclésiastiques catholiques. Le schisme n’est pas encore entièrement éteint aujourd’hui.

Le gallicanisme et les quatre articles. — Pendant que le Jansénisme attaquait l’autorité du Saint-Siège en matière de foi, une autre lutte surgissait en France contre les droits que les Souverains-Pontifes avaient exercé jusqu’alors sur le clergé dans tous les pays catholiques ; on travaillait en même temps à bouleverser les rapports qui existaient entre le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir civil. Au commencement du dix-septième siècle, Richer^ syndic de la Sorbonne, avait déjà attaqué dans un écrit le pouvoir du Saint-Siège, ainsi que l’autorité royale, et soutenu la légitimité du régicide dans le cas où le prince violerait les lois constitutives du pays. Cet écrit fut condamné par le clergé de France et par le pape. Un peu plus tard le parlement de Paris fit brûler par le bourreau le livre du Jésuite italien Santarelli, qui prétendait que

qu’a la révolution française. En Hollande la hiérarchie épiscopale avait été détruite par les protestants, la juridiction était confiée îi un vicaire apostolique (l’an 1583). Cet état de choses avait affalhli le lien qui dans ce pays unissait le clergé catholique obligé de vivre au milieu de populations protestantes. Le Jansénisme se répand en Hollande, et le vicaire apostolique Netrcaseel se met en relation avec les chefs du parti en France. Son successeur Pierre Codde (l’an 1688) se déclare ouvertement pour le Jansénisme. Il est suspendu do ses fonctions par le pape Clément XI (l’an 1702); mais le clergé d’Utrecht refuse de se soumettre h son successeur, Pierre de Kock, Arrivée de Queenel à Amsterdam (l’an 1703,. Un certain nombre de curés portant encore le titre de chanoines cTUtrecht choisissent pour archevêque d’Utrecht Corneille Sleenhoven, qu’ils font sacrer (l’an 1723) par Dominique Varlet, évéque de Bahylone, suspendu de ses fonctions à cause de ses opinions jansénistes. Quelque temps après, l’archevêque janséniste Meindarts rétablit les évêchés de Haarlem et de Devenier (l’an 1742) et constitue ainsi l'église janséniste de Hollande.

Edmond Richer, partisan de la Ligue, avait pris la défense de Jacques CUment, assassin de Henri III (l’an 1591), parce que ce prince avait violé les promesses faites h l’Etat. Il publia plus tard (l’an 1611) un livre intitulé:

B, oaiv. V.

le Pape avait le droit dans certaines circonstances de délier les sujets du serment de fidélité prêté à leur prince. La contestation sur le droit de régale qui s’éleva entre Louis XIV et. le Saint-Siège fut l’occasion de la célèbre déclaration des quatre articles, à laquelle adhéra le clergé de France réuni en synode à Paris. Cette déclaration déniait aux Souverains-Pontifes le droit qu’ils avaient exercé au moyen âge sur les souverains catholiques, soutenait que l’autorité des papes était soumise à celle d’un concile général et que leurs décisions n’obligeaient le clergé de France qu’autant que celui-ci y avait donné son consentement. On appela ces articles les libertés de l'église gallicane. Plusieurs papes protestèrent énergiquement ; enfin Innocent XII obtint de Louis XIV la révocation de l’édit royal qui sanctionnait les quatre articles. Mais après la mort de ce prince, le parlement de Paris agit constamment comme si la déclaration gallicane était devenue une des lois fondamentales du royaume; aussi Fénelon avait bien raison de dire « que le roi était en réalité plus le maître de l’église gallicane que le Pape ; que l’autorité du roi sur l’Eglise avait passé aux mains des juges séculiers, et que les laïcs dominaient les évêques. « Par là l’autorité

Du pouvoir eccUtiatUque et du pouvoir politique, où il contesta à l’Eglise toute action sur la société civile. Une vive discussion fut soulevée en France par l'ouvruge de Santarelli; De haresi et echiemale, touchant le droit du pape h l’égard des souverains qui devenaient hérétiques ou schismatiques. Le cardinal de Richelieu se déclara contre l’ouvrage, et le parlement le fit brûler (l’an 16i6). Contestation sur le droit de régale (voyez plus haut, page 309), assemblée du clergé français (l’an 1681). Déclaration des quatre arti cle> (l’an 1689), dont voici le sens : 1° les rois ne sont soumis, dans les choses temporelles, à aucune puissance ecclésiastique, ils ne peuvent pas être déposes, et leurs sujets ne peuvent être déliés du serment de fidélité qu’ils leur ont prêté; — S” l’église gallicane reconnaît la validité des décrets du concile de Constance concernant le pouvoir des Souverains- Pontifes; — 3* l’exercice de l’autorité apostolique doit être réglé par les canons; les règles, les coutumes et les constitutions de l’église gallicane doivent être observées invariablement ; — 4" ie pape a la principale part dans les questions de foi ; néanmoins son jugement n’est pas irréformable, à moins que le consentement de l’Eglise n’intervienne. Boetuei, auteur des quatre articles, écrivit une défense des principes qu’ils renfermqient. — Un édit royal confirma cette déclaration. Protestation ÿ Innocent XI: sans condamner comme

LUTTES DE l’ÉGLISE.

religieuse fut de plus en plus ébranlée en France, et ainsi se prépara le grand bouleversement qui devait entraîner le trône et l’autel dans une ruine commune.

Le fébronianisme. joseph ii. le congrès d’ems. — La même tendance d’opposition contre le Saint-Siège, qui en France avait provoqué la déclaration des quatre articles, se manifesta en Allemagne à l’occasion d’un ouVrage publié par Nicolas de Honthein, évêque sufFra^ant de Trêves , sous le pseudonyme de Fébronius. Dans cet ouvrage l’auteur attaquait l’institution divine de la primauté du Saint-Siège; il soutenait que le pape n’avait pas de juridiction sur les autres églises, que par rapport aux évêques il n’était que le président d’un parlement et que ses décisions n’avaient force obligatoire qu’apres le consentement unanime de l’épiscopat catholique. Il conseillait aux princes de convoquer des conciles nationaux,; et dans le cas où le pape refuserait de sanctionner leurs résolutions, de constituer une église nationale avec un chef temporaire. Les opinions de Fébronius trouvèrent de. l’écho en Allemagne ; l’empereur Joseph II voulut les mettre en pratique, en même temps qu’il tenta d’introduire dans tout son empire d’autres innovations religieuses qui

hérétiques les quatre articles, il refusa l’insUtutioD canonique h plusieurs membres de l’assemblée du clergé, promus h des sièges épiscopaux par le roi. Alexandre VIII cassa les décisions de l’assemblée de Paris par une bulle (l’an 1691). Un accord intervint entre Innocent XII et Louis XIV (l’an ‘ 1793), et l’édit royal concernant les quatre articles fut retiré. Le Gallicanisme fut soutenu par les parlements de Paris après la mort de Louis XIV.

Tentatives des princes ecclésiastiques en Allemagne, et notamment des trois archevêques-électeurs de Cologne, Mayence et Trêves, pour se rendre de plus en plus indépendants du Saint-Siège, en étendant leurs prérogatives aux dépens des droits ponlKlcaux. Leurs prétentions sont formulées dans l’ouvrage qui parut (l’an 1763) sous le nom de Juelinus Fébronius. De 111 le nom do Fébronianisme, qui désigna l’ensemble de ces principes, opposés .h la discipline constante de l’Eglise. Mais Fébronius alla plus loin que les Gallicans, en niant l’institution divine de la primauté du Saint-Siège et on soutenantque le droit de poser un actedo juridiction ou de rendre une décision dogmatique n’appartenait pas aux Souverains- Pontifes, mais uniquement h l’Eglise réunie et représentée par l’épiscopat dans un concile général. A la fln de son ouvrage, Fébronius faisait un appel aux évêques et aux princes pour les engager a rompre avec le Saint-Siège et à constituer partout des églises

causèrent les désordres les plus graves. Le prince-électeur Maximilien, archevêque de Cologne, frère de l’empereur, d'accord avec ses collègues, les archevêques de Mayence et de Trêves, et avec l’archevêque dé Salzbourg, qui tous étaient mécontents de la juridiction exercée par les nonces du pape en Allemagne, conçut le projet de restreindre les droits du Saint-Siège. Les envoyés de ces quatre prélats se réunirent en congrès à Ems, où ils rédigèrent le document connu sous le nom de ponctation d'Ems. Ce document, qui reçut la haute approbation de l’empereur Joseph II, tendait à rendre les évêques et les archevêques indépendants du Saint-Siège et à soumettre tous les Brefs et toutes les Bulles papales à leur acceptation. Pie VI, par l’organe du cardinal Pacca, envoyé en qualité de nonce à Cologne, protesta énergiquement contre les prétentions des prélats allemands, qui rencontraient d’ailleurs une forte opposition chez un grand nombre d’évêques de leur pays. Les quatre archevêques écrivirent alors au pape et lui exprimèrent le désir de voir terminer ces différends. Pie VI leur répondit, en exposant dans un écrit profond les bases mêmes des droits que le Saint-Siège n’avait jamais cessé d’exercer en Allemagne. La révolution française et ensuite les guerres de Napoléon, qui amenè-

nationales. Ce livre, qui n'était qu’une compilation mai laite ue piu.>ieurs ouvrages protestants et des écrits du moine vénitien Paul Sarpi, lut condamné par le pape Clément XIII (l’an 1764). L’auteur Hontheim publia une rétractation d’an 1778) ; mais peu de temps après (l'an 1781 ), il composa un commentaire dans lequel il maintenait plusieurs des principes condamnés. C’est dans ce livre que l'empereur Joseph II puisa l'idée des innovations qu’il tenta de mettre en pratique dans son empire (voyez, page 383). Opposition des princes-électeurs ecclésiastiques de l'Allemagne contre la juridiction exercée dans ce pays par les nonces du pape qui résidaient à Cologne. L’établissement d'une nouvelle nonciature à Munich (l'an 1785), sur la demande du prince-électeur Charles Théodore de Bavière, augmenta le mécontentement des archevêques de Salzbourg qui perdaient ainsi leur juridiction sur les évêques de la Bavière. Congrèt ei ponciation SEme (l’an 1786); ce lut le commencement d’un véritable schisme en Allemagne. Opposition de la plupart des évêques allemands contre les archevêques. Activité du nonce Pacca, qui adresse à tout le clergé inférieur une circulaire, dans laquelle il déclare illégales les résolutions prises à Ems (l’an 1787). Les archevêques ee rétractent et se soumettent au pape (l'an 1789).

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