CHAPITRE I
1. — CAUSES DD PROTESTANTISME ET CIRCONSTANCES QUI FAVORISÈRENT SA PROPAGATION.
Les doctrines hérétiques, qui prirent naissance au commencement du seizième siècle et que l’on désigne par le nom général de protestantisme, se rattachaient à d’autres qui avaient été prêchées à diverses époques du moyen âge. Elles se trouvent déjà en grande partie chez les Albigeois, les Vaudois, les Wicleffites, et les Hussites, dont les erreurs conservèrent toujours des partisans ; elles furent reproduites, avec certaines modifications, par les principaux docteurs protestants. Le relâchement de la discipline dans tous les rangs du clergé et dans un grand nombre de communautés religieuses, relâchement dont la cour pon-
VévelsppemcsBts. — Ouvragts à consulter ; Bossuet, Histoire des tarialions des églises proteslantes. — Robelot, De l'influence de Luther sur la croyance religieuse. Paris l8iS. — Rohrbacher, Histoire universelle de l'Eglise. — Dœllinger. La réforme, son développement intérieur et ses effets, (traduit de l’allemand) Paris, 1 856. 3 vol. in-8”. — Le même, VEglise et les Eglises (traduit de l’allemand). Tournai, 1862. — Moelher, La symbolique (traduit de l’allemand). 1863. 2 vol. in-8*. RilTel, Histoire de l'Eglise depuis le grand schisme du 18* siècle. Mayence, 1842. 3 vol. in-8* (en allemand). — Alzog, Histoire de l’Eglise universelle (traduit de l’allemand). Edit, de Tournai.
1. Les principales causes du protestantisme et de sa propagation rapide Turent les suivantes; 1* les doctrines hérétiques encore assez répandues que WiclefjTet Hue avaient précbées ; oes doctrines forment Ip Tond de celles dp
tiücale elle-même n’avait. pas toujours été exempte, fournissait aux sectaires du seizième siècle un prétexte pour attaquer l’Eglise, sa doctrine, sa hiérarchie et ses institutions. A cette décadence morale d’une grande partie du clergé se joignait une profonde ignorance, surtout dans le clergé supérieur. Ceux-là même qui cultivaient les sciences et les lettres ne connaissaient guères que les littératures classiques, lesquelles dominaient, depuis le quinzième siècle, tout le mouvement intellectuel. Une foule d’idées païennes avaient par suite pénétré dans les intelligences et contribuaient à jeter du mépris sur le christianisme et sur cetto belle littérature chrétienne qui avait pris naissance avec l’Eglise. Cet état du clergé exerça une fâcheuse influence sur la masse du peuple, qui vivait dans une grande ignorance en matière de religion, et qui, en perdant le respect pour ses pasteurs, perdait aussi son attachement à l’Eglise.
Oütre ces causes qui favorisaient les prédications des novateurs, d’autres encore contribuèrent plus directement
Luther, de Zwinglè et de Calvin, qui d’y ont ajouté qu’un petit nombre d'idées nouvelles et qui ont même adopté plusieurs erreurs jadis professées par les Albigeois et les Vaudois. -r 2® Le relâchement des mesura parmi le clergé tant séculier que régulier, ainsi que Vignorance d’un grand ilombre de ses membres. Luther lui-méme, professeur de thëologiei l’université de Wittenberg, avoua h un ami qu’il ne connaissait pas la doctrine de l’Eglise au sujet des indulgences lorsqu’il commença h les attaquer. 1x3 haut clergé, lés évéques, et les abbés des grandes abbayes appartenaient presque exclusivement h la noblesse ; bon nombre de prélats ne s’occupaient que d’affaires politiques et de l’administration de leurs biens, négligeant complètement les devoirs de leur saint ministère. — 3° L’influence exercée sur les esprits par l’étude des littératures classiqxses du paganisme : les esprits étalent imbus d’idées païennes ; on dédaignait les écrits des Saints-Pères et des savants théologiens du moyen-âge, parce qu’ils n’avalent pas une forme classique et qu’ils renfermaient des imperfections de style. — 4® L'ignorance du peuple, suite naturelle de celle du clergé ; on ignorait jusqu’aux vérités fondamentales de la religion et l’on acceptait facilement des doctrines, préchées d’ailleurs parfois avec conviction et avec entrainement.
A ces causes premières et fondamentales il faut ajouter les suivantes : 5* la corsfiscation des biens du clergé, recommandée par les novateurs nonseulemènt comme une chose licite, mais même comme uu devoir : les princes, la noblesse de second ordrtf et les villes libres trouvaient dans cette oonfiscetiDD un moyen facile de s’enrichir on de refaire leurs finances. — fi* L’aboliimn du céàtxsi todésiasiiqtu et des vœu* monastiqfset. aooaeiilie avec
NAISSANCE ET PROPAGATIOliî DO PROTESTANTISME.
à la propagation des doctrines hérétiques. La confiscation des biens eccïêslaStiqilés ejrCitëh îà cupidité dés pTinces, la suppression du célibat ecclésiastiqüe et des voeux monastiques favorisait les passions d’un clergé dépravé, et la négation de l’autorité de l’Eglise, en matière de foi, flattait ia vanité des particuliers, constitués juges Suprêmes des dogtnes par le droit laissé à chacun d’interpréter la Bible. Les calomnies répandues par les sectaires contre la religion chrétienne étaient facilement acceptées par ceux qui ignoraient jusqu’aux premiers principes de cette religion et qui déjà ne résistaient que faiblement aux persécutions, ouvertement organisées contre les catholiques par les gouvernements hérétiques. On s’explique ainsi sans peine la propagation rapiide du protestantisme : dés le milieu du seizième siècle, cette hérésie dominait dane une grande partie des Etats du nord de l’Europe et allumait les terribles guerheS de religion qui durèrent jusqu’au milieu du dix-septième siècle.
faveur par des prêtres et des moines rel&chés. C'était dans les rangs de ces apostats que la nouvelle religion recrutait la plupart de ses apdtres. — - 7° La doctrine du libre examen, qui attribuait a chacun le droit d’interpréter l’Ecnture-Saintc a sa guise. On rejetait en matière de foi, l’autorité de l’Eglise, pour loi substituer l’autorité individueile; on refusait ainsi a l’Eglise catholique ce que l'on accordait au simple fidèle, l’infaillibilité en matière de dogme. Cette doctrine flattait surtout l’orgueil et la vanité des masses, quoiqu’elle ne se traduisit pas en fait, car Luther, Zwingle, Calvin et les autres chefs de secte traitaient d’hérétiques tous ceux qui n’admettaient pas leurs idées. — 8° Les fauuee interprétations des dogmes catholiques : ainsi les sectaires reprochaient aux catholiques d’adorer les saints, les reliques, les images ; de nier la nécessité de la foi pour le salut, de soutenir que l’oh se sauvait par les œuvres seules, etc., etc. — 9° Les persécutions ouvertes ; tous les gouvernements protestants devinrent imehediatement persécuteurs) la proscription de la religion et du culte catholique fut toujours une des premières mesures adoptées par ceux-lè mêmes qui se disaient les champions de la liberté religieuse. Ceux qui voulaient rester fidèles h la religion de leurs pères étaient forcés de s’expatrier, en renonçant à tout ce qu'ils possédaient, sonvent on ne leur laissait pas même la liberté d’émigrer. — 10* L’appel fait aux plus mauvaises passions des masses; Lutbef, Zwingle, Knox étaient de vrais démagogues, flattant le peuple et l'excitant à la révolte contre toute autorité ) ils provoquèrent ainsi les troubles qui désolèrent les divers pays de l'Ettrope, - notamment la guerre des paysans en Aitemagne, les excès ceOtmts par tes Anabaptistes en Hollande et en WestpMliét et pifr les IcdnOCkst^ eg B0l{|iqt:0, etc. Compares k ces causes de
II. — LE PBOTESTANTISME EN ALLEMAGNE IDSQü’a LA PAIX DE HELIGION D’ADGSBODBG. (l5i7-<E5s).
Thèses et excommunication de luther ( 1517 - 1520 ). — Martin Luther, moine augustin et professeur à l’université de Wittemberg, homme fougueux, orgueilleux et passionné, jeta dans la chrétienté le brandon de discorde, en attaquant la doctrine de l’Eglise sur les indulgences. A l’occasion de prétendus abus commis par les moines domicains, chargés, par le pape Léon X, de prêcher un Jubilé en Allemagne et parmi lesquels se distinguait surtout Tetzel, il afidcha à l’université des thèses où il prétendait prouver que Tetzel confondait les indulgences avec la rémission des péchés. Ces thèses, qui renfermaient plusieurs opinions erronées, furent combattues par des théologiens distingués, entr’autres par le savant Ech, vice-chancelier de l’université d’Ingolstadt. Luther, entraîné par cette discussion, formula une hérésie manifeste, en soutenant que l'homme se sauve par la foi seule sans le secours des œuvres. Le pape Léon X ayant condamné cette doctrine comme con-
la propagation du protestàntiame, les circonstances de ta prédication de l’Evangile {vol. 111 de ce Cours, chap. 13).
II. A coniulter: Andin, Histoire de Luther. — Menzel, Histoire moderne ' des Allemands. Breslau, 1848. 12 vol. 10-8” (eu allemand) — Luther, essai de solution d'un problème psychologique par le D' Jarcke, traduit de l’allemand, dans le Correspondant dé 1854.
Luther naquit de parents pauvres h Eisleben, en Saxe (l’an 1 483). Des bienfaiteurs le mirent en état d’étudier à Erfurt. Mort subite d’un de ses amis intimes, frappé de la foudre k ses côtés (l’an 1505). 11 entre dans l’Ordre de Saint-Augustin et s’y distingue par son ardeur pour l’étude et par ses talents comme orateur. Fondation de l’université de Wittemberg par le prince-électeur Frédéric de .Saxe (l’an 1508). Luther y est appelé comme professeur sur la proposition de Staupitz, provincial de son Ordre. 11 se rend à Rome, où il visite avec beaucoup de dévotion les principaux sanctuaires (l’an 1610). Publication d'un jubilé pour toute la chrétienté par le pape LéonX: l’aumône prescrite pour gagner l’indulgence devait être employée à l’achèvemeat de l’Eglise de Saint-Pierre à Rome. L’archevêque de Mayence, primat d'Ailemagne, charge les Dominicains de prêcher le jubile au peuple. Zèle de Tetsel et injustice des auteurs modernes h son égard, lorsqu’ils l'accusent d’avoir confondu les indulgences avec la rémission des péchés, attendu que dans une instruction envoyée aux curés, il dit expre#^^
traire à la foi catholique, Luther en appela a ün concile général. Le prince électeur de Saxe essaya alors de mettre fin à cette affaire, qu'il considérait comme un simple différend d’opinions. Il convoqua Luther et Eck à Leipzig pour une dispute publique dans laquelle le premier succomba. Dès lors, Luther ne garda plus aucun ménagement et publia les écrits les plus violents, où il traitait le pape d’Antéchrist et rejetait plusieurs sacrements, ainsi que le saint sacrifice de la messe. Excommunié par le pape, Luther en appela de nouveau à un concile général et brûla publiquement la bulle papale et le code de droit canonique. Par cet acte il se sépara définitivement de l’Eglise.
Progrès do protestantisme jüsqo’a la diète d’aogs- BOORG. (1520-1530). — Les écrits incendiaires de Luther et scs attaques violentes contre l’Eglise et le clergé altèrent profondément l’Allemagne. Les chevaliers de X empire, mécontents 'des mesures décrétées par l’empereur MaxinÂlien contre les guerres privées, se déclarèrent pour les i^- % velles doctrines, parce qu’ils espéraient pouvoir, à la faveur' " des troubles naissants, recommencer leurs brigandages ; les villes libres impériales firent de même, parce qu’elles
sèment « que ceux-là seule qui se sont confessés et qui éprouvent une véritable contrition de leurs péchés peuvent recevoir l’indulgence, c’est-)i-dire la rémission des peines temporelles et canoniques, après avoir donné l'aumène prescrite. * Luther s’élève contre les indulgences. Il affiche 93 thèses à l’université pour une discussion publique [l’an 1517), thèses pleines de grossières erreurs théologiques. Réfutation de ces thèses par plusieurs théologiens, tels que Tetzel, Silvestre Prierias, dominicain de Rome, Wimpina, professeur de théologie h Francfort, Jacques Hogstraeten de Cologne. Ouvrage publié par Jean Eck d’Ingolstadt et intitulé Obélisques : Tignorance de Luther y est relevée avec beaucoup d’érudition et de verve (l’an 1618). Réponse , de Luther, remplie d’injures grossières et de nouvelles erreurs. Mesures conciliantes adoptées par le pape Léon X, qui engage Luther au silence et envoie en Allemagne comme légat le cardinal Cajetan. Celui-ci invite Luther it une entrevue k Augsbourg, dans laquelle il Ucbe de le ramener à la foi orthodoxe. Brusque départ de Luther, qui en appelle du pape mal informé au pape mieux informé. Arrivée en Allemagne du camérier du pape, Char- . les de Miltitz, qui e.st chargé de négocier de nouveau avec Luther et de le ' déterminer h ne plus rien écrire jusqu’à ce qu’une décision des évéques allemands soit intervenue Il’an 1619). Luther adresse une lettre de soumission au pape, mais en même temps il écrit confidentiellement h un ami t qu'il doute si le pape n'est pas véritablement l’Antéchrist. » Discussion
ET'SiieBt de fréquents démâlés avec les priBces-ëvéqaes. Ulric de Hutten et Franz de Sihingen excitèrent lea chevaliers à prendre les armes et se mirmt à l^r tête t le premier propagea les doctrines de Luther par de nombreux pamphlets, qu'il fit imprimer et répandre parmi le peuple. L’agitation provoquée par oes écrits engagea l'empereur CMrles- Quint, qui venait de monter sur le trône de l’empire, à se rendre on Allemagne; mais au Heu d’exéouter la sentence prononcée contre Luther par l’Eglise, il céda aux instances du prince-éleoteur Frédéric de Saxe et de plusieurs autres princes qui étaient favorables aux nouvelles doctrines, et il fit comparaître Luther à la diète de Wotmz. Cette mesure eut les suites les plus fâcheuses :
. d’uue part, elle grandit le chef du protestantisrue aux yeux r r ^";ses parüsaus ; de l’autre, elle donna un caractère pifiiti- ^ que à uue question purement religieuse. Ltuher fut mis au ; " itan de l’empire : mais il trouva un asile chez le prince-élec- / *<t«qr de Saxe, qui le cacha, pmidant un an, au château de ^ " Wartbourff^ Il profita de œ temps pour traduire es allemand le Nouvemi-TestEunent.
pabtique h Leipzig entre Luther et Eek ; 1« Seroier remporte une victoire éclatante sur son adveraaire. Luther, abattu pour un momeot, est encouragé par Mclanchton, qui s’attache h lui. Il publie de nouveaux écrite trés-violente contre l'Eglise et contre le pape, entr’autres sur Vetclavae» d» àabylone, sur la iibarié chrélientu; ces écrits sont pleins d’hérésies. Excoiamunicutlon de Luther par le pape Léon X (l’an i630).
EfTeta produits par les attaquea violentes de Luther contre le clergé. Ses écrits répandus a profusion s’adressaient aux passions populaires. Ils étaient surtout bien accueillis par les ch$valieri de rempire, qui formaient la noblesse de second ordre et auxquels l’empereur Maximilien avait interdit de faire la guerre et de vivre de brigandage (voyez la 4* part. p. 468), et qui, de plus, étaient en opposition avec les princes laïcs et ecclésiastiques de l'empire : ils espéraient trouver dans les troubles religieux une occasion favorable pour ressaisir leur indépendauce. Franz de Sickingen et Dlric de HuUen se mettent h la tête des chevaliers de l'empire : lo dernier, disciple de Reuchlin, attaque le clergé dans de nombreux pamphlets et déverse le ridicule sur la religion chrétienne; il appartenait à l'école des Humanistes qui était tout imbue d’idées païennes par suite de l'étude exclusive des auteurs classiques grecs et latins. Le célèbre peintre Luca» Cranach compose une foule de caricatures contre le clergé séculier et régulier et contre le Sl-Siége. Plusieurs vilUi libret itnpérialee, qui étaient en lutte avec leurs piinces-évéques, se prononcent eu faveur de Luther. Grande fermentation en Allemagne h
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NAISSANCE ET PROPAGATION DÜ PIIOTëSTANTISME. 15
Le pieux Pontife Adrien VI, successeur de Léon X, travailla à rétablir la paix en introduisant de salutaires réformes dans la discipline ecclésiastique ; mais ce fot sans succès. Toute la partie corrompue du clergé, qui était trèsnombreuse en Allemagne, embrassa onvertemmit les nonvelles doctrines. Carstaldt, un des amis et des partisans de Luther, exmta le peuple de Wittemberg à dévaster les églises, à briser les images et les autels et à abolir le culte catholique. Ces désordres déterminèrent Luther à revenir à Wittemberg; mais à peine arrivé, il supprima lui-même la messe ; il accueillit favorablement et s’attacha un grand nombre de moines défroqués. Le roi d’Angleterre Henri VIII et le savant Erasme combattirent les erreurs de Luther, qui leur répondit en les accablant d’injures ; quelque temps après, il épousa Catherine de Bora, religieuse défroquée qui avait quitté son monastère et décida le grand-maitro de l’Ordre Teutonique, Albert de Brandenbourg, à rompre ses vœux, à se marier et à se faire proclamer duo héréditaire de Prusse.
Les masses se soulevèrent à leur tour : une terrible
l’arrivée de Charles-Quint. L’enpereur cite Lnttier devant la diète de Worms (16S1), malgré les protestations du légat pontiflcal Alexandre, qui prétend avec raison que l’affaire est purement religieuse et n’est pas de la compétence d’une diète. Luther refuse de se soumettre et il rejette même l’autorité d’un concile général. La diète le condamne et le met au ban de l’empire. Le prince électeur de Saxe le cache dans le château de Wartbourg. C'est là qu’il commence â traduire en allemand le Nouveau-Testament, en se servant des traductions déjà faites avant lui et en y glissant ses propres erreurs ; il existait déjà alors plus de 130 traductions de la Bible en langues vulgaires, dont un grand nombre en allemand. Luther oppose Tautorité do l’Ecriture-Sainte h celte de l’Eglise, ne remarquant pas que tous les hérétiques, depuis les premiers siècles de l’Eglise, avaient pris l’Eeriture-Sainte, expliquée h leur manière, pour base de leurs doctrines.
Mort du pape Léon xjl’an 153i). Le pieux Adritn VI sévit contra les abus qui s’étaient introduits h la cour papale et décrète des mesures sévères pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique. Résistance d’une partie notable du clergé. Mort d’Adrien VI (l’én 1693|. Clément VU partage les vues de son prédécesseur, et unit une grande fermeté â une rare prudence. — Troubles iconoclastes à Wittemberg, excités par le fougueux CarUiaéU. Désordres dans la Thuringe, provoqué par la secte des Anabap~ tistee. Luther quitte son asile pour rétablir l’ordre, mais il se déclare contro la messe et abolit les vœux monastiques: un bon nombre de couvents sont
HISTOtRS UMIVERSELte.
révolte de paysans éclata sur les bords du Rhin et s'étendit à une grande partie de l’Allemagne. Les insurgés, commandés par le fanatique Thomas-Munzer, sous prétexte d’établir la liberté évangélique, brûlèrent les châteaux et les couvents et massacrèrent les seigneurs et les prêtres. Dans la crainte de perdre l’appui des princes, Luther se déclara contre les paysans, auxquels il avait d’abord été favorable, et prêcha une guerre d’extermination contra ceux qui s’étaient laissés entraîner par ses propres folies. — Le nouveau prince-électeur Jean de Saxe, frère de Frédéric, le landgrave Philippe de Hesse et un grand nombre de princes moins puissants, ainsi que plusieurs villes, introduisirent de force la nouvelle religion, interdirent la culte catholique et confisquèrent, à leur profit, les biens ecclésiastiques. Les princes dissidents conclurent une alliance d Torgau et, lorsque la diète de Spire décida de mettre à exécution le décret porté contre Luther par celle de Worms, ils publièrent une protestation collective qui leur valut le surnom de Protestants. Ils déclarèrent en outre qu’ils ne toléreraient plus dans leurs Etats le culte catholique, foulant ainsi aux pieds la liberté religieuse, qu’ils n’avaient cessé de réclamer. Quelque temps après, à
abandonnés par les moines dépravés, qui deviennent les apôtres de la nouvelle hérésie. Henri Vtll d’Angleterre publie contre Luther un écrit pour lequel le pape Clément VU lui décerne le titre de défenseur de la foi. Erasme se prononce également contre les nouvelles doctrines. Colère de Luther qui, dans sa défense, dépasse toute mesure ; il traite le roi d’Angleterre a d’âne, d’idiot, de rebut de pourceaux, de fou, « et dit d’Erasme « que c’est un incrédule, une truie du troui«au d’Epicure. » Mariage de Luther. Apostasie do grand-maltre de l’Ordre Teutoniqoe, Albert de Urandenbourg : il s’empare de la plus grande partie des possessions de l’Ordre, les érige en duché héréditaire de Prusse et les prend â titre de flef de la couronne de Pologne. Il épouse la fille du roi Frédéric de Danemark, lequel avait déjà Introduit la nouvelle religion dans son royaume (voyez plus loin, § 6).
Soulèvement et guerre des paysans, qui prétendent rétablir la liberté et l’égalité évangéliques. Dans leurs proclamations ils s'appuient sur les écrits de Luther. La révolte s’étend à toutes les contrées situées entre le Rhin et l’Elbe. Thomas Munser prêche la guerre contre les nobles et le clergé : les insurgés brôlent les châteaux et les abbayes et entraînent à leur suite Frane de Sickingen et le vieux chevalier Ooeu de Berlichingets. Luther, accusé de favoriser la révolte, se déclare contre les paysans et engage les
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la diète d'Augshourg, ils présentèrent une profession do foi, qui reçut le nom de Confession d' Augsbourg et qui devint le symbole religieux de la nouvelle secte. L’empereur, dans un décret qu’il publia alors, déclara vouloir maintenir les droits de l’Eglise catholique par tous les moyens qui seraient en son pouvoir. Ainsi se consomma la scission entre les catholiques et les protestants.
Violences commises par les protestants et mort de LUTHER (1530-1546). — En réponse au décret publié par l’empereur, les Etats protestants de l’Allemagne conclurent la ligue de Schmalcalden pour la défense de leur religion à main armée et refusèrent de prendre part à la guerre contre les Turcs, qui avaient envahi la Hongrie et qui s’avançaient vers les frontières de l’Allemagne. Ferdinand d'Autriche, qui, en sa qualité de successeur désigné de son frère Cbarles-Quint, gouvernait l’empire pendant l’absence de l’empereur, se vit obligé de conclure à Nuremberg avec les protestants la première paix de religion : elle leur accordait la liberté religieuse à la condition qu’ils s’abstiendraient de tout acte hostile contre la religion catholique. Mais aussitôt que l’on n’eut plus à craindre les Turcs, les protestants imposèrent, par la force des armes.
princes à sévir contre eux sans pitié. Etablissement de la nouvelle religion dans les Etats de plusieurs princes de l'empire et dans un grand nombre de villes il 526- 1539) : proscription du culte catholique et persécution du clergé et du peuple, restés fidèles à l'Eglise. AUianct de foryau; diète de S/jire (l’an 1529) : Etats catholiques et Etats luthériens ; les premiers demandent que la décision de tout ce qui concerne la foi soit remise à un concile général. l'roleeialion des Etats luthériens, qui reçoivent le nom de Protestants. L’empereur repousse la protestation et convoque la diète d Augsbourg (l’an 1530). Les Protestants présentent une profession de foi rédigée par Mélanchlon et appelée con/isMio» d’ Augsbourg. Eflorts inutiles faits pur l’empereur pour réiablir l'unité religieuse. Le reces impérial (du 22 novembre) ordonue ue restituer les biens ecclésiastiques et de rien innover avant la réunion du concile.
Conquête de la Hongrie par Soliman 11 (vovez plus loin chap. III, §3). Election de P'erdinand d'yl utricAa comme successeur de Charles-Quint au trône impérial (l’an 1531); il prend le titre de roi des Romains. Congrès tenu par les princes et Etats protestants à Schmalcalden, sous la présidence du prince-électeur de Saxe : ils protestent contre l'élection de Ferdinand ^ et concluent la df ScAmalcaldan dont font partie six princes, deux
B. anv. T. a
HISTOIRE tnnvERa«u,E.
leurs âoctPÎMs, partout où ils purent le faire. La religion caüiolique fut successivement proscrite dans le duelké de Poméranie, dans les villes de Brème et d’Osnabruek, dane le Wurtemberg et dans le duché de Saxe. — La secte fanatique des Anaibaptistes, qui avait pris naissance en Hollande, s’était emparée de la ville de Munster. Un boulanger de liaa.r\em,JeanMatihtaa, et un tailleur de L^de, Jean Bockold, y avaient ^abli ee qu’ils appelaient le royaume du Christ. Ils commirent tant d’excès et de crimes dans eette malheureuse ville, que l'évéque de Munster réussit facilement à la prendre d'assaut et à faire exécuter les chefs de la secte.
Cependant les protestants, profitant des guerres de Charlee-Quint contre François I, ne mirent plus de bornes à leur acharnement contre les catholiques. La Hgue âé Sohmalcalden leva des troupes et promit son appui à eem ceux qui se sépareraient de l’Ëglise. Ainsi, après la mort de l’évéque de Naumbourg, le prince-éleetenr de Saxe chassa celui que le chapitre venait d’élire et y installa un ministre protestant, auquel Luther conféra la dignité épi»copale. Le duc de Brunswick, s'étant opposé à l’inlroduotion du protestantisme dans sa résidence, fut expulsé de ses
comtes et onze villes libres impéneles. Les protestants reftiseet tfenverer des troupes centre les Turcs. Négociations entendes par l’easpereer, et pote dé rtUgtm de Nuremberg (Fan 16KÎ). Retraite de Soliman H k rappnxslie de l’ermée allemande. Zèle de Fempereur pour bâter la convocation d'un concile général. Les protestants se prononeent contre le ooneit» ; lia repouseent les propositions que leur fait, k cet éforA, le pape CUtuent VU. Introduction violente du proteatantisme dans le rôméranie par le duc Philippe, et dans les villes de Brème, Verden, Ontebruck et Juliers par les magistrats de ces villes (l’an 1553). Les cathoRques sent forcés de s'exiler et le catlxRicisme «et proscrit. Le duc UMc de Wurtemberg, dépossédé de son duché par décision de la eour aulique, embrasse le protestantisme ; le landgrave de Hesse le rétablit dans ses Etats par la force des armes et y Introduit le protestantisme (l’an 1534). — Troubles dee AnabapHetee é JfuMiar (1533-1535). Les .énobaplMtes, originaires de la HoKende, étaient ainsi nommés parce qu'ils enseignaieirt la nécessité d'un second baptême peur lea adultes. Ils avaient fanatisé la peputeco dans la ville de Munster ; un de leurs (^lefk, Jeeut Itockold, a’étaH fait reeonnaRre roi du fMiievae ' royaume de iliaequTt ae disait appelé k fonder. Il commit leo plus herrlMee psota m geuvierea kFléde d'une horde de ssté!lttes| cet tgoeée de Me priit-
Elals et la religion catholique y fut proscrite. Enfin la ligue promit son appui à l’archevêque de Cologne, Herrmarin de Wied, qui avait apostasie et voulait protestantiser son diocèse. L’empereur fit d’inutiles efforts pour décider les protestants à envoyer des délégués au concile général que le pape Paul 111 venait de convoquer à Trente. Sur ces entrefaites, Luther alla jusqu’à autoriser la bigamie du landgrave Philippe de Hesse, un des principaux soutiens du protestantisme, et publia un écrit d’une extrême violence intitulé : la papauté instituée par le diable.
L’empereur se vit forcé de prendre des mesures énergiques pour maintenir son autorité et pour protéger le» catholiques persécutés par les protestants. 11 mit au ban de l’empire le prince électeur de Saxe, ainsi que le landgrave de Hesse, et alors éclata en Âllem^^ne la première guerre de religion, connue sous le nom de guerre de SchmaXcalden. Luther, premier auteur des maux qui accablaient sa malheureuse patrie, moqrut pendant les premières hostilités.
Guerre de reugionet paix d’augsbourg. (1546-1555). — La ligue de Schmalcalden rassembla une forte armpe qui envahit le Tyrol, mais n’osa pas attaquer l’armée im-
oipaux partisans. Le prince-évéque attaqua la ville avec une nombreuse aripée et ta prit d'assaut.
Accroiaaeinent de la liÿue d« Schmalcaldm par l'accession de tous les Etats protestants. Nouveau congrès : on y décide de lever des troupes pour organiser une résistance armée contre l’empereur et les Etats catholiques (l'an 1530). Ceux-ci, de leur cété, dans le but de repousser la force par ta force, concluent une alliance appelée SainU-Ligu» sous la direction de Ferdinand d'Autriche (l’an 1538). Scandaleuse condescendance de Luther et de Mélancbton, qui autorisent la bigamie du landgrave Philippe de Heue, prince débauché et l'un des plus forts soutiens du protestantisme (l'an 1540). — Mort de l’évéque de Naurabourg : Jules de Pftug, homme instruit et pieux, estéiu par le chapitre; mais le prince électeur de Saxe l'expulse de la ville et donne le siège épiscopal à Amsdorf, partisan de Luther. Luther installe Amsdorf dans sa nouvelle charge, tout eu se moquant grossièrement du sacre épiscopal dans une lettre écrite à un ami : • nous avons sacré un évéi|ue, dit-il, sans saint-chrême, mais aussi sans beurre, graisse, lard, encens, qoudron, ni charbon. » — Troubles à Brunswick ; le duc s’oppose à ce que la ville entre dans la ligue de Schmalcalden ; il est expulsé de ses Etats par les princes protestants, qui y introduisent le protestantisme et proscrivent
HISTOIRE UNIVERS lîLLE.
périale, retranchée dans un camp fortifié près d’Ingolstadt, L’empereur n’avait pu d’abord disposer de troupes suffisantes pour prendre l’offensive ; il reçut des renforts considérables par l’arrivée de l’armée du duc Maurice de Saxe, qui, quoique protestant lui-même et gendre du landgrave de Hesse, vint soutenir la cause de l’empereur contre le prince Jean de Saxe et ses alliés. Ceux-ci, ne s’entendant pas sur le plan de campagne à suivre, licencièrent une partie de leur armée. Le prince-électeur de Saxe se retira dans ses Etats : l’empereur l’y suivit, le vainquit dans la bataille de Muhlherg et le fit prisonnier; ensuite il marcha contre le landgrave de Hesse, qu’il força à se rendre et qu’il retint également en prison. Le premier fut déclaré déchu de sa dignité d’électeur et des Etats qui y étaient attachés ; l’empereur en investit le duc Maurice qui devint ainsi prince-électeur de Saxe. Charles-Quint usa de sa victoire avec la plus grande modération : il rétablit l’évêque de Naumbourg, Jules de Pflug, sur son siège et força l’archevêque de Cologne, Hermann de Wied, à abdiquer et à se retirer dans ses possessions patrimoniales. Il convo-
ie cuite catholique (l’an ISt?). — Apottan$ du prince-électeur Herman de Wied, archevfque de Cologne ; il veut établir le protestantisme dans soq diocèse et demande b être reçu membre de la ligue de Schtnalcalden. Opposition de la ville de Cologne et du chapitre (l’an 1544). — Ouverture du concile de Trente (l'an 1545;. — Eiïorts laits par ie pape et par l'empereur pour déterminer les proiestants b prendre part au concile. Refus formulé par ceux-ci b la diète de Worms. Ecrit violent de Luther contre l'Eglise et la papauté (l’an 1 545). L’empereur se décide b prendre des mesures énergiques pour protéger la religion catholique et pour mettre un terme b la propagation du protestantisme. Il met au ban de l’empire le prince-électeur de Saxe et le landgrave Philippe de Hesse (l’an 1546). — Mort de Luther (l’an 1 546). Voici le jugement porté sur lui par Erasme, qui avait d’abord été son ami : < La raison la plus vulgaire m’apprend, qu’un homme qui a excité un si grand tumulte dans le monde et qui n’avait de plaisir que dans les paroles indécentes et railleuses, n’a pu faire la chose de Dieu. Une arrogance comme celle de Luther, que rien n’égala jamais, suppose la folie, et une humeur boufloiiiie comme la sienne ne s’allie point avec l’esprit apostolique, a La guerre de Schmalcalden (1546-1547). — Grands armements des protestants : la ligue met sur pied une armee de 80,000 hommes Jean Frédéric, électeur de Saxe, déclare la guerre b l’empereur, qu’il no désigne plus que sous le nom de Chariot de Gand. Il pénétre dans le Tyrol, où l’armee impériale, inférieure en nombre, est retranchée dans un camp près d’iu-
NATSSANCE ET PROPAOATION DU PROTESTANTISME. 21
qua ensuite une diète générale à A ugsbourg et fit décréter que rien ne serait innové dans les affaires religieuses jusqu’à ce que le concile de Trente eût pris une décision. Ce décret reçut le nom d'intérim. Grâce aux nouvelles instances de l’empereur, un grand nombre d’envoyés protestants s’étaient rendus au concile de Trente, et l’on pouvait espérer de voir se terminer heureusement la grande scission religieuse qui désolait l’Allemagne.
Mais le duc Maurice de Saxe, parvenu à la dignité de prince-électeur, qu’il ambitionnait depuis longtemps, se sépara de l’empereur et trahit son bienfaiteur. Chargé de forcer la ville de Magdehourg à se soumettre aux décisions de la diète d’Augsbourg, il déclara la guerre à Charles-Quint et conclut un traité d’alliance avec le roi de France Henri II, auquel il céda la Lorraine et les villes épiscopales de Metz, Toul, Verdun et Cambrai. L’Allemagne perdit ainsi une de ses plus belles provinces. L’empereur n’ayant pas d’armée fut obligé de s’enfuir dans le Tyrol ; Maurice l’y suivit et dispersa le concile de Trente. Cette trahison perfide avait brisé l’énergie de Charles-
golstadt. Deux princes protestants, Maurii-e de Saxe et Albert de Brandenbourg, se déclarent pour l’empereur. Celui-ci ayant reçu des renforts de troupes espagnoles et italiennes sous la conduite du duc d’Albe, suit i’armee de la ligue qui s’est retirée sur le Danube. A l’approche de l’hiver, les princes protestants, désunis entr’eux, licencient une parti'e de leur armée. L’empereur force alors le duc de Wurtemberg et les villes de la Souabe à se soumettre (l’an 1547), et envahit la Saxe. Bataille de Muhlberg le princeélecteur est fait prisonnier ; la haute cour de i’empire le condamne h mort pour crime de félonie et de haute trahison. L’empereur lui fait grAce, mais le retient prisonnier ; il donne h Maurice de Saxe la dignité électorale avec les Etats de Frédéric. 11 marche contre la Hesse ; le landgrave se rend et est retenu prisonnier. Modération de l’empereur. Diète d’Augsbourg (l’an 1547). Zèle de l’empereur pour le rétablissement de l’unité religieuse. Il fit publier un décret, appelé Intérim d'Augtbourg, qui devait être observé par les catholiques et les protestants, mais qui ne contenta personne. Béourerture du concilede Trente par le pape .Iules III (l’an 1550'. Nouvelle Diète h Augsbourg ; l’empereur parvient à décider les protestants h envoyer des députés au concile. Paix générale dans l’empire.
Ambition de Maurice, devenu prince-électeur de Saxe : pendant qu’il assiège la y'ûle de Magdebourg, il négocie secrètement avec le roi de France Henri U ; il a fait alliance avec lui contre l’empereur, en lui cédant la Lorraine, sur laquelle il n’avait aucun droit. L’empei eurinformé de cette trahison
Quiot; U eondut à Passau une trêve avec Maurice, et conacBitit à la diète d'Augitboterg, à une paiœ générale de reU-gion : les princes et les Etats protestants de l’ÂUemagne obtinrent la pleine liberté religieuse et môme le droit d’établir de force le protestantisme, en acoordant aux oathoi»> quee la permission d’émigrer. On fit eependant une reetrîo* üon quant aux princes ecclésiastiques qui embrasseraient le protestantisme ; oeux*oi devaiMiI renoncer à leurs dignités et au gouvernement de leurs Etats. L’empereur songea à reconquérir la Lorraine ; mais il échoua devant la ville de Metz. C’est alors qu’il prit la résolution d’abdiquer et qu’il se retira* au monastère de Yuste, en Espagne.
m. — LE MKnBSTtNTISliE EN SOISSB. (l8i8-ll6i.)
ZWINOLB BT I.B PROTESTANTISME JUSQU’a LA BATAILLE DE CAPPBL (1518-1531). — Les nouvelles erreurs s’étaieut répandues de bonne heure èn Suisse ; C/lric Zwin^le, prêtre instruit mais de mœurs corrompues, avait commencé à prêcher contre les indulgences presqu’en même temps que»
refuse d’y ajouter foi et ne prend aucune mesure de défense. Maurice (l’an 1562] lui déclare la guerre, sous prétexte do défendre la liberté de l’empire contre les empiétements de l’empereur ; il se plaint aussi de la captivité du landgrave de Hesse. Charles-Quint propose des négociations : mais Maurice rompt l’armistice qu’il avait d'abord accepté et pénètre dans le Tyrol : l’empereur, qui est malade, prend la fuite et échappe avec peine. Dispersion du concile de Trente. Occupation de la Lorraine par le roi de France, qui met des garnisons dans les villes libres impériales de Metz, Tout et Verdun. L’empereur conclut avec Maurice le (raitéde Pcueau et met en liberté le landgravede Hesse. Il marche contre Henri 11, mais la ville de Metz résiste, et la Lorraine demeure province française (1652-1566). Mort de Maurice, qui périt dans une guerre contre Albert de Brandenbourg (l'an 1663). Dtéle tfAugsbourg (l'an 1666) et paix de religion. Les Etats de l’empire obtiennent le droitde changerdc religion et d'établir le protestantisme (jus reformandi) ; il n’y a d’excepté que les princes ecclésiastiques (reservatum ecclesiasticum), et encore los Etats protestants réclament-ils contre cette unique exception. Les catholiques se trouvaient ainsi abandonnes h la merci de leurs princes, et c’est alors que prévalut le principe despotique : Cu/ut regio, illiu* est reliqio. Les protestants, qui n’avaient cessé de réclamer la liberté religieuse, la foulèrent aux pieds. Abdication de Charles-Quint (l’an 1666;.
III. A coneuUer: Ruchat, Hitloire de la réforme en Suisa*. Guaù\e, 17^7 Audin^ Bùloiri de Calvin,
Luther. Les auh^ités de la ville de Zurich se déclarèrent pour lui ; la morale relâchée qu’il enseignait lui gagna beaucoup de partisans. Zwingle se maria et abolit le cidte catholique, en r«ôet«&t la dogme de l’Eucharistie avec le saint sacrifiée de la messe. Les habitants oathoUques furent chassés de la ville et les magistrats catholiques destitués. Zwingle persécuta avec la même violance les Anabaptistea et au fit mettra plusieurs à mort. Comme ses idées difiéraient essentieUement de celles de Luther, eelui>ci le traita d’hérétique et publia eontre lui plusieurs écrits très^vie*lesta; La nouvelle reügion, fut bien accueilMe dans plusieurs cantons suisses, où les autorités étsieut. ett lutte avec W prinoes'évéques, outre que les biens ecclésiastiques ofiiraieat un ^»pât à leur cupidité, k Saiat-Qe^ on se révolta contre le prlncS'abbé et l’on abolit de force le ouhe oatho* lique. L«ns le eantm de Berne les magistrats spostasié* reut et ohassèr^t du pays tous ceux qui refusaient de smvre leur exemple. Œcolampade alla prêcher les doctrines de son ami Zwingle à Bdle^ où la religion catholique fut proscrite à la suite d’une révolution fonmtée par lès pro-
i’état politique de la Suisse, qui était divMcen un g^«id nraibre can'^ tons Indépendants, favorisait les progrès du protestantisme : en outre, une opposition assez forte existait entre les autorités cantonales et fe clergé qui jouissait partout du privSége de l’immunité et qui, de plus, éuit trèsriche. Ulric Ztoingte, homme ardent, passionné et d’un esprit pénétrant avait été obligé d’abandonner sa cure h EInsiedlen, k cause du dérèglement de ses mœurs et parce qu’il avait prêché contre le culte de la Sainte Vierge et les pèlerinages (l’an 1616). S’étant retiré k Zurich, il devint prédicateur k te cathédrale. Encouragé par l'exemple de Luther, il commença k prêcher contre les indulgences et parvint k gagner une partie des magistrats de la ville (Pan 1630) Il adopta presque toutes les opinions du Luther, rejetolo Saint-Sacrifice de la messe et le célibat. Peu de temps après, M se maria et entraîna d’antres prêtres k suivre son exemple. Zwingie ao sépara de Luther en rejetait le dogme de la pr^etK;e réelle de i.-C. dans l’Eucharistie. Il mtroduisit ses erreurs dans une traduction telsiflée de te bbla (l'an 1635). Intolérance dsZwIngle, qui fait exécuter, potir crime d’hérésie, Félix Maus, chef de la secte des Anabaptistes, et abolit le coite catholique. Trois de ses disciples, ÛEeoiampadt, Capito et Buetr, répandent ses erreurs dans les autres oautons de te Suisse ^ te presser, moine défroqué, alla prêcher k Ali«(l’antS34). Lesmagistratade te viUs proscrivireat d’abord la nouvdle deetrÎMiÿ mais ils furent renversé* per une émeute (l’an 1637), et, deux a«s après, luaultecatholique luà-méBMfut proscrit (I’m 1639). — Dans te vilis
HISTOraE UNIVERSELLE.
testants. Partout la prétendue réforme était accompagnée de violences : ces nouveaux défenseurs de l’Evangile dévastaient les églises, brisaient les autels et les images et commettaient les plus horribles profanations.
Les protestants menaçaient d’extirper partout ce qu’ils appelaient l’idolâtrie romaine, o’est ce qui détermina les quatre cantons forestiers de Lucerne, Schwytz, Uri et Unterwalden, et celui de Zug à prendre les armes pour la défense de la religion catholique que les cantons protes* tants proscrivaient chez eux, tout ^n exigeant que le protestantisme’ fût toléré partout ailleurs. Les cantons de Zurich et de Berne, dans le but de plier à leurs exigences les cantons forestiers, rompirent toute relation avec eux et arrêtèrent les approvisionnements dent ces derniers avaient besoin. Une armée protestante ayant envahi le canton de Saint-Oall et chassé de ses Etats le prince-abbé, les hostilités commencèrent. Les catholiques remportèrent à Cappel une victoire éclatante : Zwingle qui avait accompagné l’armée protestante périt pendant la bataille. La paix fut conclue peu de temps après ; on stipula que les catholiques et les protestants seraient librei d’agir comme ils l’entendraient dans les cantons où ils étaient les maîtres. La Suisse se partagea alors en Suisse catholique et en Suisse protestante; dans quelques cantons seulement les deux
(lo Saini-Gall, les magistrats qui étaient en opposition avec le prince-abbé, adoptèrent les opinions de Zwingle, confisquèrent les biens ecclésiastiques et supprimèrent te cuite catholique (l’an 1S2o). Colloque tenu h Berne sous la présidence des magistrats, qui s'érigent en juges et se prononcent en laveur de Zwingle et d'OEcolampade. Le protestantisme est établi, les prêtres catholiques sont chassés du canton, et les catholiques qui refusent d’aposiasier sont exilés. Résistance des habitants de la taUr* d« H<uli ; des troupes y sont envoyées, et le culte catholique y est supprimé (l’an 1698).
Héunion de Baden composée dos délégués de tous les cantons suisses (l’an 1596)t les cantons protestants réclament la liberté religieuse dans les cantons catholiques, tandis que chez eux la religion catholique demeure proscrite ; résistance des catholiques ; Zurich met sur pied des troupes et envahit le canton de Saint-Gatl; le prInce-abbé est chassé de son pays(l'au 1530j. Plaintes des cantons catholiques. Zurich et Berne interceptent les provisions venant de l’Allemagne et destinées aux cantons catholiques. Ceux-ci poussés h bout prennent les armes. BaUuUe 4e Cappal (l’an 1631|..
HAISSANCB KT PRuPAGAÏION DU PROTESTANTISME. 25
cultes restèrent sur le pied d’égalité et jouirent des mêmes droits, parce que les forces des deux partis se balançaient.
Calvin a genèvb (1530-1564). — Le protestantisme en Suisse prit un nouvel élan et subit une transformation importante sous l’action de Calvin. Né à Noyon en Picardie, Calvin étudiait à Paris, lorsque les opinions de Luther y furent connues : il en adopta plusieurs et osa les émettre publiquement. Sur la demande de la Sorbonne, il fut exilé et se retira à Bâle ; il y composa un traité théologique qu’il adressa à François P'. Dans cet ouvrage il exposait sa profession de foi, qui se rapprochait plus de celle de Zwingle que du luthéranisme, -surtout quant au dogme de l’Ëucharistie, qu’il rejetait. Calvin gagna les partisans de Zwingle, en rendant au culte extérieur un peu de splendeur. Son autorité dans la Suisse s’accrut surtout lorsqu’il se fut dxé à Genève. Les prédications fanatiques des sectaires Farel et Vïret avaient provoqué une révolution dans cette ville ; sontenue par les protestants de Berne, elle s’était soustraite à l’autorité du duc de Savoie et avait chassé son propre prince-évêque. C’est alors que Calvin fut appelé à Genève et y prêcha sa doctrine ; il y acquit une autorité presque absolue, au point qu'il dt mettre à mort comme hérétique Gruet, qui avait combattu quelques-unes de ses opinions, et
Mort de Zwingle, qui avait promis la victoire aux protestants. La guerre continue et la victoire reste aux catholiques. Luther leur reproche de ne pas avoir extirpé les zwingliens, qui professaient, selon lui, une abominable hérésie. La paix est conclue. Division religieuse de la Suisse : la Suüse i-atholique comprend les cantons de Lucerne, Schwytz, Uri, Unterwalden, /ug, Fribourg et Soleure ; la Suiue proleelante se compose des cantons de /urieb, Berne, Bâle et SchalThouse; les cantone mixiet sont ceux de Saint- Uall, Claris et Appenzell. L'abbé de Saint-Gail est rétabli dans ses Etats.
Une nouvelle secte protestante surgit dans la Suisse française -. elle avait pour auteur Calvin, fils d'un tonnelier de Noyon. Calvin étudia d’abord la théologie et le droit h Paris, et se distingua par son esprit pénétrant et son éloquence. U embrassa en partie les opinions de Luther ; mais il rejeta, comme Zwingle, le dogme de la présence réelle ; il y ajouta sa doctrine absurde sur la prédestination, soutenant que Dieu avait, de toute éternité, destiné certains hommes h l’enfer et d’autres au ciel. 11 prit, h l’exemple de Luther, rEcriture-Sainte comme unique règle de foi, tout en se réservant le
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lo médecin espagnol Servet, qui avait publié, pendant un voyage à Genève, un écrit sur la Sainte-Trinité. L’érudition reconnue do Calvin, ses talents comme orateur et comme écrivain attirèrent à Genève un grand nombre do jeunes gens de la Suisse, de la France et de l’Allemagne. Une académie protestante fut fondée à Genève; on y enseignait les doctrines de Calvin, qui de là se répandirent rapidement en France, dans les Pays-Bas et dans une partie de l’Allemagne. Les calvinistes ou réformés formèrent ainsi, après les luthériens, la secte la plus considérable du protestantisme. Après la mort de Calvin, son disciple et biographe, Théodore de Béze, en devint le chef.
IV. — LE PBüTESTA.NTlSME E.\ FRANCE JUSQU’AU COMMENCEMENT ^ DES GÜEBRIS DE RFXIGIO.N. (l5î3-lS61.)
Propagation du protestantisme en frange, jusqu’au SYNODE PROTESTANT DE PARIS (1523-1559). — Les doctrines et les écrits de Luther et de Mélanchton contre l’Eglise catholique furent facilement accueillis en France, ou les
droit del’intcrpréler R sa manière. La Sorbomtt demanda qu’il fût exilé do Paris; Calvin se retira en Suisse et se fixa d'abord à Bêle (l’an 1534}. Le zwinglianisme y dominait alors ; le culte organisé par Zwingle était froid ; la musique, le chant, et tout ce qui pouvait impressionner les sens en avaient été bannis. Calvin rétablit quelques cérémonies religieuses, ce qui le rendit populaire parmi les zwinglicns. Troubles dans le pays de Vaud : Parti et Viret soulèvent le peuple et chassent l’évéque de Lausanne. Ils se rendent ensuite à Genève et y excitent une révolie. Le pays de Vaud et la ville de Genève entrent dans la Confédération helvétique et forment ainsi deux nouveaux cantons protestants. Violences et vandalisme dans ces pays: les églises sont dévastées, les images et les autels brisés; la religion catholique est proscrite. Calvin est appelé à Genève (l’an 1536). Démoralisation du peuple produite par le protestantisme ; Calvin prêche contre les mauvaises mœurs : il est obligé de quitter la ville. 11 se retire dans la ville impériale il e S trasboury (l'an 1538) Où il établit une communauté protestante. Il s'y marie et retourne à Genève (l’an 1541) ; il institue un consisloire qu’il charge de régler le culte et de veiller sur la moralité publique. Grande autorité de Calvin. Exécution de Gruet et de Servet. Ce dernier, brûlé vif, est traité du martyr par Mélanchton. Académie protesiante h Genève. Les réformés, ddnonination sous laquelle on comprend les zwingliens et les calvinistes, scscpa~ rent tout ë fait des luthériens, ihrt de Calvin (l’an 1564).
IV. Les doctrines protestantes trouvèrent de l’écho dans l’aniversilé de
ÏÏAISSANCÈ ET fROPAGATtON DÜ PROTÉSTANTÎSME. 27
hérésies des albigeois et des vaudois avaient compté tant de partisans. Le roi François /", rival et ennemi de Charles-Quint, était naturellement considéré comme le protecteur des protestants, qui s’étaient soulevés en Allemagne contre l’autorité de l’empereur ; aussi Zwingle orut-il pouvoir dédier au roi de France son exposé de la vraie religion. Une première communauté protestante se forma à A/caM£c ; les sectaires, devenus bientôt audacieux, déchirèrent une bulle papale et répandirent en masse des pamphlets contre le pape et contre l’Eglise. Le parlement de Paris intervint alors, et, par un décret, dispersa la communauté de Meaux. Les sectaires se répandirent dans les provinces, où ils prêchèrent leurs doctrines ; ils y trouvèrent de nombreux partisans. Dans plusieurs endroits ils ravagèrent les églises et détruisirent les images. A Paris même ils affichèrent des placards séditieux et insultants contre la religion, le clergé et le roi. Le parlement renouvela les anciennes lois contre les hérétiques : plusieurs sectaires furent jugés par les tribunaux et exécutés, d'autres quittèrent le pays et se réfugièrent en Suisse ou en
Paris ; le professeur Jacques Lefèvre, qui avait traduit la Bible, les adopta et les défendit publiquement. Une communauté protestante se forme à Meaux sous la direction du fanatique Farel et du fougueux tisserand Jean Leclerc (l’an 1523) ; elle embrassa i'opinion de Zwingle concernant l’Eucharistie ; Jean Leclerc présida & la cène. Violences commises par les réformés h Meaux ; ils dévastent plusieurs églises catholiques et affichent des placards injurieux pour le pape (l’an 1525). Intervention du parlement de Paris, qui prononce la dissolution de la communauté de Meaux. Jean Leclerc est condamné à mort comme iconoclaste et perturbateur de l’ordre public. Farel se retire en Suisse. Les réformés sont protégés par Marguerite de Valois, qui engage le roi h appeler Mélancblon h Paris pour avoir une dispute théologique avec les docteurs de la Sorbonne. Opposition du cardinal de Tournon. Mariage de Marguerite avec Henri II, roi de Navarre; elle favorise ouvertement les réformés et en appelle plusieurs dans ses Etats. Calvin à Paris ; il y obtient la faveur du roi et de sa maîtresse, la duchesse d'Ëtampes. Le nombre des réformés augmente ; le parlement sévit contre ceux qui se rendirent coupables d’excès. Exécution du moine dominicain Cornu, apostat et bigame. Les statues des saints sont mutilées dans les rues de Paris; des placards séditieux contre le roi, le clergé et la religion catholique sont afliebés même aux portes du palais du roi (l’an 1534;. — François fait faire une procession solennelle en expiation des sacrilèges commis; dans un discours il exhorta le parlement h sévir contre les hérétiques. Des exécutions
Histoire universelle.
Allemagne. Cependant l'appui, donné aux protestants d’Ailemagne, par François I®"^, encourageait ceux de France qui étaient d’ailleurs protégés par la sœur du roi, Marguerite de Valois, reine de Navarre : ce dernier pays leur servait d'asile au besoin. Henri II, qui succéda à François I®*", enleva d’abord aux tribunaux séculiers, les procès de religion pour les donner aux tribunaux ecclésiastiques, qui ne prononçaient pas la peine capitale. Les excès commis par les réformés, dont le nombre s’était accru considérablement, forcèrent le roi à rapporter cette mesure. Il ne put cependant empêcher les réformés de réunir un synode à Paris, dans lequel ils formulèrent une profession de foi et réglèrent leur culte.
Troubles religieux (1559-1562). — Les parlements continuaient à appliquer contre les hérétiques les lois pénales alors en vigueur. Cependant le nombre des protestants ayant augmenté considérablement, ils finirent par devenir puissants, d'autant plus qu'un intérêt politique vint se mêler à la question religieuse. François II , successeur de Henri II, n’avait que seize ans à la mort de son père et joignait à son jeune âge une grande faiblesse de caractère. Ayant épousé Marie Stuart, nièce des Guise, il abandonna le gouvernement à ses oncles, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine. Les princes du sang appartenant à la
eurent lieu ; plusieurs des chefs s’enfuirent, et Calvin se relira h Bflle. Les l'auclois, qui n’avaient jamais entièrement disparu, relevèrent la tète dans la Provence, attaquèrent et dévastèrent les églises par bandes armées. Le parlement d’Aix envoya coulre eux des troupes qui brûlèrent plusieurs villages (l’an 154.S). Mort de François l (l’an 1547). Henri // charge les tribunaux ecclésiastiques d’instruire les procès coritre les hérétiques. Ces tribunaux ne pouvant pas prononcer la pchie capitale contre les coupables, cette mesure est favorable aux sectaires. Accroissement rapide des réformés, qu lorment des communautés b Paris, Orléans, Rouen, Lyon, Angers, etc. EdildeChSleaabriand (l’an 1551), par lequel le roi rend aux parlements la juridiction sur les hérétiques. Les guerres contre Philippe II empêchent l’exécution de cet édit. Réunion publique des réformés dans plusieurs villes. Synode de Parie (l’an 1 559) et premier symbole calviniste ; dans ce symbole les réformés proclament que c’est, pour l’autorité civile, un devoir de punir de mort les hérétiques. Ce symbole est adopté par la plupart dos communautés réformées en France.
famille des Bourbons, Antoine, roi de Navarre, et le prince de Condé, jaloux de l’autorité des Guise, organisèrent un parti nombreux parmi la noblesse française : l’amiral de Coligny et ses deux frères, qui avaient déjà embrassé le calvinisme, se trouvaient à la tête de ce parti . Une conjuration, ayant pour but do. faire assassiner les Guise et de mettre le roi en tutelle, fut tramée à Amboise. Mais elle fut découverte, et plusieurs des conjurés furent punis de mort ; les chefs seuls échappèrent. Une amnistié générale fut proclamée. Cependant le prince de Condé, appuyé par le parti protestant de la noblesse, forma le plan de s’emparer de Lyon et de déclarer ouvertement la guerre au roi. Les Guise déjouèrent ce projet: Condé fut convaincu du crime de haute trahison et condamné à la peine capitale. * La mort de François II empêcha que cette sentence ne fût mise à exécution, et amena d’importants changements en France. La reine-mère, Catherine de Mêdicis, fut nommée régente pendant la minorité de Charles IX, frère de François II. Redoutant l’ascendant des Guise, elle se rapprocha des princes de Bourbon et de la fraction protestante de la noblesse. Le prince de Condé fut mis en liberté, et le roi de Navarre nommé gouverneur du royaume. Pour plaire à l’amiral de Coligny, la régente convoqua le Colloque de Poissy, qui devait mettre fin à.la division reli-
Accroissement rapide du protestantisme en France sous le règne de François II, malgré les cAamèrer ardtnt»», instituées Ji côté des parlements et exclusivement chargées des procès contre les hérétiques. Minard, président du parlement de Paris, est assassiné par les protestants. Mariage de François Il avec Marie Stuart d’Ecosse, nièce des deum friree Guise, auxquels le roi abandonne presqu’entiërement !e pouvoir. Mécontentement des deux frères de Bourbon, Antoine roi de Navarre et /.ouie prince de Condé ; i\s ae lient avec l'amiral deColigny, d'Andelot et le cardinal de Chdtillon, trois frères qui avaient déjà apostasié, et avec Anne de Montmorency, connétable de France et ennemi personnel des Guise. La fraction protestante de la noblesse française s’attache aux princes de Bourbon, et le protestantisme devient ainsi un drapeau politique. Les théologiens protestants, Bèze entr’autres, proclament la légitimité d’une révolte ouverte. Conjuration d' Amboise (l’an 1660). Troubles religieux dans le Dauphiné et la Provence; les protestants obtiennent la suspension des poursuites pour cause de religion et demandent Il convocation d’un concile national. Nouvelle conspiration tramée, par le
U. isiy. v. 3»
gieuse. Ce résultat ne. fut pas atteint : un édit parut alors et octroya aux protestants, que l’on désignait par le nom de huguenots, le libre exercice de leur religion hors de l’enceinte des villes. Mais ils abusèrent de cette tolérance et se permirent les plus grandes violences contre les catholiques: en plusieurs endroits ils dévastèrent les églises et les couvents, tuèrent les prêtres et les moines. Ces excès exaspérèrent les catholiques ; la noblesse catholique se rallia autour du duc de Guise et prit les armes pour la défense de sa religion. Ainsi commencèrent les guerres de religion qui durèrent quarante ans et plongèrent la France dans un abîme de maux.
V. — LE PROTESTANTISME EN ANGLETERRE ET EN ÉœSSE JOSOU’a LA PROMCLGATION DES ARTICLES, (t 5Î7-4 56*).
Tyrannie de henri viii et schisme d’angleterre
(1527-1547). — L’Angleterre s’était de tout temps distin-
prince de Condé; il est condamné. On donne aux protestants le nom de huguenots, mot dont la signification n’est pas bien cqnnue. Mort de Framgois II (l’an 1 560). Charles IX est âgé seulement de onze ans. Marie Stuart est appelée au trône d’Ecosse et quitte la France. La reine-mère, Catherine de Mêdicis, femme intrigante et ambitieuse, est nommée régente. Pour affaiblir l'autorité des Guise, elle se rapproche des protestants et donne sa confiance aux princes de Bourbon et è l’amiral de Coliyny. Convocation du colloque de Poissy, auquel prennent part six cardinaux, .trente-six prélats et douze théologiens protestants; cette réunion ne produit aucun résultat, parce que les protestants ne veulent pas se désister de l’interprétation individuelle de l’Ëcriture-Sainte. Désordres et troubles : les protestants ravagent les églises, brisent les images et les autels, et tuent les prêtres catholiques. Assemblée des notables A St.-Germuin (l’an 1561), suivie de de Janvier d’an 1563), qui accorde aux huguenots le libre exercice de leur religion. Nouveaux troubles dans le midi de la France ; quarante-six églises sont dévastées dans la seule ville de Montpellier. A Nîmes et à Montauban le culte catholique est supprimé et proscrit. A Paris même, l’église deS.-Médard est dévastée par une bande de huguenots à l’instigation de ministres fanatiques, et un grand nombre de catholiques sont tués (l’an 1 561). Les catholiques se réunissent autour du duc de Guise et prennent les armes pour la défense de leur religion. Commencement' des guerres de religion ; elles durent quarante ans, jusqu’à l’édit de Nantes (1 563-1 598).
V. A consulter' : Audin, Histoire de Henri Vlll. — Lingard, Histoire d'An- Oleierre. — Cobbelt, Histoire de la réforme protestante ers Angleterre et an Irlande-
guée par son altachement à l’Eglise ; un tyran cruel et voluptueux la jeta dans le schisme, et jamais apostasie ne fut accompagnée d’autant de crimes et de forfaits. Henri VIH avait dabord combattu et réfuté les doctrines de Luther dans un écrit qui lui valut, de la part du sectaire, de grossières injures, et, de la part du pape, le titre glorieux de défenseur de la foi. Mais Clément VU ayant refusé d’autoriser le divorce de Henri avec Catherine d’Aragon , le monarque en fut tellement irrité , qu’il se déclara indépendant du Saint-Siège , et «qu’il s’érigea en chef suprême de l’église d’Angleterre. Il épousa alors Anne Boleyn, dame d’honneur de la reine, et la fil couronner après qu’il eut fait prononcer le divorce par ITiomas Cranmer. Ce dernier avait embrassé secrètement le protestantisme en Allemagne et, après la mort du cardinal Wolsey, il avait été promu au siège archiépiscopal de Cantorbéry. Le pape cassa la sentence de Cranmer et somma le roi do reprendre sa femme légitime. Cromwell,
Henri Vlll fils et successeur de Henri VII (I.^Oÿ-lbiT) ne manquait pas de connaissances, mais il était d’un caractère violent et passionné. La longue guerre civile connue sous le nom de guerre des Deux Roseï (voyez la 4« part, page 429), avait eu des suites funestes pour l’état intérieur de l’Angleterre : le pouvoir royal était devenu presque absolu ; tout le pays était démoralisé ; le haut clergé avait perdu le sentiment de sa dignité; la noblesse était ruinée en grande partie ; le peuple était tombé dans l’ignorance et la corruption. Cette triste situation avait préparé l'apostasie de l’Angleterre; elle ne commença cependant d’abord que par un schisme; car Henri Vlll ne toucha pas aux dogmes catholiques et n’introduisit que peu de changements dans le culte, et même il maintint sévèrement le célibat ecclésiastique ; aussi le peuple ne s’aperçut-il pas qu’on le séparait de l’Eglise, lorsque Henri Vlll s’arrogea le pouvoir ecclésiastique dans son royaume. — .Mariage de Henri Vlll avec Catherine d'Aragon, tante de Charles-Quint (l’an 1510) : il en eut une fille nommée Marie. Après dix-sept ans de mariage (l’an 1 627), le roi demanda le divorce sous prétexte que Catherine avait été fiancée à son frère Arthur, qui était mort à l'âge de quatorze ans, mais en réalité dans le but d’épouser Anne Boleyn, une des dames de la cour. Le cardinal WoUey, archevêque de Cantorbéry, fut chargé de solliciter le divorce auprès du pape qui envoya le cardinal Campeggio en Angleterre. La dispense nécessaire ayant été obtenue régulièrement avant le mariage de Henri avec Catherine, 11 n’y avait aucun motif de prononcer le divorce. Le pape refusa donc ; Wolsey fut jeté en prison et y mourut. Influence de Thomas Cromwell, homme ambitieux et intrigant, qui conseilla h Henri Vlll de se déclarer, à l’exemple de plusieurs princes de l’Allemagiie, chef suprême de la religion
HÎSTOIRB TJNlTERSEIiLB,
devenu le principal conseiller de Henri VIII, parvint à obtenir du parlement une décision qui attribuait au roi le pouvoir ecclésiastique suprême dans tout le royaume, et qui, en outre, prescrivait un nouveau serment, appelé serment de suprématie, à prêter au roi comme au chef spirituel du royaume. Nommé ensuite vicaire-général des affaires ecclésiastiques, il somma les évêques de prêter ce serment. Presque tous y souscrivirent ; l’évêque Fischer et le chancelier Thomas Moore (Morus), s’y étant refusés, moururent sur l’échafaud. Alors commença une terrible persécution dans laquelle périrent un grand nombre de catholiques et même de luthériens, que le nouveau pape d’Angleterre traitait d’hérétiques. Les monastères furent supprimés, et leurs biens confisqués. Henri VIII ne s’arrêta plus dans la voie criminelle et despotique dans laquelle il était entré. Il fit mettre à mort la vieille mère du cardinal Pôle, parce qu’il ne pouvait atteindre le fils. Anne Boleyn eut le même sort, lorsque le roi voulut épouser Jeanne Seymour. Après la mort de celle-ci, il épousa Anne de CUve, qu’il répudia au bout de quelques mois ; il éleva ensuite sur le trône Catherine Howard, qu’il fit également mourir pour se marier avec Catherine Parr.
dans son royaume. Aveuglé par sa passion criminelle, le roi suivit ce conseil Pt voulut se faire reconnaître comme chef spirituel par une déclaration du clergé (l’an 1631 ), le clergé y consentit, mais en mettant dans la déclaration cette clause < pour autant que la loi du Christ le permet; » la clause fut acceptée par le roi. Le parlement abolit les subsides annuels lannattM) que le clergé payait au Saint-Siège. — Thomas Cranmer, qui s’était secrètement marié en Allemagne, après avoir embrassé le protestantisme, fut nommé archevêque de Cantorbéry et se fit l’instrument docile du roi. Il n’hésita pas 6 prononcer le divorce de Henri Vlll avec Catherine et b bénir sou mariage avec Anne Boieyn (1.633). Le pape cassa ces actes et menaça d’excommunier le roi. Henri Vlll se sépara alors définitivement de Rome et exigea des ëvéques et de tous les fonctionnaires publics le serment de suprématie fl’an 1534). Apostasie d'un grand nombre d’évéques et de membres du haut clergé ; la notriessc obéit aveuglément aux ordres du roi. Persécution sanglante; exécution de Fischer et de Moore. Cromwell, devenu vicaire-général du roi, propose la suppression des Ordres religieux et la confiscation de leurs biens. Ces biens sont distribués en partie h la noblesse. Crimes de Henri VIH ; exécution de la comtesse de Salisbury, mère du cardinal Pôle et parente du roi. Divorce du roi avec Anne Boleyn, qui est accusée d’adultère
Cromwell lui-même tomba en disgrâce ; il fut accusé de haute trahison et exécuté. Henri VIII conserva cependant les dogmes catholiques et n’apporta presque aucun changement au culte. Le protestantisme ne s’introduisit en Angleterre qu’après sa mort.
Introduction du protestantisme en Angleterre sous ÉDOUARD VI (1547-1553). — Edouard VI, fils de Henri VIII et de Jeanne Seymour, n’avait que neuf ans à la mort de son père; la régence fut donnée au frère de Jeanne, le duc de Sommerset, qui avait embrassé le protestantisme. De concert avec Cranmer, qui, du vivant de Henri VIII, avait dissimulé ses convictions, Sommerset introduisit le protestantisme en Angleterre, en pubKant un nouveau catéchisme et en modifiant le culte et la liturgie' dans le sens protestant. La langue latine fut remplacée par la langue anglaise ; le célibat ecclésiastique aboli, et Véglise anglicane définitivement constituée. Le parlement ratifia toutes ces mesures, et les peines les plus sévères furent décrétées contre tous ceux qui s’y opposeraient. Une violente persécution commença alors contre les catholiques et surtout contre les membres du clergé qui déclaraient vou loir rester fidèles à la religion catholique : les uns furent mis
et mise ù mort l’an 1536. Divorces et mariages successifs du roi. Execution de Cromwell tombé en disgrâce (l’an 1540). Cranmer ne se sauve que par les plus grandes bassesses. Nouvelles proscriptions : des catholiques et des protestants meurent sur le môme échafaud. Henri VIII fit mourir deux reines, deux cardinaux, vingt prélats, cinq cents prêtres et religieux et plus de six cents personnes appartenant h toutes les classes de la société. .S» mort (l’an 1547).
Le protestantisme, auquel Henri VIH avait préparé la voie, sans le vouloir, fut introduit en Angleterre après sa mort par le duc de Sommerset et Cranmer. Le premier fut nommé régent et tuteur d'Edouard VI. La suprématie spirituelle du roi fut de nouveau proclamée. Cranmer publia un livre d’homélies dans lequel il avait glissé toutes les doctrines de Luther (l’an 1549) : il changea ensuite le culte et la liturgie, et publia un catéchisme protestant qu’il imposa au clergé. Abolition de la messe et du célibat .ecclésiastique. Destit'ition des évôques qui s’opposent à ces innovations. Persécutions cruelles contre les catholiques et les anabaptistes. Insurrections dans les provinces, où le peuple ne veut point se laisser ravir sa foi ; des troupes y sont envoyées, et le protestantisme est imposé de force. Cranmer fait venir de l’Allemagne des théologiens protestants. Le parlement ratifie
HISTOIRE UNIVERSBI.I.K.
à mort, d'autres s’exilèrent. Dans plusieurs provinces le peuple prit les armes pour la défense de sa religion : mais ces insurrections furent comprimées à l’aide de troupes mercenaires, qui commirent les plus horribles cruautés. La spoliation de l’Eglise fut complétée par la confiscation' de tout ce qui restait encore de biens ecclésiastiques. Tout cela se faisait au nom du jeune roi, qui, de la tutelle du duc de Sommerset, passa sous celle du duc de Northumberland, protestant fanatique. Edouard VI, étant maladif, fit un testament en faveur de Jeanne Gray, à l’instigation du due de Northumberland. Jeanne était parente éloignée ' de la famille royale et avait épousé le fils du duc. Par ce testament, les deux enfants de Henri VIII, Marie, fille de Catherine, et Elisabeth, fille d’Anne Boleyn, se trouvaient exclues de la succession. Edouard VJ mourut à l’âge de quinze ans.
La réaction catholique sous marie (1553-1558). — Jeanne Gray fut d’abord proclamée à Londres reine d’Amgleterre ; mais le peuple se souleva en faveur de Marie, qui fit son entrée solennelle dans cette ville et fut généralement reconnue. D’une piété sincère et d’un caractère énergique, Marie avait conservé un profond attachement à la foi catholique, malgré les menaces de son père et la persécution cruelle qui avait eu lieu sous le règne de son
toutes CCS mesures et prononce des peines contre tous ceux qui refusent de s'y soùmettre. Le duc de Sommerset est remplacé par le duc dt Norihumberland (l’an 1550), protestant fanatique, qui persécute les catholiques uvec fureur. Il fait épouser à son fils Jeanne Gray dont la grand’mére était soeur do Henri Vlll, et'déclarer illégitimes les deux filles de ce prince, Marie et Élisabeth. Mort d'Edouard VI (l’an 1555); ce prince maladif n’avait pris ]>ersonnellcment aucune part à l’introduction du protestantisme. Voici- ta généalogie de la maison de Tudor :
nenri VII.
Marguerite lleuri Vlll.
£p. Jacques IV *
roi d*£co8SA. Maria. £lisabeUia * £<iouard VI.
Jacquet V,
Marie Stuart
Jacquet VI.
NAISSANCE ET IIIOPAGATION DU rftOTESTANTISME. 35
frere Edouard VI. Ea montant sur le trône, elle se montra décidée à rétablir la religion catholique et annula toutes les innovations religieuses. Elle tira de prison le pieux évêque Gardiner et le choisit pour son conseiller. Cranmer, l’auteur de toutes les persécutions contre les catholiques, fut condamné à mort et exécuté ; le cardinal Pôle, envoyé en Angleterre comme légat du pape, lui succéda en qualité d’archevêque de Cantorbéry. Le parlement, instrument docile du souverain, prononça la réunion de l’Angleterre à l’Eglise catholique ; en même temps la sécularisation des biens ecclésiastiques qui avaient passé entre les mains de partieuliers fut ratifiée. Une conspiration tramée pour élever Jeanne Gray sur le trône conduisit cette dernière à l’échafaud, avec son mari et plusieurs de ses partisans. Un certain nombre de ministres protestants, qui avaient provoqué des émeutes par des prédications fanatiques, eurent le même sort. Cependant les exécutions furent beaucoup moins nombreuses que sous Henri VIII et sous Edouard VI, grâce surtout au cardinal Pôle et aux évêques, qui désapprouvaient ouvertement les persécutions contre les protestants. La reine Marie avait épousé le roi d’Espagne Philippe II; elle mourut après cinq ans de règne; sa sœur Elisabeth lui succéda.
Élisabeth, les 39 articles (1558-1502). — Pendant le
Jeanne Gray est proclamée reine d’Angleterre : tout le parti protestant la reconnaît, parce qu’il redoute l’avénement de Marie, dont les sentiments catholiques sont connus. Le peuple se prononce en faveur de Marie : elle se rend h Londres où elle est reconnue sans résistance. Sa générosité ; elle pardonne à Jeanne Gray et a ceux qui ont voulu la priver du trùne. La reine se déclare catholique et consent h épouser Philippe II. Jeanne Gray et son mari, qui ont trempé dans une conspiration, sont condamnés h mort et exécutés. La reine, avec l’aide de Tévêque Gardiner et du cardinal Pôle, légat du pape, rétablit la religion catholique. Le parlement ratifie cet acte. L’indilTérence religieuse était telle chez la noblesse anglaise que l’ambassadeur de Venise écrivait dans une dépêche * que si le roi l’exigeait, les seigneurs anglais n’hésiteraient pas à su faire juifs ou musulmans.» Procès intenté à Cranmer, qui, pour se sauver, se déclare catholique : mais cette déclaration est repoussée comme n'étant pas sincère : Cranmer la rétracte alors et meurt en protestant (l’an 1 556). Le cardinal Pôle est nommé archevêque de Cantorbéry et il s'oppose aux mesures violentes prises contre les
règne de Marie. Elisabeth avait professé la religion catholique ; à son avènement, elle jura de la maintenir et se fit sacrer par un évêque catholique. Mais craignant une rivale dans Marie Stuart, reine d’Ecosse, elle se jeta dans les bras du parti protestant, qui releva immédiatement la tête . Le parlement passa de nouveau au protestantisme et proclama la suprématie spirituelle de la reine. Le serment de suprématie fut rétabli ; tous les évêques, à l’e.vception d’un seul, refusèrent de le prêter et furent destitués. Un grand nombre de sièges épiscopaux furent supprimés, leurs biens confisqués et donnés en partie aux favoris de la reine. Parquer fut nommé archevêque de Cantorbérj. On remit en vigueur, les lois religieuses portées sous le règne d’Edouard VI,- et une persécution sanglante fut organisée contre les catholiques, notamment contre ceux qui assisteraient à la messe.- Le parlement, qui obéissait aveuglément aux ordres de la reine et qui était dominé ^ar le secrétaire d’Ètat Cêciî, ennemi acharné des catholiques, ratifia toutes ces mesures. Le clergé protestant, réuni en synode, rédigea alors un nouveau symbole en trente-neuf articles, presque
protestants. Les persécutions sous le règne de Marie ont été exagérées : des iSO personnes qui furent exécutées, la plupart étaient des fauteurs de troubles et de conspirations; c’étaient entre autres djs prédicateurs protestants • qui insultaient publiquement la reine et provoquaient le peuple h l’émeute. .Mariage delà reine avec l‘hilippe II (l’an 15.^4); celui-ci arrive en Angleterre, mais n’y reste qu’un an. Mort rte Marie (l’an tS.^S); le c.irdinal Pôle la suit bientôt dans la tombe.
Hypocrisie A'Elisabelh : pondant le règne de sa sœur elle avait toujours publiquement professé la foi catholique. Son sacre par un évêque catholique, et son serment de maintenir le catholicisme. .Motifs qui décidèrent Elisabeth il embrasser le protestantisme ; 1® sa naissance illégitime aux yeux de l’Eglise qui avait refusé de reconnaître comme légitime le mariage de Henri VI H ave< sa mère, Anne Boleyn ; 2“ la crainte de voir Marie Stuart élever des prétentions sur le trône d’Angleterre, comme seule descendante légitime de la famille royale. Marie Stuart prend le titre et les armes Ae reine d’Angleterre. IndilTérence religieuse parmi les classes élevées de la société. Elisabeth propose de rétablir le eerment de suprématie ^ sa proposition ne trouve presque pas d’opposition dans le parlement. Les évêques et le clergé refusent de prêter ce serment : destitution générale des évêques et suppression d’un grand nombre do sièges épiscopaux. Mathieu Parquer est nohimé archevêque de Cantorbéry ; quatre évêques protestants, destitués sous le règne de .Marie, le sacrent en changeant la formule de la consécration épiscopale;
entièrement conformes aux doctrines de Luther. Le parlement approuva ces trente-neuf acticles et les imposa au peuple : la religion catholique fut proscrite, et l’Angleterro se trouva définitivement séparée de l’Eglise catholique. On maintint cependant la hiérarchie épiscopale et l’on conserva en partie dans la liturgie les cérémonies catholiques. Lo peuple, surtout dans les campagnes, put ainsi être trompé et perdit insensiblement sa foi.
Le PROTESTANTISME EN ÉCOSSE (1528-1561). — Lcs doctrines protestantes furent prêchées en Ecosse par des hommes qui avaient passé quelque temps en Allemagne et s’y étaient attachés à Luther ; parmi eux se faisait surtout remarquer Hamilton. Mais les lois contre les hérétiques furent sévèrement exécutées : plusieurs des novateurs furent mis à mort; d’autres prirent la fuite et se réfugièrent en Angleterre et sur le continent. La démoralisation du clergé et surtout de l’épiscopat, qui était presque exclusivement composé de fils cadets des grands seigneurs, fournit aux hérétiques un prétexte pour attaquer l’Eglise. Ils trouvèrent de nombreux partisans dans le peuple, qui était
nullité du sacre et par conséquent cessMion de l'épiscopat en Angleterre 11 manquait des hommes instruits pour remplir les fonctions de ministres du culte, lesquelles furent données à de simples ouvriers. Le parlement prononce la peine de mort contre quiconque refusera de prêter le serment de suprématie (l’an 156‘2). Réunion d’un synode protestant {convocalion) qui rédige une profession de foi en 39 articles; en voici les principaux : on n'y admet que deux sacrements, le baptême et l'eucharistie; l'Ecriture-Sainiu est considérée comme seule règle de foi ; la transsubstantiation, la messe, le purgatoire, le culte des saints sont rejetés. Le parlement adopte les 39 articles : la hiérarchie épiscopale et une partie de la liturgie catholique sont conservées. L'apostasie de l’Angleterre est consommée ll'an 1562).
L’Ecosse se trouvait dans la plus triste situation sous le rapport religieux, à cause de la démoralisation du haut clergé : les sièges épiscopaux étaient considérés comme des apanages pour les fils cadets des grandes familles, et souvent plusieurs évécbés se trouvaient réunis entre les matns d’un seul homme. Richesses et décadence de plusieurs Ordres religieux. Patrice Hamilion revenant de Wittemberg prêche publiquement les doctrines de Luther, attaquant en même temps les vices du clergé. Il est exécuté comme hérétique avec quelques-uns de ses partisans. Le protestantisme trouve un appui dans la noblesse ; celle-ci convoite les biens ecclésiastiques, enhardie par l’exemple dé Henri Vlll qui avait commencé h spolier l’Eglise en Angleterre. Jacquee V (l’an 1642), prince faible, ne laisse en mourant qu’une fille
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révolté des vices du clergé, et ils se virent favorisés par le comte cCArran, nommé régent du royaume après la mort du roi Jacques V, qui n’avait laissé qu’une fille mineure, Marie Stuart. Un prêtre apostat, Jean Knox, se mit alors à la tête des sectaires et souleva le peuple par des prédications fanatiques : Beaton, cardinal-primat, fut assassiné par un protestant, et des troubles sérieux éclatèrent immédiatement. Les protestants prirent les armes et s’emparèrent du château de Saint-André. Le régent se vit contraint de marcher contre eux ; il les vainquit et les dispersa. Leurs chefs quittèrent le pays ; Khox se rendit à Genève et y embrasa les doctrines de Calvin. Mais la reine-mère, Marie de Guise, ayant été nommée régente à la place du comte d’Arran, les protestants relevèrent la tête. Knox fut rappelé et décida ses partisans à se séparer définitivement de l’Église catholique.
Le nombre des sectaires alla toujours croissant sous le faible gouvernement de la régente. Une grande partie de la noblesse apostasia ; les protestants conclurent, sous le nom de Congrégation du Seigneur, une ligue qui avait pour
mineure, Mari» Stuart. Le comte Arran, nommé régent, favorise les protestants. Conspiration contre le cardinal Beaton, qui a fait punir de mort un prédicateur protestant, nommé George Wichart (l’an 1547) : il est assassiné parles conjurés. Jean Knox, véritable tribun fanatique, doué d’une grande éloquence populaire, justifie publiquement cet assassinat et prêche la révolte contre le gouvernement. Les protestants prennent les armes et obtiennent du secours de Henri VlII. Ils prennent le ch&teau de St-Andrews. Ils sont vaincus par le régent (fan 1547), qui fait transporter leurs chefs en France. Knox s’échappe et se rend en Angleterre (l'an 1 549), d’où il continue, par des écrits violents, ë exciter le peuple à la révolte. Il va ë Genève, où il enabrasse le Calvinisme. Marie de Guise devient régente ; elle manque d’énergie. Synode tenu par le clergé catholique à Edimbourg (l’an 1549); on y prend des mesures pour rétablir la discipline ecclésiastique et arrêter les progrès du protestantisme ; mais elles ne sont pas exécutées.
Retour de Knox en Ecosse (l’an 1555), où il est rappelé par les protestants devenus très-nombreux. 11 excite ses partisans ë apostasier définitivement et leur fait déclarer publiquement qu’ils veulent se séparer de l’Eglise catholique. Dans ses prédications fanatiques, Knox appelle le catholicisme < une abominable idolâtrie. » Il se rend de nouveau ë Genève (l’an 1556). Formation d’une ligue protestante ; elle prend le nom de Congrégation du Seigneur (l’an 1 557) et donne aux catholiques celui de Congrégation de Satan. Les protestants dévastent les églises et brûlent les monastères. La régenta
but d’extirper par la force des armes l’idolâtrie, c’est-à-diro le catholicisme. Fanatisés par leur chef Knox, ils pillèrent et détruisirent les églises et les couvents, massacrèrent les prêtres, les religieux et tous ceux qui voulaient demeurer fidèles à l’Eglise. Ils défirent une armée, envoyée contre eux par la régente, et obtinrent le libre exercice de leur culte par le traité d’Edimbourg. Cependant cette concession ne les satisfit point; ils réclamèrent encore la suppression du culte catholique dans la ville d’Edimbourg. La guerre éclata de nouveau, et les protestants, encouragés par la reine d’Angleterre Elisabeth , proclamèrent la déchéance de la régente, qui mourut peu de temps après. Le gouvernement tomba ainsi entre les mains de seigneurs protestants, et le parlement décréta l’abolition de la religion catholique. Le culte protestant fut établi de vive force, et les biens ecclésiastiques confisqués. Les catholiques furent alors en butte à une sanglante persécution et aux plus horribles cruautés de la part des prétendus défenseurs de la liberté évangélique. Ce fut dans ces tristes circonstances que Marie Stuart arriva en Ecosse après la mort du roi François II, son mari.
rassemble des troupes pour protéger les catholiques. Retour de Knox (l’an 1S.*S9). Défaite des troupes royales par l’armée des protestants. La régente est forcée de conclure avec eux le traité d'Edimbourg qui leur octroie lu liberté religieuse. Us veulent abolir le culte catholiques Edimbourg, seule ville où il existe encore. Les hoslilités recommencent j les protestants proclament la déchéance de la régente. Mort de Marie de Guise (l’an 18G0). Le parlement décrète la suppression du culte catholique dans toute l’étendue (lu royaume. Il adopte comme expression du dogme le livre de discipline, qui est rempli d’erreurs protestantes. Terribles persécutions contre les catholiques ; horreurs commises par les protestants Les évêques sont remplacés par des ^uriniendants protestants : eonnscation générale des biens ecclésiastiques, qui passent en grande partie entre les mains de la noblesse. yirrivée de Marie Stuart «n Ern.ise (l’an 1861).
UI&TOIRE UNIVERSELLE.
VI. — LE paUTESTANTlSUE DANS LES ROYAUUES SCANDINAVES. (iKÏÏ-lôflo).
Le protestantisme en suède (1522-1560). — En Suède le protestantisme servit à affermir le trône de l’usurpateur Gustave JFasa. Celui-ci crut, en effet, y trouver le meilleur moyen d’anéantir la puissance du haut clergé, qui lui était opposé et dont il convoitait les biens. Gustave Wasa agit d’abord avec la plus grande prudence, se contentant de favoriser la propagation des doctrines protestantes. Anderson, un des partisans de Luther, fut nommé chancelier. Après avoir obtenu dans une diète générale à Stockholm le droit de disposer des dîmes ecclésiastiques au profit de la couronne, le roi fit mettre à mort les deux prélats les plus influents du royaume, l’archevêque d’üpsal, Magnus Cnut, et l’évêque de Westeras, Pierre Jacobson, sous prétexte qu’ils entretenaient contre lui le mécontentement du peuple. Il ne s’arrêta pas là : pour gagner la noblesse, il autorisa les seigneurs à s’emparer des biens ecclésiastiques qui provenaient de donations faites par leurs ancêtres ; il