LES ORDRES RELIGIEUX
est deux surtout qui prirent un très-grand développement: les Frères de 'la charité chrétienne, qui eurent pour fondateur Seiint Jean de Dieu et qui prirent naissance en Portugal, et les Sœurs de la charité de Saint-Vincent de Paul. Enfin il se forma des asiles pour ceux qui désiraient se retirer du monde afin de consacrer leur vie à la prière et à la mortification, entre autres les Carmélites réformées par Sainte Thérèse et les Carmes réformés par Saint Jean de la Croix, Y Ordre de la Visitation établi par Saint François de Sales et Sainte Chantal, et les Trappistes ramenés à une règle austère par l’abbé de Rancé. Appuyée sur de tels auxiliaires, l’Eglise se prépara à subir la sanglante persécution que la révolution française allait déchainer contre elle.
La compagnie de Jésus, sa suppression. — L’Ordre des Jésuites se fit toujours remarquer par son activité dans tous les pays de l’Europe, par son dévouement sans bornes au Saint-Siège, par son zèle à combattre les doctrines hérétiques, par ses succès dans la culture des sciences et des lettres, et dans l’instruction et l’éducation de la Jeunesse. Ce sont là les principales causes qui valurent à cet Ordre célèbre la haine implacable do toutes les
sions et les retraites ecclésiastiques, voilà dans quel but cette Congrégation fut instituée. — 3'»‘ catégorie : Ordres erutignanu : les Piaristes ou Pères des écoles pies, fondés par S. Joseph de CaUuanze à Rome (l’aii se
répandirent surtout en Italie, en Allemagne, en Hongrie et en Pologne, où ils établirent de nombreux collèges. Les Pères de la doclrine chrétienne, institués en France par César de Bus (l’an ISOi), s’occupaient d’instruire les enfants pauvres et les habitants de la campagne. La congrégation des Frères des écoUt chrétiennes, érigée par Jean-Baptiste de la Salle (l’an 1631) et confirmée par le pape Clément XIII. Les Ursulines et les Soeurs de l’Enfant Jésus se vouèrent à l’éducation des tilles et établirent des pensionnats et des écoles. — i*”' catégorie: les Ordres hospitaliers, parmi lesquels se firent surtout remarquer les Sœurs de la Charité oa de S. Vincent de Paul qui ont pris dans la suite une si grande extension. — 5°>* cATÉconiE -. Ordres contemplatifs : les trappistes (l’an 1662), qui se distinguaient par leur austérité et leur succès dans le défrichement des terres incultes ; les Sœurs de la Visitation (l'an 1 61 8), qui unirent la vie contemplative à l’enseignement; les Carmélites et les Cornus, réformés par St» Thérèse et 5. Jean de la Croiw (l’an 1562), qui rétablirént (laps ces OrcU-es la première règle des Carmes.
|,és.jéévites oemmenoèrent 4e bonne heure à être persécutés par tous les
sectes protestantes, des incrédules, des Jansénistes et des parlements en France, en un mol de tous les ennemis de la religion, de l'Eglise et du Saint-Siège. Aussi la guerre contre la Compagnie de Jésus commença-t-elle déjà peu de temps après sa fondation. Banni à diverses reprises de la France, de la Hollande, de la Hongrie, de la Bohême,' de Venise, l’Ordre fut cependant toujours rappelé dans ces pays à cause des grands services qu'il rendait partout. C’est particulièrement en France que les Jésuites trouvé* rent des ennemis puissants dans le parti des Jansénistes, qu’ils n’avaient cessé de combattre depuis l’origine, mais qui trouvaient leur appui dans les parlements. De plus, les philosophes incrédules. Voltaire, éHAlemhert et les Encyclopédistes, avaient voué une haine implacable aux Jésuites, parce qu’ils les considéraient comme le principal boulevard de l’Eglise, contre laquelle ils avaient entrepris une guerre à mort. Sans doute des fautes avaient été commises par des membres de l’Ordre ; il ne pouvait en être autrement dans une société aussi nombreuse et aussi répandue ; mais rien de plus injuste que de les imputer à l'Ordre tout entier, comme aussi rien de plus faux que représenter cet Ordre comme étant en pleine décadence lorsque la persécution éclata contre lui.
ennemis de i'Eglise, « Quniil aux Jesuiies, (|ut iiuus suiii si fol lement opposés, écrivait Calvin, il faut les tuer, ou, si cela ne peut se faire, les chasser, ou, dans tous les cas, les écraser au moyen de mensonges et de calomnies » Le parlement de Paris et les huguenots travaillèrent sans relâche à les faire exiler de la France, en les représentaht comme un parti favorable h l'étranger h cause de leur origine espagnole. Henri IV les protégea contre le parlement de Paris et força cette assemblée h enregistrer l’édit porté en leur faveur (l’an 1603). La Compagnie grandit au milieu des persécutions qui éclataient contre elle dans presque tous les pays; au milieu du dix-huitième siècle, elle comptait plus de 33,000 membres et plus de 13,000 maisons. Haine des Jansénistes contre les Jésuites : Patcal, dans ses Lettres provinciales, accumule contre eux une foule de calomnies et d’accusations non fondées : < Il suffit qu’un Jésuite avance une erreur sur un sujet quelconque, pour que Pascal l’accuse d'immoralité, sans s’inquiéter de ce que, en face de l’opinion erronée de tel ou tel Jésuite, il y a dix ou vingt théologiens du même Ordre qui soutiennent le contraire {DeelUnger). • Les protestants se montrèrent partout les ennemis implacables des Jésuites; ils les expulsèrent de la TrantylvatU* h différentes reprises (l’an 1S88 et l’an 1606), du canton
LBS ORDRES RELIOIEÜX. 32^
Cette persécution commença en Portugal ; Pombal en fut le principal auteur. Elle avait pour pfétextes, d’un côté, le refus fait par les Indiens du Paraguay de reconnaître le gouvernement portugais, auquel la couronne d’Espagne avait cédé ces contrées, et de l’autre, la complicité supposée des Jésuites dans l’attentat contre la vie du roi. Bien que ces deux accusations n’eussent pas le moindre fondement, Pombal fit décréter par un édit rojal l’expulsion des Jésuites de tous les Etats portugais; un grand nombre de Pères de la Compagnie furent jetés en prison et y moururent ; plusieurs même furent exécutés comme régicides. — En France, la persécution contre les Jésuites fut l’œuvre du duc de Choiseul, de la marquise de Pompadour et du parlement de Paris. On profita du procès du jésuite La Valette de la Martinique pour faire retomber sur l’Ordre tout entier les fautes commises par ce membre de la Compagnie. En vain une assemblée de cinquante évêques intercéda auprès du roi ; le parlement, par un arrêt, supprima l’Ordre en France ; et Louis XV eut la faiblesse de ratifier par un édit cet acte inique. Le roi permettait cependant aux membres de la Compagnie de vivre en simples particuliers dans le royaume. — Le duc de Choiseul, non content d’avoir détruit l’Ordre des
des GritoM (l’an de la Bohéma (l'an 1618) et de la BoUande (l’an
1633). Haine des philosophes incrédules de France contre les Jésuites. « Une fois que nous aurons détruit les Jésuites, écrivait Voltaire h Helvétius, nous aurons beau jeu contre l’infâme {la religion calholigua). »
La grande persécution contre la Compagnie de Jésus commença vers le milieu du dix-huitième siècle. Les reproches qu'on articulait contre elle ne concernaient que certains membres de l’Ordre, et nullement l’Ordre comme tel. Le plus souvent encore ces reproches n’étaient pas fondés, ou bien les fautes commises ne pouvaient être attribuées qu’é l’imprudence ou h un zèle mal placé. De plus les accusations formulées contre les Jésuites se contredisaient. Ainsi, tandis qu’en Portugal on leur reprochait de ne pas observer leur règle, en France on condamnait cette règle elle-même comme étant en opposition avec les lois de l’Etat. — En Portugal la suppression de la Compagnie fut l’œuvre de Pombal (voyez page 393). Les Jésuites sont bannis du Portugal (l'an 1759) et transportés en Italie, sans procès ni condamnation. — En France, d’Alembert publia contre eux un écrit intitulé; De la deetruction de» Jieuilet ; ce fut lui qui donna le signal de la persécution. La baine du duc de Choùeul et de la - murguite de Pompadour, h laquelle les
H. uaiv. T.
HISTOIRB UNIVBRSBLtC.
Jésuites en France, leur suscita une terrible persécution en Espagne : Aranda, ministre de Charles III, consentit à lui servir d’instrament. Il montra à son maître des lettres fausses, que l’on disait émanées du général des Jésuites, Ricci, et renfermant les imputations les plus injurieuses contre le roi. Tous les Jésuites d’Espagne furent arrêtés le même jour, embarqués et jetés sur les côtes des Etats pontificaux. Ferdinand IV do Naples, fils de Charles III, suivit l’exemple de son père, à l'instigation de son ministre Tanucci. Le duc de Parme et de Plaisance, frère du roi d’Espagne, expulsa également les Jésuites de son duché. Le pape Clément XIII prit la défense des persécutés et publia un bref énergique contre le duc de Parme. Alors les Français occupèrent militairement Avignon et le Venaissin, et lès Napolitains s’emparèrent de Bénévent. Clément X/F, qui monta sur le trône pontifical au milieu de cette effervescence, crut alors devoir, dans l’intérêt de l’Eglise, supprimer la Compagnie de Jésus; il le fit par qn bref adressé à tous les évêques catholiques. Il espérait par là réconcilier avec le Saint-Siège lœ cours de France, d’Espagne, de Portugal et de Naples, et mettre un terme à l’espiût de haine contre l’Eglise, qui devmicdt de jour en jour plus menaçant. Il fut trompé dans son
Jésuites avalent refusé un confesseur, causa leur perte. L’Ordre tout entier fut impliqué dans le procès de La VaUiu, quoique l’on connût la défense signifiée â ce Jésuite par ses supérieurs de continuer ses spéculations commereialee ; ce prucès ne fut qu’une occasion dont le parlement de Paris profita pour faire supprimer l'Ordre comme société dangereuse pour î’Etat (l’an 17SS). Une assemblée de cinquante évéques réunie à Paris donna cependant un avis favorable, auquel adhérèrent soixante-dix autres prélats. Les parlements de Rennes, de Rouen, de Toulouse, de Perpignan, cPAix et de Bordeaux se prononcent contre les Jésuites, mais à une trèsfaible majorité. Les cours royales de Pranchc-Comté, d’Alsace, d’Artois et de Flandre prennent leur défense. Le roi, qui d'abord les avait pris sous sa protectiOD, les abandonna ensuite et ratifia l’arrêt du parlement de Paris (l’an 1764). — Suppression de l’Ordre en Espagne, par suite des intrigues du duc de Cboiseul, qui trouva un instrument docile dans Aranda (voyez page S98). Les Jésuites sont exilés de l’Espagne et transportés en Italie (Pan 1767). Us éprouvent le môme sort à Naples (l’an 1767) et dans lo duché de Parme (l’an 1768). Bref de Clément XIII en faveur des Jésuites U’an 1767). Irritation des cours de Francs, de Naples, d'Espagne et de Por-
tA régence.
espoir : la plus terrible persécution religieuse éclata sous le pontificat de son successeur Pie VI. Le bref de Clément XIV ne fut pas exécuté partout. Les Jésuites, protégés par le roi Frédéric II et l’impératrice Catherine II, subsistèrent en Prusse et en Russie jusqu’au jour où Pie VII rétablit la Compagnie de Jésus.