LA REGENCE
et de la bienséance, et s’entoura d’une société toute composée d’hommes dépravés qu’il appelait ses roués. Dans le double but de rendre le Régent populaire et de couvrir une partie de la dette publique, on exigea de tous ceux qui s’étaient injustement enrichis sous le règne précédent, la restitution d’une somme qui devait s’élever à deux cent vingt millions. Cette mesure ne réussit pas : elle mécontenta ceux qu’elle frappait; d’un autre côté, les restitutions versées dans le trésor public furent insignifiantes, parce qu’un grand nombre de coupables y échappèrent en corrompant l’entourage du Régent. D’autres mesures prises dans le but de relever les finances de l’Etat restèrent sans effet, et l’on se trouva dans l’impossibilité de rétablir l’équilibre entre les recettes et les dépenses. Ce fut alors qu’un aventurier écossais, Jean Law, proposa au Régent un vaste système financier, qui aurait pu. produire d’heureux fruits s’il avait été sagement mis en pratique, mais qui aboutit à la ruine d’un grand nombre de fortunes, parce qu’il devint l’occasion des spéculations les plus folles et les plus extravagantes. Law avait fondé, avec l’autorisation du Régent, une banque qui prospéra merveilleusement et qui gagna la confiance générale; il la fit déclarer banque publique. Il
parvint à récupérer qu’une somme minime, à cause de la protection qu’un grand nombre d’accusés Irouvéïent parmi les amis du llégont. — Jean Lato proposa d’établir une banque py actions autorisée à émettre du papiermonnaie et à employer l’argenté des entreprises commerciales. Il avait déjà soumis ce projet à Louis XIV l'an 17l4)qui ne l’avait pas agréé. Le Régent fautorisa è établir une banque privée avec un capital de 6 millions (l’an 1716) : Law fit de bonnes affaires et obtint du gouvernement la permission de fonder la Compagnie if Occident ou du Uississipi ayant le monopole du commerce avec la Louisiane (l’an 1717). Lu propriété de cette contrée fut donnée à la Compagnie, qui émit des actions pour une valeur de 100 raillions. Le chancelier d’Ajuesieau, s’étant montré opposé é ces innovations, fut destitué et remplacé par d’Argenson, qui avait toute confiance en Law (l’an 1718). Engouement du public pour les spéculations financières. La banque de Law est transformée en banque publique et émet pour 110 millions de papier-monnaie. La Compagnie d'Occident reçoit encore le monopole du commerce dans le Sénégal, dans les Indes Orientales et dans la Chine. Etablissement de colonies dans la Louisiane. Les actions montent de üOO livres, valeur nominale, h 6000 livres, à cause des forts dividendes payés par la Compagnie. De nouvelles émissions d’actions en portent le nombre h
émit petit à petit du papier monnaie pour une somme énorme, garantie par les futurs bénéfices d’une Compa* gnie dCOceident qu’il créa. Cette compagnie obtint le monopole du commerce dans la Louisiane, et plus tard, de tout le commerce maritime de la France, et en outre le monopole de la perception des impôts. Les actions de la banque, dont la valeur nominale était de cinq cents livres chacune, furent élevées par la spéculation à une valeur fictive de vingt mille ‘livres. Mais la Compagnie ne réalisa pas les bénéfices espérés ; d’autre part, le papier-monnaie fabriqué dépassait quatre-vingts fois la somme de tout le numéraire qui existait en France. Une crise était inévitable. Elle éclata dès que le public, qui avait perdu confiance dans les opérations de la banque et qui ne pouvait plus obtenir le paiement des intérêts, réclama le remboursement des billets én circulation. Comme ce remboursement était impossible, les actions et le papier-monnaie perdirent toute leur valeur. L’Etat ne put se libérer qu’au moyen d’une banqueroute générale; Law s’enfuit à Venise où il mourut.
Les guerres de la régence, le ministère du cardinal DUBOIS (1717-1723). — Le cardinal Alberoni, ministre du roi d’Espagne Philippe V, avait conçu le projet de renver-
600,000, ce qui élève h plus de 640 millions la somme représentée par le papier-monnaie en circulation. L’engouement continue, et les actions montent b 20,000 livres. Law est nommé contrôleur général des impôts (l’an 1720) ; il Oxe le dividende b 40 pour cent, ce qui ne donne qu’un pour cent pour les actions achetées aux taux de 20,000 livres. Ce Tut alors que des spéculateurs prévoyants exportèrent pour plus de 500 millions de livres de monnaie d’or et d’argent. Les actions tombent de 20,000 livres b 12,000 et peu après b 9,000. Pour soutenir le cours du papier-monnaie, on eut recoursb des ordonnances arbitraires ; les monnaies d'or furent supprimées, et il fut défendu de détenir aucune espèce de numéraire. Augmentation du papier-monnaie jusqu'b concurrence de 2,700 millions delivres. La colonisation de la Louisane échoue ; la banque est forcée de suspendre ses paiements, et l’on propose une liquidation. Law est obligé de S’enfuir. Le papier-monnaie, qui représente une somme de 2,222 millions de livres, est réduit au tiers de sa valeur nominale, il est remboursé par des rentes b deux pour cent. Ce fut la ruine de beaucoup de gens.
Projets A'Albtroni (voyez, page 296); crainte du Régent au sujet des prétentions que le roi Philippe V pourrait élever sur le trône de France si |e jeune Louis XV venait b mourir. Duboi$, gagné par Stanhope, ministre du