LA COMPAGNIE DR JÉSUS
I/ÉOUSE ET LE SAINT SIÈGE JUSQu’a LA MORT DE LÉON X
(1417-1521). — Le grand scliisoie d’Occident, cette division si funeste du inonde catholique, avait laissé des traces profondes. La discipline ecclésiastique s’était relâchée, et pour la relever, le pape Eugène IV îtyait convoqué le concile de Bâle. Mais cette assemblée, au lieu de s’occuper de réformes disciplinaires, se mit en opposition avec le Saiat- Siéee et finit par devenir schismatique; elle déposa le pape et lui opposa un usurpateur dans la personne du duc Amédée de Savoie. Un nouveau concile, convoqué à Ferrare et transféré à Florence, décréta, il est vrai, des mesures salutaires et opéra la réunion d’une partie de ï église grecque schismatique avec l’Église catholique ; mais le y.éle de plusieurs pontifes et surtout du savant et vertueux Pie II n’eut pas des résultats complets. Vers la fin du quinzième siècle, le Saint-Siège fut malheureusement déshonoré par quelques hommes qui foulaient aux pieds la dignité pontificale, entr’autres par Alexandre VI, dont la mémoire a été justement flétrie. Absorbés par les affaires
IX. A consulter: Audin, Histoire de Léon A'. — Roscre, f'ie et pontifical de leoii X (traduit de l’anglais). Paris, 1808 — Ranko, Histoire de la papauté (irailuit de rallemaiid).
Agitations produites dans le monde catholique par le grand schisme d'Ocrident (voyez la 4' part chap. XllI, § 4). Nécessité de réformer la discipline dans le clergé, et surtout dans le haut clergé, qui tendait de plus en plus h lievcnir mondain. Convocation d’un Concile général h Bâle par le pape l'.uijéne IV, successeur de Martin V (l’an 1431). Ce concile, composé seulement d’un petit nombre d’évéques, se met en opposition avec le Saint-Siège : il refuse de se séparer malgré les ordres du pape, et devient ainsi schismatique. Les auteurs protestants modernes ont exagéré l’importance de ce concile : quelques prélats distingués qui avaient d’abord pris part au concile, et parmi lesquels on remarque surtout le cardinal Nicolas de Cuse, ne tardèrent pas à s’en retirer. Le pape convoqua un nouveau concile h Ferrare (l’an 1438), qui fut plus tard transféré b Florence ; réunion de l’Eglise grecque schismatique b l’Eglise catholique, par suite de quelques concessions disciplinaires ; une partie de l’Eglise grecque persista cependant dans le schisme. D'importants décrets furent portés pour rétablir la discipline eoclé-
politiques, ces. pontifes prenaient une part active aux guer-res qui désolaient alors l’Italie ; Jules II ne songeait qu’à rétablirlapuissancepolitiquedu Saint-Siège. Sous Léon X, la cour papale était devenue toute mondaine; au lieu de donner ses soins au gouvernement de l’Eglise, ce pontife, exempt d’ailleurs des égarements de quelques-uns de ses prédécesseurs, s’occupait d’art et de littérature classique. Le protestantisme, qui vint alors ébranler le monde religieux, provoqua une salutaire réaction dans l’Eglise catholique.
Le concile de trente (1545-1563). — Le pieux Adrien VI y qui succéda à Léon X, mit le plus grand zèle à réformer la discipline de l’Eglise et publia des décrets sévères contre tous les membres du clergé qui ne vivaient pas conformément à la sainteté de leur état ; il bannit de la cour pontificale le luxe mondain qui s’j était introduis. Malheureusement son pontificat fut de trop courte durée pour qu|il pût mener à bonne fin les réformes commencées. Clément Vlly de la famille de Médicis et cousin de Léon X, s’occupa de nouveau des affaires politiques de l’Italie et prit part aux guerres de Charles-Quint et François I*'. Il donna ainsi lieu à la prise et au sac de Rome par l’armée impériale. Ses différends avec l’empereur l’empêchèrent de convoquer le concile général que l’on réclamait de tous côtés
siastiquo Zèle de l'Iusieurs papes et surtout de He II (1458-1464) pour réformer les abus qui s’étaient introduits dans l’administration de l’Église. Malbeureiisement les successeurs de Pie 11 ne continuèrent pas l'œuvre commencée. Plusieurs d’entr’eux profanèrent la sainteté do leur pouvoir en favorisant leurs'porents qu’ils revêtirent de hautes dignités ecclésiastiques (abus flétri sous le nom de népotisme) et en s’oecupant presque exclusivement des affaires politiques de l’Italie. Deuxd’entr'eüx, Innocent VIII (1484- 14Si) et Aleaandre VI (1492-1503;, déshonorèrent le siège pontificni par leurs crimes et la dissolution de leurs mœurs. Dieu ne permit pas qu’aucun de ces pontifes publiât des décrets dogmatiques ; et ainsi, en soumettant son Eglise h cette terrible épreuve, il montra une fois de plus qu’il est avec elle jusqu’h la consommation des siècles, et que, en matière de foi, elle ne peut jamais errer. Jules II (1503-1513) s’occupa presque exclusivement de politique et prit une part active aux guerres que se faisaient en Italie, l’empereur Maximilien, les rois de Fran^ et la république de Venise (voyez la 40 part. ch. XIX. § 3). Léon X, de’W famille de Médicis (1513-1521), se laissa entraîner par le mouvement classique païen qui s’était emparé de tous les esprits en Italie. Sa principale sollicitude fut dirigée vers les études B. URIV. V,
HISTOIRB ülflV'BRSBLLK.
et dont les protestants eux-mêmes voulaient d’abord, ils l’avaient du moins déclaré , reconnaître les décisions. Paul III put enfin acquiescer au vœu général : ce fut sous son pontificat que s’ouvrit le concile œcuménique de Trente qui, sauf quelques interruptions, dura dix-huit ans. Cette assemblée, composée de prélats et de savants de tous les pays de la chrétienté, aussi distingués par leurs vertus que par leurs connaissances, examina les dogmes attaqués par les novateurs et les définit de nouveau dans le sens dè la ' croyance et de la tradition invariables de l’Eglise. Elle opposa ainsi l’ancienne doctrine catholique aux opinions individuelles de quelques hommes orgueilleux, qui prétendaient placer l’autorité de leur raison au-dessus de l’autorité de l’Eglise, et qui, par leurs propres divisions, prouvaient d’ailleurs clairement que tout fondement solide leur manquait. Plus de deux cent cinquante prélats et théologiens assistaient au concile ; toutes les décisions y étaient prises après des discussions aussi libres qu’approfondies.
Le concile constata et confirma d’abord le dogme ; puis il arrêta de salutaires mesures relatives à la discipline : la nécessité du célibat ecclésiastique fut reconnue, et il fut ordonné au clergé de conformer sa vie à la sainteté de sa
riaftsiques et les beaux-arts ; sa cour devint le rendez-vous des savants et des artistes, et il gaspilla les revenus de l’Eglise dans un but purement artistique. Les réformes disciplinaires ne l’occupèrent point, et lorsque le protestantisme prit naissance, il y attacha d’abord si peu d’importance qu’il traita les prédications de Luther de i querelles de moines. • (1 intervint toutefois plus tard avec autant de douceur que d’énergie dans les troubles religieux que Luther avait excités (voyez plus haut, page 13).
Adritn 17 (15'2j-l523), natif d’Ùtrecht, avait été précepteur de Charles- Quint et professeur a i’üniversité de Louvain ; il voulait une réforme sérieuse des abus, et, h cet effet, il prit des mesures énergiques, en donnant lui-méme l’exemple de la plus grande austérité. Opposition d’une grande fraction du haut clergé et mécontentement du peuple de Rome, qui avait profité du luxe de la cour papale et des prodigalités de Léon X. Il mourut avant d’avoir pu mener à bonne fin l’œuvre commencée. Clément VU de Médicie il 6S3-1 534). Ses démêlés avec Charles-Quint (voyez p. 61), avec Henri VIll fp. 31). Les mesures décrétées par Adrien VI ne furent pas exécutées ( Clément se montrait peu empressé h coo||N]uer le concile général réclamé par l’empereur et même par les protestSnts. Paul III (1534-1549) travaille acti. vement à la convocation du concile et négocie la paix entre Charles-Quint
kaissance et propagation du protestantisme. 55
vocation. L’éducation et l’instruotion du clergé dans les grands et petits Séminaires, l’instruction du peuple, la réunion fréquente de synodes provinciaux et diocésains et une foule d’autres points furent réglés par le concile, qui interdit en même temps le cumul des bénéfices et prescrivit aux évêques de visiter fréquemment leurs diocèses. Les décrets du concile de Trente furent bientôt promulgués dans tous les pays catholiques, et ainsi fut accomplie la véritable réforme dans l’Eglise, Le concile approuva aussi la règle de YOrdre des Jésuites, qui était appelé à devenir, dans la lutte contre le protestantisme, on des plus forts soutiens de l’Eglise.
La compagnie de Jésus (1521-1555). — Pendant que l’Eglise réunie en concile prenait, sous l’inspiration du Saint-Esprit, des mesures efficaces pour maintenir la pureté de sa doctrine et pour rétablir sa discipline. Dieu loi envoya un secours extraordinaire dans l’ordre si justement célèbre des Jésuites. Le fondateur de la Compagnie de Jésus fut St. 'Ignace de Loyola. Ignace était un gentilhomme espagnol, aussi distingué par sa bravoure que par son esprit et ses vertus : enfiammé de l’amour de Dieu, il quitta le monde, renonça à une brillante carrière et se ren-
et François I" (fan 1538). Convocation du concile à Mantoue (l’an 1537) ; il est transférë à Vicence et s’ouvre enfin à TrtnU (l’an 1545), ville située dans le Tyrol et par conséquent sous l’obédience de l’empereur d’Allemagne. Les travaux dogmatiques et disciplinaires du Concile furent des plus importants. Dignité et calme des discussions de cette assemblée, formant un con- ' trasle frappant avec les querelles violentes et personnelles qui s'étaient élevées entre les différents chefs du protestantisme, Luther, Munzer, Zwingle et Calvin. Les hommes les plus remarquables de tous les pays de l’Europe s’y trouvaient réunis : cardinaux, évêques, chefs d’Ordres religieux, et plus de 150 théologiens distingués. Il fut interrompu è diverses reprises par les événements politiques et dura en tout dix-huit ans (1545-1563): les décrets furent signfe par 255 prélats, abbés et généraux d'Ordres religieux. Ces décrets se rapportairat au dogme et h la discipline ; ils produisirent les plus heureux fruits dans l’Eglise catholique. Le concile réalisa ainsi tout ce que les prétendus réformateurs avaient réclamé : il donna uue magnifique preuve de l’unité delà foi et un exemple frappant du respect pour l’autorité de l’Eglise, en présence des violentes dissensions qui déchiraient le protestantisme et qui déjà l’avaient divisé en un grand nombre de sectes. Les décisions dogmatiques du concile de Trente furent promulguées dans tous
iUSTOIRB UNIVERSELIiB.
dit à P^is où il commonga ses études. Plusieurs jeune» gens, (]ui y étudÎHidQt ég^ement et parmi lesquels se faisait surtout renaarquer François Xamier, se lièrent avec lui et prirent ensemble la résolution de se vouer entièrement au service de Dieu et de la sainte Egalise. La devise qu’ils choisirent: Tout pour la plus grande gloire de Dieu, devint la boussole qui guida oet Ordre illusU’e dans sa longue et glorieuse carrière. Aux trois vœux monastiques de chasteté, de 'pauvreté et d’obéissance, S. Ignace enajouta un quatrième^ celui d’un entier dévouement aux ordres du Souverain-Pontife. Se sanctifier par la stricte observance de la règle, défendre la religion catholique partout où elle était attaquée, soigner l’éducation et l’inslrùctidn de la jeunesse, cultiver les sciences et les lettres, combattre les hérésies, prêcher l’Evangile aux nations païennes, tel était 1e but étendu que se proposait la Compagnie de Jésus. S. Ignace obtint du pape Paul 111 l’approbation de sa règle, qui fut solennellement confirmée par le concile de Trente. L’ordre prit une extension rapide. A la mort de saint Ignace, il comptait cent maisons et plus de millé membres ; un siècle plus tard, plus de vingt-deux mille religieux, dans plus de quinze cents maisons, obser>
les pays catholiques. Quant aux d^rets concernant la discipline ot les rela~ Uonsde l’Eglise avec les gouvernements civils, ils ne furent pas partout publiée, et même des entraves furent mises èi leur exécution dans certains pays.
Ignace de Loyola était né, en 1 i9f , en Espagne ; il était issu d'une famille noble et avait servi dans les armées royales. Blessé au siège de Pampelune l'an I S9t ), il avait été touché par la gréce en lisant, sur son lit de douceur, la vie de Notre-Seigneur et des Saints, et il s’était décidé h consacrer dorénavant sa vie h Dieu. Après avoir fait un pèlerinage h Jérusalem, il commença, h l’âge de 33 ans, les études élémentaires, et se rendit plus tard h l’uni^rsité de Paris (l’an 1 328). 11 se lia dans cette ville avec six hommes enOammés, comme lui, de zèle pour la gloire de Dieu, les quatre Espagnols François Xavier, Jacquee Laines, Alphonse Salmeron et Alphonse Bobadilla, le Portugais Simon Hodrigues.et le Beige Pierre Lefèvre (l’an 1634;. lisse rendirent h Rome et obtinrent du Pape Paul 111 l’approbation de la règle du nouvel ordre (l’ap 1540), qui prit le nom de Compagnie de Jésus. Ignace, élu premier générafde l’Ordre, resta h Rome, il envoya ses disoiples dans tous les pays du momte, en vertu e^un quatrième veau qu’il avait ajouté aux trois veaux mouastiquee ordinaires et qui ^ligeail les membres de l’Oidf»
l’europe pendant i>b règne de charles-quint. 57
raieat la règle de saint Ignace. L'influenee salutaire de la Cempagnie de Jésus ne tarda pas à se fak^ sentir dans tous lés pays de l’Europe : la foi se raviva oüdzles catholiques par la pratique de la religion ; le protestantisme fut arrêté dans sa propagation et combattu par les armes de la science et l’Evangile ^t prêché dans les pays les plus éloignés. Les pertes que l’Eglise avait fûtes en Europe par les apostasies furent ainsi réparées én partie par de nombreuses conversions chez les peuples païens de TAsio et de l’Amérique.