CHAPITRE II
i’BMPIRB GERMANIQUE, LA FRANCE, l’iTALIE ET L’BSPAGNE, PENDANT LE RÈGNE DE CHARLEE-QÜINT. (l5t9-lSSS).
I. — les GDERlIES DE CHABLES-QI’INT ET DE FRANÇOIS 1®' JÜSQO’AD TRAITÉ DE CAMBRAI. (iSlO-lSîo).
Charles-quint et François i®"^. — A la mort dé Maximilien /"■, deux princes se disputèrent la couronne impériale: Françoi»!", roi de France, QiCharîes-Quint, petit-
à se rendre partout où les appellerait la voix du Souverain Pontife. L’Ordre des jésuites sedistingtia des anciens Ordres religieux par l’étendue des travaux auxquels il se livrait et qui embrassaient tous lès besoins religieux, moraux et intellectuels de la société : le saint ministère dans les pays catholiques pour y ramener la foi ; la réfutation des hérésies par les armes de lu science et de la persuasion ; la prédication de l’Evangile aux païens ; Féducation et l’instruction de la jeunesse pour la préserver de l’aposta%ie ; la culture des lettres et des sciences dans l’intérét dé la religion. On a justement '' admiré la sagesse de la règle : elle prévoit toutes les difScultés que l’Ordre devait rencontrer plus tard ; la durée du noviciat fut Axée é deux années, pour qu^la préparation des nouveaux membres fût plus complète. Exten sien rapide de FOrdre : il fonda des coHégés et des résidences dans tous les pays de l’Europe, et opposa une forte digue au protestantisme. Prédications apostoliques de Si Françoü Xavier dans les Indos ; il mourut au moment où il se disposait à aller prêcher l’Evangile eu Chine (l’an 1S53). Mortdefldfnt Ignace (l’an 1 86é).
■iéveleppemente. -- A cdfmiUer : âcbdell. Cour* dThleloire dee Etats Earapiens. Paris, i83». Vau Kampen. BUtoiré âtt Pays-Bas, 4®* vOl. SchvaïàA, Hissais e de Fretnos, HeAbou^, ViiiO.Srvel. (danélscéiléctieDrpùMiéééu
HISTOIRE UNIVERSELIÆ.
fils de Maximilien, roi d’Espagne et de Naples, souverain des Pays-Bas et de l’Autriche. Celui-ci, grâce à l’appui du princo-électeur, Frédéric de Saxe, l’emporta sur son rival; en montant sur le trône impérial, il se vit à la tête d'un des plus vastes empires qui aient encore existé en Europe. Il confia à son frère Ferdinand le gouvernement ds l’Autriche qu’il lui céda entièrement quelques années plus tard : Ferdinand devint ainsi le chef de la branche autrichienne de la maison de Habsbourg. Charles-Quint possédait à un haut degré les qualités nécessaires pour gouverner ses vastes Etats : il unissait la prudence à la fermeté, et la loyauté de son caractère était si grande que plus d’une fois on en abusa pour le tromper. Bon général et soldat intrépide, il prit une part active à la plupart des guerres qui éclatèrent pendant son règne. Les circonstances difficiles dans lesquelles Charles-Quint s’est trouvé l’ont seules privé de l’éclat extérieur dont il aurait brillé, s’il avait régné à une époque moins malheureuse. Trois grands faits dominent tous les événements du règne de Charles-Quint : le protestantisme, la rivalité avec la France et les guerres
allemand par HeerenetUkert). Léo, HiUoirtd’Iialû, fibidem). Traduit de Tullemand dans le panthéon historique. Paris, 1840. — Le même, V Histoire des Pays-Bas, en douze livres (t* vol.). Bobertson, Histoire ds Charles- Quint, traduit de l’anglais.
1. Etat de l’Allemagne h la mort de Maximilien 1“' {voyez la 4° part., cbap. XX, g 3). La grande puissance de la maison de Habsbourg- Autriche inspirait des craintes aux princes de l’empire ; Maximilien leur ayant demandé de reconnaître son petit-flis Charles-Quint pour son successeur, ils refusèrent et olTrireut la couronne S Frédéric, prince-électeur de Saxe et vicaire de l’empire pendant la vacance du trône. Frédéric refusa et proposa d’élire Charles-Quimt qui fut en effet nommé empereur; désappotntement de Françot» /"■ qui avait gagné le prince-électeur de Trêves et qui aspirait h la couronne impériale. Les princes-électeurs fontsignerh Charles- Quint une convention, appelée capitulation électorale, par laquelle leurs droits, privilèges et souverainetés sont garantis. A partir de cette époque, tous les empereurs d’Allemagne furent obligés de signer une pareille convention lors de leur élection. — Jugements injustes portés sur le caractère elle règne de Charles-QutnI. Ils proviennent de la haine des auteurs protestants allemands contre ce prince, et de la partialité de quelques auteurs français qui prennent parti pour François /*'. Mais, ce qu’on ne conçoit pas, c’est que ces accusations soient encore répétées par des écrivains catholiques, après qu’elles ont été réfutées par des savants protestants. 11 faut
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contre les Turcs. François I", le rival de Charles-Quint, était un prince chevaleresque et brave, aussi distingué par son esprit que par son habilité politique; mais il ternit ces belles (qualités par la légèreté de ses mœurs et par une politique qui souvent manquait de loyauté et de franchise. Sa conduite à l’égard de Charles-Quint en particuliep n’est pas exempte de reproches.
Les premières guerres de charles-quint avec la FRANCE jusqu’à LA PAIX DE CAMBRAI (1521-1529). — LeS troubles religieux qui avaient éclaté en Allemagne appelèrent Charles-Quint dans ce pays. Il y présida la diète de Worms, mais les projets ambitieux de François I*‘‘ l’empêchèrent de veiller à l’exécution des décrets portés par cette assemblée contre Luther. Maître du duché de Milan, le roi de France songeait à faire la conquête du royaume de Naples. L’empereur conclut alors une alliance avec le pape Léon X et le roi d’Angleterre Henri VI II, et expulsa les Français du Milanais. En même temps il repoussa leurs armées de l’Espagne et des Pays-Bas qu’elles avaient envahis. Sur les conseils du duc de Bourbon que les injusti-
tenir compte des immenses difficultés que Cbarles-Quint avait à surmonter et de la vaate étendue des Etats qu’il fu^appelé b gouverner, à l’âge de dixsept ans. Rien de plus injuste que d’accuser Cbarles-Quint de déloyauté ; au contraire, son principal défaut était d’étre trop confiant dans les hommes qui l’ont ensuite trompé comme le duc Maurice de Saxe (voyez plus haut, page il). Françoii /' avait un caractère tout différent ; il se distinguait par sa bravoure, la vivacité de son esprit et sa politique hardie : mais il manquait de franchise et de loyauté, témoin sa conduite après la conclusion de la paix de Madrid. Ses mœurs étaient plus que légères.
C/iorfM-Quirw ne quitta l’Espagne que deux ans après' son élection (l’an 16i1). Troubles religieux en Allemagne et dtéiede Iformt (voyez plus haut, page 15). Françoie l" reprend les projets de ses prédécesseurs sur l’Italie (voyez la partie chap. XIX. § 3). Première guerre avec la France (1531- 1535). Les hostilités éclatent h la fois en Italie, aux Pyrénées et dans les Pays-Bas. François 1" avait compté sur les troubles religieux qui occupaient l’empereuren Allemagne. .d/lûMct entre Charles-Qoint, Léon X et Henri VIII. Revers des Français; ils perdent le Milanais (l’an 1533) et sont chassés de l'Italie : leurs armées aontdéfaites dans les Pyrénées, et la ville de Tournai, dont ils se sont emparés, leur est enlevée. François l» se brouilleavec le duc de Bourbon Charlee,eB luireprenantsonduchéquelui avait légué' sa femme , leducolTre ses services b l'empereur, qui lui confie le commandement d'une armée envoyée contre Marseille (l'an 1534). Vaillante défense de cette ville ;
cea de Pranoois I* avaient forcé- de se retirer en Allemagne, l’empereur envoya une armée pour s’emparer àa Marseille. Cette ville fut défendue vaillamment par se» habitants, pendant que des maladies décimaient l’armée impériale, qui fut forcée de se retirer en désordre, François 1“ profita de oet échec pour reconquérir Milan et conclure une alliance avec le pape Clément VII et les Vénitiens. Mais il perdit la grande bataille de Pavie et fut fait prisoaniei-, après avoir vaillamment combattu à la tête de ses troupes .
La patoj de Madrid lui rendit la liberté, à la condition qu’il renoncerait à ses prétentions sur l’Italie, ainsi qu’à sa suzeraineté sur le duché de Bourgogne et les contrées qui en dépendaient : il dut laisser ses deux fil» en otage. Cependant, après son retour en France, il renouvela l’alliance avec le pape et les Vénitiens et réussit même à gagner le roi d’Angleterre: son but était de faire la conquête de l’Italie. Alors l’armée impériale, commandée par le duc de Bourbon, reçut ordre de marcher sur Rome et de l’assiéger. Ce siège coûta la vie au duc de Bourbon. La ville fut emportée d’assaut et horriblement saccagée par les troupes mercenaires qui comptaient un grand nombre de protestants allemands. Le pape fut fait prisonnier et dut
désastres de l’armée impériale. François 1er envahit de nouveau; l’Italie prend Milan et assiège Paria (l’an Bataille sous les murs de cette
ville; les Français sont vaincus etie roi est fait prisonnier. C’est après cette défaite qu'il écrivit, entre autres choses, h sa mère : a De toute* choie* nem'etl demeuré que l’honneur et la vie qui est taure. * 11 est conduit h Madrid et y reste prisonnier pendant ua an.
Paùi de Madrid (l’an 15'26) aux conditions suivantes: 1° François I« cède h l’empereur en pleine et entière souveraineté le duché de Bourgogne avec le comté deCharolais et le vicomté d’Auxerres; 3" il renonce à la suzeraineté sur la Flandre et l’Artois, ainsi qu’à ses prétentions sur le royaume de Naples, le duché de Milan et la ville de Gènes ; 3» il s’engage à restituer au duc de Bourbon les biens que celui-ci possédait en France; 4® il laisse scs deux fils en otage et promet tous serment do -se reconstituer prisonnier s’il ne peut remplir les conditions du traité. Mais le roi n’était pas de bonne foi ; car la veille de la conclusion de la paix, il avait protesté devant quelques seigneurs contre tout ce qu’il pourrait promettre à l’empereur. Irrivd en France, il s’écria : • je tuis encore roi » et manifesta publiquement l’intention de ne pas observer le traité de Madrid. H refuse de céder la Bourgogne pour laquelle il offre une somme d’argent; l’empereur n’accepte pas
l’eürope pendant le règne de charles-quint. 61
racheter ssl libjsrté forte somme cl’argeQt. Ces laits,
qu’à tort pn imputa à Tmapereur, provoquèrent un mécontentement général. Frauçois en profita pour faine une nouvelle expédition en Italie, où il porta ses .armes victorieuses jusque sous les murs de Naples.- La défection de la Hotte génoise l’empécha de prendre «ette ville et la peste qui avait éclaté dans son armée le força à lever le siège. Le traité de Cambrai termina la guerre : Charles-Quint renonça à la possession du .duché de Bourgogne, et François I®"" à ses prétentions sur l’Italie. Le duché de Milan fut donné à François Sforze, et l’empereur reçut des mains du pape à Bologne le diadème impérial. Ce fut <le dernier couronnement d’un empereur .d’Allemagne par le pape.
II. — LES DEB.NIÈBES GOERBES ENTBE CHARLESrQDINT ET FRANÇOIS 1®', jusqu’à la paix de CRÉPY. (4SS0-15Ai.)
, Charles-quint et François i®'', jusqu’au renouveli,e- MENT de la guerre (1529-1536). — La paix de Cambrai permit à Charles-Quint de s’occupep des affaires religieu-
cette offre. — Seconde guerre (1 5Î7-1 529,.. Conclusion de la eainte ligue par le roi de France, le pape Clément VU et la répnMique de Venise (l’an 1627). L’empereur envoie en Italie une armée composée en grande partie de troupes allemandes, parmi lesquelles il y a beaucoup de Luthériens, entr’au- !res le fanatique Frundeberg. Le duc de Bourbon manquant d’argent pour payer ses Soldats, les fait marcher sur Rome où ils espèrent trouver un riche butin. Prise de Rome et mort de Bourbon (l’an 1627). Sac de la ville et captivité du pape. L’empereur fut sincèrement aOligé des excès commis par les troupes mercenaires. Le pape rachète sa liberté. Exaspération produite par cet événement dans tous les pays catholiques. Une armée française envahit l'Italie; prise de Gènes, d’Alexandrie et dePavie. L’empereur pour épargner l’effusion du sang provoque le roi de France h on combat singulier. François 1" réjiond pas un refus. Invasion du royaume de Naples par l’armée française; siège de Naples; défection de la flotte génoise, dont l’amiral avait été destitué par le roi de France. Le siège est levé. Paix de Cambrai, appelée aussi \apatx des Dames, parce que les négociations avaien i été conduites par la reine Louise, mère de François I", et par Uarguerite d'Autriche, Gouvernante des Pays-Bas et tante de l’empereur.
II. Activité de Cbarles-Quint en Allemagne (voyez plus haut page 17). Guerre contre les Turcs (voyez le chap. suivant). I^s Etats musulmans du nord de l’Afrique avaient de tout temps fait du mal au commerce de 1a
B. csiv. V.
HISTOIRE universelle.
ses en Allemagne. Il convoqua plusieurs diètes et fit reconnaître son frère Ferdinand poursonsuccesseurau trôné impérial. Mais le sultan Soliman ayant envahi la Hongrie, Charles-Quint se vit forcé de fairedes concessions aux princes protestants de l’Allemagne, pour obtenir du secours contre les Turcs. Ceux-ci se retirèrent à l’approche de l’armée que l’empereur commandait en personne. Charles- Quint entreprit alors une expédition contre Barberousse, souverain de T’unis et d’A Iger, nommé par Soliman commandant en chef des flottes turques qui infestaient les côtes de l’Italie et de l’Espagne et dont les pirateries ruinaient le commerce sur la Méditerranée. Une brillante victoire navale, la prise de Tunis et la délivrance de vingt-deux mille esclaves chrétiens couronnèrent cette glorieuse entreprise. Une attaque contre Alger allait achever de détruire la puissance musulmane en Afrique, lorsque la guerre recommença contre François I®*'. Ce prince ne songeait qu’à se venger de l’empereur. Il négocia avec les confédérés de Schmalcaîden, fit üne alliance avec Henri VIII d'Angleterre qui venait d’apostasier, et envoya un ambassadeur
MMiterranée. Louù avait déjà entrepris une expédition contre Tunis (vo>ez la part. cbap. X, § 7). Les pirateries étaient devenues plus fréquentes et plus dangereuses depuis qu’un hardi aventurier de Lesbos, Chaïreddin Barbtroutse,che( d'une flotte de pirates, s’était emparé des villes (le Tunis et d'Alger et s’y était déclaré indépendant. Le sultan Soliman, pour se l’attacher, le nomma grand-amiral de toutes les forces maritimes de son empire. Descentes de Barberousse sur les eûtes d’Italie et d'Espagne: un grand nombre de prisonniers chrétiens sont emmenés comme esclaves en Afrique. Armements de l’empereur : il réunit une flotte de àOO navires, qu'il commande eu personne. François D’ refuse de prendre part à l’expédition : il avertit secrètement Barberousse des projets de l’empereur. Victoire navale remportée surfa flotte turque près des côtes de l’Afrique (l’an 1535). Prise de Tunis et délivrance de 22,000 esclaves chrétiens. Charles-Quint célébra ce jour comme le plus beau de sa vie, et cette expédition fut préconisée par tout le monde, excepté par les princes protestants d’Allemagne et parle roi de France. Celui-ci fit aliiance avec tous les ennemis de Charles- Quint, concluant des traités avec les piotestants d’Allemagne, le roi d’Angleterre et le sultan : une telle conduite était peu digne d’un prince catholique.
Troisième guerre (1536-1538). Elle éclate à la mort de François Sforse, dernier descendant de la maison ducale de Milan (voyez la 4* part. chap. XIX, g 2). L’empereur refuse d’investir le duc d’Orléans de ce duché.
l'eüropb pbnüanï lb règne de CHARLES-QÜÎNÏ. 63
au sultan Soliman pour demander son amitié et l’engager à recommencer la guerre contre l’empereur.
Les dernières guerres jusqu’à la paix de crépy (1536-1544). — Avant de commencer la guerre, François l®' introduisit dans son armée un changement important : il substitua aux troupes mercenaires étrangères des soldats recrutés dans les différentes provinces de la France par enrôlements libres, mais réguliers. 11 réclama ensuite, le dMché de Milan pour le duc d’Orléans, son second fils ; sur le refus de l’empereur, il lui déclara la guerre. Pendant qu’il envahissait la Savoie, Charles-Quint pénétra dans la Provence qu’il trouva dévastée par l’armée du maréchal de Montmorency et changée en un désert. Bientôt la disette, la famine et les maladies contagieuses décimèrent l’armée impériale et l’obligèrent à se retirer devant les forces supérieures de François I®®, qui s’avança en Lombardie ; une armée turque débarqua en même temps dans le royaume de Naples. Le pape Paul III parvint alors à faire conclure à Nice un armistice pour dix ans, qui fut ensuite confirmé dans une entrevue de Charles-Quint et de B^ran-
Commencement des hostilités en Italie ; occupation de la Savoie par une armée Trançaise. Béorganisalion dt Varmée par François 1"; il créa une arinro nationale de 42,000 hommes, divisée en 7 légions; elle ne se recrutait qu'en France et le roi seul nommait les officiers. Elle devait remplacer en partie les corps de mercenaires étrangers qui avaient leurs chefs propres ; cette organisation n’était pas achevée lorsque la guerre recommença. Charlti-Quint expulse les Français de l’Italie et envahit la Provence : mesure désespérée adoptée par le maréchal de Montmorency de changer le paysen un désert pour arrêter la marche de l’armée impériale. Désastres de ' l’armée allemande : elle se retire en Italie, suivie de près par François l". i Celui-ci fait citer l’empereur sous le uom de Charles d’Autriche devant le parlement de Paris et le fait déclarer déchu du comté de Flandre, fief de la couronne de France. Négociations par l’entremise du pape Paul III ; irèm dt Nice (l’an 1538). Voyage de l’empereur à travers la France (l'an 1340) ; on a fait a Françoisl”un singulier mérite de ne pas avoir violé le droit d'hospitalité à l'égard de Charles-Quint pendant son séjour h Paris; mais s’il avait mis la main sur la personne de son hôte, un acte d’une aussi insigne déloyauté, loin de servir ses intérêts, aurait soulevé contre lui l'Europe tout entière.
L'empereur offrit d’investir le duc d'Orléans du duché de Milan à condition que ce duché ne serait jamais réuni à la couronne de France et que François 1" renoncerait h son droit de suzeraineté sur la Flandre; ces condi-
MtSTOiaS ÜiliVaRSELLE.
çpis P''. Sur ces entrefaites des trouiÿlM4cyatèrentà€k«d, l’empereur traversa la France pour se rendre dans les Pays-Bas, et il fut reçu à Paris avec une grande distinction.
La bonne entente entre ISs deux princes ne fut pourtant pas de longue durée ; lorsque Charles-Quint eut investi du duché de Milan, son fils Philippe, François I*', qui n’avait cessé de réclamer ce duché pour un de ses enfants, déclara da guerre à l’empereur. 11 fit de nouveau alliance avec les princes protestants d'A llemagne et avec le sultan et parvint à conclure des traités avec les souverains protesUmts de Suède et de Danemark; mais il perdit l’appui de Henri VIH, qui fit cause commune avec l’empereur. Les hostilités s’ouvrirent par la prise de Nice, dont la flotte franco-turque s’empara; elle fut suivie de la viotokre que l’armée française remporta à Cérisoles dans le Piémont. Cependant les Anglais attaquèrent Boulogne, tandis que l’empereur menaçait Paris, dont il n’était plus qu’à une journée de marche. Lès-négociations recommaicèrent «lors et elles aboutirent à la paiœ de Crépy par laquelle les deux parties renonçaient à toutes les conquêtes qu’elles avaient faites pendant la guerre. Toutefois le roi d’Angleterre con-
tions ayant été rejetées, Charles-Quiut donna le duché de Milan h son Qts Philippe. Ce fut donc à tort que François I" se plaignit et accusa rentperejir d’avoir manqué à sa parole. Négociations du roi de France avec les protestants d'Allemagne et les rois de Danemark et de Suède. 11 envoie h Couitantinople deux ambassadeurs qui sont assassinés en Lombardie . — Quatrième guerre 542-1 544). François 1" déclare la guerre h l’empereur, quoique celui-ci promit de Taire rechercher et de punir les assassins. Alliance de François l" avec le sultan Soliman : la flotte française s'unit à la flotte turque sous le commandement de Barberousse; prise et sac de Nice par les flottes combinées. La flotte turque passe l’hiver h Toulon, qui est évacué par les habitants, sur l'ordre du roi ; horreurs commises par les Turcs contre les chrétiens. Victoire de Cérisoles, remportée sur l’armée impériale par le comte d’Enghien (l’an 1544). Une armée anglaise envahit la Picardie ; l’empereur pénètre dans la Champagne et menace Paris, mais le roi d’Angleterre refuse de marcher sur cette ville; en outre une guerre de religion étant imminente en Allemagne, l’empereur consent h entrer en négociations; paix de Crépy (1544), dont voici les conditions: François W renouçe à scs prétentions sur l’Aragon, le royaume de Naples, la Flandre et l’Artois ; l'empereur, de son côté, a scs prétentions sur le duché de Bourgogne, le comté de Boulogne et les villes sur la Somme. Un mariago est projeté entre
l’europe pendant le règne de charles-quint. 65
linua les hostilités encore pendant deux ans. François I**' et Henri VIII se réconcilièrent enfin et moururent peu de temps après.
III. — LES PAYS-BAS, LE ROYAOME DE NAPLES ET L’eSPAGNE PENDANT LE KÉG.NE DE CHARLES-QOINT. ( 154 9 -18 66).
Les PAYS-BAS jusqu’à l’abdication de charles-quint (1^19-1556). — Les vastes provinces que la puissante maison de Bourgogne avait réunies sous son sceptre, furent transmises par l’iiéritiére de Charles-le-Téméraire à la maison de Habsbourg, excepté toutefois le duché de Bourgogne et la Picardie, que Louis XI réunit aux domaines de la couronne de France. Charles-Quint hérita ces pays de son père Philippe-le-Beau ; il en confia le gouvernement à sa tante Marguerite d’Autriche, et après la mort de cette princesse, à sa propre sœur Marie, reine-veuve de Hongrie. Il agrandit encore ces possessions par des guerres heureuses et des négociations ; les provinces ainsi réunies au nombre de dix-sept furent désignées dès lors par le nom de Pays-Bas. Après avoir affranchi les comtés de Flandre Pt d’Artois de la suzeraineté française, Charles-Quint régla
le ducd’Orléans et la fille aînée de l’empereur ; Henri Vlll refuse d’accéder é la paix ; il ne se réconcilie avec François 1" que deux ans plus tard (l’an 1546). .Mortde Henri Vlll et de François l" dans la même année (l’an 1547).
III. A comultcr : Héfelé, Le cardinal Ximenèa. traduit de l’allemand. Tournai, 1856. — Histoire d’Eipagne {dans \e panthéon historique). Paris, 1845. 2 vol. in 8°.
Vastes Etats de la maison de Bourgogne (voyez la 4' part. chap. XVII, § o). Charles-le-Téméraire les laissa en héritage h sa fille Marie de Bourgogne qui épousa Maximilien d' Autriche ; le duché de Bourgogne en fut détaché pour être réuni aux domaines de la couronne de France. La Flandre et l’Artois restèrent fiefs français : les autres provinces dépendaient de l’emf ire germanique. Réunion de ces Etats et des vastes possessions de la maison (le Habsbourg, par suite du mariage de Philippe-le-Beau , fils de •Maximilien, avec Jeanne-la-FoIle, héritière des royaumes d’Aragon et de Castille. Maximilien conserva le gouvernement des provinces belges et le confia ensuite à sa tille Marguerite d’Autriche (1507-1530). Charles-Quint donna ce gouvernement, après la mort de sa tante, à Marie de Hongrie 1 1530- 1556'. Il augmenta notablement cos provinces, eu achetant 5 révé(|uc Henri de Havicie la seigneurie d’Utrecht et la province d’Oreryssel (l’an 1528), en recevant la soumission volontaire du pays de Groningne (l’aij
B. l!UV. V. 6
les rapports des autres provinces avec l’empire germanique, dont elles faisaient partie comme fiefs de la couronne impériale. Il composa des dix-sept provinces le cercle de Bourgogne et détermina la part de contributions qu’elles seraient tenues de fournir à l’empire ; ensuite il en fit une principauté héréditaire et indépendante, exempte des lois ou décisions portées dans les diètes générales de l’empire. Cet acte important rompit presque entièrement le lien féodal qui avait uni la plupart de ces provinces à l’empire germanique. Les troubles qui éclatèrent à Gand, à l’occasion d’un secours extraordinaire demandé par la Gouvernante, fournirent à Charles-Quint l’occasion d’affermir son autorité dans les Pays-Bas : les Gantois perdirent presque tous les privilèges dont ils avaient joui jusqu’alors.
Le royaume de naples et de sicile sous le règne de CHARLES-QUINT (1519-1556). — Le royaume de Naples et de Sicile avait réuni à celui d’Aragon, vers le milieu du quinzième siècle, et avait reçu, après la mort d’Alphonse V, une dynastie aragonaise. Attaqué tour à tour par les rois de France et d’Aragon, ce royaume finit par rester à Ferdinand-le-Cathoiique, auquel succéda Charles-Quint. La tranquillité n’y fut pas troublée sous le règne de Charles-Quint, qui le faisait gouverner par des vice-rois ; François P*' échoua dans sa tentative contre la ville de Naples.
153G) et en faisant la conquête des pays de Giteldre et de Zutphen (l'an 1543). — Révolte à Gand; cette ville la plus puissante des Pays-Uas, est soumise et privée de ses privilèges (l’an 1540). Les Pays-Bas furent érigés eu cercle de Bourgogne h la diète d’Augsbourg (l’an 1548); les relations des Paye-Bas avec l’empire furent réglées de telle manière qu’ils formèrent dés lors une principauté presque entièrement indépendante. Charles-Quint y établit un ordre de succession uniforme par sa pragmatique (1549). L’empire germanique fut ainsi considérablement alfaibli ; Charles-Quint sacrifia, dans cette occasion, l'intérét général à celui de sa dynastie.
Etat de l’Espagne lors de la réunion des royaumes d’Aragon et de Castille (voyez la 4* part chap. XVill, § ij. Isabelle montra le plus grand zele |M>ur la propagation du christianisme; elle fut secondée par Issu
d'une famille noble, mais pauvre, cet homme illustre fut d’abord moine franciscain, puis archevêque de Tolède, cardinal, ministre et régent du royaume de Castille apres la mort de la reine Isabelle : au milieu de toutes les grandeurs du monde, il menait une vie tellement austère et pieuse que ■es contemporains le considéraient comme un Saint. Le cardinal Ximenès
i.’eukope pbîjdant le règne de charles-quint. 67
Le seul grand fléau dont ce pays eut à souffrir, ce furent les descentes des Turcs sur les côtes de Naples et de Sicile; ces ennemis du nom^ chrétien y exercèrent de grands ravages, firent de nombreux prisonniers qu’ils emmenèrent en esclavage, et troublèrent le commerce italien. Toutefois ce royaume fut plus heureux alors que sous le règne de la dynastie d'Anjou.
L’eSPAGNE sous FERDINAND ET ISABELLE (1479-1516). — Une nouvelle ère commença pour l’Espagne à la fondation de la monarchie espagnole par suite du mariage de Ferdinand-le-Catholique et d'Isabelle de Castille. Les.deux royaumes d’Aragon et de Castille conservèrent, il est vrai, leur organisation propre et leur administration séparée, mais leur réunion sous un même sceptre éleva bientôt l’Espagne au rang des grandes puissances européennes. Cette transformation fut l’œuvre de Ferdinand et d'Isabelle, et du célèbre cardinal Ximenès. Ce grand homme d’Ètat, aussi distingué par ses vertus que par sa haute intelligence, fut le principal conseiller de la reine Isabelle, et comme tel, ,il eut une large part aux principaux événements qui ont illustré le règne de cette princesse. Le plus beau titre de gloire de Ferdinand et d’Isabelle, c’est d’avoir expulsé les mtisulmans de l’Espagne. Il leur fallut cependant dix ans de guerre pour faire la conquête du royaume de Qre~
prit une large part à l'organisation de la monarchie espagnole. Conqui'te du royaume musulman de Grenade Celte couquâle était d'autant
plus importante que les souverains musulmans de Grenade, soutenus par les musulmans d’Afrique, avaient souvent pris part aux guerres intestines de l'Espagne et en avaient profilé pour faire des incursions dévastatrices dans les royaumes d'Aragon et de Castille. La conquête de Grenade fut surtout l œuvre de la rejue Isabelle, qui souvent se trouva en personne auprès de rariuée chrétienne. Fondation de la ville fortifiée de Sanfa-Fs (la sainte foi), dans le voisinage de Grenade. Le pape donna à Ferdinand et Isabelle le titre de rois catholiques. La population musulmane du royaume de Grenade était nombreuse et riciie. La reine Isabelle, le cardinal Ximenès et le pieux Hrclievëque de Grenade, Talavéra, déployèrent le plus grand zèle pour convertir les musulmans au cliristianisme ; mais les nombreuses conversions qui en résultèrent produisirent une grande irritation chez les musulmans zélés, et plusieurs révoltes éclatèrent. Les juifs, dans le royaume de Grenade ainsi que dans le reste de l'Espagne, possédaient de grandes richesses : ilsdevinrent dangereux par leur connivence avec ceux de leurs coreligion-
histoire UNtV:ftR9BLLK.
nade. Abou- Abdallah, d^ler roi dô Grenado, se réfug;ia èn Afrique, ét la domination des musnlmans en Ëspa gîte se trouva ainsi anéantie, huit siècles après leur première invasion dâHS ce pays. Mais la nombreuse population musulmane de l’ancien royaume de Grenade ne supporta qu’avec répugnance le joug des dirétiens. Elle trouva des alliés parmi les Juifs, qui étaient très-‘nombrèux ^ en Espagne, et des troubles sérieux éclatèrent en vue de livrer le pays aux souverains musulmans d’Afrique. En présence de ce danger, uné mesure énergique devenait nécessaire : la population musulmane et juive fut mise eu demeure d’opter entre la conversion au christianisme et l’émigration ; on permit à ceux qui prendraient ce dernier parti d’emporter leur fortune avec eux. Dans le but d’empécher que le christianisme ne servit de masque à ceux qui restaient attachés à leur ancienne religion, Ferdinand et Isabelle instituèrent le tribunal de t Inquisition ; ce tri* bunal était tout à fait différent de celui que les Souverains Pontifes avaient établi au treizième siècle contre les Albigeois de France. — La découverte de l’Amérique rehaussa encore la gloire du règne de Ferdinand et d’Isabelle, qui avaient fourni à Christophe Colomb la flotte avec laquelle il accomplit cette mémorable expédition. — Jeanne-la- Folle, qui avait épousé Philippe-le-Bèau, devait succéder
uaires qui s'étaient fait baptiser pour parvenir aux emplois publics, mais qui étaient restés secrètement attachés k la religion juive. EtaÙissement de YInquisition etpagnole; c’était un tribunal civil dans lequel siégeaient aussi des conseillers ecclésiastiques , mais tous nommés par le roi. Le pape Sixte IV réclama contre cette organisation et conseilla de maintenir l’/nçuiiftion romaine (voyez la 4' part. chap. XI, § 1). Les papes prirent maintes fois la défense de ceux qui étaient condamnés par l'Inquisition espagnole, et par là même se mirent souvent en opposition avec la cour d’Espagne. L’Inquisition espagnole fut instituée dans un but politique et fut, dès le principe, tout à fait indépendante de l’Eglise. Les crimes commis contre la religion, contre la morale publique, contre le souverain et contre la sûreté de l’Etat tombaient sous sa juridiction. Elle punissait ainsi les crimes d’hérésie et d’apostasie, la religion chrétienne étant seule tolérée. D’ailleurs le principe, cujusest regio illiue est teligio, était partout admis et mis en pratique, et l’histoiré attéstè que, dans les Etats protestants, on s’y conforma avec la dernière rigueur. Cëttê sévérité, on la rencontre én général et dans lé droit pénal ôt dans la procédurè crimihôlle du moyen-âge. (Voyez iâ
l’eüROPE pendant le HÈeNE DE CHARLES-QUINT. 69^
à Isabélle sur le trône de Castille ; mais comme elle avait perdu la raison, son mari et Ferdinand d’Âragon furent successivement investis du gouvernement de ce royaume. A la mcrt de Ferdinand, le royaume de Castille passa, avec celai d’Aragon, à son petit*flls Charles- Quint.