RÉGIME DES VERBES UNIPERSONNELS
Règle 1. — Qnld illlaa Intereat?
335. Les verbes unipersonnels interesi, refert, il importe, quand leur régime est un nom de personne, veulent ce régime au génitif, en sous-entendant causa. Exemples :
Quid illius interest, on refert? que lui importe (comme s’ij y avait quid interest illius causa, qu’importe-t-il pour sa causej ?
Utriusque nostnhn interest, Cic., il importe à nous deux, il nous importe à tous deux (comme s’il y avait interest utriusque nostrûin causa).
Remarques. I. Dans le cas où le régime serait en français un pronom personnel, on emploie en latin l’adjectif possessif à l’ablatif singulier féminin. Exemple :
Refert ou interest meâ, Cic., il m’importe (comme s’il y avait refert ou interest meâ causa, il importe pour ma cause).
II. L’adjectif possessif équivaut à un pronom personnel au génitif. C’est pourquoi il peut être suivi d’un nom ou d’un adjectif au génitif, se rapportant à ce pronom sous-entendu. Exemples :
Interest tua unius, il importe à toi seul.
Med consulis refert, il importe à moi consul.
Règle 2. — Ad honorem nostrom Interest.
336. Lorsque les verbes interest, refert, ont pour régime un nom de chose inanimée, ce régime se met à l’accusatif avec ad- Exemple ;
Ad honorem nostrum interest, Cic., il importe à notre honneur.
Remarque. Cependant, même dans ce cas, avec le verbe interest, on peut mettre le régime au génitif. Exemple :
Reipublicæ interest, Gic., il importe à la république (comme s’il y avait reipublicæ causa, pour la cause de la république.)
Interest rei familiaris tuæ, Cic., il importe à vos intérêts domestiques.
Règle 3. — Me pœnltet.
337. Avec les cinq verbes unipersonnels pœnitet, se repentir, pudet, avoir honte, piget, être facile, tædet, s’ennuyer, miseret.
SYNTAXE DE RÉGIME
avoir pitié, le mot qui serait sujet en français est considéré en latin comme régime direct, et se met à l’accusatif. Exemples :
aie pœmtet, je me repens (comme s’il y avait il me repent, cela me cause du repentir).
Te pudet, tu as honte (comme s’il y avait il te fait honte, cela te fait honte).
Ilunc piget, il est fâché, il a regret (comme s’il y avait il lui fait peine, cela lui fait peine).
Nos tædet, nous nous ennuyons (comme s’il y avait il nous ennuie, cela nous ennuie).
Oinnes homines miserel, tous les hommes ont pitié (comme s’il y avait il fait pitié, cela fait pitié à tous les hommes).
Règle 4. — me poenitct consilll mei.
338. Avec les cinq verbes pœmtet, pudet, piget, lædet, miséret, le régime qui serait marqué en français par la proposition de se met au génitif. Exemple :
Me pœnitei consilii mei, Cic., je me repens de ma résolution (comme s’il y avait il me repent de ma résolution).
Remarques. I. Tous les verbes, excepté voîo, nolo, malo, audeo,-‘Cupio, deviennent unipersonnels devant pœnitet, pudet, etc., c’est-à-dire qu’on les met à la troisième personne du singulier, et le nom ou pronom qui leur sert de sujet en français se met à l’accusatif. E.xemples :
Incipit me pœnitere culpæ meie, je commence à me repentir de ma faute.
Pigere Alexandrum, facti cœpit, Jitst., Alexandre commença à être fâché de ce qu’il avait fait.
Si eos pœnitere possit , Tite Live, s’ils pouvaient se repentir.
Non desiit pœnitere me suscepli belli, Tite Live, je n’ai pas cessé de regretter qu’on ait entrepris cette guerre (mot à mot, de me repentir de la guerre entreprise).
II. Les verbes pcrm'Iel, pudet, etc., sont l’équivalent de pœnitentia, pigritia, tædium, pudor, miseratio tenet, ce qui explique leur double régime : l’accusatif est régi par le verbe, et le génitif par le nom qui entre en composition. Ainsi me pœnitet consilii met équivaut à poenUeiUia con- , silii mei tenet me; incipit me paenitere culpæ meæ équivaut â pœnitentia culpæ meæ incipit temre me.
SYNTAXE
fiÉGIHE DES VERDES DÉPOIVENîTS- Règle l, — Imllari Demoslhcnem.
339. Les verbes déponents transitifs directs régissent l’accusatif. Exemple :
Imitari Demoslhenem, Cic., imiter Déraosthène.
Règle 2. — Fungor ofOelo.
340. Les verbes déponents transitifs indirects, quand ils répondent à des verbes dont le régime est marqué en français par la préposition de, régissent en latin l’ablatif. Exemples :
Fungor officio, Cic., je m’acquitte de mon devoir.
Bonis suis fruatur, Cic., qu’il jouisse de ses avantages.
Remarques. I. Les verbes déponents qui régissent l’ablatif sans préposition sont au nombre de huit :
Frui, jouir de.
Fungi, s’acquitter de.
Gloriari, se glorifier de.
Lætari, se réjouir de.
Niti, s'appuyer sur.
Potiri, être maître de.
Uti, se servir de.
Vesci, se nourrir de.
Mais le verbe potiri, surtout avec le nom res, peut régir aussi le génitif. Exemple : Rerum potiri, Cic., avoir la puissance (mot à mot, être maître des choses).
Les verbes gloriari, se glorifier, lætari, se réjouir, quartd leur régime est un adjectif pronominal neutre, comme id, illud, etc., peuvent prendre ce régime à l’accusatif. Exemple : Idem gloriari, Gic., se glorifier de la même chose.
Le verbe vesci, se nourrir, se trouve aussi avec l’accusatif; mais cette tournure n’est pas à employer.
IL Les verbes déponents qui expriment l’idée de sortie, de naissance, d’origine, veulent leur régime, quand c’est un nom de chose, à l’ablatif avec e ou ex, et quand c’est un nom de personne, à l'ablatif avec a ou ab; mais souvent aussi ils prennent l’ablatif sans préposition. Exemples :
E curiâ egreditur, Tite Live, il sort du sénat.
Natussum a vobis, Cic., je suis né de vous.
Nobili genere nalus, Cic., issu d’une famille illustre.
III. Le verbe déponent guéri, se plaindre de, veut son régime à l’ablatif avec de, et quelquefois, quand ce régime est un nom de chose, à Taccusatif sans préposition. Exemples :
SYNTAXE DE RÉGIME. 18T
Quari de aMqwd re, de aliquo, Cic., se pLaiadre de quelque chose, de quelqu'un.
Prælerita queri, Cic., se plaindre du passé (mot à mot, des choses passées).
IV. Le verbe déponent loqui, quand il répond au verbe français parler, veut à l’ablatif avec de le nom de la chose dont ou parle, et à l’ablatif avec cum le nom de la personne à qui l’on parle. Exemple :
De îilleris luis eramuscum Pompeio loculi, Cic., nous avions parlé à Pompée de votre lettre.
Mais quand il répond au verbe français dire, il devient transitif direct et régit l’accusatif. Exemple:
Ipsam rem loculus est, Tér., il a dit la chose môme.
Règle 3. — niserere moslri.
341 . Le verbe déponent misereor, j’ai pitié de, régit le génitif. Exemple :
Miserere nostrî, Cic., ayez pitié de nous.
Remarques. I. 11 n’en est pas de même du verbe miseror, qui a le même sens, et qui pourtant régit toujours l'accusatif. Exemple :
Sorlem miseratus iniquam, Virg., ayant eu pitié de leur sort malheureux.
11. Les verbes obliviscor, j’oublie, recardor et memini, je me souviens, régissent le génitif ou l’accusatif. Exemple :
Vivonim memini nec mortuorum oblivisci possum, Cic., ou Eiuos memini nec mortuos oblivisci possum, je me souviens des vivants et ne puis oublier les morts.
Règle 4. — Volnntatl tnw obseqnar.
342. Les verbes déponents transitifs indirects, quand ils répondent à des verbes dont le régime est marqué en français par la préposition à, régissent en latin le datif. Exemple :
Voluntati luæ obsequar, Cic., j’obéirai à ta volonté.
Remarque. Les verbes déponents opitulari, secourir, blandiri, flatter , mederi, guérir, quoique transitifs directs en fran-
SYNTAXE
çais, sont transitifs indirects en latin et régissent le datif. Exemples :
Opitulari hospili, Cic., secourir son hôte.
Mederi oculis, Cic., guérir les yeux.
Règle 5. — ninari morlem •llenl.
343. Les verbes déponents minari et minilari, menacer, gratulari, féliciter, prennent pour régime direct le régime qui est indirect en français, et le veulent à l’accusatif; ils prennent au contraire pour régime indirect celui qui est direct en français, et le veulent au datif. Exemples :
Minari morlem alicui, Cic., menacer quelqu’un de la mort (mot à mot, menacer la mort à quelqu’un).
Victoriam et gralulatur, Cic., il le félicite de sa victoire.
Rem.\rques. I. Le verbe minari, menacer, ne se dit que d’une personne qui en menace une autre. En parlant des choses, on emploie les verbes imminere, impendere, instare, être imminent, qui régissent le datif. Exemple :
Tempestas nobis impendet, où imminet, ou instat, un orage nous menace.
II. Avec le verbe gratulari, l’accusatif peut se remplacer parl’ablalif avec de. Exemple :
Mihi de statu nostro gralularis, Cic., vous me félicitez de notre situation.
Avec le verbe minitari, l’accusatif peut se remplacer parl’ablatif sans préposition. Exemple ;
Iluic urbi ferro ignique minilantur, Cic., ils menacent cette ville du far et de la flamme.
RÉGIME DU VERBE SüM.
344. Le verbe s\m n’a pas, à proprement parler, de régime ; mais il peut, suivant sa signification, déterminer le cas du nom qui le suit.
Règle 1. — Snm nobis poma.
345. Dans les phrases où le verbe sum marque la possession et peut se tourner en français par les verbes avoir ou posséder, le nom qui le suit se met au datif. Exemple :
SYNTAXE DE RÉGIME
Sunt nobis poma, Vino., nous avons des fruits (mot à mot, des fruits sont à nous).
Remarque. Quand on se sert delà locution est mihi notiun, pour, rendre le français j’ai nom, je me nomme, le nom propre se met au nominatif, ou rarement au génitif; il peut aussi se mettre au datif, par attraction. Exemples :
Huic urbi nomen est Beneventum, Tite Live, cette ville se nomme (mol à mot, a nom) Bénévent.
Nomen Mercurii est mihi, Plaute, je me nomme Mercure (mot à mot, le nom de Mercure est à moi).
Marcio cognomen Coriolano fait, Tite Live, Marcius eut le surnom de Coriolan (mot à mot, le surnom fut à M.arcius Coriolan).
Règle 2. — Est navis navigantlam.
346. Dans les phrases où le verbe sum marque l’apparlcnance et peut se tourner en français par les verbes être ou appartenir, le nom qui le suit se met au génitif. Exemple :
Est navis navigantium, Ctc., le vaisseau est ou appartient aux passagers (mot à mot, est celui des passagers).
Remarques. I. Dans le cas où le régime serait en français un pronom personnel, on emploie en latin l’adjectif possessif. Exemple :
Omnia quæ nostra erant, Cic,, tout ce qui était à nous (mot à mot, toutes les choses qui étaient nôtres).
II. L’adjectif possessif équivaut à un pronom personnel au génitif. C’est pourquoi il peut être suivi d’un nom ou d’un adjectif au génitif, se rapportant à ce pronom sous-entendu. Exemple ;
Auctoritas vestra est seniorum, l’autorité est à vous plus âgés.
III. La règle Est navis navigantium s’applique aussi au verbe fieri, devenir. Exemple :
Âsiapopuli Romani facta est, Cic., l’Asie devint la propriété du peuple romain.
Règle 3, — Est boni civis.
347. Quand le verbe sum est employé unipersonnellement pour exprimer un devoir, une obligation ou une attribution, le nom qui le suit se met au génitif. Exemple :
Est boni civis, Cic., il est d’un bon citoyen, c’est le propre ou le devoir d’un bon citoyen, il appartient à ua bon citoyen.
SYNTAXE
Remarques. I. Dans le cas où le régime serait en français un pronom personnel , on emploie en latin l’adjectif possessif neutre. Exemple :
Tuum est videre, Cic., c’est à vous de voir, il vous appartient de voir.
II. L’adjectif possessif équivaut à un pronom personnel au génitif. C’est pourquoi il peut être suivi d’un nom ou d’un adjectif au génitif, se rapportant à ce pronom sous-entendu. Exemple :
Tuum est unius videre, c’est à vous seul de voir.
Règle. — Hoe est mihl deleri.
Quand le verbe sum peut se tourner en français par causer, procurer, inspirer, il veut ses deux régimes au datif. Exemples :
Hoc est mihi dolori, Cic., cela me cause de la douleur (mot à mot, cela est à douleur à moi).
Nemini odio fuit, Cic., il n’inspira de haine à personne (mot à mot, il ne fut à haine à personne).
Remarques. I. Cette règle s’applique aussi au verbe fieri, devenir. Exemple : •
Ampla domus dedecori domino sæpe fit, Cic., une grande maison cause souvent de la honte (mot à moL devient souvent à honte) à son maître.
II. Cette règle s’applique également aux verbes transitifs directs dare, vertere, tribuere, dans le sens de imputer à. Exemptes :
Id qitod mihi crimini dabaïur, ce dont on me faisait un crime (mot à mot, ce qui m’était imputé à crime).
Vitio vertere aliquid alicui, Cic., faire à quelqu’un un reproche de quelque chose (mot à mol, lui imputer quelque chose à reproche).
Règle. — Ctratl* tan aobls «pm est.
Avec opus est, il est besoin, on a besoin, le nom de la personne qui a besoin se met au datif, et le nom de la chose dont on a besoin se met k l’ablatif. Exemple ;
Gratid tud nobis opus est, Cic., nous avons besoin (mot à mot, besoin est k nous) de votre crédit.
Remarque. Cependant le nom de la chose dont on a besoin peut aussi se mettre au nominatif et être le sujet du verbe. Exemple :
Dux nobis opus est, Cic , nous avons besoin d’un chef (mot à mot, un chef est un besoin pour nous).
Minus mulli boves opus sunt, Varr., on a besoin de moins de bœufs (mot k mot, des bœufs moins nombreux Sont un besoin).
SYNTAXE OE RÉGIME
RÉGIME DBS ADJECTIFS TERBADX.
Règle 1 . — Populabnndas aj^ros.
348. Les adjectifs verbaux en bundus, quand ils prennent an régime, ce qui est rare, veulent ce régime au même casque le verbe dont ils sont formés. Exemples :
Populabundus agros, Sisenna, ravageant les campagnes (populari régit l’accusatif).
Gratulabundus patriæ, Just., félicitant sa patrie {gratulari régit le datif).
Règle 2. — Amans patrlsc.
349. Les participes présents, quand ilssont employés comme adjectifs verbaux, régissent le génitif. Exemples :
Amans patriæ, Cic., qui aime sa patrie.
Retinens suijuris, Cic., qui maintient son droit.
Appetens glorise, Cic., avide de gloire.