TOURNURE INFINITIVE APRÈS LES VERBES DÉCLARATIFS
Règle 1. — Credo Deam esse sanetnm.
413. Après les verbes déclaratifs, c’est-à-dire ceux qui ont le sens de dire, croire, savoir, espérer, promettre, et autres sens analogues, le sujet du verbe à l’infinitif s’e.vprime toujours, et se met à l’accusatif. C’est ce qu’on appelle la iournure infinitive, qui répond au que français devant un mode personnel. Exemples :
Credo Deum esse sanctum, je crois que Dieu est saint (mot à mot, je crois Dieu être saint).
Spero te venturum esse, j’espère que tu viendras (mot à mot, toi devoir venir).
Remarques. I. Lorsque l’action marquée par le verbe subordonné se fait ou a été faite en même temps que celle marquée par le verbe principal, on met en latin le verbe subordonné au présent de l’infinitif.
Le présent de l’infinitif latin répond alors au présent et à l’imparfait de l’indicatif et du subjonctif français. Exemples :
! credo , eredebam, credidi, credidcram, credam , credidero crederem , crediditsem,
non credo, non eredebam , non credidi, non credideram , non credam, non crederem,
, non credidissem ,
IL Lorsque l’action marquée par le verbe subordonné a été faite avant celle marquée par le verbe principal, on met en latin le verbe subordonné au parfait de l’infinitif.
Le parfait de l’infinitif latin répond alors au parfait et au
je crois je croyais J’ai cru j’avais cra je croirai j’aurai cru je croirais j’aurais cru
je ne crois pas je ne croyais pas je n’ai pas cru je n’avais pas cru je ne croirai pas je ne croirais pas je n’aurais pas cru
que vous pleurez.
que vous pleuriez.
que vous pleurez, que vous pleuriez, que vous pleurez, que vous pleuriez.
que vous pleuriez.
j que vous pleurassiez.
que vous pleuriez.
I que vous pleurassiez.
SVNTAXE.
plus-que-parfait de l’indicatif et du subjonctif français. Il répond aussi, quand le verbe principal est au présent, à l’imparfait de l’indicatif. Exemples ;
Te
fieviste
( credo,
eredeban ,
credidi,
eredidercm,
tredam,
crederem , eredidüsem ,
non credo, non CTclnm, non crrdircm.
je croîs
je rroyais j'ai cru j'avais cru
je croirai
je croirais j’aurais cru
je ne crois pas je ne croirai pas
■que vous pleuriez, que vous avez pleuré, que vous aviez pleuré.
que vous aviez pleuré.
que
qie
que
que
que
vous pleuriez, vous avez pleuré, vous aviez pleuré, vous avez pleuré, vous aviez pleuré.
I que vous ayez pleuré.
non crcdircm, je ne croirais pas i • . .
non credidiMem, je n'aurais pas cru ) •I'*® plsaré.
III. Lorsque l’action marquée par le verbe subordonné doit avoir lieu après celle marquée par le verbe principal, on met en latin le verbe subordonné au futur de l’infinitif.
Le futur de l’infinitif latin répond alors an futur simple et au présent du conditionnel, au présent et à l’imparfait du subjonctif français employés pour le futur ou le conditionnel. Exemples :
Te
fleturum
esse
credo ,
credcbam,
credidi,
credideram,
crederem ,
credidissem,
non credo, non crer.cbam , non credidi, non credideram, non crederem, non credidissem ,
je crois t]ue vous pleurerez ou pleureriez,
je croyais ’l
j’ai cru I
j’avais cru > que vous pleureriez,
je croirais t
j’aurais cru J
je ne crois pas que vous pleuriez, je ne croyais pas 1 je n’ai p is cru |
je n’avuis fi.ar cru > que vous pleurassiez, je ne cruiiais pas 1 je n’aurais pas cru ]
IV. Lorsque l’action marquée par le verbe subordonné doit avoir lieu après celle marquée par le verbe principal, mais avant une autre époque déterminée par l’ensemble de la phrase, on met en latin le verbe subordonné au futur antérieur de l’infiuitif.
Iæ futur antérieur de l’infinitif latin répond alors au futur antérieur et au conditionnel antérieur français, au plus-queparfait du subjonctif employé pour le conditionnel antérieur. Exemples :
SYNTAXE DE SUBORDINATION. 215
I credo, tredebam, creiiidi, cre lideram , crederem, eredidissem,
non credo, non credebam , mm credidi, non credideram, non crederem ,
, non eredidissem ,
|e cro's je croyaù j’ai cru j'avais cru je cruirais j'eusse cru
je ne crois pas je ne croyais pas je n’ai (>as cru je n’avais pas cru je ne croirais pas je n’aurais pas cru
que vous aurez ou auriez pleuré, que TOUS auriez pleuré.
que vous eussiez pleuré.
Règle 2. — Credo Die morltarun esse.
414. Dans la tournure inflnitive, le sujet du verbe subordonné, s’il est le même que le sujet du verbe principal, se rend par le pronom personnel à l’accusatif. Exemples :
Credo me moriturum esse, je crois que je mourrai ( mot à mot, moi devoir mourir).
Jussü se projici inhumatum, il ordonna qu’on l’abandonnât sans sépulture (mot à mot, soi être abandonné sans sépulture).
PuUUis vos felices esse , vous croyez que vous êtes heureux (mot à mot, vous être heureux).
RE^rARQUES. I. Quelquefois cependant, mais très-rarement, le sujet est sous-entendu. Exemple :
Confilere hue ed spe renû£e(au lieu de4ttc eâ spe le venisse), Cic., avouez que vous êtes venu ici dans cet espoir.
Cette tournure, è cause de son obscurité, n’est pas à imiter.
II. Après les verbes qui signifient fewèier , paraître, et après les verbes passifs être dit, être cru, et autres semblables, le sujet du verbe subordonné, étant le même (jue celui du verbe principal, peut se confondre avec lui, et alors l'adjectif qui s’y rapporte s’accorde avec le sujet du verbe principal. Exemples :
Mcrcurius Aryum diciiur interemisse, Cic., on dit que Mercure tua Argus (mot à mot. Mercure est dit avoir tué Argus).
Yidemur vobis esse idonei, Ter., nous vous semblons capables (mot à mot, nous vous semblons être capables).
III. 11 en est de même aussi en poésie, mais très-rarement et par un hellénisme qui n’est pas à imiter, après les verbes qui marquent la connaissance ou l’ignorance d’une chose. Exemple :
Sensü medios delapsus in hostes (au lieu de sensit se in merlios hostes delapsum me), Virg., il s’aperçut qu’il était tombé «u milieu des ennemis.
SYNTAXE
Règle 3. — Credo fore nt stadeat.
415. Dans les cas où il conviendrait d’employer la tournure infinitive, si le verbe subordonné n’a point de supin, et par conséquent point de futur à l’infinitif, on tourne par l’un des deux infinitifs futurs du verbe sum, de la manière suivante : pour le futur simple, par fore ou futurum esse, avec ut et le présent du subjonctif ; et pour le futur antérieur, par futurum fuisse, avec ut et l’imparfait du subjonctif. Exemples :
Credo fore ut studeat, je crois qu’il étudiera (mot à mot, je crois devoir être ou devoir arriver qu’il étudie).
Spero futurum esse ut multa discat, j’espère qu’il apprendra beaucoup de choses (mot à mot, devoir être ou devoir arriver qu’il apprenne beaucoup de choses).
Credo futurum fuisse ut studeret, je crois qu’il aura ou qu’il aurait étudié (mot à mot, avoir dû être ou avoir dû arriver qu’il étudiât).
Rehakques. 1. Lors même que l’on emploie fore ut, si le premier verbe est à un temps passé, le verbe subordonné se met à l’imparfait du subjonctif. Exemple :
Credebam, credidi, fore ut studeret, je croyais, j’ai cru qu’il étudierait.
II. La tournure par fore ut, futurum esse ou fuisse ut, peut s’appliquer même aux verbes qui ont un futur de l’infinitif. Exemple :
Spero fore ou futurum esse ut veniat, j’espère qu’il viendra (mot à mot, j’espère devoir être ou devoir arriver qu’il vienne).
III. Quand on tourne par fore ut, futurum esse ou fuisse ut, le sujet ne se met plus à l’accusatif comme dans la tournure infinitive; il reste au nominatif, selon la règle générale.
Spero fore ou futurum esse ut mater veniat, j’espère que ma mère viendra (mot à mot, j’espère devoir être ou devoir arriver que ma mère vienne).
Spero fore ut tu et frater ùetemini, j’espère que vous et votre frère vous vous réjouirez (mot à mot, j’espère devoir être ou devoir arriver que vous et votre frère vous vous réjouissiez).
SYNTAXE DE SUBORDINATION. 217
Dans la tournure par fore ut, la concordance entre les temps français et les temps latins s’établit de la manière suivante :
1“ Forent, avec le présent du subjonctif, répond au futur et au conditionnel français, au présent et à l’imparfait du subjonctif employés pour le futur et le conditionnel. Exemples :
Credo, credam, fore ut studeat, je crois, je croirai, qu’il étudiera, ou qu’il étudierait.
Non credo, non credam, fore ut studeat, je ne crois pas, je ne croirai pas, qu’il étudie (c’est-à-dire qu’il étudiera), ou qu’il étudiât (c’est-à-dire qu’il étudierait).
2" Fore ut, avec l’imparfait du subjonctif, répond au conditionnel français employé par attraction pour le futur, et à l’imparfait du subjonctif employé par attraction pour le conditionnel. Exemples :
Credebam, credidi, fore ut studeret, je croyais, j’ai cru, qu’il étudierait.
Non credebam, non credidi, fore ut studeret, je ne croyais pas, je n’ai pas cru, qu’il étudiât (c’est-à-dire qu’il étudierait).
3® Fore ut, avec le parfait du subjonctif, répond au futur antérieur et au conditionnel antérieur français, au parfait et au plus-que-parfait du subjonctif employés pour le futur antérieur et le conditionnel antérieur.
Credo, credam, fore ut sluduerü, je crois, je croirai, qu’il aura ou qu’il aurait étudié.
Non credo, non credam, fore ut studuerit, je ne crois pas, je ne croirai pas qu’il ait étudié (c’est-à-dire qu’il aura étudié ou aura fini d’étudier), ou qu’il eût étudié (c’est-à-dire qu’il aurait étudié).
4° Fore ut, avec le plus-que-parfait du subjonctif, répond au conditionnel antérieur français employé par attraction pour le futur antérieur, et au plus-que-parfait du subjonctif employé par attraction pour le conditionnel antérieur. Exemples :
Credebam, credidi, fore ut studuisset, je croyais, j’ai cru, qu’il aurait étudié.
Non credebam, non credidi, fore ut studuisset , je ne croyais pas, je n’ai pas cru qu’il eût étudié (c’est-à-dire qu’il aurait étudié).
Règle 4. — Caplo me esse elementem.
416. La tournure infinitive s’emploie après les verbes qui expriment une volonté, un désir, comme s’ils étaient déclaratifs. Exemples :
Cupio me esse clementem, Cic., je désire être clément (mot à mot, je désire moi être clément).
Jussit omnes esse paratos, Tite Live, il ordonna que tout le monde fût prêt (mot à mot, il ordonna tous être prêts).
SYNTAXE
REMARQtre. Cependant après ces mômes verbes, c’est-à-dire après ceux qui expriment une volonté, un désir, quand le sujet du verbe subordonné est le même que celui du verbe principal, il peut se confondre avec lui, et alors l’adjectif qui s’y rapporte s’accorde avec le sujet du verbe principal. Exemple :
Yolo esse graüa, Cic., je veux être reconnaissant.
Règle. Hibi non lieet esse ne^ligentl.
Après les verbes unipersonnels et les expressions qui en tiennent lieu, comme U est permis, il est beau, il est honteux, etc., lorsque le verbe principal a un régime au datif, si le verbe subordonné sous forme d’infinitif est accompagné d’un adjectif, cet adjectif se met aussi au datif. Exemple ;
Mihi non licet esse negligenti, Cic., il ne m’est pas permis d’être négligent.
Remarques. I. Mais on peut toujours suivre la règle générale et mettre l’adjectif à l’accusatif. Exemple :
Impetrabis a Cæsare ut tibi licent esse otiosum, Cic., tu obtiendras de César qu’il le soit permis d’être oisif.
Cela même est -nécessaire quand le régime au datif est sous-entendu. Exemple :
Car esse libéras non licet (sous-entendu illis)? Cic., pourquoi ne leur est-il pas permis d'être libres?
II. Il serait également nécessaire de suivre la règle générale, si le régime éuit un nom au génitif ou un adjectif possessif tenant la place d’un pronom au génitif. Exemples :
Refert adolescentis esse impigrum (sous-entendu ipsum), il importe à un jeune homme d’être laborieux.
Med refert non videri indoctum (sous-entendu me), il m’importe de ne pas paraître ignorant.
Non vestrum est esse svperbos (sous-entendu oos), il ne vous appartient pas (mot à mot, ce n’est pas votre affaire) d’être orgueilleux.
Règle 5. — Certum est te esse Atbeaie.
417. La tournure infinitive s’emploie non-seulement après les verbes déclaratifs, mais encore après tous les mots qui en tiennent linu ou qui en renferment l’idée. Exemple :
Ccrlum est le esse Alhents, Cic., il est certain que vous êtes à Athènes (mot à mot, vous être à Athènes).
Nwüius allalus est Cæsarem advenisse, on reçut la nouvelle
SYNTAXE DE SUBORDINATION. 219
que César était arrivé (mot à mot, la nouvelle fut apportée César être arrivé).
Spes, fore ut possemus, Cic., l’espoir que nous pourrions (mot à mot, cet espoir, devoir être ou devoir arriver que nous pussions).
RÈGLB. — Bacchidem exenntem video.
Après les verbes qui signifient voir, regarder, entendre, sentir, lorsqu’on veut représenter l’action comme se faisant, le verbe subordonné, s’il est à la voix active, se met au participe, et non pas, comme en/ français, à l’infinitif. Exemples :
Bacchidem exeuntem video, Tér., je vois sortir Bacchis (mot à mot, je vois Bacchis soi tant).
Socralem audivi dicenlem, Gic., j’ai entendu Socrate dire (mot à mot, Socrate disant).
Remarques. I. Cependant les poètes, après ces mômes verbes, mploienl aussi souvent l’infinitif que le participe. Exemple :
Yidebis descendere monii6usornos,ViRG.,tuverras les ormes descendre des montagnes.
II. Quand voir est pris dans le sens de savoir, remarquer, comprendre, on emploie toujours l’infinitif. Exemple :
Yidebat id non posse fieri. Corn. Nép., il voyait (c’est-à-dire, il comprenait) que cela ne pouvait pas se faire.
Règle. — AIo te a Bomanls vInci posse.
Dans tous les cas oii la tournure infinitive doit être employée, si le verbe subordonné, outre son sujet à l’accusatif, avait encore un régime à l’accusatif, pour éviter un double sens, on remplacerait la tournure active par la tournure passive. Exemple :
Aio te a Romanis vinciposse, je dis que vous pouvez être vaincu parles Romains; et non pas aio te Romanos vincere posse, parce que la phrase, à cause du double accusatif, présenterait deux sens : je dis que vous pouvez vaincre les Romains, et je dis que les Romains peuvent vous vaincre.