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de Tanalyse, et des conventions. Par l'analyse il s'était approprié les sons et les articulations ; et , par un système de signes conventionnels, il communiquait à ses semblables son inappréciable conquête.
Depuis cette époque qui est cachée dans Thistoire des hommes, les découvertes sans nombre qui signalent la marche de l'humanité à travers les siècles, ont été fidèlement transmises des aïeux aux postérités les plus reculées, à l'aide de ces caractères éloquents ; mais peut-être pourrons-nous avancer que la philologie elle-même n'a pas assez souvent remonté aux sources où elle avait puisé le principe de la vie.
Des conventions se sont multipliées, il est vrai, et ont créé ces nombreux dialectes qui sont parlés sur la surface de la terre ; mais ces abus des conventions ont porté la confusion dans le langage ; et la Babel moderne est assurément le châtiment infligé à l'orgueil ou à l'ignorance de ceux qui ont rejeté les règles posées par leurs devanciers.
F.'analyse, il est vrai, n'a pas été complètement dédaignée jusqu'à nos jours : son autorité a été sagement reconnue. Chez tous les peuples, l'étude de la langue a été accompagnée de l'analyse qui rend compte du mot pris grammaticalement et du rôle qu'il joue dans la phrase ; mais là ne devait pas se borner le travail de l'analyse; et nous n'hésitons pas à imputer à cette insufiSsance d'une étude aussi importante, l'état de stagnation dans lequel languit la philologie.
D'un élément nonTeaii qu'il faut introduire dans l'étude
des lianifueB*
L'analyse grammaticale dés dix parties du discours et des fonctions qu'elles remplissent dans la phrase, est assurément l'une des bases les plus solides de l'étude philologique. Nous appuierons donc sur elle une partie de l'édifice que nous nous proposons d'élever.
Cet édifice, malgré ses proportions qui semblent gigantesques au premier abord, présentera un tel cachet de simplicité qu'il pourra
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paraître surprcoant qu'on en ait si longtemps différé rexéculioir. Une des causes de cette omission provient sans doute d'une immense lacune que l'analyse philologique n'a jamais tenté de combler : j'appellerai celte étude nouvelle à laquelle je convie les grammairiens sérieux : l'Analyse radicale.
L'Analyse radicale peut se définir ainsi : la recherche de l'idée exprimée par un mot, en faisant passer celte idée de la classe générale à laquelle elle appartient, à la classe immédiatement inférieure, et successivement jusqu'à ce qu'elle soit ramenée à une espèce suffisamment appréciable.
Gomme toutes les définitions, celle-ci a besoin des explications qui en feront connaître la portée : un résumé n'est clair que pour ceux qui connaissent d'avance les développements dont il est le germe.
Or tous ceux qui se sont occupés de pédagogie ont été frappés par une immense difficulté. L'enfant confié à leurs soins connaît la langue, en partie,^ avant de savoir penser ; celte connaissance très imparfaite et dont il se contente, il la doit au besoin qu'il a de satisfaire ses appétits naturels et les passions qui déjà l'aiguillonnent ; mais de cette imperfection de l'intelligence du mot naît la nécessité continuelle de le redresser dans ses erreurs et de lui faireL définir le» expressions dont il se sert : travail immense i puisqu'il faut pour cela accepter l'incorrection de celles qui entrent dans la définition. En vain le précepteur de l'enfance est-il rigoureux lui-même dans le choix des termes dont il 8e sert ; ou son élève ne les comprend pas, ou il leur donne l'étendue que ses connaissances inexactes luî permettent d'envisager.
Si sérieuse est cette difficulté, que souvent, après des années d'application, le maître, en rendant son élève à la société, peut à peine proclamer sa capacité sur ce point délicat.
La méthode du grammairien est évidemment en défaut de ce côté; sans examiner s'il faut attribuer ce vide à l'oubli ou aux habitudes de ce genre d'écrivain, qui circonscrit ses idées et aime à engager la discussion dans un cercle étroit, au lieu d'élever la méthode jusqu'aux considérations philosophiques, nous signalons ce défaut dâ
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coDtinnité, et nous allons nous empresser de le combler pour pousser plus loin nos découvertes.
Or, au milieu des richesses que lui offre la zoologie, comment procède le naturaliste? Se consume-t-il en efforts superflus pour analyser chaque être ou chaque objet? Limité dans ses moyens et dans sa compréhension intellectuelle, espërera-t-il suivre la nature dans sa puissance illimitée de production ? Non : par un procédé ingénieux et sûr, il soumet l'individu à l'épreuve de sa classification artificielle]: tout animal est pour lui ou vertébré ou moUwque ou articulé ou rayonné ; en plaçant l'individu qu*il observe dans une de ces catégories il a déjà résolu les trois quarts environ de la difficulté. S'il est vertébré, et qu'après nouvel examen il le reconnaisse mammifère et le distingue ainsi des oiseaux^ des reptiles ou des poissons, il s'approchera davantage de l'espèce à laquelle appartient l'individu. Supposons maintenant qu'au milieu des mammifères il s'assure qu'il ait le caractère du carnassier, puis du Carnivore^ puis du digitigrade, etc., il parviendra sans peine à l'individu qu'il soumet k cette analyse et suppléera, par l'excellence de sa méthode, à l'imperfection de ses moyens naturels.
Le philosophe ne peut-il procéder d'une manière analogue ? Les éléments de nos idées, contenus du reste dans ces vastes répertoires que nous nommons Dictionnaires, sont-ils plus multipliés que les poissons et les insectes, pour que nous ne puissions suffire à la tâche de les coordonner dans des classifications ? Ne peuvent-ils offrir autant d'espèces diverses que leur objet présente d'aspects différents? La philosophie aide ici merveilleusement le grammairien^ en lui traçant les divers points de vue sous lesquels Tidée s'offre à l'esprit.
Ainsi la classification des mots, en descendant d'une division supérieure à une autre moins compréhensive, et ainsi de suite jusqu'à ce qu on parvienne à une espèce qui convienne spécialement à l'idée soumise à l'analyse : voilà l'élément qu'il fallait depuis longtemps appeler au secours de l'intelligence et sur lequel, pour notre compte, nous allons fonder une Langue universelle.
Au reste, cet oubli de nos devanciers va nous permettre d'abor-
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der plus facilement telle classification qui conduise au terme que nous nous proposons. Si nous nous attachons à un système commode, facile et plein d'avenir pour la pratique, de préférence à tout autre système plus philosophique ou plus théorique, on nous absoudra en faveur du but que nous poursuivons.
Fondements de la l^ang^ue universelle.
La Langue universelle repose donc sur ces deux bases : Analyse grammaticale et Analyse radicale»
Si l'analyse et la synthèse sont la source de toutes nos connaissances : en d'autres termes, si la décomposition de Tobjet qui tombe sous notre examen pour en étudier les parties, et la recomposition pour envisager les relations de ces parties dans le tout, sont indispensables pour nous faire bien connaître cet objet, il était de toute rigueur que l'instrument qui nous aide dans ce travail fût lui-même éprouvé par cette double expérimentation. Nous ne craignons pas d'aifirmer que de nombreuses erreurs de logique ont été la conséquence de l'inexpérience avec laquelle nous manions notre langue ; or l'analyse radicale venant en aide à l'analyse grammaticale, il y a lieu d'espérer que bon nombre de ces causes perturbatrices de la raison disparaîtront désormais.
Cet avantage et tous ceux que nous avons énumérés plus haut, seront mieux appréciés quand nous aurons fait connaître tout le parti que nous tirons du concours mutuel de nos deux éléments.
Qu'il suffise, pour le moment, de fixer les idées de ceux qui nous suivent, et de répéter que la Langue universelle sera le résultat de ces deux sortes d'analyse, combinées avec un système de conventions dont nous tracerons bientôt le tableau.
INTRODUCTION
Avant de faire pénétrer le lecteur au milieu des matériaux sans nombre qui forment la Langue universelle, nous allons, pour aider son intelligence et seconder sa mémoire, l'initier à l'ensemble de notre étude : plus, en effet, la besogne de Tinlelligence se compliquant, oblige la mémoire à se charger des éléments nombreux fournis par l'analyse, et plus il devient nécessaire de recomposer par la synthèse un tout dont la décomposition ne laisserait plus apercevoir Tensemble. C'est donc cet ensemble que nous allons offrir sous le titre d'Introduction : notre analyse ne sera ici indiquée que sommairement et dans ses généralités les plus larges, afin que d'un coup d'œil on puisse saisir l'étendue de notre sujet et ses principaux résultats.