FORMATION DES ORAGES
être troublé par la cause la plus légère; ces causes résident dans l’atmosphère elle-même. La masse d'air située au-dessous des nuages étant plus froide, puisqu’elle ne reçoit pas l'inlluence directe des rayons solaires, il y a sur les côtés des cotirants d’air chauds qui se dirigent vers les nuages et dont la présence est ordinairement trahie jKir de petits nuages, tandis qu’â-la surface du sol des courants divergent dans tous les sens en partant de l’orage comme d’un centre. Si la diflérenco de température est très-grande, alors ces vents deviennent assez forts, et si le mouvement s’étend en hauteur, des masses d’air froid se précipitent vers la terre, 'déterminent la rapide condensation des vapeurs et donnent lieu à un très-fort dévelopjiement d’électricité. Si la masse au contraire s’élève vers le zénith , le baromètre cesse de 'descendre et monte même de ([uelques di.\ièmes de millimètre, mais il recommence à baisser dés que l’orage s’éloigne. Ces orages ont le plus souvent lieu à l’é|)oque de la plus grande chaleur diurne, l’air reprend bientôt sa sérénité, mais l’orage se reproduit plusieurs jours de suite ; des nuages orageu.x se forment, sans que la foudre éclate chaque fois jusiju’à ce que la dirt'Ction des vents et l étal de l’atmosphère soient complètement changés.
Celte périodicité des orages que Volta a le premier observée dans le nord de l’Italie , mais dont on trouve des traces dans nos climats, n’e.\iste pas dans le second genre d’orages. Les c<’rru.s se développent, il est vrai, sous l'inlluence de vents du sud fort élevés qui descendent quelquefois jusqu’au niveau du sol ; mais ct*s vents du sud entrent en lutte avec ceux du nord ; à leur point de rencontre il se forme des nuages orageux. Ces nuages occupent de longues bandes fort étroites, et c’est dans ces cas qu’on observe de violentc*8 averses. Celte lutte peut se reproduire pendant plusieurs jours de suite, ainsi qu’on l’a vu à Halle pendant une semaine entière du mois de juillet 1834; l’issue de la lutte détermine la physionomie du temps. Si ce sont les vents du sud qui l’emportent, le baromètre continue à baisser, le tenqis devient lourd et pluvieux; si ce sont les vents du nord, l’air se refroidit d’abord, reste serein, puis se réchauffe sous l’inlluence des rayons solaires.
Dans tous les ciis, une ra|ûde condensation des vapeurs est In condition essentielle de la formation des orages; l’électricité développée est-elle assez forte, alors il y a.orage; sinon, ce sont de simples avei’ses passagères accompagnées de signes d’électricité trèsmarqués. Si nous examinons toutes les circonstances qui accompagnent le développement d’.électricité , nous devons considérer la condensation des vapeurs comme la cause de sa production, et en
Di.jiî'. Sri riy Coogic
conclure que c’est l’orage qui produit l’électricité et non la tension électrique qui engendre l’orage , comme on le croît habituellement. Des pluies violentes sans tonnerre ni éclairs se distinguent des orages uniquement par un moindre développement d’électricité; d’où résulte l’absence des éclairs et du tonnerre.
. HAUTEUR. DES NUAGES ORAGEUX. — Les orages en été commencent toujours par des cirrus; quand ceux-ci deviennent plus épais et lorsqu’une ou plusieurs couches de cumulus existent au-dessous, alors ces nuages échangent des éclairs entre eux. Nous devons donc assigner aux orages une grande hauteur; celle assertion est très-contraire à l’opinion reçue sur la faible élévation des nuages orageux. Des voyageurs qui se trouvaient au sommet du Brocifen à 4 1 iO mètres, et sur des montagnes d’une moindre élévation , assurent en avoir vu au-dessous d’eux. Le ciel était-il serein au-dessus de leur tète, c’est ce qu’ils ont souvent omis de nous dire; dans l’orage on ne considère que la foudre et rarement , l’état du ciel plusieurs heures avant qu’il n’éclate. Sur les Alpes je n’ai jamais vu d’orages au-dessous de mes pieds, souvent toute la masse était au-dessus do ma tète ; j’étais quelquefois enveloppé de nuages, le tonnerre et les éclairs n’éclataient pas loin de moi , mais je me trouvais seulement dans la partie inférieure de la masse orageuse, qui échangeait des étincelles avec la masse supérieure.
Ces nuages bas qu’on observe au sommet des montagnes peu élevées se forment avec une extrême rapidité à l’approche de l’orage ; je les ai souvent observés. Pendant mon séjour sur le Rigi , à 4 800 ' mètres sur la mer, le ciel resta couvert de cirrus pendant toute une matinée; ces cj'rrus s’épaissirent vers midi, des cumulus isolés passaient au-dessus de ma tète. L’après-midi un orage se forma dans la partie supérieure de la vallée de Sarnen, j’entendais le faible roulement d’un tonnerre éloigné, et il plut abondamment dans cette vallée; le Rigi était dégagé de nuages, il y en avait seulement quelques-uns sur le Mont-Pilate. Au bout de quelque temps l’orage se dirigea vers le nord, mais il était évidemment plus haut que le sommet du Mont-Pilate, qui s’élève à 2044 métrés au-dessus de la mer. Je pus voir le long des flancs de cette montagne les effets du courant descendant de l’air froid ; non-seulement les nuages grossissaient rapidement autour de son sommet, mais des masses isolées roulaient avec une extrême vitesse le long de ses pentes, semblables à des boules colossales qu’on aurait précipitées du haut de la montagne : dans le bas elles disparaissaient ou se mouvaient horizontalement. En même temps le tonnerre éclatait avec
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