ÉCLAIRS SANS TONNERRE
nuages se mouvaient avec une vitesse variable. Il fut évident |>eiidant long-temps que des nuages marchaient d’occident en orient, quoique la masse principale se mût vers l’occident. Les vapeurs venant' de l’oue.st se mêlaient à l’air qui alHuait de l’est. Celles qui étaient plus basses furent condensées mais toujours repoussées vera l’ouest. Quoique tout le phénomène fût une conséquence de la luUe de vents opposés, il était cependant facile de voir que le combat était plus violent çà ou là et s’accompagnait de condensation de vapeurs et de développement d’électricité. Kn effet, les nuages se mouvaient avec vitesse dans un point, ils tournaient sur eu.\-mèmes et devenaient do plus en plus 0(>aque8. Les éclairs se succédaient rapidement dans ce jwint et devenaient plus rares dans les autres parties du ciel. Bientôt ce phénomène se reproduisait dans une autre région du ciel fort éloignée de la première, et les éclairs cessaient dans lo premier ]K)int.
C’est ainsi que se forment tous les orages en hiver lorsque deux vents opjK)sés viennent à jutler ensemble et surtout quand un orage arrivant du S. O. est refoulé par un vent d’est. Au moment où l’orage éclate , le baromètre recommence ordinairement à monter. Mais rarement les orages sont tres-violenls dans nos contrées, parce que l’air n’est pas assez chargé de vapeurs pour qu’il se développe une quantité notable d’électricité. Us sont assez communs dans le voisinage des côtes où en hiver la température est plus élevée et réva|)oration plus abondante que dans l’intérieur du pays; mais leur durée n’est pas longue, car l’électricité produite s’épuise rapidement, et l’équilibre se rétablit aussitôt.
ÉCI.AIKS SANS TONNERRE. Quand un orage est situé au-dessous de l’horizon on observe le soir et pendant la nuit des éclairs très-brillants, tandis qu’on n’entend pas le tonnerre, parce que l’orage est trop éloigné de l’observateur pour que lo bruit puisse parvenir Jusqu’à son oreille. Même, lorsque les éclaii-s atteignent une hauteur angulaire de 20», il peut arriver quelquefois qu’on entende à peine le tonnerre. C’esl le cas en particulier quand ils sont très-élevés dans l’atmosphère, car alors lo son engendré dans un air trés-raréüé s’affaiblit de plus en plus à mesure qu’il traverse des couches d'air [dus denses.
Souvent par une soirée sereine on aperçoit après le coucher du soleil des lueurs intermitlenles qui illuminent une grande portion du ciel : c’est œ qu’on nomme des éclairs de chaleur. On les remarque entre les tropiques aussi bien que chez nous. A Demerari, c’est au commencement de lu saison des pluies, car alors les orages sont très-communs dans les moutagnes de l’intérieur, tandis quo
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le ciel est serein tout le long de la cote. Nous regardons ces lueurs comme le reflet des éclairs il’orages éloignés. Chacun a pu s assurer que les éclairs sont rélléchis j)ar l’air avec une grande intensité pendant une nuit sombre. Quand un orage est à 1 ouest et lé reste du ciel complètement serein, il suHit de tourner le dos à l’orage pour voir les éclairs réfléchis dans le ciel du côté de l’est , et cependant, dans ce cas, les conditions de réflexion sont bien moins favorables que dans l’exemple précédent.
Nous pouvons de cette manière apercevoir des orages à des distances énormes; mais comme l’observateur n’est pas toujours à même d'acquérir la conviction de l’existence de ces orages, ji en résulte qu’on a hasardé diverses hypothèses pour expliquer ces lueurs. Les uns ont cru à une phosphorescence de l’atmosphère,- les autres ont admis des étincelles électriques dans un ciel serein. Maison commet ici la même faute que pour les orages, on les observe au moment où ils éclatent, et l’on néglige tout ce qui les précède. Fresque dans tous les cas où j’ai observé de violents éclairs de chaleur, le ciel était terne pendant la journée , on apercevait çà et là des cirrus entrelacés; tout faisait craindre l’approche d’un orage, quelquefois il y avait aussi à l’horizon des cumulo-straius qui semblaient disparaître subitement après le coucher du soleil, mais les éclairs trahissaient leur existence en illuminant leurs contours. Dans ce cas on aperçoit aussi fort souvent de longues bandes horizontales do cirrus. Le baromètre commence à descendre ou à monter, et dans la plupart des cas où j’ai observé des éclairs de chaleur, j’ai trouvé dans les feuilles publiques la nouvelle que des orages avaient éclaté à la distance de 20 à 2o myriamèlres. Plusieurs fois ces éclairs lointains étaient suivis d’un violent orage pendant la nuit.
M. de U Rive dc üenève et quelques naturalistes suisses ayant soutenu l’opinion que ces éclairs n’étaient pas une conséquence d’orages éloignés, j’ajouterai ici quelques faits observés dans les Alpes auxquelles je pourrais en joindre beaucoup d'autres dont j’ai été témoin en Allemagne et ailleurs.
Le 18 juin 1832 j’aperçus du haut du Rigi des orages dans dilTé« renies directions; vers le soir le ciel s’éclaircit, et à 9 heures il n’y avait de nuages que sur les montagnes du sud; ceux-ci ne tardèrent pas à disparaître eux-mêmes. A 10 heures j’observai entre le sud et le S.E. au delà des Alpes des éclairs brillants; une bande de nuages basse et presque horizontale, dont le bord supérieur rr’était visible qiie quand il était illuminé par des éclairs, sc voyait dans la même direction. Au delà toutes les montagnes étaient dégagées."Les éclairs dépassaient le zénith. Si je n’avais apeiçu le
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bord du nuage orageux, j’aurais pu croire à des éclairs de chaleur. Plus lard deS’ voyageurs me rapportèrent qu’il y avait eu presque journellement de violents orages dans l’Italie seplenlrionaic. Le 12 juillet je vis avec M. Homer, à Zurich, au sud du lac, des éclairs de chaleur très-vifs, il y avait des cirrus au ciel, et les lueurs éclairaient même les rues de la ville.
Au milieu du mois d'août 1832 des éclairs de chaleur furent observés très-souvent à Genève, pendant le jour le ciel avait un aspect terne ét blafard. Le 16 août ce sujet fut discuté avec vivacité dans le sein de la société de physique et d’histoire naturelle. .A()rès la séance des éclairs de chaleur illuminèrent tout l’horizon septentrional comme pour mettre à l’épreuve les opinions soutenues. Pendant le jour le ciel avait été terne; vers le nord j’avais aperçu des cumulu-siratus à l'horizon, et après le coucher du soleil il y avait encore des nuages au ciel. Quelques jours après les journaux étaient remplis du récit des ravages causés par des orages dans le pays de Rade, le Wurtemberg et la Bavière; même dans le pays de Vaud la foudre tomba sur plusieurs maisons. Si les journaux avaient mentionné de même les orages qui éclatèrent dans le voisinage sans causer de ravages, on aurait vu qu’il y en avait de plus rapprochés encore.
Le lendemain matin, 17 août 1832, de légers nuages couvraient le ciel; vers midi des cirrus se montrèrent et le ciel avait un aspect blafard. En allant vers Chambesy le long du lac de Genève , je vis sur plusieurs points de l’horizon des cumulo-stralus très-éloignés, car leurs bords étaient rouges. Des nuages cachaient le sommet du Mont-Blanc et des montagnes voisines. M. Théodore de Sausture, avec lequel je pas.sai quelques heures bien douces, m’apprit que depuis (|uelquesjours la sécheresse de l’air était extrême et les signes d’électricité presque nuis. En revenant le soir à Genève, je vis des éclairs tout autour de l’horizon ; l’éclat des étoiles était alfaibli, et les nuages semblaient avoir disparu quoique je les eusse aperçus distinctement un quart d’heure avant le commencement des éclairs. Il est peu probable que des nuages aussi épais se soient dissipés ainsi en un quart d’heure. Le 21 août je vis depuis Bex dos éclairs très-forts dans le Haut- Valais, ainsi que des nuages que j'avais observés pendant le jour; tout le ciel était éclairé, même quand je tournais le dosa l’orage. Je n’ajouterai point d’autres faits, car dans mon opinion il est certain que les éclairs dits de chaleur sont dus à des orages éloignés.
FEUX SE SAZNT-E1.ME. — Quand les nuages orageux sont très-bas, il n’y a souvent point d’éclairs; l’électricité produite jiar
inlUicnce esl tellement forte (|u’elie s'écliaj)pc des points saillants sous forme de flammes, œmme on le voit aux pointes de nos machines électriques. Ce phénomène, connu des anciens sous le nom do Castor et Pol lux, a été nommé depuis feu de Saint-Elme. Les anciens en rapiKjrtent dos exemples que Tite-Live range parmi les faits extraordiiuùres [prodigia). On avait vu à l'extrémité des piques des soldats ou (les mâts des navires des flammes accompagnées d’un sitllemenl aigu et qui sautaient d une pointe à l’autre. C’est en hiver qu’on observe le plus souvent le feu de Saint-Elmej du moins la plupart des relations que j’ai parcouruf» se rapportent à celte saison, i.e récit suivant de .M. de Forbîn peut donner une idée de ce phénomène, c’était en 1696. « Le ciel, dit-il, se couvrit tout à coup d’épais nuages. Craignant un coup de vent je fis carguer toutes les voiles. 11 y avait plus de trente feux de Saint-Elme sur le navire; l’un d’eux occujwit la girouette du grand mât et avait environ 5 décimètres de long. J’envoyai un matelot pour le chercher. ()uand il fut en haut, il entendit un bruit semblable à celui que fait en brûlant de la jK)udre humectée. Je lui ordonnai d’enlever la girouette; à peine eut-il exécuté cet ordre que le feu la quitta et se plaça à l’extrémité du grand mât, d’où il fut inqwssible de l’enlever. Il y resta assez long-temps et dis[)arut peu à peu. L’orage se termina par une pluie qui dura plusieurs heures. »
Sur les montagnes ce phénomène est encore plus commun quand des images électriques passent dans leur voisinage. De Sautiure l’a vu sur les Alpes et je l’ai observé aussi. Ai-je besoin d’ajouter que celle flamme , malgré son analogie avec le feu , ne brûle pas les objets qu’elfe touche, les pointes de nos machines ne s’échauffent même pas malgré la grancie quantité d’électricité qui les traverse.
S’il existe entre le nuage et la terre d autres corps qui f)euvent être électrisés par influence, alors ceux-ci peuvent aussi dégager de l’électricité visible sous forme de flamme. On a vu souvent pendant un orage de la neige phosphorescente tomber sur le sol , et toujours il y avait alors dans l’air une forte charge d’électricité.
Nous venons d’examiner les phénomènes les plus importants qui accompagnent un grand développement d’électricité. Les observations qui prouvent leur liaison sont encore bien incomplètes, et pour qu’elles fussent parfaitement probantes, il faudrait les répéter d’une manière continue et sur divers points du globe. Toutefois il me paraît démontré (pie l’électricité n'est jamais cause des modifications de l’atmosphère, et ses manifestations les plus formidables tiennent à ce que l’électricité dégagée par la précipitation de la vapeur d’eau no peut se neutraliser que juir une étincelle. Un grand
CRÉLR.
nombre de physiciens ne {«rlagent |>as celle manière de voir; mais je serais entraîné trop loin si je voulais réfuter leurs opinions.
ORÊliE. — Dès l’origine de la météorologie on a donné nne foule d’explications diverses de ce phénomène, et encore aujourd’hui les physiciens sont loin d’èire d’accord entre eux. Comment comprendre que pendant la telle saison et les jours les plus chauds il tombe souvent des masses considérables déglacé? Pourquoi certaines contrées sont-elles ravagées par la grêle presque tous les ans, tandis que des localités adjacentes sont presque toujours éj)argnées? La grêle se forme-t-elle à une grande hauteur dans l’atmosphère ou à une faible distance de la surface terrestre? Telles sont les questions (jui ont été souvent soulevées et jamais résolues.
On distingue ordimiHement trois espèces de grt*le fondées sur la grosseur des grêlons. Mais pour prouver que celte distinction n’a aucune importance scientifique, il me suffira de faire observer que l’on n’a jamais été tenté de distinguer les flocons de neige microscopiques, qui flottent quelquefois pendant l’hiver dans les régions inférieures de l’atmosphère lorsque le temps est serein, de ces larges flocons qui tombent pendant les temps humides. Tout le monde sait aussi qu’entre la pluie fine qui s’échappe d’un brouillard humide et les averses à larges gouttes d’un nuage orageux il y a toutes les transitions imaginables.
Les grêlons les plus petits sont désignés sous le nom de grésil. Ordinairement sphériques ou presque sphériques, ils atteignent rarement un dianïèlre de deux millimètres ; cependant ils peuvent en avoir trois et même quatre. Les grêlons isolés sont opaques, souvent assez mous et d’une blancheur qui se rap|>roche de celle de la neige. Les plus gros sont quelquefois entourés d’une légère couche de glace ; ils tombent en hiver et au printemps pendant les temps à grains ; rarement ils accompagnent les orages.
Foumes des Giiélo.ns. — La véritable grêle a ordinairement la forme d’une poire ou d’un champignon terminé par une surface arrondie. C’est une masse opaque et analogue à la neige durcie. Les grêlons plus gros sont entourés d’une épaisse couche de glace et se composent de couches alternatives de neige et do glace. Aucun observateur n’a vu de grêlons formés de glace transparente, tous parlent d’un noyau neigeux. Souvent les grains ressemblent ê des pyramides sphériques ou iiyramides là trois faces terminées par une base qui est une portion de .«phère. Aussi MM. Dclcros, Noeggerath et d’autrcs observateurs pensent-ils que la forme primitive de la grêle est une sphère qui éclate en lom-
KLECTRICITÉ.
bani Je crois nônnnioins (]ue la forme pyramidale est la forme primitive de la grùfc, car les noyaux de neige entourés d’une couche de glace olfronl souvent celte apparence, et suries Alpes j’ai trouve que le grésil affectait ordinairement cette forme. Les grains de grésil forment le centre des gréions, et je crois avec de Saussure que le grésil se métamorphose en grêlons à mesure qu’il descend dans l’atmosphère par suite de l’addition de nouvelles couches de glace.
Les grêlons formés de glace transparente sont des gouttes de pluie qui lomhenl de nuages amenés par les vents du sud et qui gèlent en traversant les couches refroidies do l’air qui avoisinent le sol.
üiiossEiTR DES GnÊLoxs. — Elle est souvent très-notable, mais il faut toujours se demander si les masses qu’on trouve mentionnées dans les autours ne sont pas dues à l’agglomération d’un grand nombre de grêlons qui se sont réunis en tombant. Chaque année on trouve dans les journaux des nouvelles de grêlons énormes tombés dans divers lieux; qu’il me suflise de rapporter quelques exemples. Le 29 avril l697'on ramassa, suivant Halley, dans le Flintshire, des grêlons pesant 120 à 1.30 grammes, et, le 4 mai de la même année, Taylor me.'Ura dans le Slralfordshire des grêlons qui avaient 3 décimètres de circonférence. Parent assure qu’on trouva au Perche, le 15 mai 1703, des grêlons de la grosseur du poing. Montignot ct Treisan en ramassèrent à Toul , le 11 juillet 1753, dont la forme était celle de polyèdres irréguliers et le diamètre de 8 centimètres. Musschenbroeck observa n
» Doortes avait émis à ce sujet (les idées analogues. Voici ce qu’on lit dans son sixième Discours sur les Météores: «Que si la neige n’est point encore si fondue, mais seulement un peu réchaulTée et ramollie lorsque le vent froid qui la convertit en grêle survient, elle ne se rend pas du tout transparente, mais demeure blanche comme du sucre. Kt si les flocons de neige sont assez petits , comme de la grosseur d'un pois ou au-dessous, chacun se convertit en un grain do grêle qui est assez rond ; mais, s'ils sont plus gros, ils se fondent et su divisent en plusieurs grains tout pointus, en forme de pyramides. Car la chaleur qui se retire dans les pores de ces flocons au moment qu'un vent froid commence i les environner, condense et resserre toutes leurs parties, en tirant de leurs circonférences vers leurs centres, ce qui les fait devenir assez ronds; et le froid les pénétrant aussitôt après et les gelant, les rend beaucoup plus durs que n'est la neige. Et pour ce que , lorsqu'ils sont un peu gros, la chaleur qu'ils ont au dedans continue encore de faire que leurs parties intérieures se resserrent et se condensent, en tirant toujours vers le centre, après que les extérieures sont tellement durcies ct engelées par le froid qu’elles ne les peuvent suivre, il est nécessaire qu'elles se fendent en dedans, suivant des plans en lignes droites qui tendent vers le centre, ct que leurs fentes s’augmentent de plus en plus, à mesure que le froid pénètre plus avant; enfin ils s'éclatent et se divisent en plusieurs pièces pointues , qui sont autant de grains de grêle, n
MM. Elle de Braumunt, Virlei et Airy ont observé aussi des gréions ayant la forme d'une pyramide sphérique. Ils leur assignent ha même origine probable que Deacaries avait déjà mentionnée. (Voyez Comptes rendus de P Acad, des sciences.
t. IV, p. 749, 801 et 922.1