‹ Cours complet de météorologieChapitre 157 sur 194 · FORMATION DU GRÉSIL · texte numérisé non relu

FORMATION DU GRÉSIL

Ces attractions et répulsions peuvent durer pendant plusieurs heures, en môme temps tes groins se réunissent en masses et condensent autour d’eux les vapeurs qui les environnent et les convertissent en glace. Ils se choquent entre eux , et il en résulte ce bruit, qui, au dire de quelques observateurs, précédé les nuages orageux. Lorsque les grêlons ont atteint une certaine dimension , le nuage, inférieur ne peut plus les retenir et résister à l'action de la {pesanteur; ils traversent la couche et tombent à la surface de la terre.

Malgré la faveur avec laquelle celle théorie fut adoptée , elle trouva cependant des incrédules. Prechtl , en particulier, fit remarquer combien il était peu probable que l'évaporation seule pût produire un si grand froid en plein soleil ; comment croire ensuite que les grêlons qui tombent du nuage supérieur puissent être retenus par l’inférieur et ne le traversent pas en vertu de leur vitesse acquise. S’il est peu probable que la formation de la grêle soit due à l’électricité, on comprend l’inutilité des paragréles, grandes perches destinées à soutirer l’électricité de ratmos{)hère et à s’o{)poser à la formation des gi-êlons. Les forêts ne sont-elles {las une réunion de {Paragréles vivants, et cependant elles ne sont {pas é{pargnées par la grêle.

FORMATION DU GRÉSXZ». — Elle s’explique plus facilement parce que c’est dans la saison froide qu’on l’observe le {pIus souvent. A une faible hauteur dans ratmos{)hère la température de l’air doit être alors au-dessous do zéro. Le grésil tombe toujours pendant des coups do vont et lorsque le temps est variable. Quand même l’air est tranquille à la surface de la terre, on voit que les nuages marchent ra{)idement et qu’il y a du vent dans le haut do l’atmosphère. Je considère ces coups de vent comme une condition nécessaire de la formation du grésil. Sur les Alpes j’ai vu que la neige se transformait en petits corjps sphériques ou pyramidaux dès que le vent souillait par rafales. Du moment que celles-ci venaient à ce.sser, la neige tombait sous forme de llocons ; les observations que j’ai faites dans les {daines do l Allemagne semblent confirmer celles de la montagne. On {pourrait penser que cette formation des grains de grésil est due à ce que les grains sont roulés dans l’espace et s’accroissent comme une boule do neige par l’addition d’autres flocons de neige. Je la comparerais plutôt à la cristallisation des sels, car leur forme se rapproche souvent de celle d’une pyramide à trois pans. De même que des différences de température déterminent dans la cristallisation l’ap(parition do formes diverses, de même ici la cristallisation qui se fait dans un plan {Pendant un temps tranquille, se fait suivant les rayons d’une sphère dans un

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air agité, et on obtient des sphères ou des pyramides. Les minéraux à surface mamelonnée présentent aussi à leur intérieur des rayons qui partent tous d’un point central.

ORIGINE SE X.A grÉee. — Toutes les hypothèses qui ont été faites sur l’origine de la grêle ont le défaut de supposer les nuages déjà complètement formés; or à cette période du phénomène, les nuages supérieurs sont complètement cachés par les nuages inférieurs. L’explication suivante est sans doute sujette à quelques diflicultés, toutefois elle rend compte de la plupart des circonstances du phénomène; mais pour la compléter il faudrait posséder une longue série d'observations.

Comme Volta l'avait observé le premier, l’existence de deux couches de nuages est la condition indispensable à la formation de la grêle. Je l’ai toujours vérifié, et l’on voit souvent ces nuages marcher dans deux ou trois directions ojtposées, preuve évidente qu’ils ne sont pas dans la même zone atmosphérique. Mais tandis que Volta attribue la formation du nuage supérieur à celui qui est placé au-dessous, je crois, être en droit de conclure de toutes mes observations que c’est le nuage inférieur qui se forme le premier et joue le rôle le plus important.

I)ès le matin des jours de grêle, le ciel a un asi)ect particulier. Le bleu n’est pas net ni foncé comme pendant un jour parfaitement serein, et on y remarque des cirrus filamenteux très-fins. Quelquefois les cirrus sont encore plus développés, de grandes masses blanches sont dispersées çà et là et leurs bords se perdent dans le bleu du ciel. On voit souvent des couronnes, des parhélies, phénomènes qui, comme nous le verrons plus tard, sont dus à la réfraction de rayons lumineux par des particules glacées. Ces apparences précèdent les averses de grêle dans les lieux où se trouve l’observateur ou sur des points plus ou moins éloignés.

Le même état atmosphérique règne sur un grand espace, et comme le baromètre baisse lentement on est en droit de conclure que le vent du sud règne dans le haut. Toutefois ce vent ne se fait pas sentir à la surface du sol, où l’air est parfaitement calme, et, s'il y a quelques courants, ils sont tout à fait locaux, car à de petites distances les unes des autres les girouettes affectent des directions opposées. Sous l’influence de ces circonstances, le sol, puis les couches d’air qui sont en contact avec lui, s’échauffent fortement. Mais cette température décroît rapidement avec la hauteur parce que les couches d’air ne se mélangent pas, et quand même une chaleur brûlante régnerait dans le bas, à i.’lOO ou 3000 mètres le thermomètre est au-dessous de zéro. Il se produit alors un cou-

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OmOINE DE LA GRÊLE,

rant ascendant très-énergique, et quafid même l’air ne serait pas très-humide, cependant les couches supérieures de l'atmosphère se saturent rapidement. Des nuages se forment et il semble au premier abord que ce sont les cirrus qui se condensent, parce que le courant ascendant les élève encore plus haut.

Si nous réfléchissons que ces cirrus flottent à une hauteur de 6000 mètres et au delà (car jamais je ne les ai vus au-dessous des hautes sommités des Alpes), nous comprendrons que la région dçns laquelle ces flocons do neige sont suspendus soit à une température très-inférieure à zéro. L’échauffement du sol étant fort inégal , les courants ascendants ont aussi une force et une étendue fort différentes; de là des vents horizontaux dans les régions supérieures de l’atmosphère.

Les courants ascendants acquièrent leur plus grand degré do vitesse au moment de la plus forte chaleur diurne, et la rupture de l’équilibre atmosphérique détermine facilement la formation des orages. A mesure que la couche supérieure de cirrus devient plus dense et s’abaisse il se forme aussi des cumulus qui s’accroissent avec une rapidité extraordinaire. On reconnaît alors que le vent présente des directions opposées, résultant de l’inégale répartition des nuages dans le ciel et de l’abaissement de la température qui accompagne leur présence. Ces nuages se dissipent quelquefois sans se résoudre en pluie ou en grêle, mais la moindre circonstance peut empêcher leur résolution. Souvent ils s’accroissent lorsque des couches d’air froid descendent vers la terre et déterminent des précipitations de vapeur aqueuse et un dévelopement d’électricité trèsnotable.

Ces précipitations sont encore bien plus évidentes lorsque dos vents du nord à basse température combattent ceux du midi. Ce qui prouve (ju’il en est souvent ainsi, c’est qu’il n’est pas rare do voir le baromètre monter après la grêle. Sur la ligne où les vents se rencontrent , la condensation des vapeurs s’opère avec une grande énergie; il se forme des couches de nuages superposés dont les inférieurs sont souvent très-sombres. Ces nuages sont peu élevés et ressemblent à des sacs ou à des grappes de raisin qui semblent à chaque instant près de tomber : on y reconnaît souvent des mouvements gyratoires. Quelquefois ils ont une teinte plus claire que les couches supérieures et ordinairement ils marchent en sens opposé. La violence du vent supérieur ou inférieur vient-elle à augmenter brusquement, les tourbillons se propagent do bas en haut dans la masse nuageuse, le volume des flocons de neige qui flottent dans l’atmosphère s’accroît rapidement , ils prennent la

forme (le grains de grésil et sont poussas horizontalement par le vent jiistin'à ce qu’ils atteignent le sol. Il ge dégage alors assez d’électricité pour donner lieu à un coup de tonnerre, mais presque toujours le grésil arrive au sol avant qu’il no se fasse entendre. De nouvelles rafales favorisent la formation de gréions volumineux, aussi la grêle ne tombe-l-elle pas long-temps, le plus souvent, pendant quelques secondes seulement. Chaque nouvelle averse de grêle est précédée d’un éclair. En même temps la durée des rafales diminue de plus en plus, et à la Rn les grêlons tombent presque verticalement. '

Nous avons fait voir comment les flocons de neige qui forment les cirrus élevés peuvent se transformer en grêlons. La forme même des grêlons, leur chute sur des contrées basses ou sur des lieux élevés, dépendent de la constitution du reste de l’atmosphère. Si îes grêlons sont petits, si la température des régions supérieures de l’atmosphère est encore assez élevée, alors il peut arriver que les grêlons fondent pendant leur chute. Toutefois les gouttes de pluie qui en résultent condensent à leur surface une grande quantité de vapeur d’eau : de là ces larges gouttes de pluie qui précèdent souvent les orages et qui tombent par petites averses comme la grêle. En même temps les montagnes se couvrent de neige ou de grésil. Ainsi sur le Rigi j’ai souvent vu tomber de la neige ou du grésil, tandis qu’il pleuvait dans la plaine; c’est même un phénomène très-commun si j’en crois les assertions de l’hôte et des guides.

La température est-elle très-basse dans les hautes régions de l’air, alors la grêle tombe dans la plaine à l’état solide. Si les grêlons sont chassés horizontalement, il se précipite sans cesse à leur surface une nouvelle quantité d’eau et leur volume s’accroît continuellement. Leur structure interne dépend de l’état des couches d’air parcourues. Un corps piriforme ou pyramidal se meut soit horizontalement, soit verticalement, mais toujours la partie la plus grosse est en bas ou en avant : c’est sur celle surface que se condensera la vapeur d’eau, à moins que le grêlon entraîné dans des tourbillons ne tourne rapidement sur lui-même. Si l’air que le grêlon parcourt est sans nuages, ou si ceux-ci ne sont pas trèsépais, les vapeurs se condensent à la surface du grêlon, comme cela se voit jwur la gelée blanche : dans ce cas la masse entière ressemble à de la neige durcie ; mais si elle traverse des nuages très-denses où les vésicules d’eau soient entremêlées do gouttes de pluie, alors il se forme do la glace transparente à l’intérieur de laquelle nous trouvons un grain de grésil. C’est le môme mode de

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