‹ Cours complet de météorologieChapitre 23 sur 194 · PROPRIÉTÉS PHTSIQUES DE QUELQUES VENTS · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS PHTSIQUES DE QUELQUES VENTS

Lorsque des vents viennent de contrées éloignées, ils possèdent une partie des propriétés qui caractérisent ces contrées. Ainsi les vents d’ouest, qui soufflent de la mer, sont beaucoup plus humides que<»ux d’est, qui traversent les continents. Geux-ci, surtout quand 'ils sont au N. E., sont très-froids, spécialement au printemps, et déterminent un grand nombre d’affections rhumatismales. Ces sensations si opposées produites par des vents violents de sud ou de nord

PROPRIICTKS PHYSfQUF.S.

sont bien plus marquées dans des pays dont les habitants vivent en plein air, et je n’aurais pas mentionné ces difTérchees si ces vents n’avaient pas été caractérisés par des dénominations particulières.

Vents fboids. — Dans le sud de l’EurojJc les vents du nord sont célèbres par leur violence et leur âpreté. L’opposition entre la température élevée de la Méditerranée et les Alpes couvertes de neige donne 'lieu à des courants aériens d’une extrême rapidité. Si leur effet s’ajoute à celui d’im vent du nord général, il en résulte une bise d’une violence dont on ne se fait pas d’idée. En Islrie et en Dalmatie ce vent est connu sous le nom de bora, et sa force est telle qu’il renverse quelquefois des chevaux et des charrettes. Il en est de même dans la vallée du Rhône, où règne souvent un vent du sud très-froid, qui se nomme le mistral, et qui n’est pas moins redoutable que le vent du nord, connu en Espagne sous le nom de gallego.

VEvrs CHAUDS. — Les grands déserts et les plaines couvertes de peu de végétation engendrent des vents très-chauds, qui ont dotMié lieu à des récits merveilleux et à des explications plus extraordinaires encore. Ces vents régnent dans les vastes déserts de l’Asie et de l’Afrique, où l’on ne trouve que çà et là quelques oasis de végétation dans des vallons étroits où l’humidité peut se conserver quelque temps. Des tribus nomades traversent ces déserts. Le long des grands fleuves tels que le Nil, l’Euphrate et le Tigre, la terre est cultivée, et là se trouvent des centres commerciaux existant de toute antiquité, mais qui ne peuvent communiquer entre eux qu’en traversîmt le désert.

De tout temps l’Arabe du désert, nomade et pauvre, a détesté l’habitant des villes, qui mène une vie commode et tranquille. Aussi quand le marchand est fDrc.é de traverser le désert, le Bédouin lui vend-il sa protection au poids de l’or. Quelquefois aussi il attaque les villes pour les piller et emmener les habitants en esclavage , afin de les vendre ou d’exiger une forte rançon. C’est ainsi que Joseph fut vendu comme esclave, et que les Juifs, peuple nomade, volèrent les vases précieux des Égyptiens, qui du temps de Moïse haïssaient déjà ces tribus errantes. Pour les habitants des villes le désert éUut le théâtre des scènes d’horreur les plus exagérées. Tous les récits merveilleux d’aventures extraordinaires trouvaient en eux dos auditeurs crédules ou prévenus, de même que de nos jours les Turcs se font de l’Europo les idées les plus fausses et les plus ridicules. Les habitants du désert n’avaient garde de détruire ces'brrciirs qui faisaient leur force; ils les accréditaient, au ‘contraire,

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chaque fois quMIs visitaient les villes. Les négaçiaAts qui avaient traversé le désert connaissaient seuls la vérité ; mais ils étaient en petit nombre, faisaient de grands bénéfices dans ces voyages, et cherchaient à effrayer ceux qui auraient été tentés de les innter. C’est ainsi que ces croyances se répandirent de plus en plus parmi la multitude.

Les écrivains arabes sont remplis de mensonges sur tout ce qui regarde le désert. Les voyageurs européens ont encore enciiérf sur eux. Le mahométan croit faire une œuvre méritoire on trompant l’infidèle et on lui fermant l’eutrce du désert. Tous ceux qui y sont allés ont fait bon marché de ces contes ridicules, dont les Arabes euxmémos leur ont avoué l’exagcralion, |i. Burckardt de Bâle est le premier qui nous ait fourni des renseignements positifs sur les phénomènes du désert, et en particulier sur les vents qui y régnent : il a ainsi réduit à leur juste valeur les récits fantastiques de ses prédécesseurs Beauchamp, Bruce et Sfiebubr.

En Arabie , en Perse et dans la plupart dos contrées do l’Orîçnt, le^ vent brûlant du désert se nomme sawmun, $imoum , semoum, de l’arabe sainmq, qui veut dire à la fois Chaud et vénéneux. On le nomme aussi sa;nie/, qui vient desa»i«i, poison. Eh Égypte on l’appelle chavi&in (cinquante), parce qu’il spulîle pendant cinquante jours, depuis la fin d’avril jusqu’en juin, au commencement de l’inondation du Nil. Dans la pgrtio occidentale du Sahara, il est connu sous le nopi à’harmattan. Le nom samonn est le plus généralement employé ; mais les traducteurs ont toujours insisté sur le sens de poison, sans réfléchir que, semblables aux enfants, les peuples noq civilisés appellent poison tout ce qui est désagréable ou dqur gereux.

Le sol aride de ces contrées s’échauffe .prodigieusement; mais sans que la chaleur pénètre profondément, parce que le sable quarzeiix qui les recouvre est un maavais conducteur de la chaleur; aussi voit-on quelquefois le thermomètre moqler jusqu’à 50“ à l’ombre d’une tente. Si le vent s’élève, il doit être brûlant et transporter du sable et de la poussière qui obscurcissent les rayons du soleil. 11 en est de môme, s’il faut en croire les voyageurs, clans Ips déserts de la Nubie, sur la côte de Guinée et le long du Sénégal. Par un temps calme le courant ascendant de J’air échauffé suffit seul pour enlever le sable. Pottinger a observé un phénomène do CO genre dans le désert de Bcludschistan. La surface du sol y est couverte unilbrmément d’un sable fin coloré en rouge par du fer qui , jouet des vents, forme dos collines ondulées de 3 à 6 rnèlre.s do hauteur. Vers midi ces collines semblaient avoir disparu ; U*

PROPRTlwTÉS PW^STOUF.S,

.sable s’élait élevé do 3 dôciinèlres environ aii-des-sus du niveau général, et à chaque pas on croyait nieltre le pied sur un plan élevé de 3 décimètres au-dessus du sonmict de ces collines. Le soir et le matin ce phénomène se montrait ruroment.

Un veut fort enlève une quantité de sable beaucoup plus considérable : alors l'horizon qui se trouble annonce l’arrivée du samoun, puis le ciel s’obscurcit, le soleil perd son éclat; plus pâle cpio la lune, sa lumière ne projette plus d’ombre, le vert des arbres paraît d’un bleu sale ; les oiseaux sont inquiets, et les animaux effrayés errent de loulês parts.

L’évaporation rapide qui se fait à la surface du corps sèche la peau , enllammo le gosier, accélère la respiration et cause une soif violente. L’eau contenue dans les outres s’évapore, et la caravane est en proie à toutes les horreurs de la soif. C'est ainsi que, depuis re.xpéfhjion de Cambyse, plus d’une caravane a péri dans ce désert ; mais il faut ranger parmi les contes arabes ces histoires de vents pestilentiels dont le contact cause la mort, et qui, semblables à un boulet de canon, traversent une troupe et choisissent leur victime. Si les Arabes se couvrent la face, c’est afin que le sable ne pénètre ni dans les yeux ni dans la bouche. C’est pour la même raison que les chameaux tournent la tète du côté opposé au vent ; jamais ils ne font cette manœuvre lorsqu’il n’y a pas de sable dans l’air, a En juin 1813, dit Burokardt. je fus surpris, ep allant de Siout à Esné, par le samoun , dans la plaine qiii sépare Farschiout de Berdys. Lorsque le vent s’éleva j’étais seul, monté sur mon dromadaire, loin (Je tout arbre et de toute habitation. Je m’efforçai de garantir mon visage en l’enveloppant d’un mouchoir. Pendant ce temps le dromadaire, auquel le vent chassait le sable dans les yeux, devint inquiet, se mit à galoper et me fit perdre les étriers. Je restai couché par terre sans bouger de place, car je n’y voyais pas à la distance (Je 10 mètre.s, et m’enveloppai de mes vêtements jusqu’à ce que le vent se fût apaisé. .Alors j’allai à la recherche de mon dromadaire, que je trouvai à une assez grande distance, couché près d’un buisson, qui protégeait sa tête contre le sable enlevé jiar le vent. » Burokardt n’a jamais éprouvé rien de particulier chaque fois qu’il a été exposé au samoun. Malcolm et Marier, qui ont traversé les déserts do la Perso; Ker-Porter, qui a visité celui (jui est à l’est de l’Euphrate, sont d’accord avec lui sur ce point. Dans ce dernier pays, les habjjanls s’enduisent le corps de lioue humide, et ceux de r.Afrique occidentale s’oignent de graisse, jKUir empê- ('her la peau de se gercer par suite d’une évajioration trop rapide.

DI^S YKNTS.

Los désorts de l’Asiô et do l’Afriqtio sont les conlréos ot'i cos' venis chauds se montrent dans toute leur force. Toutefois, dans ITnde, couverte d’une riclie végétation, au Chili, dans la Louisiane et dans les grandes plaines [llanos) de l’Orénoque , certains vents ont une température très-élevée. Tous les vents de terre qui soufflent sur les côtes de la Nouvelle-Hollande sont chauds et secs. Quand le vent de N. O. règne pendant' quelque temps à Paramatta, toutes les plantes se flétrissent; et le mauvais succès des essais de culture entrepris par les Anglais dans ce pays ne reconnaît pas d’autre cause. Même en Europe nous avons le solano d’Espagne et le sirocco d’Italie qui jettent la plupart des individus dans un état do langueur particulier. Ces vents naissent probablement dans les plaines de l’Andalousie ou sur les cochers arides de la Sicile , ils sont beaucoup plus violents sur la côte nord que sur la côte sud de celte île, et il est inutile d’aller chercher leur origine jusque dans les déserts de l’Afrique.

DES MÉTÉORES AQÜEUX.

L’cxpcricncc journalière nous prouve que l'état hygrométrique (le l’atmosphère varie eonlimiellement. Pendant les orages , l’eau se préci|)itc des nuages par torrents, ou bien elle se déiwse lentement à l’état de rosée; quelquefois l’air est tellement sec, que les bois se déjettent, et ajors l’eau s’évapore avec une grande rapidité dans les vases ouverts. Nous désignerons tous ces phénomènes sous le nom collectif d’hijdrométéores , mot dérivé du grec oSwp, eau, et qui signifie météores aqueux.

REMARQUES GÉNÉRAEES SUR EES GAZ ET EES VAPEURS. L’eau, en passant à l’état de corps aériforme occupe un espace beaucoup plus grand que celui qu’elle remplissait lorsqu’elle se trouvait encore à l’étal liquide. Ainsi l’eau peut ('xister sous doiLX -formes difïérenles qui n’ont de commun entre elles que la mobilité extrême des molécules composantes qui sont séparées et s(i meuvent facilement l’rme sur l’autre. Dans les corps solides, au contraire , il faut un effort plus ou moins grand pour écarter les moléculés qui les composent. Les particules de l’eau ont cependant une tendance à se rapprocher et à former de petites masses sphériques. Dans les gaz proprement dits cette tendance n’existe pas, et toutes les molécules se repoussent mutuellement; d’où résulte une force d’expansion du gaz tout entier. Aussi est-il presque impossible de rapprocher ou d’éloigner les molécules de l’eau à l’état H(iuide; tandis qu’un volume de gaz, quelque petit qu’il soit, remplit toujours entièrement un vase d’une capacité quelconque. Placez une cloche sur le plateau d’une machine pneumatique et faites un vide aussi parfait que possible , il y aura néanmoins de l’air dans toutes les parties de la cloche. L’expérience suivante prouve que l’air s’est réellement dilaté ; en effet, si nous mettons sous le ré-

DES MÉTÉORES AQUEUX

cipienl iino vessie aplatie et fermée , celle-ci se gonflera à mesure que le vide se fait, mais reviendra sur elle-même dèsqo’on laissera rentrer de l’air sous la cloche. Il s'établit en effet un équilibre entre les Torcos répulsives des molécules d’air contenues dans la vessie et celles qui remplissent le récipient.

Sans appareils de physique on peut se convaincre de cette vérité. Prenez une petite quantité de sulfure do potassium et versez dessus de l’acide sulfurique , il se dégagera un gaz sentant fortement les œufs pourris; quelque pelit que soit le volume du gaz dégagé, il n’en remplira pas moins un vaste appartement. Il en est de même d’une goutte d’éther qui se vaporise , et la physique démontre que cette loi s’ai)plique à tous les gaz sans exception.

Si l’attraction de la terre ne neutralisait pas cette force d’expansion de l’air, il s’échapperait dans l’espace, et notre globe n’aurait point d’atmosphère. L’attraction joue ici le rôle que remplissent les parois de la vessie dans l’expérience que nous avons rapportée. L’air soumis à cette force d’attraction devient un, corps pesant comme tous. ceux qui sont à la surface du globe. Aussi un ballon vide d’air est-il plus léger que le môme ballon quand il en est rempli.

Quoique les particules des gaz tendent sans cesse à s’éloigner les unes des autres , nous pouvons néanmoins facilement diminuer le volume d’une certaine masse d’air. Un& vessie devient plus petite lorsqu’on la comprime ; on peut enfoncer un piston dans un cylindre creux de même diamètre et hermétiquement fermé; mais dès qu'on cesse de presser sur le piston, l’air se dilate et le repousse. Si les corps aériformes ne passent pas à l’état liquide, les espaces occupés sont inversement proportionnels aux forces comprimantes.-Ce'qui veut dire que, sous une pression double, triple, quadruple, etc., ils occuperont la moitié, le tiers, le quart de l’espade primitif.

COMPOSITION PBTSIQOB DE D'ATMOSPHERE. — Chacune des molécules dont elle se compose exerce , en vertu de sa pesanteur, une pression sur tes molécules situées au-dessous d’elle ; cette pression s’ajoute à leur propre pesanteur et contribue, en se combinant avec l’action du globe terrestre, à les retenir autour de lui. Dans une colonne d’air- vertical’e on trouve près du sol les couches lés plus denses ; cette densité diminue à mesure qu’on s’élève , parce que la portion d’almpsphère placée au-dessous de l’observateur n’exerce plus aucune pression sur celles qui sout placées à son niveau. Le baromètre^<Jui mesure cette pression se lient plus bas au somniet qu’au pied d’une montagne ; et le rapport qui existe entre la pression et la hauteur est tellement intime

HAUTEUR DK L’ATMOSPHÈRE.

qu’on peut déduire la différence de niveau de deux poirtls, de • la différence de longueur des colonnes barométriques observées simultanément à ces deux stations.

Plus la pression diminue et plus l’air tend à se dilater; aussi semblerait-il , au premier abord , que l’atmosphère doit s’étendre à une très-grande distance. On pourrait croire que c’est seulement à plusieurs myriamètres que celte densité doit être assez faible pour être complètement négligée. L’expérience ne nous a pas appris ce que deviennent des particules d’air dont la densité serait in&niment plus faible qu’elle ne l’est à la surface de la terre. Si leur expansion était indé&nie, elles se répandraient dans les espaces célestes, et cliacun des corps qui s’y meuvent se formerait une atmosphère en les attirant à lui. Les observations astronomiques ne sont pas favorables à cette hypothèse , et il est probable que l’atmosphère de la terre est limitée. L’éloignement de celle limite n’est pas encore, bien connu ; nous savons seulement qu'à une hauteur de 7 myriamètres environ la ténuité de l’air serait telle, que nous pouvons considérer cette limite comme celle de l’atmosphère *.

’ Dans ces derniers tempe M. -Biet a publié de savantes recherches sur la constitution physique de l’atmosphère , elles l'ont conduit à une coiidilioii qui assigne une limite supérieure à l'atmosphère terrestre. Il a emprunté les é'éments de scs calculs à trois séries d’observations harométriques, thrrmomélriques et hygrométriques, faites i des stations successives par MM. G>)~Lusuc. do llumbolilt et Jtovssingault.

M. Gij Lossac s’est élevé en aérostat en octobre 1803 A une hauteur de 6977 mètres au-dessus de l’Observatoire de Paris. Le nombre des observations intermédiaires est do 21.

, Au mois de juin 1802, M. de UamboliU n observé, A cinq stations successives, en montant des plaines -qui sont au pied du ('himboraço, vers la cime de la montagne. La première station éthit A 2118, la dernière A 5879 mètres au-dessus de la mer.

Enfin, en 1827, M. Boaninganh a fait trois séries d’observati ms météorologiques dans ses ascensions sur le Cliimbornço et l’Antisana, jusqu’à des hauteurs de 5900 et 5400 mètres au-dessus du niveau de la mer Pacifique. La série du Chimboraço comprend Unit stations élevées, commençant à la hauteur de 2700 mètres. Les séries de l'Antisana en comprennent chacune neuf, commençant à 2500 mètres.

Pour déduire de ces observations la hauteur de l’atmosphère, M. Hioi réduit d’abordà aéro les colonnes barométriques de diverses stations, puis il les ramène toutes à lu gravite inférieure en calculant la correction que chacune nécessite d’après l’élévation relative de la station. En divisant toutes ces colonnes ainsi réduites par la colonne inférieure, il obtient les pressions successives en parties de la pression inférieure prise pour unité.

M, Uiot dédutt ensuite les densités corçespondantcs i ces pressions des terrrpératures de l'air concomitantes, en admettant, avec M. Ga)-I.n«»»c, que l’air diminue d’1/267'' de son volume par chaque degré centigrade de refroidissement, fl lient compte en même temps de. la tension de la vapeur aqueuse. Les densités ainsi obtenues sont rapportées à la densité inférieure comme A leur unité propre, de même qu'on l'a fait pour les pressions. On à donc les valeurs eoexist.iiites de ces deux éiémenis dans tous les points de la colonne aérienne où les stations ont été établies. Prenant alors les pressions pour abscisses, cCIcs densités pour orduuuées, M. Biet trouve que la courbe qui passe par toutes les stations est sen-

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