‹ Cours complet de peinture a l'huile (volume 2)Chapitre 6 sur 11 · ÉTUDE D'UN BOUQUET · texte numérisé non relu

ÉTUDE D'UN BOUQUET

FLEURS

On peut encore procéder d'une autre façon, en recouvrant la toile d'une feuille de papier sur laquelle on dessine, puis on décalque sur la toile le dessin adopté. Ce dessin sur papier a l'avantage de permettre de ramener l'ensemble à droite ou à gauche, et de le monter ou de le descendre si on le juge utile; on n'a besoin, à cet effet, que de déplacer la feuille de papier et de la fixer à l'endroit voulu avant de décalquer le dessin. Malgré l'emploi de ce second moyen, il est encore prudent de diminuer le format par un trait, comme nous Favons expliqué plus haut.

Voici encore une recommandation utile aux commençants : Tracez toujours deux lignes diagonales sur la toile ou le papier avant de commencer, ainsi que nous l'avons démontré par des dessins dans la partie des Natures mortes, et ajoutez-y encore deux lignes coupant par moitié la hauteur et la largeur. Ces lignes doivent être peu apparentes pour ne pas gêner le dessinateur, mais elles sont d'une grande utilité pour bien disposer les lignes et distribuer les masses. Il faut connaître exactement le milieu de la toile en hauteur et en largeur, ainsi que le centre, pour ne pas y placer de masses importantes par leur couleur et leur effet. On ne doit jamais, en effet, rendre visible le centre d'un tableau, ni les milieux en hauteur ou en largeur, cela serait un manque de goût, et ce qu'on a l'habitude d'entendre par ces mots : — Placez l'effet principal au centre de la toile, — veut dire à droite ou à gauche, au-dessous ou au-dessus, mais très rapproché du centre, sans jamais y être placé exactement.

Il faudra donc veiller attentivement à ce qu'une tige ou une branche ne détermine pas un milieu par sa position dans le bouquet, ni qu'une fleur importante par son volume et sa couleur, ne se trouve placée exactement au centre comme le point noir d'une cible.

Lorsque toutes ces dispositions seront prises et que, la palette en main, on se disposera à ébaucher l'ensemble, voici comment on devra procéder : On doit toujours commencer par une ébauche, même si on a l'intention de faire une étude terminée du premier coup. Il n'est pas possible d'obtenir un bon ensemble si on ne procède pas tout d'abord à un accord des valeurs générales, en harmonisant les taches au moyen des tons complémentaires. Cette ébauche, pour ne pas gêner l'exécution, devra se faire par frottis et par glacis, en se servant de liquide très siccatif et en employant fort peu de couleurs. L'ébauche terminée, les valeurs connues, les taches mises définitivement à leurs places, on commence l'exécution finale par la partie la plus importante, le morceau qui est le principal objet où devra se fixer l'attention.

L'ébauche a montré au peintre quel degré d'intensité il devait donner au fond, ainsi que le choix du ton à adopter; il ne s'en préoccupera donc plus pendant qu'il peindra les fleurs. Cependant, c'est en réglant

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le fond que l'étude sera terminée, et ce mot régler indique la suppression de certains détails trop nombreux ou trop apparents, comme aussi

l'allégement des masses, en trouant le bouquet pour donner de F air.

Est-il besoin d'ajouter qu'il faut surtout éviter dans la disposition des masses et des silhouettes, qu'il y ait des hauteurs semblables et des pendants, le bon goût mis en garde par ce qui vient d'être dit, on saura éviter ces fautes.

Gomme dernière recommandation, nous conseillons de s'appliquer surtout à rendre l'éclat des fleurs avec toute la violence dont la palette est susceptible, tout en restant harmonieuse. Prise isolément, la fleur demande, pour être parfaite clans sa reproduction, que le dessin soit irréprochable et le ton très exact. Dans l'ensemble du bouquet, ce qui est nécessaire avant tout, c'est l'harmonie générale et l'éclat.

Quelques mots sur les fleurs en plein air. — Tout ce que nous avons dit des moyens matériels employés pour peindre les fleurs à l'atelier, se rapporte aux fleurs en plein air. Les fleurs, dans un jardin, ne diffèrent des autres que par l'enveloppe générale et le fond sur lequel elles se détachent. Prises ainsi, les fleurs se confondent dans un tout qui devient du paysage ; si le lecteur avait besoin de renseignements supplémentaires, il les trouverait à la quatrième partie de cet ouvrage où nous traiterons très longuement la question, en nous efforçant de donner les détails les plus complets pour peindre tous les genres et tous les effets. Nous nous bornerons donc présentement à cette seule étude de pivoine en plein air, dont nous donnons une planche en couleur.

Manière de peindre les pivoines en plein air. — La réflexion et l'observation sont nécessaires avant de commencer une étude. Il faut se rendre compte des valeurs et des taches de couleur, en calculer l'importance et déterminer la place qu'elles occuperont dans la toile, en isolant par la pensée tout ce qu'on a l'intention de peindre, en supprimant mentalement tout ce qui semble inutile ou gênant. Quand on n'a pas l'habitude de peindre en plein air, on voit très difficilement le motif; on ne sait pas au juste ce que l'on prendra ni où l'on s'arrêtera. Cette facilité de voir le motif ne s'acquiert qu'avec une assez longue pratique, mais il y a des moyens pour guider l'inexpérience et lui apprendre à voir le motif. Le premier, c'est l'emploi de la glace noire (cette glace ou miroir noir, a été l'objet d'une description dans la première partie: « V outillage »). La glace noire renseigne immédiatement le peintre sur la manière de prendre le motif, en lui montrant le paysage réduit, et elle lui permet d'apprécier les valeurs en diminuant l'intensité des tons et l'éclat des lumières. Elle aide aussi à déterminer le choix de la place où il faut s'installer pour le travail. La glace noire est le meilleur

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guide qu'on puisse consulter pour se renseigner sur la -valeur d'un ton intense, quand il se trouve placé à côté d'un autre ton très vif que l'œil différencie difficilement.

Il y a aussi un autre moyen de voir la place que devront occuper les lignes principales d'un motif, c'est l'emploi d'une carte découpée en forme de cadre, comme l'indique le dessin ci-contre.

Carte découpée en forme de cadre, pour bien \Toir les lignes d'ensemble.

Une carte à jouer ou une carte de visite grand format sont suffisantes ; on découpe dedans un rectangle et on regarde le paysage au travers, plus on tient cette carte rapprochée de l'œil, plus on agrandit le motif, plus on l'éloigné de la vue, plus le motif se rétrécit. Ce moyen est très employé, car il est moins coûteux que le miroir noir, et, sans être aussi complet, il rend de réels services pour trouver le motif.

Après s'être bien rendu compte de ce qu'on doit prendre pour que le motif se compose bien, on dessine avec un crayon à mine de plomb (si la toile est blanche), ou avec un morceau de craie si l'apprêt de la toile est foncé.

Lorsque le dessin semble suffisant, on commence l'ébauche en plaçant le ton local rouge des fleurs et en posant autour les tons du fond, dont on doit rechercher avant tout la valeur juste et la monter ou la foncer jusqu'à ce que les fleurs semblent se détacher en clair malgré leur valeur relativement foncée. Après s'être rendu compte des deux valeurs, des fleurs et du fond, on doit chercher celle des feuillages, et on remarquera, en l'observant, que la masse dans l'ombre est plus foncée que le fond. Le ton local de l'ombre est à peu près de la même

valeur que le fond, mais ce ton est plus entier, c'est-à-dire plus coloré ou plus vert. (Disons en passant qu'on voit souvent un ton de premier plan être de la même valeur qu'un ton de second ou troisième plan, mais ils ne sont jamais d'égale intensité de couleur, parce que la couche d'air qui les sépare, décolore celui qui est placé sur un plan plus éloigné et par cela le rend plus gris.) On obtient donc une perspective aérienne, en éloignant, en détachant les plans l'un de l'autre, même s'ils sont de semblable valeur, en colorant les premiers et en décolorant ceux qu'on veut éloigner. Les tons vert-jaune des feuilles éclairées par transparence se placent ensuite, et comme ils sont beaucoup plus clairs que le fond, ils apportent déjà un peu d'effet à l'ébauche. L'étude se continue en ébauchant quelques tons clairs que l'on voit dans l'ombre et qui sont occasionnés par le luisant des feuilles sur lequel le soleil accroche des lumières. Ces tons clairs ne seront essayés à ce moment que pour bien se rendre compte des ressources que peut donner la palette et savoir si on peut mettre des lumières colorées sur les feuilles tout en obtenant de l'éclat. Si on s'apercevait que pour faire marquer ce ton clair, on est contraint d'employer le blanc pur (ce qui ne doit jamais se faire en aucun cas), c'est que tous les tons environnants se trouvent ébauchés trop clairs; la seule ressource, en ce cas, c'est de renforcer tous ces tons avant de continuer quoi que ce soit. On voit, par ce qui précède, l'utilité de s'occuper uniquement des valeurs sans rien exécuter à l'ébauche, car il arrive fréquemment aux plus exercés d'être amenés à renforcer les valeurs, ce qui oblige à tout recommencer. Il convient également de mettre les tons les plus foncés qui sont comme une ombre dans l'ombre. Ces noirs ont un rôle très important dans le modelé et servent à éclairer les ombres ; dans une ombre noire, un noir plus violent éclaircit tout; il ne faut jamais employer le noir pur, ce doit être un ton foncé brun, violet ou bleu, aussi foncé comme valeur que le noir qui sort du tube, mais la couleur noire n'est pas un ton par elle-même. On ébauche tout le reste en procédant de la même manière, en observant bien le rapport des valeurs et surtout en ne faisant aucun empâtement; toute l'ébauche doit se faire comme si on peignait à l'aquarelle. L'exécution sera la même pour les procédés que celle recommandée plus haut dans le chapitre : « V étude tV un bouquet. » Nous terminerons nos conseils sur ce sujet, en disant que lorsqu'on peint des fleurs en plein air, il faut se préoccuper attentivement de l'enveloppe, ne pas se laisser entraîner à une exécution aussi précieuse que celle dont on peut faire montre dans un tableau de fleurs, vu dans un intérieur d'appartement, et enfin, éviter à tout prix la sécheresse que donne la précision des contours. Les contours doivent rester flous, vagues, sous peine d'enlever l'enveloppe, l'air ambiant qui font le grand charme des fleurs en plein air.

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