‹ Cours complet de peinture a l'huileChapitre 4 sur 15 · COURS · texte numérisé non relu

COURS

Les terrains sont composés de galets dont il ne faut voir que les tons d'ensemble et les ombres portées, quand ils sont agglomérés par tas. Cependant on doit, par le sens des coups de brosses, faire comprendre la nature du terrain et ne pas exécuter de la même manière que lorsqu'on peint du sable. C'est en observant la forme et au moyen des accents de clair et d'ombre que l'on obtiendra ce résultat, accentué par quelques galets un peu plus modelés, sur le premier plan.

Le ciel n'est pas très difficile à peindre dans cette étude ; il devra surtout donner une valeur et un ton bleu. Nous avons dit, dans la partie précédente comment on peint un ciel bleu, nous ne le répéterons pas. Avant de peindre les mâts, les voiles et les agrès, il est indispensable de peindre l'intérieur de la barque du second plan, ce qui est d'ailleurs fort simple puisque l'entrepont est fermé et qu'il n'y a presque qu'une seule valeur claire, avec une partie du bordage éclairée par le reflet du pont sur lequel il projette une ombre. Ceci étant terminé, c'est par l'exécution des voiles qu'il faudra continuer. La manière de les peindre ne diffère des autres parties du bateau que par la souplesse qu'il est indispensable de donner à l'exécution. On comprendra en effet que la voile même très tendue, représente néanmoins une partie molle et qu'il ne faut pas la peindre comme le bois du bateau. Les larges pinceaux de martre ou les brosses très douces sont indispensables à cette exécution qui doit toujours être lisse et sans empâtements. Les mâts et tous les agrès se peignent comme il a été dit précédemment.

Petites barques et canots de La Giotat. — Il est indispensable de savoir bien dessiner et peindre les canots qui ont des noms multiples, tels que : you-you, pousse-pied, barquot, etc.

Le dessin ci-contre montre un coin du bassin du port de La Ciotat, où sont garés quantité de barques et de canots. C'est en faisant des études semblables que l'on se constituera une sorte de dictionnaire ou de magasin d'accessoires auquel on aura constamment besoin de recourir en travaillant à l'atelier pour composer des tableaux. Tout ce qui précède suffira aux explications que l'on peut désirer ; nous dirons seulement ici que cette étude doit être faite avec beaucoup de soin, qu'il n'est pas indispensable de se préoccuper de l'ensemble autrement que pour bien proportionner les bateaux vus à différents plans, en les comparant toujours entre eux et à ceux du premier plan pour que la perspective soit très juste. La forme, la valeur et la couleur de chaque bateau, ainsi que leurs reflets dans Teau, devront être très étudiés. Les reflets sont de la plus grande importance et comme, dans une étude semblable, l'eau est peu remuée, ils seront faciles à étudier et conduiront peu à peu l'élève à peindre des eaux très mouvementées où les reflets se cassent et prennent des ondulations inattendues qui sont très intéres-

BARQUES DE PÈCHE DU PORT d'hONFLEUR, ÉCHOUÉES A MARÉE BASSE

santés et donnent tant d'attrait aux eaux des premiers plans si nécessaires aux tableaux de marines ou aux paysages maritimes.

Barques de pêche de Honfleur vues à marée descendante. — Il sera bon de continuer ses études d'après les difficultés d'exécution ; on peindra beaucoup de barques échouées pour bien connaître leurs courbes gracieuses et la perspective de leurs mouvements. Peu à peu, étant

Barques et canots de La Ciolat.

devenu plus habile, on peindra des barques à flot en les choisissant au moment où les voiles sont carguées ou en berne quand elles ont besoin de sécher, ainsi que le montrent nos planches pages 65 et 67.

Tout ce qui précède, donnera le moyen de peindre ces barques. Pour éviter un double emploi, nous ne parlerons ici que de l'exécution de l'eau dont les reflets sont composés de petites lignes presque entièrement horizontales. Pour exécuter une eau semblable on peindra en employant peu de couleur; on placera d'abord avec une large brosse, les principales valeurs de tout l'ensemble, puis au moyen de pinceaux de martre, on peindra les reflets des voiles et des bateaux en observant la forme de ses reflets qui est très accentuée et dont nous reparlerons plus loin.

Premières études des mâts et des agrès. L'arrière d'un transatlantique. — Toutes les études de mâture et d'agrès sont utiles à faire ; ce n'est que par une constante observation de chaque manœuvre que l'on parviendra à en connaître la destination. Tous les gréments, depuis la barque et le canot de pêche, jusqu'aux voiliers, torpilleurs et cuirassés, doivent être étudiés, notés et. catalogués par un peintre de marine.

La planche en couleurs placée plus loin montre l'arrière d'un paquebot cles messageries maritimes en réparation. On repeint l'extérieur depuis les mâts jusqu'à la quille, la peinture usée par les fatigues de la traversée laisse voir le minium du blindage. Des dessins très exacts seront suffisants, mais des études peintes pourront être un jour utilisées avec fruit. Il est bon de peindre aussi tout ce que l'on rencontre d'accessoires sur les quais ; rien n'est inutile, depuis les chaînes qui amarrent les bâtiments jusqu'aux simples tas de planches, depuis les ancres et les bouées, jusqu'aux constructions du môle et des phares.

Cette étude, très simple en comparaison des ensembles de bateaux d'un port, est cependant assez compliquée pour que l'on ne soit pas assuré de la réussir du premier coup. Il faut absolument finir bien ou mal dans la séance à cause de l'instabilité des modèles, qui bien souvent larguent leurs amarres et lèvent l'ancre au moment où l'on est en plein travail ; c'est pour cette raison que le petit format est nécessaire et que la pochade est de rigueur.

Pour faire des études profitables il faut diviser les difficultés et les étudier séparément. Il faut quand on a la palette en main, ne chercher que les valeurs et les colorations sans trop se préoccuper du dessin qui peut, sans inconvénient, être maladroit ou sacrifié à la recherche d'un beau ton bien juste de valeur. Quand on dessine, c'est tout différent, il faut seulement dessiner, c'est-à-dire mettre des formes, bien proportionnées, justes dans leur ensemble et leurs mouvements, où la perspective des lignes soit le principal objet ; c'est un travail qui n'a d'autre but que celui d'instruire le peintre.

Pour dessiner utilement, nous avons dit qu'il y avait plusieurs façons de procéder, mais qu'un dessin bien établi avec le crayon mine de plomb passé à l'encre était un procédé excellent. Ce moyen a l'inconvénient d'être un peu long, mais il sera facile, avec de la pratique, d'éviter beaucoup de détails qu'il est inutile de préciser lorsque l'on fait un dessin destiné à être peint ensuite. Quand le dessin est achevé, il y a encore un très bon procédé dont nous avons déjà parlé qu'on emploiera ici : c'est l'aquarelle à l'huile, ou l'ébauche de l'étude au moyen de glacis et de frottis pour lesquels on n'emploie que peu, ou pas de blanc, afin de ne pas couvrir et effacer le trait du dessin. Cette ébauche permet, en faisant disparaître l'apprêt blanc de la toile, de se rendre plus facilement un compte exact de la valeur des tons, quand on cherchera sérieusement

le ton juste de chaque chose ; elle permet aussi de se renseigner sur les colorations des parties que l'on n'aurait pas eu le temps de peindre et

L'arrière d'un transatlantique.

qu'une ébauche rapide détermine suffisamment pour que l'artiste qui l'a faite se souvienne de ce qu'il doit ajouter ou retrancher. Une telle

ébauche se fait si vite que nous la recommanderons même pour une pochade rapide, car elle donne en quelques minutes l'aspect de l'ensemble qui permet de décider ensuite dans quelle gamme on doit peindre.

Le dessin de l'étude qui nous occupe étant établi comme il a été recommandé, l'ébauche rapide faite avec des frottis ayant fait disparaître le blanc de la toile ; tout cela aura pris un temps assez long, mais comme on se sera servi d'une petite toile, la séance ne sera pas épuisée et l'on pourra tout au moins peindre une bonne partie de l'étude, si toutefois on ne parvient pas à la terminer.

Pour bien partir dans le ton et la valeur justes, voici ce qu'il conviendra de faire : comme dans l'ébauche, on aura réservé \e blanc de la toile pour faire momentanément le ton blanc du bordage et des porte-manteaux, c'est par le ton juste et définitif de ces parties peintes blanches et éclairées par le soleil qu'il faudra commencer l'étude. C'est cette première note blanche et colorée qu'il faudra chercher avec soin, car elle est le point de départ duquel dépend uniquement le sort de l'étude et l'on comprendra qu'il est indispensable de la raisonner longuement avant de la poser définitivement.

Il est à remarquer aussi que ce qui semble blanc est en réalité d'un ton clair, très coloré, et même relativement foncé, si on le compare au blanc pur, tel qu'il sort du tube. Il ne faudra donc pas se préoccuper si le ton coloré de ce blanc semble foncé, même jaune et sans distinction, quand on le posera sur le ton blanc réservé dans l'ébauche ; mais il faudra l'entourer immédiatement avec les tons du ciel et de la mer, en montant la valeur de leurs colorations jusqu'à ce que le ton clair par lequel on a commencé, paraisse blanc lumineux. On sera obligé à des retouches qui corrigeront peut-être plusieurs fois le ton et la valeur de toutes ces notes primitives, car il est extrêmement rare, même quand on a l'habitude de peindre, que l'on ose mettre du premier coup la valeur et la coloration d'un ton clair, quand on commence une étude en peignant sur un fond blanc ; les tons les plus clairs sont toujours colorés et d'une valeur qu'on est loin de soupçonner.

Il est indispensable de procéder ainsi pour ne pas s'exposer à commencer dans une gamme décolorée et trop claire, car s'il en était autrement, quand tout aurait été peint, on n'obtiendrait qu'un ensemble terne et froid. La lumière ne s'obtient que par la vigueur des colorations. Ce n'est pas par l'opposition des ombres foncées que l'on fait paraître les tons lumineux, c'est par un ensemble de colorations justes dans leurs rapports complémentaires. Dans certain cas où l'on recherche absolument la lumière, on peut se voir obligé de mettre dans quelques parties, du blanc presque pur, mais si les tons clairs qui l'accompagnent sont étudiés et complémentaires, le blanc prendra la coloration voulue.

« Quand le blanc d'argent est bien pur, sa coloration est absolument

neutre ; c'est ce qui lui donne la propriété de paraître toujours nuancé de la complémentaire du ton, à côté duquel il se trouve. »

Le dessin de la page 67 montre encore l'arrière du même bateau, vu de face, avec les agrès et la mâture vus d'ensemble et en perspective. L'ombre portée et le reflet du transatlantique sont très peu apparents, à cause des petites vagues qui les brisent.

Cette étude sans être très intéressante comme motif de tableau, contient plusieurs espèces de renseignements qui pourront être utilisés, car, en plus du grand paquebot, il y a un bateau qui supporte un échafaudage servant aux réparations, un autre groupe de transatlantiques vus de loin, montrant la proportion de ces bateaux par rapport aux maisons du port, et enfin la mer agitée dans le port, telle qu'on la voit souvent quand par un beau temps d'été le mistral souffle légèrement.

Les tartanes. — Les tartanes sont les barques qui servent dans le midi, au transport des marchandises de tout genre ; leur nombre est considérable et elles sillonnent en tous sens la Méditerranée. C'est donc un bateau qu'il faut bien connaître, car il y en a en station dans tous les ports et le temps que Ton met à les charger ou à les décharger donne au peintre toute la latitude voulue, pour en faire une étude approfondie.

Le dessin hors texte montre une tartane amarrée à quai, en premier plan. Pour peindre une telle étude, il faut commencer par dessiner attentivement les proportions surprenantes de la grande voile latine quand on les compare à la hauteur relativement petite de l'avant du bateau. Quand tout est bien proportionné, bateau, paysage, maisons, etc., on commence par peindre le ciel, en le terminant du premier coup. Il faut, pour faciliter cette opération, préparer quelques tons bleus de gammes différentes, ainsi qu'il a été dit dans la partie précédente de cet ouvrage. Ces bleus chauds et froids qui se dégradent peu à peu, pour devenir d'un ton chaud presque rouge à l'horizon, sont d'une valeur très montée, à laquelle il faudra donner beaucoup d'attention pour ne pas partir, dès les premières touches, dans une valeur trop claire qui ne permettrait plus de colorer les lumières du bateau, du mât, de la voile et des maisons. Pour ne pas s'exposer à semblable faute, il sera nécessaire de peindre, avant tout, les parties éclairées du mât et de la voile en se souvenant toujours que ces lumières sont colorées et relativement foncées, si on les compare au blanc pur. Quand on est certain du ton de ces lumières, on pose autour des touches du bleu du ciel et on en augmente la valeur jusqu'à ce que l'on obtienne le brillant voulu pour le ton de la voile au soleil.

Quand le ciel est terminé on peint les lointains formés par les. mon-

;o COURS COMPLET DE PEINTURE A L'HUILE

tagnes boisées, dont l'ensemble est gris-bleu et violet très doux quoique relativement foncé, si on le compare aux tons bleus du ciel.

On peint ensuite les maisons clans l'ombre derrière le bateau, en observant, qu'elles semblent claires, bien qu'elles soient plus foncées

Les tartane?.

que le ciel. Ceci étant fait, on peint l'eau autour du bateau seulement et l'on termine en peignant le bateau.

L'étude sera continuée ensuite par l'exécution de la voile et du mât en terminant chaque partie par le ton de la lumière. L'avant du bateau est peu compliqué et facile à peindre, il sera cependant urgent de bien observer la valeur du blanc dans l'ombre. Il sera nécessaire aussi de peindre une partie du quai qui entoure le bateau afin de se rendre compte des rapports des valeurs générales et prévoir le cas où le lendemain on ne retrouverait plus le bateau à sa place. C'est pour cette raison qu'il est prudent de terminer l'étude d'un bateau en une séance ; on ne sait jamais où il sera le lendemain. En procédant ainsi on aura l'esprit tranquille pour le reste de l'étude si Ton a eu soin de se rendre compte de l'ensemble des valeurs en déterminant dans la première séance, quels sont les deux points dominants, le clair et le noir.

Dans la séance suivante on peindra les maisons du port, ainsi que les canots et les barques amarrés au quai. Le dessin de ces parties de l'étude doit être soigneusement établi et comme on aura tout le temps nécessaire pour le faire soigneusement, c'est par cette opération qu'il faudra commencer. Quand on se sera assuré du dessin et de la perspec-

tive, on aura beaucoup de plaisir à y placer les colorations si chaudes, si claires et si variées de ces murailles ensoleillées, mais on ne devra pas perdre de vue les valeurs, et quoique Ton cherche à faire étinceler la blancheur des maisons, il faudra toujours tenir compte que le bordage du bateau principal peint en blanc, est la note la plus claire de tout le tableau Le paquebot des messageries maritimes qui est dans le bassin de réparation devra être terminé et peint avec beaucoup d'attention pour

Çanot en inarche ; étude des reflets dans l'eau.

qu'il reste bien à son plan malgré sa grandeur et l'intensité de la lumière qui reluit sur sa coque.

Les reflets dans l'eau agitée par les incessants mouvements de la navigation du port devront être étudiés scrupuleusement comme valeur d'abord et comme dessin ensuite. On sait que la couleur des eaux teinte toujours plus ou moins les parties lumineuses qu'elle reflète, de même qu'elle adoucit et noie les ombres, ce qui fait qu'un noir se reflète moins foncé et qu'un clair se fonce. Les maisons seront donc plus colorées et plus foncées dans les reflets de l'eau. Ces reflets sont aussi très intéressants par la forme inattendue qu'ils prennent ; ils sont même parfois extrêmement difficiles à saisir, mais, en faisant des études d'abord très simples et en augmentant peu à peu la recherche des difficultés, on y parviendra certainement.

Canots de pêche (en marche) études des reflets dans l'eau. — Pour commencer ces études, il sera indispensable de peindre des canots très simples en choisissant ceux qui sont amarrés, ceux qui posent. Mais le plus sûr moyen consiste surtout à en louer un, dont on disposera à vo-

lonté et que Ton pourra placer comme on le désire. Pour que le mouvement reste exactement le môme, il sera utile de l'amarrer à l'avant et à l'arrière très solidement et si Ton veut faire poser une figure pour avoir des documents bien exacts voici comment on devra procéder : On s'installera pour peindre, sur le quai même et le modèle ira placer le bateau à l'endroit que Ton aura jugé propice, en laissant filer la corde qui l'amarre au quai par l'avant. Quand il sera à la place voulue par le peintre,

Barque de pèche : étude des reflets dans l'eau.

le modèle laissera tomber à fond un pavé ou un poids quelconque attaché à l'arrière et le canot ne bougera plus.

La forme des reflets sans cesse en mouvement est très difficile à observer; il faut une grande volonté pour dominer l'impatience et le découragement qui ne manquent pas de se produire, quand, après un travail assidu, le résultat est mauvais, mais avec de la persévérance on arrive toujours à triompher. L'observation attentive fait comprendre la forme invisible des ondulations de l'eau qui brise les reflets et les déforme parfois curieusement.

On voit par le dessin page 71 quelles formes extraordinaires prennent les reflets du bateau et du personnage ; ce sont des lignes horizontales brisées, enchevêtrées ; les bras du rameur sont tordus et son chapeau ne forme plus qu'un anneau allongé. L'avant du bateau donne un reflet dans l'eau qui ne rappelle presque pas la forme qu'il reflète.

Pour étudier et surtout exécuter la forme de tels reflets, il est néces saire d'employer la couleur très liquide et de peindre avec des pinceaux de martre qui permettent de dessiner après coup les reflets foncés dans la pâte fraîche du ton local de l'eau. On peint d'abord le bateau en

LES TARTANES DE LA CIOTAT. ÉTUDES DES REFLETS DANS l'eAU

exécutant au préalable, tous les tons de l'eau qui l'entoure, puis on peint la figure1; on termine par l'aviron qui le coupe et passe par-des-

Canot de promenade ; étude des reflets dans l'eau.

sus ainsi que les pare-battages accrochés au bordage et l'on finit l'étude par l'exécution des reflets.

Un autre dessin page 72 montre un canot de pêche par une mer un peu houleuse, mais sans vagues où les reflets sont très peu accentués et se perdent dans les petites ondulations de l'eau.

Dans le dessin de la page 73 le canot est vu de face un peu du dessus. Il va aborder, les reflets sont très cassés, mais ils n'offrent pas encore de grandes difficultés.

Notre dessin page 74 montre un canot de pèche qui a hissé une petite voile, mais qui marche encore à l'aviron ; les reflets sont assez différents à cause du calme de l'eau. Tous ces croquis peuvent se faire au crayon dans les ports de mer; en peu de temps, on acquiert une grande facilité à les saisir au passage, si l'on sait dessiner correctement un bateau au repos, ou à l'ancre.

Tartanes amarrées à quai. — Ayant fait plusieurs études dans le genre

En terme d'atelier on dit une figure pour désigner un personnage.

de celles que nous venons de conseiller, on pourra ensuite aborder des reflets plus compliqués.

Les tartanes que montre notre grand dessin, sont amarrées à quai pour débarquer des pavés ; elles sout vues d'un peu loin afin qu'on puisse étudier dans l'eau leurs reflets dont les lignes tordues sont si capricieuses.

Gomme la forme seule de ces reflets n'est plus la môme il nous suffira, pour ne pas nous répéter, de dire que l'on doit peindre d'abord les parties claires de l'eau et ensuite les reflets. Afin de ne pas salir le Ion et de pouvoir obtenir un dessin aussi juste que possible, on cherchera la place de ces reflets en les dessinant dans la couleur fraîche avec la hampe du pinceau, et lorsque l'on sera bien certain de ne plus les déplacer, on les exécutera avec le pinceau de martre en employant la couleur très liquide.

Bateaux en marche. — Ces études devront se faire en commençant par des croquis dessinés et peints; à cet effet, la boîte, dite boîte à pouce, est la plus utile ; on peut glisser deux petits panneaux dans son couvercle et au besoin un troisième à la place de la palette pour les transporter facilement quand ils viennent d'être peints. Sur ces petits panneaux, il faut peindre de tout petits bateaux, à peine plus grands que ceux de la planche ci-contre qui montre un panneau d'étude telle qu'on doit l'exécuter.

En répétant souvent ces études, on saura vite saisir une allure générale et il sera facile alors, en allant se poster sur les jetées de peindre rapidement les bateaux qui rentrent ou sortent du port. Ainsi placé, on a toutes les facilités voulues pour travailler quand le temps est beau et l'on peut aussi étudier à l'aise, en prenant des notes écrites, les jours de mauvais temps.

Le panneau de boîte à pouce est suffisamment grand pour permettre de peindre une étude de bateau très détaillée ; pour les bateaux en marche qui restent si peu de temps en place, il est presque indispensable de les

Canot de promenade ; étude des reflets dans Peau.

Croquis de bateaux pris dans le port du Havre.

peindre petits. Il faut aussi se souvenir que c'est principalement la couleur que Ton veut étudier lorsque l'on peint; il sera donc nécessaire de ne rechercher que les colorations et de ne pas s'exposer à gâter un joli ton pour ajouter une correction au dessin. C'est avec de bons dessins exécutés spécialement et avec des études de couleur faites à part qu'on exécute ensuite des bateaux. Ayant toutes ses aises à l'atelier, on résume, on combine, on arrange les études de dessin, de couleur, d'ensemble, de mouvement et c'est seulement ainsi que l'on peut espérer obtenir un résultat qui soit bon, quand on a beaucoup observé, appris et retenu.

Le grand dessin page ?5 montre un panneau peint au Havre, il pourra servir de guide pour en peindre de semblables. Ce dessin est obtenu au moyen d'un ton composé sur la palette de blanc, de noir d'ivoire et d'un peu de terre de Sienne brûlée. On ajoute à la palette du blanc pur, du noir pur et de la terre de Sienne pure, afin de pouvoir foncer une ombre, ou éclaicir un clair et l'on peint d'après nature des dessins très modelés, qui sont encore des documents utiles.

Pour devenir un peintre de marines, il est indispensable d'être un peu marin, tout au moins les voyages en mer, loin des côtes, doivent être répétés fréquemment, afin de connaître la mer par tous ses effets et de pouvoir observer les bateaux de tous genres dans leurs diverses allures. L'on aura toute facilité de dessiner pendant le voyage et même de faire des études peintes, lorsque l'on se sera accoutumé au mouvement du bateau ; l'étude du bateau même, sur lequel on voyage est indispensable à faire.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce chapitre, tous les moyens de peindre un tel sujet se rapportant à ce qui a été dit ailleurs. Çe genre d'étude tient d'ailleurs beaucoup plus de la nature morte en plein air que de la marine et l'on trouvera des renseignements à ce sujet dans la seconde partie de cet ouvrage.

Ce qu'il est nécessaire de bien observer, c'est avant tout l'enveloppe générale qui noie les contours et donne de l'air et du mouvement. Il faut que l'on devine sans explications que le bateau est en marche, que l'on s'attende à le voir bouger sous les influences du roulis et du tangage et ce n'est que par des valeurs bien observées jointes à des formes bien établies, mais un peu vagues et sans sécheresse, que l'on parviendra à faire éprouver cette sensation au spectateur.

Effet de nuit. Transatlantiques et canots vus d'ensemble. — Nous avons dit longuement dans la partie précédente, comment on devait préparer la palette et les toiles qu'il est nécessaire d'employer, leur for-

mat, leur préparation, etc., nous abrégerons ici de façon à ne pas trop fatiguer le lecteur par nos redites et le renvoyons à ce qui précède pour plus amples détails.

Notre dessin hors texte, montre une belle nuit calme et un ciel limpide; tout le paysage semble endormi; il n'y a plus aucun mouvement dans le port; c'est l'heure favorable pour étudier ce bel effet, que l'on a rarement l'avantage de voir aussi bien écrit. La valeur du ciel provençal est facile à observer et à peindre par une belle nuit d'août, comme celle-ci. C'est un ton gris violet et roux pour le bas, dont la valeur est cependant plus foncée que la mer, à l'horizon ; le haut du ciel est gris bleu martelé de tons violets qui s'y fondent et s'y dégradent. Les montagnes et la petite silhouette de l'île, se découpent très vaguement en un ton violet gris, à peine plus foncé que le ciel ; les murailles du môle se perdent, s'estompent et laissent à deviner totalement la forme des phares qui est mangée par le ciel et dont les feux rouges et jaunes semblent suspendus dans l'espace. Les deux transatlantiques qui se silhouettent sur le ciel et se réfléchissent dans le miroir de l'eau sont de valeurs très distinctes, quoique la distance qui les sépare soit relativement faible. Aussi est-il facile de les peindre justement en les ébauchant d'une seule valeur mise à plat, dans laquelle on ajoutera quelques gris plus chauds, plus foncés ou plus clairs, si cela est nécessaire. Mais ce qu'il est indispensable de bien observer, c'est la valeur générale de l'ensemble d'abord, et ensuite le ton, la place et la proportion des lumières électriques de l'intérieur des bâtiments dans lesquels des équipes d'ouvriers travaillent jour et nuit. Le reflet de ces lumières dans l'eau est aussi une chose à bien étudier; c'est un miroitement de petites lames horizontales, très lumineuses, quoique plus colorées et plus foncées que les lumières mêmes. La valeur de l'eau augmente en force, à mesure qu'elle se rapproche des premiers plans, elle devient ensuite sur le devant de l'étude plus montée que le ciel, à tel point, que le quai reflété par les vagues lumières des boutiques invisibles quoi qu'il soit lui-même relativement foncé, s'enlève cependant en valeur chaude et claire sur le fond de l'eau que les silhouettes des barques séparent d'un ton très noir, mais de dessin très flou. Une étude semblable doit être peinte en une seule séance, afin que tout soit bien enveloppé, bien aéré. Le dessin n'est pas indispensable et l'on ne fera que proportionner les parties en les mesurant avant de commencer; tous les détails devront être sacrifiés à un ensemble juste. Si l'on désire faire ensuite un dessin plus étudié, on le fera au jour avec l'encre, ce qui donne des lignes précises très utiles.

Dans un port, comme La Giotat, il est facile de se loger dans les hôtels en ayant une vue qui permette d'observer aisément les effets de tous genres, dans leurs transformations du jour et de la nuit.

Notre grand dessin montre un effet de nuit avec la lune hors du cadre éclairant et argentant d'une belle lumière, la ligne de la mer à l'horizon, interceptée brusquement par la silhouette- des transatlantiques. L'eau du premier plan reflète encore un peu de la lumière du ciel et de la lune ; dans le fond, la petite montagne profile sa masse sombre sur laquelle se détache la lumière de l'eau.

Bien et agréablement installé on serait sans excuses si l'on ne rapportait pas de nombreuses études d'un séjour qui invite tant à travailler. Nous renverrons le lecteur à tout ce qui a été dit précédemment concernant les moyens à employer pour peindre cet effet; nous n'avons eu d'autre intention ici que de montrer tout le parti que l'on peut tirer d'une installation semblable, en indiquant par des dessins noirs ou en couleurs, que tout peut être intéressant à peindre et servir de prétexte à faire des tableaux et des études, pourvu que l'on cherche le côté artistique et que l'on s'efforce de rendre une impression.

La nuit en mer. — Les promenades en mer et les parties de pêche, sont, pour le peintre de marines, des récréations indispensables, parce qu'elles lui permettent d'étudier, d'observer quantité de choses utiles pour son art. Les promenades de nuit sont particulièrement agréables quand il fait un beau clair de lune, en été, parce qu'il y a des effets merveilleux de lumière et de colorations lunaires. On emporte avec soi un carnet et un petit carton à dessin ; sur l'un, on écrit les tons tels qu'on les observe, sur l'autre, on dessine l'effet avec du fusain en observant avant tout les valeurs de la mer, du ciel, des bateaux, de tout en général ! Le lendemain matin, il sera nécessaire de faire une petite pochade de souvenir, en consultant les notes et le dessin ; ce genre d'étude est très profitable pour habituer le cerveau à retenir tout ce que l'on a observé, car la mémoire des tons se développe comme toutes les autres par un travail assidu.

TABLE DES PLANCHES HORS TEXTE

Marée basse a Villerville 9

La vague (jjlanche en couleurs) 17

Marée haute 23

Soleil couchant, temps brumeux (marée basse)

Le mistral, effet de pluie . . 3i

Pochades d'un lever de lune à 8 heures du soir au mois d'août (deux

dessins). . 33

Lever de lune (la lune rouge) (planche en couleurs) . . 35

Paysage maritime ; plein soleil à La Ciotat 4^

Clair de lune, paysage maritime (planche eh couleurs) 47

Barques de pêche, effet de nuit 49

Premières études de barque de pêche à marée basse (planche en couleurs) 53

Barque de pêche attendant le flot 55

Barques échouées au Polet (à Dieppe) ; plein soleil éclairant de face. . 63

Barques de pêche du port d'Honfleur échouées à marée basse 65

Barques de pêche d'Honfleur vues à marée descendante 67

L'arrière d'un transatlantique (planche en couleurs) 69

Tartane dans le port de La Ciotat 71

Les tartanes de La Ciotat. Etudes des reflets dans l'eau n3

Etudes de bateaux en marche dans le port de La Ciotat ^5

Effet de nuit dans le port de La Ciotat 77

TABLE DES MATIÈRES

Pages

Pages

Aperçu rétrospectif et considérations

Mer (la) vue d'un bois de pins mari-

sur la peinture dite des marines. .

times; effet du soir

Barques de pêche de Honfleur vues à

Mer agitée (la) par le mistral, effet de

marée descendante

Barques de pêche; effet de nuit. . .

Mer bleue (la), temps calme ....

Barques échouées à marée basse ;

Mistral (le), effet de pluie

soleil couché

Nuit (la) en mer

Barques échouées au Polet (à Dieppe)

Paysages maritimes ; plein soleil . .

plein soleil éclairant de face . . .

Paysages maritimes ; soleil couchant

dans le port de La Ciotat

Canots de pêche (en marche), étude

Petites barques et canots de La Ciotat

Premières études ; la mer à marée

Clair de lune ; paysage maritime . .

Premières études de barques de

Groupe de barques de pêche, à marée

pêche à marée basse

basse ; effet de soleil à contre-

Premières études des mâts et des

agrès. L'arrière d'un transatlantique

Lever de lune à huit heures du soir

Soleil couchant, temps brumeux, ma-

au mois d'août ; la lune rouge . .

Manière de procéder pour peindre la

mer. La mer en Provence ....

Marée haute ou la mer pleine . . .

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