‹ Cours complet de pharmacie (volume 2)Chapitre 112 sur 228 · DU VINAIGRE RADICAL · texte numérisé non relu

DU VINAIGRE RADICAL

composition par l’acide sulfurique, ne fourniraient notamment qu’un acide de qualité inférieure.

S$t€ Vinaigre ra&icat.

Le vinaigre radical, est le produit delà décomposition parla chaleur, de l’acétate de bioxyde de cuivre sec.

On l’introduit dans une cornue en grès lutée, que l’on eu remplit aux 2/3 ; l’on met celle ci en communication avec une allonge suivie d’un ballon à long col , portant à sa tubulure un tube droit, on la place sur le triangle d’un fourneau à réverbère, entourée du laboratoire, et couverte du dôme; on lute toutes les jointures de l’appareil, celles entre l’allonge et la cornue, avec du lut gras recouvert de chaux délayée avec du blanc d’œuf, les autres, avec du lut de farine de lin, ou plus simplement avec des bandelettes de papier enduites de colle d’amidon; on plonge le ballon dans une terrine pleine d’eau qui doit constamment se renouveler, et l’on chauffe Sa cornue,

Doucement d’abord, plus fortement ensuite, jusqu’à ce qu’il ne passe plus rien à la distillation; époque à laquelle l’allonge, jusqu’alors échauffée par le calorique latent que lui abandonnaient les vapeurs en se condensant, se refroidit d’elle-même, où, d’ailleurs, les gaz cessent de se dégager par l’extrémité du tube droit. A la fin de l’opération, on trouve :

Dans la cornue, une matière pulvérulente formée de deux sortes de particules, les unes rougeâtres, les autres noires, et susceptible de s’enflammer au contact de l’air , si l’on n’attend pas, pour l’en retirer, qu’elle soit entièrement refroidie. Dans le ballon, un liquide verdâtre, très acide, d’une odeur d’acide acétique prononcée, toutefois mêlée d’une odeur toute différente ayant quelque chose d’éthéré.

On le redistille au bain de sable, dans une cornue en verre, en fractionnant les produits, et l’on pousse la distillation presque à siccité.

Après avoir tout d’abord abandonné son eau de cristallisation, l’acétate de cuivre a été décomposé par la chaleur. La majeure partie deson acide s’estséparée delà base, sans altération aucune, de même que cela s’observe avec tous les acétates, mais d’une manière d’autant plus prononcée , que la base est moins puis-

46e LEÇON.

saute ; si bien que l’acétate d’argent abandonne son acide pour ainsi dire tout entier , tandis que l’acétate de potasse n’en abandonne que peu.

Une autre portion d’acide s’est au contraire convertie en acide carbonique et en acétone; de même encore, que cela s’observe avec tous les acétates, mais d’une manière d’autant plus marquée, que la base est plus puissante, ou plutôt qu’elle offre plus d’affinité pour l’acide carbonique; si bien que ceux de potasse et de soucie fournissent beaucoup plus d’acétone que l’acétate de cuivre, et que l’acétate d’argent n’en fournit pour ainsi dire pas.

Enfin une 3e portion d’acide , mais infiniment faible , a produit des gaz, de l’eau, des matières empjreumatiques, et parce qu’il est impossible de graduer assez la chaleur, pour qu’elle ne fasse pas éprouver à quelque portion de ia matière organique ce genre de décomposition, et parce que le bioxyde de cuivre, une fois isolé, tend à convertir les éléments de celle-ci en eau et en acide carbonique.

De là : des gaz qui se dégagent, des vapeurs d’eau, d’acide acétique, d’acétone, qui entraînent quelque peu d’acétate de cuivre anhydre pour le laisser se condenser en aiguilles blanches dans le co! de la cornue, ou le conduire avec elles jusque dans les récipients. La coloration en vert du produit, dans lequel l’acétate anhydre retrouve de l’eau qui l’hydrate, a pour cause cet entrainement partiel du sel de cuivre.

Il rend indispensable la rectification du liquide, au moyen d’une seconde distillation.

Le bioxyde plus ou moins complètement réduit, la portion de carbone que n’ont pu faire disparaître, ni l’hydrogène, ni l’oxygène de l’acide acétique, ni l’oxygène du bioxyde, restent dans la cornue, sous forme de poudre, que son extrême ténuité, sa porosité, l’affinité de ses composants pour l’oxygène, convertit en une sorte de pyrophore.

Ces divers phénomènes paraissent se produire à la fois, pendant toute la durée de l’opération; cependant on remarque, que la proportion d’acide est comparativement plus forte vers le milieu, et celle d’acétone à ia fin, sans doute, parce que le pre-

I)ü VINAIGRE.

mier effet de la chaleur est de dissocier les composants du sel, et le second, de déterminer la réaction basique de P oxyde sur l’acide. Les premiers produits, au contraire, ne sont guère formés que d’eau de cristallisation du sel.

Le vinaigre radical offre une densité à peu près stable , et voisine de 1,075(10 de l’aréomètre), ce qui indique qu’il, renferme près de 3 atomes d’eau. Il retient des traces de matières empyreumatiques, et une notable portion d’acétone, qu’une ébullition prolongée lui ferait perdre presque en totalité.

Cet acétone, autrefois nommé esprit pyroacôtique, est un liquide incolore, limpide, de saveur âcre et brûlante, d’odeur pénétrante toute particulière, d’une densité de 0,7921 à— [— 1 8°, volatil à-j-56°, sous la pression de ûm,76, liquide encore au-dessous de 15°, très inflammable, soluble en toutes proportions dans l’ alcool, l’éther, Peau, incapable de se combiner avec les bases. Sa production , sous l’influence basiquedu bioxyde de cuivre, se conçoit de suite, pour peu que l’on réfléchisse à ce que nous avons dit de la constitution de Facide acétique, savoir : qu’il peut être représenté dans sa composition, par de l’acide carbonique-j-de Pacétone j en d’autres termes, que si l’on en soustrait les éléments de l’acide carbonique, il reste ceux de Pacétone.

Le vinaigre radical lui doit son odeur toute spéciale, et l’usage qu’on en fait dans les flacons, dits flacons à sel de vinaigre. On y introduit du sulfate de potasse en petits cristaux, tout à la fois pour qu’ils diminuent leur capacité, et empêchent le liquide de se répandre quand le flacon couché vient à s’ouvrir j puis on imprègne ces cristaux d’acide.

Mm

Le vinaigre a, pendant longtemps, été produit exclusivement au moyen du vin, auquel on faisait éprouver la fermentation acide (vin-aigre) ; mais aujourd’hui, on le prépare fréquemment, en soumettant à cette fermentation des liqueurs alcooliques autres que le vin, même des mélanges susceptibles de fournir transitoirement de l’alcool. Outre des proportions variables d’acide acétique et d’eau, il renferme tout ou partie des

De l’acétone.

Des flacons de sel

de vinaigre.

46e leçon.

matières contenues dans les liquides mis en expérience, notamment, les sels, les principes muqueux, colorants, et azotés des vins.

Le pharmacien , qui ne le prépare jamais, doit exclusivement faire usage de vinaigre de vin, contenant au moins 7,45 pour 100 d’acide réel. Il doit même préférer au vinaigre rouge provenant des vins rouges, le vinaigre blanc provenant des vins blancs. Ce dernier est moins propre à colorer les mélanges dans lesquels on le ferait entrer, surtout à produire des réactions que le principe colorant rouge, fort analogue au tannin, possède au plus haut degré la faculté de déterminer.

Nous verrons, en parlant des essais du vinaigre, comment on s’assure qu’il est de bonne qualité, et renferme une suffisante proportion d’acide réel.

L’acide acétique qui se développe dans les liqueurs alcooliques abandonnées à la fermentation acide, provient, à n’en pas douter, de l’alcoof lui-même. La preuve eu est, que celui-ci disparaît, et que les vinaigres, toutes circonstances égales d’ailleurs, sont d’autant plus concentrés, que l’alcool s’y trouvait en plus forte proportion. Mais, la réaction n’a lieu que sous l’influence de causes encore assez mal déterminées.

La présence de certaines matières azotées paraît toutefois indispensable, car î’alcooî pur, anhydre ou mélangé d’eau, ne fournit pas d’acide acétique, et devient susceptible d’en fournir, après qu’on y a délayé de la levure de bière, etc.

En comparant la composition élémentaire de l’alcool anhydre représenté oar :

à celle de 1 acide acétique également anhydre, représenté par :

on voit de suite, qu’en ajoutant à chaque atome d’alcool anhydre, 4 atomes d’oxygène, on aurait l’équivalent d’un atome d’acide acétique à 3 atomes d’eau; en effet ,

Alcool Oxygène. Acide Eau.

anhydre. acétique anhydre.

Il serait donc possible d’admettre, comme au reste nous l’avons

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