‹ Cours complet de pharmacie (volume 2)Chapitre 132 sur 228 · DES BASES SALIFIABLES VÉGÉTALES ET DI LEURS SELS · texte numérisé non relu

DES BASES SALIFIABLES VÉGÉTALES ET DI LEURS SELS

MM. Barrai et Orligosa n'ont pas rencontre d'oxygène. La présence de l’azote avait même fait naître l’idée, que leur alcalinité i pourrait dépendre de l’existence de l’ammoniaque dans un état particulier de combinaison * mais d’importantes considérations, au nombre desquelles celle présentée par M. Régnault, de l’absence fréquente de rapports entre l’état de saturation de leurs sels, et la proportion d’ammoniaque supposée correspondante à leur azote, ont fait abandonner cette idée. On remarquera comme un fait singulier, que certaines d’entre elles, trouvées à Ja fois dans les memes végétaux, sembleraient des oxydes les mnes des autres 5 par exemple, la morphine ne diffère de la codéine que par un atome d’oxygène en plus, et la quinine delà cinchonine, que par deux atomes d’oxygène, également en plus.

Parmi les sels que ces bases sont susceptibles de former, l’on n’emploie en médecine,

Que les sulfates , j de morphine ,

quinine , cinchonine, strychnine, Et l’hydroferrocyanate de quinine.

— chlorhydrates ,

— acétates ,

Caractères génériques et spécifiques de leurs sels.

La codéine, la brucine, la cicutine, la nicotine, la vératrine s’administrent à l’état de liberté.

Relativement au genre : les sulfates, les chlorhydrates, plus ou moins solubles dans l’eau surtout à la faveur d’un léger excès d’acide, se comporteront avec les sels solubles de baryte et d’argent, ainsi qu’il a été dit que le faisaient avec eux les sulfates solubles, les chlorhydrates solubles ou plutôt les chlorures. Bien entendu que l’acide ajouté pour en faciliter la solution, devra être choisi le! qu’il ne puisse induire en erreur. En générai, l’acide azotique conviendra parfaitement.

Les acétates, à l’état solide, laisseront dégager des vapeurs d’acide acétique reconnaissable à son odeur, quand on les triturera avec de l’acide sulfurique concentré.

L’hydroferrocyanate de quinine, quoique fort peu soluble dans l’eau, même à la température de l’ébullition, le sera cependant assez, pour que la liqueur additionnée d’un sel de fer au maximum, produise un dépôt de bleu de Prusse.

Leur état naturel.

Leurs

propriétés

comparées.

416 51e LEÇON,

Relativement à l’espèce , ceux de ces sels dont la morphine forme la base se comporteront avec l’acide azotique concentré, avec les sels de fer au maximum, l’acide iodique et l’amidon, comme le fait la morphine elle-même.

Les autres, au contraire, ne pourrontguère être reconnus pour avoir telle ou telle base, qu’en les dissolvant dans l’eau, précipitant la base au moyen de l’ammoniaque, la recueillant, la lavant, puis la soumettant aux expériences comparatives relatées pag. 414.

A cet égard, cependant, on peut ajouter que les sels solubles de strychnine ne précipitent pas les oxalates et les tartrates alcalins, que précipitent ceux de quinine et de cinchonine, et de plus, doivent presque constamment à la présence d’une petite quantité de brucine dont il est fort difficile de les débarrasser, la faculté de rougir par l’acide azotique concentré, ce que ne font ni les sels de quinine, ni les sels de cinchonine.

Les bases organiques et ceux de leurs sels qui vont nous occuper, ne doivent pas laisser de résidu, quand on les incinère après les avoir calcinés, Celui qu’elles laisseraient, indiquerait une sophistication ; ou plutôt, la présence d’une portion des sels calcaires fournis par le charbon animai, que nous allons voir servir à leur purification.

9a JfSorpHin,e (/Aop<pn, sommeil) , et fie Sa VotSeiwe (codium, tête de pavot).

La morphine et la codéine se rencontrent l’une et Fautre, à l’état de méconate acide, et parfois de sulfate, dans l’opium ou suc épaissi du papaver somniferum.

Elles y sont accompagnées, ainsi que déjà nous avons eu l’occasion de le faire voir, denarcotine, de méconine, de narcéine, de paramorphine ou thébaïne, de pseudomorphine, etc. (Tome 1, pag. 505.)

Morphine. Codéine.

La morphine est solide, sans couleur, La codéine est solide, sans couleur, sans odeur, de saveur amère, non sans odeur, de saveur amère, non volatile. volatile.

DE LA MORPHINE (suite). DE LA CODÉINE ( suite ).

Facilement cristalüsable en longues aiguilles brillantes, ou en prismes à 4 pans tronqués obliquement.

Sensiblement insoluble dans l'eau.

— — l’éther.

Soluble dans 40 parties d’alcool anhydre à + 15°, et dans 30 parties de cet alcool bouillant.

Soluble dans les huiles fixes et dans les huiles volatiles.

Soluble dans la potasse, la soude caustique, môme dans l’ammoniaque, mais beaucoup moins.

Soluble dans les acides sulfurique, chlorhydrique , azotique, faibles, dans l’acide acétique. Elle forme avec eux tous, des sels facilement cristaliisables.

Ses cristaux hydratés , chauffés à-{-120J perdent leur eau de cristallisation et deviennent opaques, sans se fondre.

L’acide azotique concentré la colore en rouge orangé; eilc décompose l’acide iodique, s’empare de son oxygène et met l’iode en liberté. Si après l’avoir délayée avec de l’eau chargée d’amidon en gelée, l’on verse de l’acide iodique dissous dans l’eau sur le mélange, à l’instant une belle couleur bleue d’iodure d’amidon se manifeste. (Serullas.)

Délayée dans une solution à peu près neutre de fer au maximun, elle développe une belle couleur bleue que les acides font disparaître , et qu’ensuite les alcalis font reparaître. (Robinet.)

D’après M. Pelletier, l’acide du sel de fer se porte alors sur une portion de la morphine , tandis que l’autre portion forme avec l’oxyde de fer qu’elle ramène à l’état de protoxyde, en se suroxygénant, le composé de couleur bleue.

Facilement cristallisable en octaèdres à base rectangle , tronqués au sommet, ou en prismes rhomboïdaux droits.

Plus soluble dans l’eau qu’aucun autre alcali végétal,

100 parties d’eau en dissolvent 1 p. 20

là + 1 5°, 5 p. 88 à -f 100.

Très soluble dans l’éther.

— — l’alcool.

Sensiblement insoluble dans la potasse, la soude et l’ammoniaque caustique.

Soluble dans les acides sulfurique , chlorhydrique, azotique, acétique.

Son azotate seul est facilement cristallisabie.

Ses cristaux, qui ne se fondent que vers 150° quand ils sont anhydres, se fondent à 100" quand ils sont hydratés.

De là vient que lorsqu’on en ajoute à l’eau bouillante , plus que celle-ci n’en peut prendre , la portion qui ne se dissout pas, apparaît au fond du vase, comme un liquide huileux.

L’acide azotique concentré ne la colore pas. Elle ne décompose pas l’acide iodique.

Elle n’est pas colorée par les sels de fer au maximum.

Les différentes sortes d’opium du commerce peuvent fournir de la morphine; cependant quand on a le choix, le mieux est d’opérer sur l’opium de Smyrne, que nous savons en renfermer une plus forte proportion que les autres* (de 50 à 60 gr. par kilogr.)

Tom. II.

Exlraclion

de

la morphine.

51e LEÇON.

Deux procédés sont principalement employés.

procédé Suivant le premier, qui résume la plupart des modifications proposées à diverses époques au procédé primitif de Sertuerner, par MM. Robiquet, Hottot, Guillermond et autres, on coupe l’opium par tranches minces que l’on fait macérer pendant 24 heures, dans 9 à 10 fois leur poids d’eau froide ; on malaxe la masse pâteuse entre les mains, afin de rendre plus complète la pénétration du liquide ; 24 heures après on jette sur un blanchet, on exprime, et l’on répète à 3 ou 4 fois cette série d’opérations.

Les solutions aqueuses, dans lesquelles existe la totalité des matières que l’opium est susceptible de céder à l’eau froide, sont évaporées en consistance d’extrait ; l’extrait obtenu est trituré avec de Peau froide, jusqu’à ce que le résidu formé de la majeure partie de l’huile, de la résine, de la narcotine, et des matières colorantes primitivement dissoutes à la faveur d’une grande masse d’eau, cesse de la colorer - on filtre au papier, on concentre la nouvelle solution à 7° Baumé, et lorsqu’elle est en pleine ébullition , on y instille en ayant le soin d’agiter, un assez grand excès d’ammoniaque liquide.

La morphine et la codéine sont déplacées de leurs combinaisons acides, et tandis que la codéine, infiniment plus soluble dans l’eau, y reste presque tout entière en solution, la morphine se précipite, entraînant quelque peu de codéine, de narcotine, de paramorphine, de résine, de matière colorante, de méconate double d’ammoniaque et de chaux.

La précipitation à chaud est motivée par cette considération, qu’alors la morphine se dépose en petits cristaux grenus, d’un lavage facile.

On continue de faire bouillir pendant 8 à 10 minutes laliqueur alcaline, pour volatiliser l’excès d’ammoniaque nécessaire à la complète décomposition des sels de morphine et de codéine, mais susceptible de favoriser la solution de la morphine; parce qu’il pourrait se former des sels doubles d’ammoniaque et de morphine, -sensiblement solubles dans l’eau; on laisse refroidir, on jette sur une toile ou dans un entonnoir dont la

douille est bouchée par une niasse de colon ; on lave le dépôt d’aspect grenu et fortement coloré en brun, avec la plus petite quantité possible d’eau froide j quand iîest parfaitement égoutté, on le triture dans un mortier, afin de lui faire perdre l’état grenu, puis on l’introduit dans un malras a long col, avec une quantité d’alcool à 53e (20 Cari) capable seulement de le recouvrir. Le mélange est porté à l’ébullition , de suite retiré du feu, abandonné au refroidissement, décanté dans un entonnoir, et quand s’est écoulé l’alcool faible, qui n’avait d’autre objet que d’enleveràlamorphine, qu’il attaqueà peine, une partie des matières colorantes, on opère un ou deux lavages avec de l’alcool froid au mêmedegré. La morplune retirée de l’entonnoir est alorsplacée dans la cucurbite d’un petit alambic ou dans une cornue, cette fois avec de l’alcool à 88e (35 Cari), employé en quantité telle qu’il ne puisse la dissoudre tout entière, de telle sorte que les solutions en sont forcément saturées; ou fait bouillir, on décante rapidement la solution dans un entonnoir qui puisse, en se fermant, prévenir la déperdition d’une portion du véhicule; on reprend le résidu par de nouvel alcool , et cela , jusqu’à ce qu’il ne lui cède plus rien, auquel cas, il est presque exclusivement formé de méconate à base d’ammoniaque et de chaux.

Par le refroidissement, les liqueurs laissent précipiter la presque totalité delà morphine, en aiguilles légèrement colorées, que l’on achève de purifier en les redissolvant dans une petite quantité d’alcool concentré, les faisant bouillir avec du charbon animal en poudre fine; filtrant, laissant refroidir et cristalliser. Après que ces nouveaux cristaux ont égoutté dans un entonnoir, on les sèche à l’étuve ou au bain-marie.

Le charbon doit être repris à 2 ou 3 fois par l’alcool bouillant, sans quoi, une notable portion de morphine serait perdue.

Ainsi obtenue, elle n’est pas chimiquement pure, elle retient de la narcoiine, que l’éther bouillant lui enlèverait ou qui resterait indissoute, si on la traitait par beau de potasse; mais la proportion en est si faible, qu’on peut la négliger.

Quant aux eaux mères des premières opérations, clics contiennent trop peu de morphine, pour qu’il soit besoin de les traiter, si ce n’est quand on opère sur des masses considéra-

420 57e leçon.

blés; au contraire , les liqueurs alcooliques des divers traitements doivent être concentrées et mises à cristalliser. Elles fournissent de la morphine plus ou moins colorée, plus ou moins mélangée de codéine, de narcotine, elc., que l’on réunit et que l’on purifie de la même manière que celle de première crislallisation.

2e procédé. Le second procédé, du à MM. Grégory et Roberston, s’exécute ainsi qu’il va être dit. 4

Après avoir épuisé l’opium au moyen de l’eau froide, de tous ses principes solubles, de même que s’il s’agissait de pratiquer le premier procédé, avoir également évaporé les solutions passées au travers d’un blanche!, repris l’extrait par l’eau froide, filtré au papier les nouvelles solutions, on les concentre à 1 0° B : et dans la liqueur bouillante, on ajoute en remuant, une so- ^ lution de chlorure de calcium exempt de fer, afin qu’il ne puisse

sc produire de méconate de fer, qui colorerait la morphine $ on emploie environ 120gr de chlorure par kil. d’opium.

Le chlorure de calcium, les méconates et sulfates de morphine et de codéine échangent leurs bases ; il se produit des chlorhydrates de morphine et de codéine qui restent dissous, du méconate et du sulfate de chaux lesquels se précipitent, entraînant une notable portion de la matière colorante, de la résine et de l’huile, dont l’eau s’était chargée.

Les liqueurs sont replacées sur le feu , filtrées de nouveau s’il s’y précipite du méconate et du sulfate calcaire, finalement rapprochées en circonstance sirupeuse, et abandonnées à elles-mêmes ; elles ne tardent pas à laisser former des cristaux de chlorhydrates de morphine et de codéine, que surnage une eau mère fortement colorée, et retenant l’excès de chlorure de calcium ajouté, la narcotine, la narcéine, la thébaïne, la méconine, etc., mêmequelquc peu de chlorhydrate de morphineet de codéine, en trop petites proportions toutefois, pour qu’on ait à s’occuper de les en extraire.

Les cristaux égouttés sur un entonnoir, puis lavés avec quelque peu d’eau froide, sont redissous à chaud dans l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique, et reproduits par l’évaporation, plus

blancs qu’ils ne l’étaient d’abord , l’excès d’acide ayant maintenu la majeure partie delà matière colorante en dissolution.

On les redissout dans l’eau chaude , on neutralise la liqueur au moyen de la craie, on y fait digérer pendant 18 à 24 heures, à une température de 90° au plus, du charbon animal en poudre fine et privé de sels calcaires; on filtre; on additionne le liquide de quelques gouttes d’acide chlorhydrique, qui lui fait perdre la teinte jaune qu’elle offre encore , et de plus favorise la cristallisation; on concentre, et l’on fait cristalliser.

Les eaux mères de cette dernière opération, ainsi que celles de la précédente, sont d’ailleurs concentrées, afin d’en retirer les dernières portions de chlorhydrates de morphine et de codéine, que de nouvelles cristallisations, et au besoin l’addition du charbon animal, achèvent de purifier.

Quand on s’est procuré à l’état de chlorhydrate incolore, toute la morphine, toute la codéine que l’opium mis en expérience était susceptible de fournir, on dissout la masse saline dans 20 fois son poids d’eau bouillante, et l’on y fait tomber goutte à goutte, en ayant le soin d’agiter, de l’ammoniaque liquide, jusqu’à ce que la liqueur éclaircie par le repos, cesse d’être troublée par l’addition d’une nouvelle quantité d’ammoniaque; on laisse refroidir et l’on filtre.

La morphine, déplacée par cette base plus énergique qu’elle, se précipite presque tout entière; la codéine, le chlorhydrate d’ammoniaque formé, et quelque peu aussi de morphine restent dans les liqueurs. On recueille le dépôt, on l’exprime fortement dans un linge; on le dissout dans la plus petite quantité possible d’alcool concentré, et l’on fait cristalliser; les liqueurs alcooliques au sein desquelles se sont successivement formés les cristaux, sont ultérieurement évaporées pour en retirer toute la morphine.

Ce procédé fournit de la morphine complètement exempte de narcotine; celle-ci restant dans les eaux mères, à la faveur de l’excès d’acide que nous avons recommandé d’y maintenir.

La solution des chlorhydrates de morphine et de codéine dont l’ammoniaque a précipité la morphine, dans l’opération qui

^ient d’être décrite en dernier lieu, retient, avons-nous dit,

Extraction de la codéine.

Préparation du sulfate et du

chlorhydrate.

422 51e iæcon.

toute la codéine, le chlorhydrate d’ammoniaque formé, et quelque peu de morphine. On l’évapore à une douce chaleur, on broie le produit dans un mortier en porcelaine ou en verre, avec une petite quantité d’eau de potasse, destinée à compléter la décomposition des sels à bases végétales, surtout à dissoudre la morphine; on décante; on remplace l’eau de potasse par de l’eau distillée, pour entraîner, avec les dernières portions d’alcali, le chlorure de potassium formé, principalement aux dépens du chlorhydrate d’ammoniaque; on dessèche la matière plus ou moins visqueuse, plus ou moins pulvérulente restée au fond du mortier; on la traite par l’éther bouillant; on filtre.

La solution éthérée, abandonnée à l’évaporation spontanée fournit, en prismes ou eu octaèdres assez réguliers, plus souvent en aiguilles, la codéine si parfaitement exempte de morphine, qu’elle ne prend aucune teinte bleuâtre au contact des sels de fer peroxydé.

Il faut avoir le soin de n’employer que peu de solution de potasse, que peu d’eau, et de les fractionner l’une et bautre; car autrement on dissoudrait une notable portion de codéine, les traces de morphine et de chlorure de potassium qu’y auraient laissées les lavages, seraient séparées par l’éther, qui les laisseraient pour résidu.

$eë& fie miorplmme*

On prépare son sulfate et son chlorhydrate , en dissolvant à chaud la morphine, dans l’eau distillée aiguisée d’acide sulfurique, ou chlorhydrique purs, de manière à neutraliser l’acide, ajoutant quelque peu de charbon animal à l’avance privé de sels calcaires, afin que dans aucun cas, ceux-ci ne puissent se dissoudre, faisant bouillir, concentrant en sirop clair, abandonnant la liqueur à elle-même dans un lieu frais, faisant égoutter la masse cristalline, la comprimant dans un linge, et finalement la desséchant entre des feuilles de papier Joseph, à une température de 24 à 30°. Il importe de ne la pas sécher au bain-marie; car les sels de morphine chauffés à -|- 100°, en perdant de l’eau de cristallisation, changent décomposition; par exemple, 100

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