‹ Cours complet de pharmacieChapitre 14 sur 103 · LEC0H · texte numérisé non relu

LEC0H

VIIe 'LEÇON.

JD e ta Solution ou Wimlutmx*

conditions Lorsque des liquides mis eu contact ont de Paffinité les uns fiquides.Ulté deS Pour les autres, leur union s’opère avec dégagement de calorique, si leur affinité est grande 5 c’est le cas de Peau et de l’acide sulfurique concentré : sans dégagement de calorique, si leur affinité est faible ; c’est le cas de l’alcool et de l’huile volatile de

térébenthine.

La cohésion , la force essentiellement opposée à Paffinité , puisqu’elle tend à maintenir réunies des molécules, qui ne peuvent s’associer à d’autres qu’en se dissociant elles-mêmes, ne saurait faire obstacle à leur combinaison, car elle est nulle dans les liquides - d’où la faculté qu’ils possèdent, de se mouler dans l’intérieur des vases sans en conserver la forme, de s’étendre en couches à la surface des plans, de se diviser sans efforts, de se transvaser. Pour que la combinaison n’eut pas lieu entre des liquides, il faudrait qu’ils fussent dépourvus d’affinité et présentassent de grandes différences de densité, ainsi que cela s’observe entre Peau et le mercure, Peau et les huiles fixes.

conditions ™ Lorsque des liquides et des gaz mis en contact ont les uns desoiubdité des p0ur [es autres de Paffinité , iis se combinent avec ou sans dégagement de chaleur, suivant leurs degrés variables d’affinité. Le gaz chlorhydrique, le gaz ammoniac, développent de la chaleur en s’unissant à Peau 5 le gaz suif hydrique, le gaz carbonique, n’en développent sensiblement pas ; la cohésion gênerait encore moins pour eux que pour les liquides l’association; puisque les gaz, loin d’ offrir de la cohésion, possèdent une expansibilité qui n’a d’autres limites que celles de l’espace qui les renferme ; ce serait au contraire cette expansibilité qui deviendrait une gène, surtout dans le cas d’une faible affinité.

DE LA SOLUTION. 99

ïiülîu, lorsque Fou met eu contact des liquides et des solides Conditions dont l’affinité réciproque est plus forte que ne Pest la cohésion nuS?™*** de ces derniers, l’union s’opère encore, et le produit affecte 1 état liquide, quand la proportion du véhicule est suffisante. Que la cohésion soit grande, dès que l’affinité est plus grande - que 1 affinité soit xaible, dès que Sa cohésion est plus faible; la combinaison a lieu. Seulement, dans le premier cas, ilse manifeste des phénomènes qui ne se produisent pas dans le second; la température du mélange s’élève, parce que l’abaissement de température, nécessairement produit par le changement d’état du solide , est plus que compensé par le développement de calorique, résultant d’une combinaison infime; en outre, le liquide chargé de solide devient susceptible de n’entrer en ébullition, qu’à une température supérieure à celle à laquelle il bout lorsqu il est pur. Par exemple, l’eau dans laquelle on dissout du chlorure de calcium fondu, s’échauffe et n’entre en ébullition qu’à plusieurs degrés au-dessus d@ 0.

Au contraire, dans le second cas, la température du mélange ne s’élève pas; souvent même l’abaissement de,. température que nous avons vu résulter du changement d’état du solide, se fait seul apercevoir, et le point d’ébullition du liquide ne change pas

En mélangeant 3 kil. 375 gr. de sulfate de soude non effleuri et pulvérisé avec 2 kil. 250 gr. d’acide sulfurique à 45% on produit un abaissement de température tel, que d’après M. Malapert, un pareil mélange pourrait servir à faire passer à l’état de glace 1 kil. 250 gr. d’eau supposée prise à 15% dans l’espace de quelques minutes.

D’un autre côté. Peau chargée d’acétate de plomb neutre, continue de bouillir très sensiblement à -(-100°.

L affinité d un solide pour un liquide ou réciproquement, aurait donc pour mesure, le point d’ébullition du liquide qui en contiendrait un poids donné, plutôt que la quantité de solide capable de s’y dissoudre; attendu qu’un solide A, ayant pour un liquide quelconque, plus d’affinité qu’un autre solide B, pounait cependant s’y dissoudre en plus faible proportion, si sa

cohésion était plus grande que celle de ce solide B, dans un certain rapport.

7e LEÇON.

Yoilà pourquoi le sel marin, quoiqu’il ait plus d’affinité pour l’eau que n’en ont les sels efflorescents , puisque sous un même poids il en élève davantage le point d’ébullition, puisque partant il faut un effort plus grand pour opérer la dissociation des molécules combinées, s’y dissout cependant en plus faible proportion que ces sels.

L’on donne le nom de solution ou de dissolution à l’opération qui a pour but la disparition dans un liquide quelconque, d’un autre liquide, d’un gaz ou d’un solide.

Des résultats Tantôt, de ce passage à l’état liquide d’un solide ou d’un gaz, de la solution. par intermédiaire d’un liquide, ou de l’union de deux liquides,

conservant après coup leur état primitif, ne résulte autre chose que l’interposition des molécules mises en rapport.

L’on peut alors, en volatilisant le corps dissous, s’il est volatil et le dissolvant fixe ou moins volatil , ou contrairement, en volatilisant le dissolvant, s’il est volatil et le corps dissous fixe ou moins volatil , plus généralement, en séparant d’une manière quelconque le dissolvant du corps dissous, reproduire isolément les corps tels qu’ils étaient avant l’expérience.

Que Pon chauffe doucement de l’ammoniaque liquide, l’on en dégagera le gaz ammoniac ; que l’on chauffe de l’eau chargée de sulfate de soude. Peau se vaporisant laissera le sel pour résidu.

Tantôt, au contraire, il se produit entre les corps de véritables réactions; le corps dissous ne se trouve plus dans le liquide à 1 état üe simple division ; il y est remplacé par un autre corps, produit de l’altération mutuelle du dissolvant et du corps dissous, en sorte que leur séparation fournit une matière toute differente de celle que Pon avait primitivement employée.

Met-on du mercure en contact avec l’acide azotique; cet acine réagit sur le métal, lui cède de l’oxygène, et l’oxyde produit se combine avec une portion d’acide non décomposé, pour donner naissance à de l’azotate de mercure, qu’une portion d’acide dissout. Si Pon chauffe la liqueur pour volatiliser l’acide, au lieu de mercure métallique, on obtient de l’azotate de mercure.

Pait-on passer du deutoxyde d’azote au travers de l’acide azotique concentré; le deutoxyde enlevant à l’acide une portion

DE LA SOLUTION

d’oxygne , leramène à l’état d’acide hypo-azotique, lequel reste en dissolution dans la portion d’acide azotique indécomposée • et le deutoxyde qui n’était que de l’acide hypo-azotique moins de l’oxygène, devient à son tour acide hypo-azotique.

Pour distinguer des résultats si différents, d’opérations en apparence semblables, quelques auteurs ont proposé d’appeler du nom de solution la disparition mécanique, s’il est permis de s’exprimer ainsi, la disparition pure et simple d’un corps solide, liquide ou gazeux, dans un véhicule quelconque, et du nom de dissolution, sa disparition chimique, sa disparition accompagnée de réactions. Ils diraient conséquemment : «Une solution de sulfate de soude cristallisé 3 une solution de gaz ammoniac dans l’eau ; une dissolution de mercure ou de deutoxyde d’azote dans l’acide azotique. »

Une pareille distinction, s’il était toujours possible de la faire, aurait le grand avantage d’indiquer de suite, que, dans un cas donné, il y a eu réaction entre les corps mis en présence ; que, dans un autre, rien de semblable n’a eu lieu ; mais comme très souvent on s’est contenté de constater le fait matériel de la disparition des corps dans les liquides, sans étudier plus à fond le phénomène ; comme les curieuses observations faites sur les semences de moutarde noire et d’amandes amères, prouvent que souvent il y a véritablement dissolution là ou l’on n’avait jusqu’alors supposé se produire qu’une solution 5 comme par suite, vouloir donner aux expressions de solution et de dissolution plus de signification qu’elles n’en comportent d’ordinaire, serait s’exposer à les mal appliquer, le mieux est, ce me semble, de les employer comme synonymes l’une de l’autre.

L’eau, l’alcool, l’éther, le vin, la bière, le vinaigre, les huiles DesliquideseïIM fixes, les huiles volatiles, plus rarement les acides, sont à peu KJacfe Tomme près les seuls liquides employés en pharmacie comme dissolvants, dissolvants. D’ordinaire, on les emploie isolément; ainsi les teintures éthérées, les huiles médicamenteuses, les tisanes, ont pour véhicules, les premières, l’éther ; les deuxièmes, une huile fixe; les dernières, l’eau. Par exception cependant, les teintures alcooliques sont préparées avec des mélanges d’alcool et d’eau qui constituent l’alcool à différents degrés; ce n’est aussi que par

Comparaison des pouvoirs dissolvants des liquides précités.

exception, qu’à l’action de l’un de ces dissolvants, le pharmacien fait succéder celle d’un autre, tandis que le chimiste, presque toujours épuise les matières complexes de leurs principes solubles, par différents véhicules. Cependant, l’écorce de quinquina est mise en macération d abord dans l’alcool, ensuite dans le vin pour la préparation du vin de quinquina.

D’un autre côté, le pharmacien peut ne pas tenir compte de la difficulté que pourrait présenter la séparation du dissolvant, à l’encontre encore de ce que fait habituellement le chimiste, quand la solution elle-même sert de médicament j mais il n’en est pas ainsi alors que cette dissolution doit servir à la préparation d’un extrait, etc., etc.

Les véhicules précités ne possèdent pas à beaucoup près un égal pouvoir dissolvant.

L’eau, que les anciens avaient surnommée le grand dissolvant de la nature, est de tous, celui dont l’action dissolvante offre le plus d’étendue. Elle dissout un nombre considérable de corps, quoique dans des proportions fort différentes - puisqu’à la température de -fi 5°, par exemple, l’azotate d’argent fondu se dissout dans environ son poids d’eau, tandis que la strychnine en exige 2,500 fois et la magnésie 5,142 fois son poids.

Elle dissout, en outre, parmi les matières inorganiques

Le chlore,

L’iode,

L’acide arsénieux ,

— arsénique,

— borique,

— carbonique,

— chlorhydrique,

— phosphorique ,

— suif hydrique ,

La potasse ,

La chaux ,

L’ammoniaque ,

Les sulfures et les polysulfures de calcium,

— — de potassium

“ — de sodium,

Le bromure de potassium ,

L’iodure de potassium,

— de fer,

— de plomb,

Le chlorure de potassium ,1 — de sodium ,

Le chlorure de barium, de calcium,

— de fer,

— de zinc,

— de mercure ( deuto ) ,

— d’or ,

— de sodium et d’or,

Le cyanure de potassium,

— de mercure,

— ■ de potassium et de fer,

Le chlorure de soude ,

— de chaux,

Les sels de potasse, ) quel qu’en

— de soude, ' S(qt

— d’ammoniaque, ) l’acide.

Les azotates , quelle qu’en soit la base • Le sulfate de magnésie,

— de fer,

— de zinc,

— de cuivre ,

— double d’alumine et de po-

tasse (alun).

DE LA SOLUTION

Parmi les matières organiques :

L’acide benzoïque ,

— citrique ,

— malique,

L’acide oxalique ,

— succinique ,

— tartrique ,

Tous les sels à base organique, quel qu’en soit l’acide,

Tous les acétates , quelle qu’en soit la base ,

La plupart des principes immédiats , et notamment :

Le tannin,

Le sucre ,

La gomme , L’albumine végétale ,

La mannite.

L’urée ,

Le sucre de lait.

Par l’intermédiaire de certaines matières, l’eau peut même opérer la dissolution de celles qu’à l’état de pureté, elle ne dissoudrait pas. La preuve en est, que la silice existe en dissolution dans un grand nombre d’eaux minérales; que le phosphate de chaux, naturellement contenu dans le riz, fait partie du décoctô de riz ; que la matière extractive du terreau possède au plus haut degré la faculté de déterminer la solution dans l’eau, des matières insolubles du sol, et par suite leur passage

dans les plantes.

Cet effet, qui se reproduit avec tous les liquides, fait voir, qu la solubilité ou l’insolubilité, dans un liquide quelconque, d un solide quelconque, telle que l’indiquent les traités de chimie, ne doit s’entendre que de ce corps à l’état de pureté, suppose traite

par ce même véhicule, à l’état aussi de pureté. .

L’alcool possède un pouvoir dissolvant infiniment plus restreint; cependant il dissout, entre auti es.

L’iode,

Le chlorure de calcium ,

— de fer ( per ) ,

— de mercure ( deuto ) ,

— d’or ,

L’iodure de potassium ,

— de fer,

— de mercure {deuto) , L’acide borique ,

— phospborique ,

La potasse,

La soude ,

Le chlorhydrate d’ammoniaque, L’azotate d’argent (neutre) ,

La plupart des acides d’origine organique,

Toutes les bases salifiables organiques ,

L’acétate de chaux,

— dépotasse,

de plomb (neutre) ,

de mercure {deuto) ,

Tous les sels a base d’origine organique,

annin ,

huiles volatiles , , . . x

Iques huiles fixes (celle de ricin)

La narcotine , La méconine , La narcéine , L’urée.

La mannite»

En général, les corps très solubles dans l’eau le sont aussi dans l’alcool j cependant il existe à cet égard de très nombreuses exceptions : nous nous contenterons de faire lemarquer, que 1^ carbonate de potasse , le carbonate, le phosphate el le sulfate de soude ne s’y peuvent dissoudre. Il faut , d’ailleurs., ne pas oublier, que l’alcool aqueux dissout certains corps que l’alcool anhydre ne dissout pas (le sucre, la strychnine, etc.); contrairement, que l’alcool anhydre et l’alcool concentré en dissolvent d’autres sur lesquels l’alcool faible est sans action (les huiles volatiles, l’huile de ricin, la colophane, etc.).

Dans divers ouvrages, et spécialement dans la Pharmacopée de M. Guibourt, on trouve une table fort bien faite des solubilités dans l’eau et dans l’alcool, des corps les plus connus.

Le pouvoir dissolvant de l’éther est encore plus restreint que m l’est celui de l’alcool; ce liquide ne dissout guère d’autres matières minérales que le bichlorure de mercure, le chlorure d’or; parmi les acides et les bases salifiables organiques, que l’acide benzoïque et que la quinine; parmi les principes immédiats neutres et les produits immédiats végétaux ou animaux, que

La narcotine , Les graisses ,

Le tannin, Quelques résines ,

Les huiles fixes , — principes colorants.

— yolatiles,

Les corps très solubles dans l’alcool, le sont assez souvent aussi dans l’éther; sans toutefois qu’il existeà cet égard moins d’exceptions qu’à l’égard des solubilités dans l’eau et dans l’alcool ; témoin les résines de jalap et de turbith complètement insolubles dans l’éther, bien que très solubles dans l’alcool.

Considérées sous le point de vue qui nous occupe, les huiles fixes et volatiles viennent se placer après l’éther. Sauf de très rares exceptions; parmi lesquelles on doit citer le soufre et le phosphore, les substances minérales ne s’y dissolvent pas.

La plupart des principes et des produits immédiats organiques, y sont également insolubles. Cependant la chlorophyle, les principes colorants de l’orcanette et du curcuma, la canlharidine, les graisses, sont solubles dans les unes et dans les autres; et d’un autre côté, les principes résineux et certaines bases salifiables,

DE LA SOLUTION

telles que la quinine et la cinchonine, se dissolvent bien dans les; huiles volatiles, et mal dans les huiles fixes.

Quant au vin, à la bière, leur pouvoir dissolvant, tient tout^ à la fois de celui de l’alcool, de celui de l’eau, et varie nécessairement avec les proportions de chacun de ces composants; de* telle sorte qu’une substance soluble dans l’alcool et dans l 'eau, sera soluble dans un vin quel qu’il soit; mais qu’une autre substance soluble dans l’alcool et insoluble dans l’eau, ne pourra se dissoudre que dans un vin très alcoolique.

Observons que ces derniers liquides renferment, en outre de l’alcool et de l’eau qui les constituent essentiellement, des substances en quelque sorte accidentelles, dont la présence peut ne pas être sans influence. Nous aurons occasion de revenir sur cette question, en traitant de la préparation des vins médicinaux et des bières médicamenteuses.

Lorsqu’il s’agit de la solution des gaz, plus la température du liquide est basse, sans que toutefois elle s’abaisse assez pour qu’il se solidifie, s’il est congelable, et plus la proportion de gaz dissoute est considérable.

Des

d’augm

solubil

gaz et solides.

Yoilà pourquoi, lorsqu’on prépare l’acide chlorhydrique, l’ammoniaque liquide, on refroidit l’eau au travers de laquelle le gaz doit passer.

Plus aussi la pression à laquelle les gaz sont soumis est forte, et plus leur dissolution est abondante ; parce que la pression diminue leur élasticité.

Yoilà pourquoi les eaux minérales gazeuses sont saturées de gaz acide carbonique, au moyen d’appareils dans lesquels la pression est considérable, et aussi pourquoi ces mômes eaux laissent échapper une multitude de bulles de gaz simulant une véritable ébullition, quand, débouchant les bouteilles qui les renferment, on fait cesser la pression qu’exerçait sur la dissolution saturée, le gaz comprimé dans l’espace resté vide de liquide.

Au contraire, à l’exception de l’acétate d’alumine, de la chaux, du saccharate de chaux, du citrate de chaux, du tartrate double de potasse et de chaux, et l’on pourrait dire de la plupart des composés de chaux, à l’exception encore du suî-

fate de oude qui se dissout en plus grande proportion à + 33® qu’à 100 °, la solubilité des solides croît avec la température, sans doute parce qu’alors leur cohésion décroît dans un rapport plus grand que leur affinité. Par exemple, le phosphate de soude et le sulfate de cuivre sont plus solubles de moitié, et l’alun est 19 fois plus soluble, à -f- 100° qu’à — 1 5°.

Si on les met dans le cas d’acquérir des températures supérieures à celle qu’ils atteignent dans les conditions ordinaires, les dquides deviennent même susceptibles de dissoudre des corps, qu’ils ne dissolvent pas à des températures plus basses.

Fans tous les cas, on remarque que les liquides chargés à cha id d’une proportion de solide plus considérable, que celle qu’ils peuvent retenir à la température ordinaire, laissent déposer cet excédant en se refroidissant ; alors, les molécules solides qui se séparent à mesure que le liquide se refroidit, donnent naissance, par l’aecolement de leurs surfaces, à des polyèdres ou cristaux d’autant plus réguliers, que le refroidissement a été plus lent et la solution maintenue plus tranquille. Autrement les molécules solides s’accolant par leurs angles, ou par leurs arêtes, formeraient des cristaux irréguliers.

Quant aux liquides, privés qu’ils sont de la cohésion des solides, de l’élasticité des gaz, ceux qui le peuvent faire, se mélangent entre eux, à très peu près, aussi bien à froid qu’à chaud, sous la pression ordinaire, aussibien que sous une plus forte pression.

De ce que nous venons de dire, de l’influence généralement favorable à la dissolution des solides, qu’exerce la chaleur, il ne faudrait toutefois pas conclure , qu’il est toujours avantageux de porter le liquide au maximum de température.

En ce qui concerne les véhicules, beaucoup ne pourraient impunément supporter une température élevée.

L’alcool aqueux ne peut être porté à l’ébullition, sans qu’il se vaporise proportionnellement plus d’alcool que d’eau, sans par conséquent, que son degré et avec lui son pouvoir dissolvant, changent.

Le même effet aurait lieu pour le vin et pour la bière.

En bouillant, le vinaigre perd proportionnellement moins

DR LA SOLUTION

d’acide que d’eau ; dès lors augmentant de force, il change aussi de pouvoir dissolvant.

Tandis, en outre, que le vin et la bière deviennent de plus en plus aqueux, le vinaigre de plus en plus acide, la proportion des matières étrangères que les uns et les autres renferment va toujours en augmentant.

Les huiles volatiles, n’étant pas volatiles à la manière de l’alcool anhydre, de l’élher, de l’eau, mais seulement par comparaison avec les huiles fixes, s’altèrent alors qu’on les fait

bouillir.

Les huiles fixes s’altèrent profondément avant d’avoir atteint la température de 300°, température à laquelle elles se distillent ou plutôt se convertissent en produits volatils.

L’eau, l’alcool anhydre, l’éther sont en réalité les seuls liquides que l’on puisse, sans les altérer, porter au maximum de température qu’ils sont susceptibles d’atteindre sous la pression ordinaire.

Enfin, l’eau que la chaleur ne décompose pas, quelque forte qu’elle soit, est la seule que l’on puisse faire réagir à toute température.

En ce qui concerne les corps à dissoudre, non-seulement il en est de plus solubles à froid qu’à chaud, suivant ce qui a été dit précédemment : mais encore il en est que les vapeurs entraînent aisément , tels que l’iode , le carbonate d’ammoniaque, l’acide benzoïque, le camphre -, d’autres que la chaleur altère, tels que les bicarbonates de potasse et de soude, qui perdent à la température de l’ébullition de l’eau, une portion de leur acide.

D’un autre côté, si les corps à particules homogènes ne peuvent qu’être solubles ou insolubles dans tel ou tel véhicule, il n’en est plus de même des corps à particules hétérogènes. Ceuxci, par cela même que leurs particules dissemblables possèdent des propriétés différentes peuvent contenir ,

1° Des principes solubles dans les véhicules, à des températures différentes ;

Exemple : Les racines à la fois chargées de principes sucrés et gommeux solubles dans l’eau froide, et de fécule soluble seulement dans l’eau bouillante

4 08 7e LEÇON.

2° Des principes qu’une température élevée dissipe ou modifie, en même temps que des principes fixes et inaltérables par la chaleur ,

Exemples : Les plantes aromatiques chargées d’huiles volatiles et de principes amylacés ou gommeux; la rhubarbe, la casse , dont les principes laxatifs, que le contact prolongé de l’eau bouillante rend astringents, sont accompagnés de sucre et de principes gommeux;

3° Des principes solubles à froid et à chaud, en même temps que des principes solubles à froid seulement.

Exemple : La plupart des plantes chargées d’albumine végé taie et de matières gommeuses;

4° Des principes qui, bien que solubles dans le véhicule mis en expérience, contractent, sous l’influence prolongée de la chaleur, des combinaisons qui les y rendent insolubles.

Exemple : Le tannin, qu’accompagne l’ainîdon ;

5° Et enfin, des principes qui, d’insolubles qu’ils sont à l’état libre, sont rendus solubles à la faveur de quelque autre principe, encore sous l’influence prolongée de la chaleur.

Exemples : Les résines de jalap et de gaïae à la faveur des matières gommeuses ou amylacées, de la racine de jalap et du bois de gaïae.

Or, comme on peut avoir intérêt, en traitant par un véhicule donné, une matière complexe de composition connue, à diriger l’action du véhicule de telle sorte qu’il se charge de quelquesuns des principes que cette matière renferme, de préférence à d’autres, on voit qu’il n’est pas indifférent d’agir â telle ou telle température, de prolonger le contact delà chaleur ou de ne le rendre qu’instantané.

De la

Macération.

La Macération , L'Infusion ,

La Digestion, Et la Décoction ,

ont précisément pour objet de produire ces différents résultats.

La Macération consiste à laisser à la température ordinaire, pendant un temps plus ou moins long, les matières en contact avec le liquide, soit que l’on veuille seulement les en imprégner, soit que l’on veuille dissoudre certains de leurs principes.

DE LA SOLUTION

Envisagée par rapport aux véhicules, elle ne change en rien la proportion des principes constituants de l’alcool aqueux, du vin, de la bière, du vinaigre ;

Elle n’altère en rien les huiles fixes et volatiles, que la chaleur altère plus ou moins;

Elle ne facilite pas la vaporisation de ceux d’entre eux qui sont volatils, à l’exemple de l’éther, de l’alcool, de l’eau ;

Elle ne facilite pas davantage l’altération de ceux sur lesquels l’air réagit défavorablement, comme l’éther, le vin, la bière, les huiles fixes.

Envisagée par rapport aux matières, elle n’expose point

A volatiser leurs principes volatils ;

A entraîner à la faveur des vapeurs, l’acide benzoïque et ses analogues ;

A coaguler l’albumine ;

A modifier les principes laxatifs de la rhubarbe, de la casse, etc., etc.

A déterminer la précipitation partielle des principes moins solubles à chaud qu’à froid (malate acide de chaux);

A produire l’insolubilité de ceux que le contact prolongé du liquide bouillant fait entrer dans des combinaisons insolubles (tannin et amidon);

A produire la solubilité de ceux que le contact encore du liquide bouillant, fait entrer dans des combinaisons solubles (résines de gaïac et de jalap);

A dissoudre des corps qui ne sont solubles qu’à chaud (amidon).

Par conséquent, elle peut être employée avec avantage toutes les fois qu’il s’agit de ne pas élever la température.

Toutefois, comme les principes immédiats, engagés dans les bois, les écorces, les racines, etc. , etc. , se dissolvent très lentement à la température ordinaire, dans les liquides capables de les dissoudre, défendus qu’ils sont de leur action, par les principes plus ou moins insolubles qui les accompagnent, de telle sorte qu’une macération suffisamment prolongée pour produire leur solution, pourrait donner lieu à un commencement de fermentation, la macération n’est guère employée, que comme opération

cia Digestion.

De l’Infusion.

transitoire, pour rendre aux cellules, aux vaisseaux des matières organiques sèches, leur souplesse primitive.

On lui substitue presque constamment la Digestion.

Celle-ci offre presque tous les avantages de la macération , sans en offrir les inconvénients 5 elle consisté à laisser, pendant un temps plus ou moins long, les matières en contact avec les véhicules portés à des températures supérieures à celle de l’atmosphère et de beaucoup inférieures à celles de leur ébullition; l’eau à -|- 45°, l’alcool à 25, l’éther à — [— 15, environ.

1? Infusion, ainsi nommée du verbe latin mfundere, verser dessus ^ est une opération qui consiste à verser un liquide en ébullition sous la pression ordinaire, et par conséquent porté au maximum de température qu’il peut atteindre sous cette pression, sur les matières médicamenteuses ;

Tantôt, d’ailleurs, en opérant de manière à ce qu’il ne fasse que les traverser ; c’est le cas où de l’eau bouillante est versée sur des fleurs placées à la surface d’un tissu; tantôt en opérant de manière à ce que le contact se prolonge plus longtemps; c’est le cas où, de la rhubarbe destinée à la confection du sirop de chicorée, étant placée au fond d’un vase, on verse dessus l’eau bouillante.

Dans l’un et dans l’autre cas, le liquide exerce une action fort analogue à celle qu’il exerce dans la digestion, attendu que le contact des matières et des vases, en abaissant sa température , rendent, pour ainsi dire, instantané son contact à la température réelle de l’ébullition.

L’eau est le seul des liquides précités que le pharmacien puisse faire servir à cette opération.

L’éther est trop volatil; l’alcool aqueux, le vin, la bière, le vinaigre seraient dénaturés, par suite de la vaporisation inégale de leurs constituants.

Les huiles volatiles, à plus forte raison les huiles fixes, seraient altérées.

Certaines huiles médicamenteuses, telles que le baume tranquille, sont, il est vrai, dans les pharmacopées désignées comme devant être préparées par infusion; mais il faut remarquer que

DE LA SOLUTION

ies huiles ne sont pas versées sur les plantes à la température de leur ébullition, qu’elles ne le sont qu’à une température de 100° environ, puisqu’elles sont chauffées avec les plantes narcotiques imprégnées d’eau de végétation, retirées du feu aussitôt que celle-ci est presque entièrement dissipée, et que partant elles ne peuvent acquérir une chaleur supérieure à celle de l’eau bouillante.

Toutes circonstances égales d’ailleurs, les matières dont la texture sera délicate, dont les surfaces seront très étendues ; les feuilles, ies fleurs, les sommités fleuries, se prêteront mieux à l’infusion que celles à tissu compacte, mieux par conséquent que les bois, les écorces, les racines, etc., etc.

Dans la Décoction , les matières sont soumises à Faction plus De la Décoction, ou moins prolongée du liquide bouillant.

On l’emploie de préférence dans les circonstances opposées à celles qui feraient choisir la macération ou la digestion.

Lorsque Fou veut volatiliser ou entraîner , à la faveur des vapeurs produites certains principes volatils, certains principes que les vapeurs entraînent 3 coaguler, modifier certains principes coagulables ou altérables par la chaleur , dissoudre certains principes insolubles à froid et solubles à chaud ; produire des combinaisons qui rendent solubles certains principes insolubles, ou contrairement insolubles certains principes solubles.

Veut-on , avec l’absinthe , préparer une solution aqueu e amère et tonique ; on opère par décoction, afin de voMilîs r la majeure partie de l’huile volatile, qui lui communiquerait des propriétés excitantes, tandis que Fon éviterait de la traiter de cette manière, si Fon voulait que la solution possédât ces dernières propriétés.

Veut-on, avec la rhubarbe, la casse, préparer des f lutions plutôt astringentes que laxatives ; on opère par décoction , afin de modifier les principes naturellement laxatifs de ces subt ances.

Veut-on convertir la matière animale du tissu cellulair» et des os, en gélatine, ou profiter de la coagulabilitéde l’albumi e pour produire la clarification d’un bouillon médicinal -, ou opère par décoction.

Veut-on, avec le gruau, Forge mondée, préparer des tisanes

115 7 e LEÇON.

qui retiennent après refroidissement une partie des principes amyloïdes de ces substances ; on opère par décoction, afin que l’enveloppe des grains d’amidon, venant à se briser, permette au contact de s’établir entre le véhicule et les matières centrales, les seules qui soient solubles dans l’eau.

Yeut-on introduire dans une solution aqueuse les principes résino’idesdujalapou du bois de gaïac j on opère par décoction, afin que ces résines deviennent solubles dans l’eau, à la faveur des matières gommeuses ou amylacées qui les accompagnent et les empâtent.

Dans les conditions ordinaires, l’eau, que nous savons être exclusivement employée à la préparation des infusions, l’est à plus forte raison encore, et pour les mêmes motifs, à la préparation des décoctions. D’un autre côté, les matières très denses que l’eau pénètre difficilement, les bois, les écorces, les racines, toutes circonstances égales d’ailleurs, sont celles que l’on traite de préférence par décoction.

On a longtemps pensé que les matières organiques complexes étaient plus complètement épuisées par cette opération, de leurs principes solubles, qu’elles ne l’étaient par la macération, la digestion, l’infusion 5 mais les expériences de MM. Carpentier, Guibourg et Henry, ont démontré que le contraire a fréquemment lieu.

Ils ont, par exemple, obtenu :

de 500 grammes de racine de patience,

88 gr. d’extrait, au moyen de la décoction,

96 — — de l’infusion;

de 500 grammes de racine de gentiane,

155 gr. d’extrait , au moyen de la décoction ,

166 — — de l’infusion ,

1~1 — — de la macération.

Ces résultats s’expliquent naturellement en considérant, qu’une ébullition prolongée, outre qu’elle amène la volatilisation des principes volatils, la coagulation de l’albumine végétale, l’altération de certaines matières que l’oxygène de l’air convertit en de nouveaux corps insolubles, lesquels avec l’albumine

DE LA SOLUTION. H3

coagulée, contribuent ultérieurement à défendre les principes solubles du contact immédiat du véhicule, détermine entre la fibre végétale et les principes colorants, des combinaisons essentiellement insolubles.

L’on a nommé :

Solution ,

Macération ,

Digeition ,

Infusion, Décoction ;

Et aussi :

Solutum ,

Maceralum,

Digestum , ' f

Jnfusum , Decoctum ;

Et encore :

Soluté ,

Macéré ,

Digesté,

Infusé’,

Décodé,

les produits des opérations qui viennent de nous occuper.

Il serait à désirer que Ton adoptât exclusivement ces dernières dénominations, puisque les premières auraient l’inconvénient d’exposer à confondre les résultats des opérations, avec les opérations elles-mêmes, les secondes, celui d’introduire sans nécessité dans notre langue, des noms empruntés à la langue latine.

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