VIII' LEÇON
SUITE DE LA PRÉCÉDENTE
Ea solution, que caractérise essentiellement la disparition Complète du corps mis en expérience, dans une proportion su ffi-
i ïante de dissolvant, tandis que la macération, la digestion, l’in- 1 ’usion et la décoction, exclusivement appliquées au traitement d es matières formées de principes les uns solubles, les autres
ii solubles, ne produisent jamais que leur disparition partielle,
Tow. I. 8
Dos moyens de pratiquer la solution, la macération, la digestion, l’infusion, la décoction.
114 8e LEÇON,
s’opère en mettant le corps à dissoudre et le dissolvant en contact, dans des proportions, dans des conditions de température et parfois de pression , convenables.
Par conséquent on opérera :
Sur des quantités de matière assez considérables, pour que le dissolvant en puisse être saturé à une température donnée, s’il doit l’être, et moindres dans le cas contraire. En outre :
A une basse température pour tous les gaz, et, s’il en est besoin, sous une pression plus forte que celle de l’atmosphère, pour ceux d’entre eux dont l’affinité pour le liquide serait faible ;
À la température, et sous la pression de l’atmosphère, pour les liquides dont l’élévation de température et la pression n’augmenteotpas sensiblement la solubilité ;
Tantôt à une basse, tantôt à une haute température, tantôt sous la pression ordinaire, tantôt sous une pression plus forte, pour les solides, suivant que l’élévation de température et l’augmentation de pression pourront ou non influencer favorablement les résultats.
Dans tous les cas, on multipliera les points de contact :
1° En forçant les gaz peu solubles à traverser lentement le plus grand nombre possible de couches de liquide. De là, pour obtenir des solutions saturées de chlore, l’emploi de gouttières renversées, sous lesquelles le gaz vient se rendre au sortir de l’appareil qui le produit, et qui l’obligent à traverser les couches d’eau étendues et nombreuses, au milieu desquelles ou les a contournées sur elles-mêmes, à la manière du tube en spirale des réfrigérants à distillation. Delà encore, pour le carbonate sa* turé de potasse, la superposition au sein de la dissolution saline, de diaphragmes échancrés ou percés de trous sur des points opposés de leurs surfaces, afin que le gaz carbonique ne se puisse échapper, qu’après avoir successivement parcouru la série d’échelons, et par suite d’obstacles, que présentent ces diaphragmes;
2° En agitant le mélange des liquides que leurs densités différentes tendent à séparer ;
3° En divisant les solides, puis en agitant fréquemment leurs mélanges avec les liquides, afin de remplacer les couches de li-
DE LA SOLUTION
queur les plus rapprochées de la masse, et par cela même les plus chargées de solide, par des couches moins chargées .
Si l’on plaçait les solides à la surface des véhicules, au-dessus de diaphragmes percés de trous,
On hâterait davantage encore îa solution.
Tandis, en effet, qu’en se contentant d’agiter un liquide, au fond duquel un solide soluble s’est déposé, on ne fait que remplacer les couches de liquide plus ou moins complètement saturées, par des couches plus ou moins incomplètement saturées, mais toutes déjà chargées ; en opérant, comme iî vient d’être dit, les couches de liquide, au fur et à mesure qu’elles dissolvent le solide, devenant plus denses, gagnent le fond du vase sous formes de stries souvent visibles à l’œil, et laissent ainsi le solide constamment enveloppé de liquide pur, tant que Sa saturation complète ou partielle ne s’est pas étendue jusqu’à la surface du liquide.
Tout vase incapable d’être altéré par les matières qu’on y devra renfermer, sera propre à produire îa solution ; dans l’occasion cependant; 011 devra préférer ceux qui conduiront et supporteront le mieux sans se briser, la chaleur, ceux qui résisteront le mieux à la presssion, ceux qui préviendront le mieux la déperdition des vapeurs ou l’accès de l’air.
A leur tour, la macération et îa digestion pourront être faites dans toute espèce de vase, incapable de réagir sur les matières premières, et au besoin capable d’être hermétiquement fermé.
L’infusion pourra se faire dans toute espèce de vase inattaquable par les matières qu’on y devra placer, et capable de supporter, sans se briser, le contact instantané de l’eau bouillante j d’ou vient que les vases en verre sont rarement employés à cet usage. Et, si îa matière doit rester longtemps en contact avec le liquide chaud, ou peut perdre par la vaporisationon opérera dans des vases en terre ou en faïence, de préférence aux vases en métal, qui se refroidissent plus vite; dans des vases fermés, de préférence aux vases ouverts.
La décoction enfin, se pourra faire dans tout vase que le véhicule, non plus que les matières premières, ne saurait altérer; mais ceux qui conduirontle mieux le calorique^à l’exemple
des vases en métal, comparés aux vases en porcelaine ou en terre, ceux qui^ semblables au matras à long col, favoriseront le moins la déperdition des substances volatiles, ou l’altération des substances altérables par Pair, devront obtenir la préférence : il en sera de même de ceux qui présenteront un grand pouvoir absorbant, pour les rayons calorifiques, à l’exemple des vases métalliques dépolis, comparés aux vases correspondants très polis.
Que s’il était nécessaire de traiter les matières premières par l’alcool, par Péther, ou par tout autre liquide très volatil et très inflammable à la température de l’ébullition, et aussi de faire réagir sur elles, et ces liquides et Peau, à des températures supérieures à celles qu’ils sont susceptibles d'acquérir sous la pression de l’atmosphère, on aurait recours :
Dans le premier cas, à une cornue munie d une allonge à laquelle viendrait s’adapter un ballon à long col et à tubulure surmontée d’un tube droit, afin que les vapeurs d’alcool ou d’éther condensées dans ce ballon, pussent au besoin, étant reversées dans la cornue, ne pas changer les proportions premières de véhicule et de matière, ou mieux encore à l’appareil de MM. Berthemot et Corriol ;
Dans le second, soit à la marmite de Papin, soit au digesteur à soupape de M. Chevreul.
d« mTcÔLi L’appareil de MM. Berthemot et Corriol, se compose :
1° D’un matras en verre à fond plat À;
2° D une allonge en verre B , garnie à l’extrémité de sa douille d’un bouchon en liège , qu’elle traverse de part en part, et qui sert à fermer le col du matras;
3° D’un tube roulé en spirale DD', dont la partie inférieure prolongée en ligne droite, traverse un
DE LA SOLUTION
second bouchon en liège placé à l’intérieur de Fallonge. Il communique avec le matras à fond plat, tandis que son extrémité supérieure reçoit un tube E doublement courbé à angle droit;
4° D’un ballon F, dont le col, long et de petit diamètre, traverse dans toute sa longueur une espèce de manchon en verre G, et reçoit la seconde branche d’un tube recourbé , laquelle pé ■ nètre jusqu’au fond.
Après avoir placé, dans le matras à fond plat, la matière médicamenteuse, l’alcool ou l’éther, on monte l’appareil, onremplit d’eau l’allonge, le manchon, et l’on chauffe.
Les vapeurs gagnent la spirale, s’y condensent et retombent dans le matras; ou si l’ébullition est trop vive, se rendent en partie dans le tube recourbé, puis dans le ballon, où leur condensation s’achève. Alors, soit qu’après avoir laissé refroidir l’appareil, on réunisse au produit resté dans le matras celui condensé dans le ballon , soit qu’on applique sur les parois encore chaudes de ce matras, un linge humecté d’eau froide, de manière à produire par la condensation des vapeurs, un vide qui détermine l’ascension du liquide condensé dans le ballon, sur lequel l’air extérieur agit de tout son poids, l’on ne change rien aux proportions premières des dissolvants.
On remplacerait avantageusement le manchon en verre de cet appareil, par un manchon en ferblanc, que traverserait de part en part un tube droit à son tour destiné à remplacer le tube en spirale; et dans lequel un autre tube droit, surmonté d’un entonnoir, entretiendrait un courant d’eau froide dont l’excédant s’écoulerait par un trop-plein.
On remplacerait plus avantageusement encore tout l’appareil par un matras ordinaire, au col duquel s’adapterait, au moyen drun bouchon percé, un tube recourbé en communication avec le serpentin d’un petit alambic; les vapeurs seraient immanquablement condensées dans le serpentin, et retomberaient dans le matras, pourvu qu’on eût ménagé au
118 8e LEÇONS.
tube recourbé un degré convenable d’inclinaison. (Soubeiran.)
Machine Dans la machine ou marmite de Papin, un liquide indécomde Papin. p0sapj£ par }a chaleur, tel que Peau, peut être élevé à une température qui n’a d’autres limites que la résistance des parois du vase, et qui, d’après Dulong, serait pour Peau :
de 422° sous une pression de 2 atmosphères ,
L’appareil se composa d’abord d’un cylindre creux en cuivre, attendu que la fonte offre presque inévitablement des fissures, fermé d’un côté, ouvert de l’autre, susceptible d’être fermé au moyen d’un couvercle de même matière, que maintenaient des vis de pression, et sous lequel on plaçait entre les parties qui se devaient trouver juxtaposées, une rondelle en carton, en cuir, et mieux en feutre, destinée à rendre la fermeture plus parfaite. Mais, comme la tension du liquide placé dans l’appareil, croissant sans cesse avec sa température, devait finir par produire la rupture du cylindre, au grand danger de l’opérateur, puisqu’il était impossible de prévoir le moment où la rupture allait avoir lieu, plus tard on eut la pensée de pratiquer sur le couvercle de la marmite plusieurs ouvertures, et de garnir les unes de soupapes chargées de poids, les autres de rondelles formées d’un alliage de bismuth, d’étain et de plomb, fusible à une température supérieure de quelques degrés seulement, à celle que l’on voudrait communiquer au liquide intérieur. De cette manière, l’alliage entrant en fusion, au cas où, par une cause quelconque, les soupapes chargées de poids viendraient à ne pas fonctionner, à demeurer fermées , les secondes ouvertures devenues libres, livreraient passage à la vapeur.
Digesteur Le digesieur à soupape de M. Chevreul, très ingénieuse mo-
a soupape . t 1 . °
deM.Chevreui. dihcation de la marmite â Papin, permet non-seulement de faire agir les liquides sur les matières premières à une température supérieure à celle qu’ils pourraient acquérir sous la pression ordinaire, mais encore de recueillir les vapeurs qui se forment dès que la pression de dedans en dehors devient capable de vaincre la résistance qui s’opposait à leur expansion.
DE LA SOLUTION
On peut se le représenter comme un cylindre creux en cuivre À, auquel vient s’ajuster d’une manière quelconque un couvercle de même métal B, présentant à sa partie supérieure une ouverture conique C, recevant un bouchon également conique D, que surmonte une tige autour de laquelle s’enroule un fil métallique contourné en spirale. Un second couvercle E, percé supérieurement d’une ouverture destinée à livrer passage à l’extrémité de la tige et latéralement de petites ouvertures destinées à l’écoulement des vapeurs, est adapté au moyen d’un pas de vis sur le premier couvercle, deteîîesorte, que la spirale s’appuie, d’une part, contre la paroi externe du bouchon D, d’autre part, sur la paroi interne du couvercle cylindrique E ; ce second couvercle est à son tour surmonté d’un troisième couvercle plein O, portant un tube recourbé susceptible d’être mis en communication avec un condensateur.
Lorsque la tension des vapeurs formées dans le cylindre, est capable de refouler sur elle-même la spirale qui maintient le bouchon sur l’ouverture conique, le bouchon se soulève, les vapeurs pénètrent sous le second couvercle, s’échappent parles ouvertures ménagées à sa partie supérieure , et gagnent le troisième couvercle qui les conduit dans le condensateur.
Plus la spirale offre de résistance, plus l’effort nécessaire pour soulever le bouchon conique doit être considérable, et par suite, la température du liquide élevée 5 si l’on craignait le contact du cuivre, on ferait recouvrir d’une mince couche d’argent, les parois de l’appareil avec lesquelles les vapeurs doivent se trouver en contact.
Quelque soit l’appareil employé. De la propor-
Lorsqu’au moyen de la macération, de la digestion, de Fin- vant qu’il confusion ou de la décoction, on se propose d’obtenir une solution ployer au traiaussi chargée que possible de principes solubles, sans du reste bières ^comtenir compte de l’état d’épuisement du résidu, on traite la ma- plexeb*
8e LEÇON.
lière première par une petite quantité de liquide, afin que celui-ci ne puisse manquer de rencontrer une proportion de principes solubles capable de le saturer.
Quand, au contraire, on se propose d’épuiser la matière première de ses principes solubles, sans du reste tenir compte de l’état de saturation des liqueurs, on la traite par une forte proportion de liquide, afin que les matières solubles ne manquent pas de rencontrer une quantité de liquide capable de les dissoudre en totalité, afin de plus, que leur solution soit rendue plus facile dans un liquide restant plus éloigné de son point de saturation ;
Mais, quand on veut tout à la fois obtenir des solutions aussi chargées que possible, et priver la matière de principes solubles, on traite à plusieurs reprises celle-ci, par des quantités de liquide isolément incapables de l’épuiser, afin qu’au dernier traitement, quand les dernières portions de principes solubles ont été enlevées, la portion de liquide qui s’en est chargée, se trouve en définitive la seule qui puisse ne pas être saturée.
Dans tous les cas, afin de ne pas laisser dans le résidu une portion de liqueur au même état de saturation, que celle qui s’en est écoulée en dernier lieu, non plus qu’avec elle, une portion des principes dont on avait l’intention d’épuiser la matière première, on soumet le résidu à l’action de la presse 5 et comme les matières solides, surtout celles d’origine organique, sont plus ou moins élastiques, et par cela même retiennent toujours une partie de la solution qui les imprégnait, quelque forte, pour ainsi dire^ que soit la pression, lorsqu’on tient à n’y en point laisser, on reverse sur le résidu une certaine quantité de véhicule pur, on exprime et l’on recommence à plusieurs reprises ces deux opérations.
Supposons que l’on ait employé au traitement d’une quantité indéterminée de quinquina, une quantité également indéter* minée d’eau, et que le résidu exprimé retienne 1000 grammes d’eau chargée de 100 grammes de matières extractives ;
Evidemment, en versant sur ce résidu 1000 grammes d’eau pure, ceux-ci se mêleront aux 1000 grammes d’eau de la solu-
DE LÀ SOLUTION
tion, pour former un mélange liquide homogène, dont une nouvelle pression chassera 1000 grammes d’eau et 50 grammes d’extrait, tandis que le nouveau résidu retiendra avec les 1000 autres grammes d’eau, les autres 50 grammes d’extrait. De nouvelles affusions d’eau ajoutée 1000 grammes par 1000 grammes, et suivies chaque fois d’une expression , amèneront des résultats analogues, de telle sorte que le résidu se trouvera ne plus contenir ,
Après la 2e série d’opérations, que 25 grammes d’extrait,
Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il en soit entièrement privé.
Suivant d’ailleurs, que l’on voudrait priver rapidement le résidu de la solution qu’il retient à la manière d’une éponge, ou, ce qui est tout différent, extraire cette dissolution en l’étendant le moins possible , on verserait à chaque fois sur le résidu des quantités différentes d’eau :
De grandes quantités pour obtenir le premier résultat ,
De petites — — le second —
En effet, si, au lieu de ne verser sur le résidu de la première opération que 1000 grammes d’eau de lavage à chaque fois, l’on en eût versé le double, les 2000 grammes d’eau additionnelle se mélangeant aux 1000 grammes d’eau de la solution, eussent fourni 3000 grammes de liquide, que la pression eût partagés en deux portions inégales , l’une de 2000 grammes , retenant en nombre rond 66 grammes de matières extractives, l’autre de 1000 grammes, n’en retenant que 33 grammes; celle-là eût été chassée par la pression, celle-ci fût restée dans le résidu susceptible de retenir une quantité constante de liquide, et les 100 grammes de matières extractives de ce même résidu, se fussent ainsi trouvés réduits ,
gr-
A 33,3 apres la lre pression ,
— 11,1 — la 2e —
— 3,7 — la 3e —
Au contraire, en ne versant à chaque fois sur le résidu , au lieu de 1000 grammes que 500 grammes d’eau pure ; les 500 grammes ajoutés, plus les 1000 grammes de liquide retenus
parle résidu, eussent produit 1500 grammes de mélange dont la pression aurait chassé 500 grammes représentant 33 grammes d’extrait, laissant dans le résidu 1000 grammes représentant 66 grammes d’extrait ; et par suite, les 100 grammes d’extrait du premier résidu n’eussent été réduits ,
Qu’à 66 gr. 65 après la lr« pression,
— 44 4 — la 2e —
— 1 ï 8 — la 3e —
Par conséquent, chaque affusion d’eau, suivie de i’expression, eût entraîné :
Dans la lre expérience la moitié,
— 2e — les deux tiers,
— 3e — le tiers.
Des matières laissées dans le résidu à l’état de solution, par les opérations antérieures. Nous avons donc pu établir à priori, que leur expulsion se fait d’autant plus vite, que la proportion d’eau additionnelle est plus considérable.
D’un autre côté, les quantités variables de matières extractives restées en solution dans les quantités constantes d’eau retenues par le résidu, s’étant trouvées dans les rapports successifs
Del j
— 25 à 1000 dans la lre série d’expériences ;
De 33,3 \
— 11,1 là 1000 dans la 2e sérié d’expériences;
De 66,05 \
— 44,5 [ à 1000 dans la 3e série d’expériences,
Nous avons également eu raison de poser en principe, que les solutions retenues par les résidus se maintiennent d’autant plus chargées, que la proportion d’eau employée aux lavages est plus faible.
On voit, d’après ce qui vient d’être dit, que la macération, la digestion, l’infusion et la décoction, suivies et complétées par des lavages et des expressions, peuvent produire l’épuisement complet des matières formées de parties , les unes solubles, les autres insolubles, dans un véhicule donné.
Mais, parmi ces matières, il s’en rencontre dans lesquelles la
DE LA SOLUTION
proportion des parties insolubles esl tellement forte, relativement à celle des parties solubles, qu’elle rend fort difficile l’application des méthodes d’épuisement précitées, attendu que, traitées par des quantités d’eau assez grandes pour que la masse ne retienne qu’une petite proportion du liquide employé, elles fournissent des solutions très étendues, et que, traitées par des quantités d’eau capables de produire des solutions concentrées, elles en retiennent la majeure partie, qu’on n’en peut extraire qu’au moyen de lavages multipliés, partant, qu’en les étendant beaucoup. Pour obvier à ces inconvénients, l’idée s’est présentée, de substituer auv opérations précédemment décrites un mode de traitement tout particulier, qui consiste essentiellement à placer les matières premières, préalablement divisées, dans un vase percé à son fond, à les arroser d’un volume de liquide capable d’en imprégner toute la masse, puis, après un contact suffisamment prolongé, à reverser sur la masse humide une nouvelle quantité de liquide, et finalement à continuer ces additions jusqu’à ce que l’eau de lavage , qui s’échappe par l’ouverture inférieure du vase, sorte privée de parties solubles.
En vertu de la propriété que possède une couche de liquide superposée à une autre couche, de chasser celle-ci devant elle à la manière d’un piston, suivant l’ingénieuse et très juste comparaison de MM. Robiquet et Boutron, la première couche de liquide qui n’a pu manquer de se saturer en traversant toute la masse, est chassée de haut en bas par la seconde, remplacée par celle-ci, laquelle, à son tour, après s’être saturée, l’est par la troisième, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’enfin arrive le moment où la couche de liquide ne rencontrant plus assez de parties solubles pour se saturer, ou même n’en rencontrant pas du tout, gagne, telle quelle, l’ouverture du vase, laissant le résidu imprégné de liquide pur.
Telle est, du moins, l’indication théorique du fait; car l’expérience prouve qu’il s’en faut de beaucoup, que les choses se passent en réalité d’une manière aussi tranchée. Les matières mises en traitement retiennent encore des particules solubles, alors que cependant les couches de liquide qui les ont traversées n’étaient pas saturées. Souvent aussi, dès le début, celles-ci ne
De la
lixiviation.
se saturent qu’incomplétement. C’est qu’il se forme des fausses voies, des espèces de fissures au travers desquelles les molécules liquides s’infiltrent , sans avoir eu le contact des molécules pulvérulentes ; c’est aussi que le passage, du liquide est parfois trop rapide pour qu’il ait le temps de se saturer.
Cette opération , depuis longtemps connue dans les arts sous le nom de lixiviation, se pratique au moyen de l’eau froide pour les matériaux saîpêtrés dont on veut extraire les azotates de potasse, de chaux et de magnésie; pour les soudes artificielles dont on veut extraire le carbonate de soude, sans attaquer le sulfure de calcium que l’eau chaude dissoudrait; au moyen de l’eau chaude pour les produits de l’incinération des plantes qu’on veut priver de carbonate de potasse. Elle se fait dans des tonneaux placés sur leur fond et percés à la partie inférieure de leurs parois latérales, d’une ouverture qu’une bonde en bois permet d’ouvrir ou de fermer, en meme temps qu’une claie en osier, ou plus simplement une masse de paille , empêche les matières solides de s’y engager.
En pharmacie, on la pratique d’ordinaire avec Peau, l’alcool, ou l’éther, dans l’un des appareils suivants :
L’appareil de MM. Robiquet et Bon trou , très propre aux traitements par l’éther, parce qu’il peut être très hermétiquement fermé, se compose :
1° D’une allonge en verre de forme conique A, portant un bouchon usé à l’émeri ;
2° D’une carafe B dans le col de laquelle s’engage à frottement la douille de l’allonge.
On introduit la poudre dans l’allonge, après avoir pris le soin de placer dans sa douille une masse de coton, et Pon verse l’éther sur la poudre. Il la pénètre, cl tend à s’écouler par en bas, pour peu qu’on en ait mis plus que la matière pulvérulente n’en peut absorber; mais, comme Pair contenu dans la carafe ne peut s’échapper ni entre les parois intérieures de la carafe et les parois extérieures de l’allonge, lesquelles sont juxtaposées , ni par la douille qu’obstrue la poudre, il prévient ou du moins retarde singulièrement la
DE LA LIXIVIATION.
chute du liquide, à moins que, soulevant l’allonge, on ne livre passage à l’air que le liquide déplace alors sans obstacle, après l’avoir simplement refoulé sur lui-même. Aussi, quand on juge que la macération est suffisamment prolongée, on place entre le col de la carafe et la douille de l’allonge, une carte, afin précisément que l’écoulement de l’éther se fasse naturellement.
L’appareil de MM. Boullay, dont une foule d’appareils à lixiviation ne sont guère que des modifications plus on moins ingénieuses, tel est notamment celui que M. Bussy a fait servir au traitement des semences de moutarde noire, et qui ne différait de celui que nous allons décrire, que par l’existence d’une seconde enveloppe destinée à permettre d’échauffer la première, au moyen de l’eau chaude ou d’un courant de vapeur d’eau ;
L’appareil, de MM. Boullay, se compose :
lüD’un cylindre creux en fer-blanc ou en étain , quatre fois environ plus long que large A , conique vers le bas et terminé par un robinet ;
2° D’un couvercle de même matière B ;
3° De deux diaphragmes C percés de trous, et portant au centre une tige destinée à les manœuvrer.
On place le cylindre dans une position verticale au-dessus d’un vase convenablement disposé ; on y engage l’un des deux diaphragmes à la surface duquel on étend une couche mince de coton cardé ; on recouvre celle-ci de la poudre que l’on maintient au moyen du second diaphragme ; on ferme le robinet; on verse le liquide sur la poudre; on adapte le couvercle, et lorsque le contact de la poudre et du dissolvant s’est assez prolongé, ouvrant le robinet et livrant passage au liquide, on procède à la lixiviation.
Les appareils de MM. Payen, Béral, Zenneck, Romershausen et autres, ne diffèrent essentiellement des précédents, qu’en ce
que les uns permettent, au moyen d’une pompe foulante dont le piston s’engage dans le cylindre à lixiviation, d’exercer à la surlace du liquide une pression plus ou moins forte j les auties, au moyen d’une pompe aspirante adaptée au récipient, lequel alors doit être très exactement soudé au cylindre à lixiviation , d’y produire un vide plus ou moins parfait. Ils ont pour avantages principaux de rendre plus rapide l’écoulement du liquide ; mais comme une pression trop forte, en tassant la poudre, peut arrêter le passage de celui-ci, comme surtout la grande rapidité de son écoulement est défavorable à la solution, on leur préfôie généralement les appareils ordinaires.
Le succès de l’opération dépend d’ailleurs de diverses précautions parmi lesquelles les suivantes ne sauraient, entre autres, cire négligées, quand surtout le véhicule employé est l’eau, car, l’emploi de l’alcool et de l’éther n’offre pas les memes inconvénients, ou ne les offre pas au même degré.
Préparer une poudre convenablement fine, moins fine notamment pour les matières muqueuses, que l’eau gonfle, quepoui les autres ;
L’introduire à plusieurs fois dans l’appareil, chaque fois en le frappant légèrement, afin qu’elle s’y dispose en couches aussi régulièrement épaisses que possible, et n’y laisse aucun espace libre ,
Tasser fortement.
Les poudres d’arnica, Les poudres de cassia amara ,
— de camomille, — d e pareirabrava ;
— de houblon ,
et plus généralement toutes autres substances très volumineuses ou très ligneuses.
Tasser assez fortement :
Les poudres de historié, Les poudres de quinquina ,
— de cainça, — ratanhia tarifé.
— d'ipécacuanha ,
et en général les substances à texture ligneuse ;
Tasser modérément :
Les poudres d’absinthe , Les poudres de ciguë ,
de belladone , — de saponaire ;
m LA LIXIVIATION, 127
Tasser peu
Les poudres de polygala et de racine de saponaire ;
Ne pas tasser du tout ,
Les poudres de coquelicot, La poudre de safran ;
— de roses rouges ,
Humecter à l’avance, avec le quart de son poids d’eau,
La poudre de noix de galle;
Humecter à l’avance avec la moitié environ de leur poids d’eau :
Les poudres de gentiane, Les poudres de rhubarbe,
— debardane,’ — descille,
— d’aunée ,
plus généralement, toutes les poudres susceptibles, au contact de l’eau, de se gonfler, et ne les introduire dans le cylindre qu’après qu’elles ont atteint leur maximum de dilatation. Autrement, leur augmentation de volume, au sein même du cylindre, ou bien y donnerait naissance à des fausses voies, ou bien arrêterait l’écoulement du liquide.
Certaines substances et spécialement les capsules de pavots, quoi que i’on fasse, ne peuvent être traitées par lixiviation.
MM. Boullay père et fils, auxquels les pharmaciens sont redevables, sous le nom de méthode de déplacement, de l’heureuse application aux opérations de leurs laboratoires, de la lixiviation, jusque-là confinée dans les ateliers, avaient pensé que les liquides, de quelque nature qu’ils fussent, se déplaçaient mutuellement sans se mêler 3 mais des expériences ultérieures, celles surtout de M. Guillermond, ont prouvé que les choses se passent autrement.
Quand on superpose des liquides non miscibles entre eux, comme l’éther et l’eau, leurs molécules glissent à la surface les unes des autres, et la matière pulvérulente retient encore une portion de celui qui l’avait tout d’abord imprégnée, quand une partie de celui qui devait le déplacer s’est écoulée.
Quand on superpose des liquides miscibles entre eux, comme l’alcool et l’eau, le mélange s’en fait presque dès le début.
Que l’on introduise, par exemple, dans un appareil à déplacement, de la sciure de bois, à l’avance epuisée de toute ma-
128 8e LEÇON*
tière soluble, afin qu’elle ne puisse céder aux liquides, âeÊ principes capables de troubler les résultats; qu’on l’imprègne d’alcool à un degré connu, puis qu’on essaie de déplacer celui-ci au moyen de l’eau ; l’alcool qui s’en écoulera ne tardera pas à perdre du degré, partant à s’affaiblir.
Il ne faudrait donc pas que le pharmacien songeât à déplacer, au moyen de liquides sans valeur, les liquides d’un prix élevé qu’auraient retenus des matières en lixiviation, toutes les fois que le mélange qui s’en pourrait produire offrirait quelque inconvénient.
Le terrage du sucre, tel qu’il s’opère en plaçant à la surface des pains de sucre, dont la cristallisation s’est produite dans des vases appelés formes, une certaine quantité d’argile humide que l’eau abandonne peu à peu, chassant devant elle la mélasse diséminée entre les particules cristallines.
La préparation du café, telle qu’elle se fait dans les ménages, au moyen de la cafetière à la Dubelloy, en versant l’eau bouillante sur la poudre de café, préalablement disposée en couches, à la surface d’un diaphragme percé de trous, au fond d’un cylindre porté par un vase destiné à recevoir le liquide ;
L’expérience, à l’aide de laquelle M. Yauquelin a prouvé, contrairement à l’opinion émise par un auteur inexpérimenté, que le sable ne possédait nullement la faculté de dessaler l’eau de la mer, laquelle expérience consistait à placer dans un tube en verre effilé à sa partie inférieure, une certaine quantité de sable, à l’imprégner d’abord d’eau pure, ensuite d’eau salée, de telle sorteque les portions d’eau pure, abandonnées tout d’abord par le sable, se trouvaient bientôt remplacées par de l’eau salée ,
Sont autant d’applications de la propriété remarquable, que possèdent les liquides superposés , de se déplacer couches par couches.
IXe LEÇON.
Be la dépuration he$ liquider troubles 5
DB L'EXPRESSION; — DE LA LIQUÉFACTION ET DE LA FUSION ; - — DE LA TORRÉFACTION j — DE LA CALCINATION ET DE L’iNCINÉRATION.
De la Bépiaraüoïi des liquides troubles.
Même en supposant que l’on opère sur des substances complètement solubles, il est rare que l’on obtienne de prime abord des solutions d’une transparence parfaite ; à plus forte raison sont-elles troubles , alors qu’on met en expérience, des substances solubles en partie seulement.
Pour en séparer les particules en suspension, l’on a recours, soit à la décantation précédée du repos, soit à la filtration, soit à la clarification.
La décantation, peut s’opérer en inclinant le vase au fond duquel le repos a déterminé la précipitation des particules indissoutes, de manière à produire l’écoulement du liquide qui les surnage.
Mais, quand le dépôt très léger, est susceptible d’être remis en suspension par l’agitation, mieux vaut faire écouler le liquide par une ouverture ménagée à cette intention surla paroi latérale du vase, au-dessus du point que peut affleurer le dépôt, et que l’on tient d’abord fermée j ou bien le soutirer à l’aide de siphons.
Le plus simple de tous, est un tube en verre À, représentant à peu près un V renversé, dont Pun des jambages serait plus long que l’autre. On plonge la branche la plus courte dans la liqueur, et l’on aspire par l’extrémité opposée, de manière à déterminer l’ascension du liquide.
Tom. I.
Delà
décantaLo.
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La pression de l’air qui s’exerce à l’extrémité de la longue branche, contre-balancée qu’elle est par celle qui s’exerce à la surface du liquide, ne peut soutenir l'excédant de poids que présente le liquide dans cette plus longue branche; et L'écoulement, commencé a la faveur de l’aspiration, se continue de luiméme quand elle a cessé, tant que la branche la plus courte plonge dans la liqueur, le vide que tend à produire la chute du liquide étant immédiatement comblé par celui que contient le vase.
Si Ton voulait éviter d’introduire la liqueur dans la bouche, ou d’en aspirer les émanations, on retournerait le siphon, au oio) en d’un entonnoir, on le remplirait entièrement du liquide qu’il s’agirait de soutirer, ou de tout autre de nature a s’y mélanger sans inconvénient; on fermerait avec l'index i exlré* mite de la plus longue branche, on retournerait de nouveau le tube, on en plongerait la branche la plus courte dans le liquide, et, retirant ledoigt, on laisserait l’écoulement se produire. A ces mêmes fins on se sert avec succès du siphon de Bunten B, lequel ne diilère du precedent qu’en ce qu’il porte une boule vers le haut de sa plus longue branche. On remplit de liquide cette branche et la boule, on terme l’extrémité C avec le doigt, puis retournant le siphon, on en plonge la branche BD dans le liquide a décanter. Le doigt étant retiré, le liquide de la longue branche s’écoule, celui de la boule lui succède, et le vide qui tend à se produire dans celle-ci au fur et a mesure que le liquide s’en échappe, fait monter par la petite branche celui du vase; de telle sorte, que, pénétrant à son tour dans la boule avant qu’elle se soit entièrement videe, il continue l’écoulement.
Delà filtration. Quand les matières tenues en suspension refusent de se déposer, ou ne se déposent qu’avec une extrême lenteur, pour se suspendre de nouveau a la plus légère agitation , on peut avoir recours aux filtres, c’est a-direa des corps capables de retenir les particules iudissoules et de livrer passage au liquide; ainsi, dans les ménages, l’eau se filtre, soit au travers de pierres poreuses dont on brosse fréquemment les surlaces, alla de détacher
le dépôt qui tend à les pénétrer , soit au travers de couches superposées de sable et de charbon : celui là fait uniquement fonction de filtre $ celui-ci, agissant tout à la fois comme fibre et comme agent de dépuration, absorbe les gaz fétides que les substances organiques auraient pu produire.
Chez les épureurs, l'huile de colza , dépurée au moyen de l’acide sulfurique concentré, et que plus tard des lavages à l’eau ont débarrassée de l’excès d’acide, est filtrée au travers de mèches en coton, ou, pour plus d’économie, au travers de sciure de bois convenablement tassée.
Dans les laboratoires de chimie, le sable, le grès, et surtout le verre en poudre, lequel n’a pas, comme le sable et le grès, l’inconvénieut de pouvoir renfermer du carbonate de chaux, servent à filtrer les acides sulfurique, chlorhydrique, etc.
En pharmacie, presque toujours on filtre les liquides troubles, soit au travers de feuilles en papier non collé, qu’on dispose d’une manière toute particulière dans des vases coniques appelés entonnoirs, soit au travers d’étoffes en fil ou eu coton, qu’au besoin on recouvre de feuilles de papier, ou de quelque substance capable de former à leur surface une sorte de feutre : leur nature variable, la manière différente de les disposer, ont fait appeler ces filtres du nom d’étamines, de blanchets, de chausses, de filtre Taylor , etc., etc.
Dans le premier cas, la feuille de papier, que l’on a pris soin de choisir blanc, si l’on craint que le papier gris ne cède à la liqueur le carbonate de chaux, l’oxyde de fer ou la matière colorante qu’il renferme, est d’abord formée en cône présentant sur toute sa longueur des plis destinés à prévenir, entre elle et les parois intérieures de l’entonnoir, une adhérence essentiellement défavorable au passage du liquide. Cela fait, on engage le filtre dans l’entonnoir, en ayant le soin de Fy enfoncer assez peu pour qu’il n’en obstrue pas la douille, assez cependant pour que son extrémité inférieure ne puisse, en s’arrondissant, produire une surface plus ou moins etendue, que le poids du
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liquide ne manquerait guère de défoncer. Quant aux entonnoirs, presque toujours en verre, rarement en grès, en faïence, en étain, ils sont d’ordinaire laissés ouverts. Cependant lorsqu’on veut prévenir la déperdition des liquides volatils, ou l’altération de ceux que l’air pourrait altérer, on les munit de couvercles, et mieux encore on leur substitue l’appareil de AL Riouffe.
C’est un entonnoir couvert, dont la douille s’engage dans l’une des tubulures d’un flacon à c double tubulure au col duquel il est en quelque sorte soudé. Il porte sur son couvercle un tube en S destiné à l’introduction du liquide, et une ouverture fermée d’un bouchon B, par laquelle doit s’échapper l’air que celui-ci déplace en y pénétrant 5 de la deuxième tubulure du flacon part un tube recourbé C, qui met en communi* cation les deux parties de l’appareil.
Au moyen de cette ingénieuse disposition, quand on a soulevé le bouchon qui fermait l’ouverture B , rempli le filtre de liquide et replacé le bouchon, le liquide, au fur et à mesure qu’il filtre, tombe de l’entonnoir dans le flacon, y déplace un volume d’air égal au sien, lequel remontant par le tube C dans l’entonnoir, l’y remplace, et ainsi de suite, sans que jamais l’air extérieur puisse intervenir, et sans que l’opération s’interrompe, pour peu que, de temps à autre, l’on introduise par le tube en S une nouvelle quantité de liquide , en môme temps que l’on soulève le bouchon B.
Les dissolutions d’alcalis caustiques, les huiles volatiles, les solutions alcooliques et éthérées, les vins médicinaux, certains sirops, tels que ceux de quinquina au vin, de sulfure dépotasse, pourraient notamment être filtrés dans cet appareil. Une petite masse de coton que l’on introduit dans la douille de l’entonnoir, remplace parfois le filtre en papier, parfois aussi, l’entonnoir en étain est doublé à l’intérieur d’un entonnoir en verre.
Les carrés en toile, les étamines, qui ne sont que des carrés en laine claire 5 les blanchets, quine sont, à leur tour, que des carrés en molleton de laine, lorsqu’on les fait servir à la filtration, sont
maintenus modérément tendus et dans une position horizontale,
par des chsÉsis en bois garnis de pointes en fer. L’épaisseur du tissu qui constitue les blanchets, permet presque constamment d’obtenir dans un état de limpidité parfaite les liquides qui les traversent, sinon dès le début, au moins en reversant sur eux les premiers produitsmais il n’en est pas de même des toiles et des étamines dont la trame est moins serrée ou moins épaisse, surtout quand les liquides ne laissent pas à leur surface un dépôt considérable qui puisse compléter la dépuration.
Aussi, a-t-on souvent recours au mode de filtration recommandé par M. Desmaret, précisément pour obtenir l’effet que produirait un abondant dépôt, et plus avantageusement, en ce sens que celui-ci, obstruerait les pores du filtre, formé qu’il pourrait être de matières plus ou moins visqueuses, plus ou moins grasses.
On prend du papier blanc non collé, on le bat dans l’eau chaude avec un balai en osier, et l’on jette sur un linge l’espèce de bouillie qui en résulte. Le papier, dans un état de division très grand, est lavé à deux ou trois reprises, exprimé fortement entre les mains, délayé dans le liquide qu’il s’agit de dépurer, pour le tout être jeté sur un linge ou sur une étamine.
Le filtre Souchon, que le pharmacien pourrait, sans aucun doute, faire servir à une foule d’usages, n’est en quelque sorte Filtre Souchoii» qu’une application très heureuse du procédé ci-dessus. Le papier en pâte y est remplacé par de la laine provenant de la tonte des étoffes, et nommée laine tontis : après l’avoir parfaitement dégraissée au moyen d’une macération préalable dans l’eau chargée de carbonate de soude en solution, et d’argile en suspension, puis lavée, on l’étend en couches d’épaisseur parfaitement égale, que maintiennent les unes au-dessus des autres, des treillages en fil de fer galvanisé, sur un châssis garni d’une flanelle. La couche supérieure, sur laquelle se dépose la presque totalité des matières en suspension, estenîevée de temps à autre, sans que les couches inférieures aient besoin d’être changées.
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La même laine, en la lavant, peut servir indéfiniment. En général, les solutions salines, les décoctions, les solutions alcalines qui attaquent aisément la laine sont de préférence filtrées au travers de toiles nues ou recouvertes de feuilles do papier; les sirops, au travers de Manchets; et, pour que ces derniers liquides, d’une grande viscosité, pénètrent plus facilement dans le tissu, parfois on commence par plonger le Manchet dans l’eau, puis, après l’avoir retiré et fortement tordu, on l’étend sur le carré. L’eau, qu’il ne contient qu’en très petite quantité, ne peut décuire le sirop, et cependant rend le tissu infiniment plus perméable.
Dans quelques circonstances, par exemple, lorsque les liquides à filtrer sont abondants, épais, chargés de matières en suspension; au lieu de laisser au tissu en laine la forme d’un carré, on lui donne celle d’un cône, que l’on suspend renversé, et à la pointe duquel on coud un ruban, afin, en relevant cette pointe en dedans, de pouvoir soulever les dernières portions de liquide que l’accumulation du dépôt vers l’extrémité du cône, empêcherait de passer, et par suite de les placer au contact de surfaces
plus ou moins nettes. Les filtres de ce genre son nommés chausses d’Hypocrate, ou plus simplement chausses. Comme l’évaporation, en concentrant les solutions, le refroidissement, en les rendant plus denses, deviennent autant d’obstacles à une prompte filtration, il est souvent bon d’envelopper la chausse d’un cône en bois, percé inférieurement d’un trou assez large pour qu’il suffise à l’écoulement du liquide, et muni d’un couvercle.
Filtre Taylor. D’autres fois, aux étamines, aux Manchets, aux chausses on substitue le filtre Taylor, véritable sac en laine, en coutil, ou en coton serré, ouvert par l’une de ses extrémités, fermé par l’autre, que l’on introduit, par son extrémité fermée, dans un cylindre en cuivre plus étroit et moins haut que lui, de telle sorte qu’il est forcément obligé de se replier sur iui-mcme. Son ouverture, d’ailleurs, est fixée à la paroi supérieure du cylindre, et celuici est fermé par un couvercle garni d’un entonnoir.
Dans ce filtre, l’évaporation est rendue impossible, le refroi-
dissement très lent, si le cylindre en cuivre est enveloppé d’un autre cylindre en bois. En outre, l’étenduedes surfaces filtrantes, la multiplicité des plis sur lesquels le dépôt se répartit, la hau* teur de la colonne du liquide, par suite, la pression considérable exercée sur ses couches inférieures, y favorisent la filtration.
Il est enfin un assez grand nombre de liquides que l’on peut dépurer autrement qu’en les faisant passer au travers de corps poreux, de substances pulvérulentes, de tissus; par l’addition de matières susceptibles , celles-ci par suite de combinaisons qu’elles contractent avec certains des principes des liquides à dépurer; celles-là, par suite de modifications que leur fait éprouver le contact de ces mêmes principes, ou l’intervention de la chaleur, de déterminer la séparation des particules en suspension.
Les vins rouges, par exemple, se dépurent en leur ajoutant, par chaque 300 bouteilles, 4 à 5 blancs d’œufs préalablement battus, d'abord avec un peu d’eau, puis avec 2 à 3 litres de vin, mélangeant le tout, abondonnant au repos pendant 8 à 10 jours et tirant à clair
Les vins blancs, en remplaçant le blanc d’œufs, qui pourrait leur laisser une apparence nébuleuse, par de la colle de poisson que l’on a coupée par morceaux, fait macérer pendant 12 à 15 heures dans de l’eau tiède, de manière à la convertir en gelée, et définitivement délayée dans une certaine quantité de vin.
L’albumine et la gélatine se combinent avec les principes astringents des vins, et les composés insolubles qui se forment* se déposent, entraînant avec eux les corps en suspension.
Les fabricants de liqueurs de table les dépurent quelquefois en leur ajoutant du lait. Le principe caséeux insoluble dans l’alcool, est par lui précipité.
Nous verrons plus tard la plupart des décoctions et des sirops être clarifiés par l’addition du blanc d’œuf et par l'ébullition. L’albumine, susceptible de rester dissoute à des températures basses dans tous les liquides qui ne renferment aucune substance capable de réagir sur elle, perd, à une température voisine de 90o, sa solubilité, et se coagule. Le plus ordinairement, ses molécules se disposent en réseau que sa légéreté spécifique appelle à la surface du liquide et dont les mailles serrées enve-
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clarification.
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loppent les particules en suspension. Bans ce cas, il faut laisser le réseau se former, en évitant de le déchirer par l’agitation, puis enlever l’écume au moyen d'écumoirs. Mais d’autres fois, le réseau ne se produirait pas ou se produirait mal. L’albumine coagulée nagerait sous forme de flocons dans le liquide, sans pouvoir se rassembler à sa surface. Alors, il convient, suivant le conseil de M. Salles, de prévenir la formation d’un réseau incomplet • à cet effet, l’on agite, et aussitôt que les flocons albumineux isolés, nagent dans un milieu transparent, on enlève le vase renfermant le liquide, de dessus le feu, on le couvre, on le laisse refroidir dans un repos parfait, afin que les flocons se déposent, et finalement on décante.
La filtration, à laquelle il faut presque toujours, en définitive, avoir recours en suivant ces derniers procédés de dépuration, ne fût-ce que pour obtenir claires les portions de liquide que les dépôts albumineux et autres auraient retenues à la manière d’éponges, ou pour séparer les quelques flocons qui ne se seraient pas réunis aux écumes, devient alors une opération tout à fait secondaire.
• ©0 l’Expression.
L’expression, est une opération toute mécanique destinée à séparer, au moyen de la pression, les liquides des solides qu’ils imprègnent.
Lorsque la pression doit être modérée, on exprime les matières préalablement divisées entre les mains, ou mieux encore, dans un carré de toile. À cet effet, on rapproche parallèlement deux des bords du carré, on les roule l’un sur l’autre, afin de former une sorte de sac ouvert par ses extrémités, ou plutôt de cylindre creux, on tord en sens contraire, afin de fermer les ouvertures et de diminuer l’espace occupé par la matière. Les parties liquides sont forcées d’abandonner les parties solides et de traverser le tissu.
Lorsque la pression doit être plus considérable, on a recours aux presses. Les traités de technologie renferment la description d’une foule d’appareils en ce genre : presses hydrauliques,