DE L’EXPRESSION
presses à leviers, à cylindres, à vis, etc. ; mais les pharmaciens n’emploient guère que ces dernières.
Peu coûteuses, faciles à manœuvrer et d’une puissance suffisante pour les usages auxquels on les destine, elles présentent d’ordinaire deux montants verticaux en bois À A réunis horizontalement, tant par leurs extrémités supérieures que par leurs extrémités inférieures au moyen de traverses fixes B B appelées celle d’en haut, chapeau; celle d’en bas, semelle; sur celle-ci, ou plutôt sur la tablette qui la recouvre, afin d’en élargir la surface, est creusée une rigole destinée à conduire le liquide dans des vases disposés pour le recevoir. Le chapeau est traversé par une vis C, en fer ou en bois, que fait mouvoir un levier, et dont la tète, renflée en E, abaisse, lorsqu’on la déroule jusqu’au contact de la semelle, une tablette correspondant à celle de cette semelle.
Ainsi abaissée, la vis comprime entre les surfaces en rapport les matières que l’on a placées sur la semelle , on les enveloppe d’un carré en toile ou en crin replié sur lui même, d’un sac quelconque, ou simplement d’un sceau en bois à parois percées de trous, et dans lequel descend, au fur et à mesure que la vis s’abaisse, un morceau de bois qui s’y engage exactement, quoique sans frottement.
Les précautions à prendre pour que l’opération ait tout le succès désirable, sont celles-ci :
1° Eviter de comprimer les matières mises en expérience entre des tablettes formées de corps susceptibles de réagir sur elles ou de s’en imprégner, de manière à n'en pouvoir être débarrassés. Par exemple, le cuivre réagirait sur les matières grasses; l’oxyde qui se formerait au contact de l’air, s’y dissoudrait, et les colorerait en vert : d’un autre côté, le bois absorberait ces mêmes matières ; les portions absorbées en pure perte
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ranciraient, et plus tard, se mêlant aux produits de nouvelles opérations, les altéreraient. De là vient, qu’en pharmacie, les presses sont munies d’une double paire de plaques ; l’une en cuivre, l’autre en étain ;
2° Etendre la matière en couches d’épaisseur parfaitement égale dans toute leur étendue, afin que la pression s’exerce également sur tous les points de la masse. Autrement, tandis que les parties les plus épaisses, et, par suile, les plus fortement comprimées, seraient entièrement privées de liquide, les plus minces pourraient en retenir, pourraient meme en absorber une nouvelle quantité aux dépens des couches voisines, au cas où elles n’en seraient pas saturées ;
3° Placer Sa matière au centre du plateau inférieur, dans la direction de la vis; parce que la pression s’exerce là, plus forte que sur tout autre point; parce que la vis, si la pression ne s’exercait pas constamment dans le sens de son axe, serait bientôt faussée et mise hors de service ;
4° Graduer la pression convenablement. S’il est possible, en effet, de comprimer sans grande précaution le produit de la division des fruits charnus et des plantes herbacées dont les sucs aqueux, très fluides, traversent facilement la toile, le coutil, etc., il n’en saurait être de même du produit de la division des semences de ricin. L’huile visqueuse qui l’imprègne, traverse les tissus avec trop de difficulté:
Or, comme les liquides ne sont, à vrai dire, pas compressibles, comme leur sortie du tissu ne peut se faire que couche par couche, il y a déchirure, quand on n’attend pas, pour produire la pression nécessaire à l’écoulement d’une couche plus centrale, que la couche plus extérieure ait traversé le tissu;
5° Enfin, lorsqu’on agit sur des matières en partie solides, en partie liquides, dont la portion liquide doit sa liquidité à l’intervention de la chaleur, afin de prévenir le refroidissement de celles-ci, il faut échauffer les plaques métalliques. D’ordinaire, il suffit de les exposer pendant quelques instants à l’action de la vapeur d’eau, leur température devient alors égale à celle de l’eau bouillante, c’est-à-dire à -|- 100°. Mais, évidemment, on pourrait les porter à des températures plus élevées, si l’on ne
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craignait quelque altération de la part d’une chaleur plus forte.
De la Liquéfaction et de la Fusion.
La liquéfaction, a pour but d’éloigner assez, au moyen du calorique, les molécules de certains solides, pour qu’ils affectent l’état liquide. On l’emploie, par exemple, alors qu’il s’agit d’extraire par la pression, l’axonge engagée dans le tissu adipeux du porc, de faciliter la combinaison du soufre avec le mercure, de dépurer par le filtre l’huile concrète de muscade.
Elle constitue une opération des plus simples, qui ne demande guère d’autre soinque de nepoint placer lesmatièresà liquéfier dans des vases susceptibles de réagir sur elfes, que de ne pas les exposer à des températures capables de les altérer, de les volatiliser, au cas où elles seraient altérables par la chaleur ou volatiles.
Le soufre ne saurait donc être liquéfié dans des vases en cuivre, en argent, en fer : il se combinerait avec le métal et formerait un sulfure tellement fusible, que le vase serait presque inévitablement percé.
Les graisses ne doivent être liquéfiées qu’à des températures voisines de î 0 0 ° 5 tandis que le sel de nitre, pour être amené à à l’état de cristal minéral, peut, sans inconvénient aucun, être exposé à des températures de beaucoup supérieures, bien qu’au rouge, il se décompose à son tour.
La térébenthine liquéfiée à une trop forte chaleur, perdrait une partie de son huile volatile.
Dans le langage habituel, il arrive que l’on confond avec la liquéfaction une autre opération que nous appellerons fusion, et qui consiste à chauffer des substances renfermant de l’eau en combinaison, telles que le sulfate et le carbonate de soude, les acides tartrique et citrique cristallisés, de manière également à leur communiquer l’état liquide : mais il existe entre celte opération et la précédente, cette différence, savoir, que dans la liquéfaction proprement dite, le passage à l’état liquide résulte de ce que le calorique seul a porté les molécules solides hors de leur sphère d’attraction $ tandis que dans la fusion, le pouvoir dissoî-
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yant de l’eau, augmenté par l’élévation de température, a produit une sorte de solution du solide dans l’eau de cristallisation.
Quelques auteurs nomment fusion ignée, la liquéfaction par le feu; fusion aqueuse, la liquéfaction par l’intermédiaire de l’eau.
De la Torréfaetiosi.
Lorsque l’on expose les matières organiques sèches à l’action d’une chaleur capable seulement de leur faire prendre du retrait, de volatiliser certains de leurs principes volatils, ou tout au plus d’en modifier légèrement la constitution, on opère leur torréfaction.
On torréfie les semences de cacao, afin tout à la fois de rendre leurs enveloppes friables, partant plus faciles à séparer, et de leur faire perdre l’odeur de moisi que présente toujours le cacao terré, souvent même le cacao non terré. Dans les arts on torréfie les semences de lin afin de favoriser l’extraction de l’huile en contractant le parenchyme qui l’enveloppe.
La fécule de pommes de terre, pour la convertir en une matière gommeuse soluble dans l’eau, que, depuis quelques années, on substitue avec avantage, dans une foule d’industries, à la gomme arabique.
Dans les ménages, on torréfie le café pour y développer l’huile aromatique amère, excitante, que jusqu’à présent l’on n’a pu séparer du café vert, ce qui semble indiquer qu’elle n’y préexiste pas. En pharmacie, on torréfie les glands pour les rendre amers, astringents, et par suite aptes à servir au traitement des dyarrhées chroniques; la rhubarbe, pour la rendre astringente de laxative qu’elle était; l’opium pour en dissiper le principe vireux.
La torréfaction de la fécule, des glands, de la rhubarbe, de l’opium se fait très bien en chauffant au bain de sable, dans des capsules en porcelaine, les matières réduites en poudre. Quant à celle du café et du cacao, on la pratique habituellement au moyen de cylindres en tôle, munis d’un axe horizontal qui permet de leur imprimer, au-dessus d’un foyer, un mouvement de rotation, et sur leurs parois, d’une porte par laquelle les semences sont introduites, et les phases diverses de l’opération surveillées.