‹ Cours complet de pharmacieChapitre 22 sur 103 · DE L 'ÉVAPORA I ION · texte numérisé non relu

DE L 'ÉVAPORA I ION

de la vapeur d’eau, permet de porter le liquide à l’ébullition, à de très basses températures.

Le B1 Ure a, par exemple, décrit, d’après Barry, un appareil de ce genre fort bien imaginé.

C’est un vase évaporatoire A, de forme hémisphérique, peu profond et muni d’un couvercle plat, qu’un tuyau à robinet R met en communication avec une sphère creuse S à robinet aussi, d’une capacité trois ou quatre fois plus grande que celle de la bassine, plongeant dans une cuve, et qu’à son tour, un autre tuyau, également à robinet B, fait communiquer avec un générateur de vapeur.

Le veut-on faire fonctionner ;

On ferme le robinet du vase évaporatoire, on ouvre les deux autres, on dégage de la vapeur. Elle chasse tout l’air de l’appareil elle remplit; on ferme les robinets, l’on refroidit la sphère au moyen d’un courant d’eau froide, il s’y produit un vide. Alors si bon ouvre le robinet du vase évaporatoire, l’air qui en occupait la partie supérieure se répand dans tout l’espace ouvert devant lui, occupe dès lors beaucoup plus de volume qu’il n’en occupait d’abord, partant diminue proportionnellement de tension. Que de nouveau, l’on ferme le robinet R, que de nouveau aussi, après avoir ouvert les autres robinets, dégagé de la vapeur, puis fermé ces mêmes robinets, on opère la condensation; on aura chassé une seconde fois tout Pair dilaté qui s’était répandu du vase évaporatoire dans la sphère, ainsi de suite, en sorte que l’on finira, sinon par produire un vide parfait, du moins par diminuer tellement la quantité de l’air contenu dans l’appareil, qu’il n’y exercera pour ainsi dire aucune pression. Ace moment, on chauffera le vase évaporatoire, et Pou entretiendra constamment la sphère à une basse température, afin que les vapeurs qui s’y rendront, s’y condensent au fur et à mesure.

Dans cet appareil, il est facile de faire descendre la pression de Pair de 0ra,76à0m, 0475, par suite, de faire bouillir l’eau à -J- 38° environ.

1 Ie LEÇON.

Outre, par conséquent, que les réactions de Pair n’y sont nullement à craindre, celles que pourrait produire l’élévation de température, y sont à très peu près sans danger. Il semblerait même, que sous le point de vue de l’économie du combustible, il dût être avantageux, puisqu’il semble falloir moins de combustible pour vaporiser une même quantité de liquide à-}- 38% qu’il n’en faudrait à -j- 100°. Mais l’expérience fait voir qu’il n’en est point ainsi; elle prouve, que la quantité de chaleur abandonnée par la liquéfaction d’un poids donné de vapeur d’eau, est constante, quelles que soient sa température et sa tension, ou en d’autres termes, qu’un kilogramme de vapeur, à toutes sortes de pressions, élève toujours d’un même nombre de degrés la même masse d’eau froide. (Desormes et Clément.)

XIe LEÇON.

De la ÏPieîiUattott.

La distillation a pour but la réduction en vapeurs des corps volatils, dans des appareils disposés de manière à pouvoir recueillir les vapeurs après les avoir condensées.

On confond souvent avec cette opération, celle, du reste fort analogue, qui consiste dans la décomposition par la chaleur, dans des appareils distilfatoires, de matières susceptibles de donner naissance à des produits volatils que l’on utilise, telles que le bois, le succin, la corne de cerf; mais on donne alors à l’expression de distillation, une extension qu’elle ne devrait pas avoir, rigoureusement parlant.

dan s Ci esq ueiîes Quc les corPs soient soIi(ics ou liquides, dès qu’ils sont voon opère h dis- latils, ils sont par cela même susceptibles d’être distillés. On

distille 1’ arsenic et le zinc, aussi bien que l’alcool et que l’eau; seulement, entre les uns et les autres existe cette notable différence, que les solides volatils ne peuvent être réduits en vapeurs

DE LA DISTILLATION

et par conséquent distillés, qu’à des températures plus ou moins élevées, parce qu’il est indispensable que le calorique porte leurs molécules hors de leur sphère d’attraction; tandis que les liquides volatils peuvent être distillés à toute température, attendu qu’à toute température, nous l’avons prouvé en traitant de l’évaporation, ils fournissent des quantités de vapeur qui croissent avec elle et l’espace qui les renferme.

Il suffirait, en effet, de diminuer d’une manière quelconque, l’espace dans lequel un certain volume de vapeur se serait produit, ou, pour plus de facilité, de le refroidir, pour que, dans l’un et dans l’autre cas, une portion de cette vapeur se trouvât condensée.

L’une des expériences à l’aide desquelles M. Gay - Lussac a démontré, contrairement à l’opinion de Fabroni, la préexistence de l’alcool dans le vin, suffirait pour prouver la possibilité d’opérer la distillation des liquides volatils, à des températures de beaucoup inférieures à celles de leur ébullition.

M. Gay-Lussac introduisit une quantité indéterminée de vin dans une cornue eu verre, au col de laquelle s’adaptait très exactement un ballon dont la tubulure, au moyen d’un tube flexible en caoutchouc, garni d’un robinet, était mise en communication avec une machine pneumatique ; h fi t le vide, fei ma le robinet afin d’intercepter toute communication entre l’extérieur et l’intérieur de l’appareil, puis plongea la cornue dans de l’eau à -j- 15 , et

le ballon dans un mélange réfrigérant.

Une portion de l’alcool du vin réduit en vapeur, se répandit dans l’espace ouvert devant lui, se condensa dans le ballon, fut remplacée par de nouvelle vapeur, laquelle à son tour se condensa, et définitivement l’alcool passa de la cornue dans le

ballon. . . .

Dans cette opération, le vide n’avait servi qu’a rendre la vaporisation plus rapide. ,

Quoique la distillation des liquides volatils puisse s operer a

toutes températures, la quantité de vapeur qu’ils fournissent , alors qu’on ne les porte pas à l’ébullition, comparée à celle qu’ils fournissent dans un même temps, alors quon les y porte, est toutefois si faible, que pour rendre leur vaporisation, et avec elle TOM- I' 14

Distillation à la cornue.

162 11e LEÇON.

leur distillation, plus rapides, presque toujours on les porte à l’ébullition.

Àu contraire, quoiqu’on pût retirer de grands avantages de la soustraction de l’air, parce qu’il ne peut réagir là où il n’intervient pas, parce que les vapeurs se forment plus rapidement dans le vide que sous la pression atmosphérique, parce que surtout l’ébullition se détermine à des températures d’autant plus basses, que la pression à laquelle le liquide reste soumis est plus faible : on n’opère presque jamais la distillation dans le vide.

Les causes principales en sont, que les appareils dans lesquels on fait le vide offrent une construction difficile, et par conséquent dispendieuse; qu’il les faut renouveler fréquemment, attendu que la soustraction de l’air à l’intérieur, les expose à des déformations à peu près inévitables, en leur faisant supporter, de dehors en dedans, au moins au début et à la lin de l’opération, (car tant que l’appareil est rempli de vapeur celle-ci fait équilibre à la pression de l’air), un poids égal à celui d’une colonne de mercure qui aurait vingt-huit pouces de hauteur, et pour base, toute l’étendue des surfaces que l’air touche.

On peut dire que c’est toujours à la température de leur ébullition, et presque toujours sous la pression atmosphérique, que s’opère la distillation des liquides volatils.

Quand on agit sur des masses peu considérables, on se sert de cornues, les unes en verre, lesautres en grès, en porcelaine, en métal, etc., etc., celles-ci n’ayant qu’une ouverture en B, celles-là en ayant une seconde en G, qu’un bouchon permet de fermer : on y distingue la partie inferieure M ou panse, la partie supérieure ou voûte N, et la partie latérale ou col O.

Parfois on recouvre leur panse d’une couche de terre à four, destinée à les rendre moins fragiles et moins lusibles, ettoujours on les met en communication , soit directement, soit par l’intermédiaire d’une alionge D, qui les en éloigne davantage, avec des ballons E destinés à servir de condensateurs récipients. Ils por-

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lent à leurs tubulures, au moyeu de bouchons en liège que ceux» ci traversent, de longs tubes droits dans le trajet desquels les vapeurs achèveraient au besoin de se condenser, tandis qu’ils livrent passage à l’air de l’appareil que la chaleur dilate, et aux gaz qui s’y pourraient développer. Si l’appareil était fermé, ces fluides élastiques refoulés qu’ils seraient sur eux-mêmes, produiraient à l’intérieur une pression parfois capable d’en déterminer la rupture.

Tantôt d’ailleurs le col de la cornue et la douille de l’allonge, afin d’éviter toute déperdition, traversent des bouchons en liège que des bandes en papier collé, ou des couches de lut composé de farine de lin et de colle d’amidon, rendent imperméables aux gaz et aux vapeurs ; tantôt, au contraire, on évite soigneusement l’emploi du liège et de toute autre substance organique, que les vapeurs ou les gaz pourraient altérer ; l’on choisit alors les pièces susceptibles de s’adapter les unes aux autres aussi exactement que possible.

Dans tous les cas, le ballon est placé dans un vase contenant de l’eau, sur une espèce de couronne en paille tressée, ou en corde roulée autour d’un cercle en fer, et on le maintient à une basse température au moyen d’un courant d’eau. Sans cette précaution, le calorique latent que lui abandonnent les vapeurs en repassant de l’état gazeux à l’état liquide, le pourrait assez échauffer, pour qu’au lieu de produire la condensation, il pût au contraire servir en quelque sorte à la distillation des portions de liquide, qui s’y seraient tout d’abord condensées.

Aux allonges qui viennent d’être décrites, on substituerait avantageusement l’appareil représenté ci-contre, de M. Liébig ,

il consiste :

1° Dans un tube droit AÀr

assez large à son extrémité supérieure pour recevoir le col de la cornue, assez étroit a son extrémité inférieure, effilée , pour pénétrer dans le col du ballon o

2o Dans uu cylindre creux

11e LEÇON.

Des tubes de sûreté.

en fer-blanc B, servant d’enveloppe au tube en verre, et portant deux ouvertures, l’une pour le passage de l’eau froide qu’y conduit un tube G, l’autre pour la sortie de l’eau chaude que déverse un siphon 1), après que la chaleur, en la dilatant, par suite en la rendant moins dense, lui a fait gagner les parties supérieures du cylindre.

Si par la tubulure du ballon destiné à servir de récipient, se devaient dégager des gaz qu’il fallût ou brûler ou conduire dans des liquides destinés à les dissoudre, ou recueillir à l’état gazeux, on remplacerait le tube droit dont il a été question précédemment, par des tubes appropriés à ces nouvelles destinations.

Dans le premier cas , par un tube à double courbure que l’on ferait rendre sous le foyer d’un fourneau à main, dont on aurait commencé par fermer les ouvertures latérales, afin d’obliger les gaz à traverser le foyer ;

JDI

Dans le second, par un tube de Welter , dont la branche la plus. longue plongerait dans le

Dans le troisième, par un tube semblable au précédent, sauf que sa plus longue branche serait recourbée, afin qu’elle pût s’engager sous les cloches ou sous les flacons destinés à recueillir les gaz.

En faisant usage de ces tubes, nommés tubes de sûreté, même

en supposant que le vide vînt à se produire au sein de l’appareil, les liquides extérieurs ne pourraient s’y introduire, quoiqu’alors la pression extérieure agissant seule, tendît à les y faire rentrei, pourv u que l’on eût pris la précaution d’introduire dans lcs boules, une quantité d’eau capable de les remplir à moitié.

le liquide se conserve de niveau dans la boule B et dans la branche G d^une part, dans le flacon et dans la branche D, d autre part, tant que l’équilibre se maintient entre la pression exercée à l’mterieur par les gaz, à l’extérieur par l’air. Au contraire, aussitôt que la pression intérieure diminue, en même temps que l’eau de la branche G se trouve refoulée dans la boule

DE LA DISTILLATION

par la pression extérieure devenue plus forte, iS en est de même de celle du flacon dans la branche D; mais comme la colonne d'eau refoulée dans la branche G, pour permettre à Pair de rentrer dans l’appareil, n’a besoin que d’étre refoulée jusqu’en E, parce qu’alors l’air, en raison de sa plus grande légèreté spécifique, la traverse et rentre dans l’appareil, l’eau ne peut s'élever au-dessus de la surface du liquide du flacon, dans la branche D, que jusqu’à une hauteur correspondante- par conséquent , l’air rentre par la boule, quand la branche D plonge profondément dans le liquide ; par l’extrémité de cette branche, quand celle-ci y plonge peu, sans que jamais le liquide puisse, en s’élevant jusqu’à la naissance de la courbure de cette branche, en G , s’introduire dans le ballon.

Quellesque soient les parties accessoires de l’appareil, ic liquide à distiller est introduit dans la cornue, ou par la tubulure ou par le col, en ayant alors le soin de le faire parvenir jusque dans la panse au moyen d’un tube, et, dans tous les cas, de ne pas en remplir assez le vase distillatoire, pour qu’au moment de la dilatation produite par la chaleur, le liquide qu’il contient puisse couler dans le récipient sans avoir distillé. Et comme durant l’opération, la couche inférieure de liquide, par suite de l’adhérence qu’elle contracterait avec la surface polie du vase, pourrait être instantanément réduite en vapeur, aussitôt que cette adhérence viendrait à se détruire; comme dès lors les couches de liquide superposées pourraient être entraînées dans le récipient; afin de prévenir cet inconvénient , on introduit à l’avance dans l’appareil distillatoire, trois ou quatre petits fragments de verre , de fer ou de platine. Ces corps partagent avec tous les corps pointus, la propriété de conduire le calorique beaucoup mieux que ne le font les corps sphériques; le platine toutefois est préférable aux deux autres, parce que, conduisant le calorique aussi bien que le fer, il est inaltérable par la pluspart des liquides comme le verre. Les molécules liquides placées au voisinage des fragments pointus se réduisent en vapeur de préférence aux autres, et de là, des petites colonnes de vapeur qui traversent toute la masse liquide, sans l’agiter tumultueusement.

chauffage feu nu.

166 11e LEÇON.

Le calorique nécessaire à la vaporisation des liquides en expérience, est fourni en chauffant la cornue, tantôt à feu nu, tantôt au bain de sable, tantôt au bain-marie.

Le chauffage à feu nu, s’exécute en plaçant la cornue audessus du foyer d’un fourneau à réverbère, et convenablement inclinée, sur des barres ou sur un triangle en fer. On l’enveloppe, s’il y a lieu, du laboratoire ou partie centrale , et du dôme ou partie supérieure, afin , d’y concentrer davantage la chaleur et d’empêcher les courants d’air froid de labriser. (La ligure de la page 70 représente une cornue placée dans un fourneau à reverbère.)

Ce moyen de chauffage est plus économique, plus prompt dans ses résultats que les autres, parce que le calorique, développé par le combustible, n’a besoin d’échauffer aucun vase intermédiaire ; mais il offre entre autres inconvénients les suivants :

Les parois de la cornue que ne baigne pas le liquide, peuvent atteindre une température supérieure à celle de celui-ci, parce que ces parois et le liquide, mauvais conducteurs du calorique qu’ils sont tous deux, se mettent difficilement en équilibre de température; dès lors, les portions de liquide qu’une cause quelconque met en contact avec eux, peuvent déterminer la rupture du vase, même s’altérer, pour peu'que ce liquide soit altérable ou chargé de matières altérables.

La voûte de la cornue, au moins quand on ne fait usage ni du laboratoire, ni du dôme, peut se maintenir à une basse température, et dès lors, en condensant les vapeurs avant qu’elles se soient engagées dans le col, elle les fait retomber dans la panse, d’où perte de temps, perte de combustible, puisqu’il faut de nouveau réduire le liquide en vapeur ; souvent aussi, altération du produit, car toutes les matières ne peuvent impunément supporter le contact prolongé de la chaleur.

En évitant l’emploi du bois, éminemment susceptible de produire une flamme qui, léchant les parois extérieures de la cornue, les pourrait échauffer outre mesure; celui du charbon de bois incomplètement calciné, qui produirait le même effet; celui encore du charbon humide, qui, laissant dégager de la vapeur d’eau

DE LA DISTILLATION

que les parois delà cornue condenseraient, pourrait la briser ; en remplaçant ces combustibles, par du charbon incandescent; accumulant ce charbon sous la panse sans qu'il la touche, enlevant et replaçant alternativement le dôme du fourneau ; l’on diminue les inconvénients inhérents à ce mode de chauffage, mais sans jamais les prévenir.

L’emploi du baie de sable, composé d’un vase ordinairement en fonte, contenant du grès sec en poudre fine, de la cendre ou toute autre matière pulvérulente, infusible, fixe, et non décomposabîe par la chaleur, dans laquelle on enfonce plus ou moins la cornue, sans offrir les avantages du chauffage à feu nu, en offre presque tous les inconvénients.

Il permet notamment aux parois supérieures de la cornue, de s’échauffer trop, si, lorsque le sable les recouvre, Ton n’a pas ie soin de le faire retomber au fur et à mesure que le niveau du liquide s’abaisse.

Blais il a pour avantages spéciaux : de maintenir la cornue dans une position à peu près fixe; de lui permettre de retomber sur des matières élastiques quand des soubresauts l’ont soulevée; d’entretenir autour d'elle une chaleur à peu près uniforme, parce que les \ariations de température se font lentement sentir à des matières qui conduisent aussi mal le calorique, que le sable

et la cendre; de retenir le liquide, au cas où la cornue viendrait

à se briser, et par suite de mettre l’opérateur à l’abri des dangers que pourrait entraîner le contact immédiat de ce liquide avec les matières en ignition.

Du chauffage au bain de sable.

Le chauffage au bain-marie, ainsi appelé des mots latins Du cbauffaee bajneum maris , parce qu’autre fois on faisait usage d’eau de au l>am marie mer, consiste à chauffer la cornue au milieu de l’eau, dans un vase quelconque, au fond duquel elle repose sur une couronne en paille, après l’avoir assujettie de manière à ce que l’eau ne la puisse soulever, et quand les vapeurs se forment tau-dessous d’elle, et quand, à la fin de l’opération, la sousaction du liquida qu’elle renfermait la rend spécifiquement plus légère que celui qui l’enveloppe.

Ici, tous les inconvénients résultant d’une trop forte chaleur

se trouvent prévenus.

168 11e LEÇON.

En effet., les liquides en distillation ne peuvent s’échauffer au delà de 100°, puisque l’eau du bain-marie, qui leur communique sa propre chaleur, ne peut s’échauffer davantage j celle-ci même ne pourrait atteindre 100°, si les liquides à distiller entraient en ébullition à des températures plus basses. Nous savons que le point d’ébullition d’un liquide volatil quelconque, étant une fois atteint, toute la chaleur additionnelle qu’il reçoit du foyer, est employée à former de la vapeur, devient latente -, par conséquent, l’eau qui enveloppe un liquide plus volatil qu’elle, se maintient à son tour en équilibre de température avec lui. C’est pour cela qu’en distillant de l’alcool au bain-marie, beau du bain-marie ne bout pas, ne forme que peu de vapeur, tant que la partie alcoolique de l’alcool distille, mais forme beaucoup de vapeur, bout quand tout l’alcool a disparu.

Comme les liquides susceptibles de n’entrer en ébullition qu’au-dessus de 100°, ne peuvent qu’être lentement distillés au milieu de l’eau ; comme l’eau elle-même, placée dans un vase quelconque, n’entrerait pas en ébullition si on l’enveloppait d’eau bouillante, parce quelle a besoin, pour que son ébullition se détermine, qu’une certaine quantité de calorique s’ajoute à celle qui lui permet de marquer 100° au thermomètre ;

Si le liquide à distiller est de l’eau, à plus forte raison s’il ne bout qu’au-dessus de 100°, on remplace l’eau du bain-marie

par une dissolution saturée d'acétate de plomb. . . . laquelle bout à -j- 102°

— — de carbonate de soude. . — — 104

■ de chlorure de sodium. . — — 108

- — de sel ammoniac — — 114

d’azotate de soude — — 121

de carbonate de potasse. — — 135

d’azotate de chaux. ... — — 151

de chlorure de calcium. . — — 179

Ou bien encore, par une huile fixe qui bout vers — — 300

de l’acide sulfurique. . . — — 310

■ — - du mercure — — 360

Ces derniers liquides ne doivent pas être portés à l’ébullition, parce que leurs vapeurs sont dangereuses à respirer.

Outre les moyens de chauffage qui viennent d’être énumérés, dans les arts on emploie le chauffage à la vapeur. A cet

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effet , on expose les appareils distillatoires à Faction de la vapeur d’eau, h peu près ainsique le sont les capsules, dans l’appareil évaporai oire de Henry ; ou bien on fait passer au travers des liquides à distiller, une certaine quantité de leur propre vapeur, afin que celle-ci les échauffe du calorique latent qu’elle abandonne en se condensant. C’est ainsi que, dans certains appareils employés à l’extraction de l’alcool, l’alcool dégagé du vin dans un premier appareil, est conduit par des tuyaux dans un second vase contenant d’autre vin que sa vapeur échauffe, en sorte, que les vapeurs qui continuent de se dégager du premier vase, plus celles qui se produisent dans le second, peuvent être coud nites ensemble dans un troisième vase, pour y être condensées.

A la fin des distillations, le résidu, lorsqu’il est liquide, est aisément extrait des cornues en inclinant celles ci; mais lorsqu’il est solide, on ne l’en détache que difficilement, à moins qu’il ne soit soluble dans l’eau ; car alors, en remplissant d’eau la coruue, puis la renversant dans un vase également plein d’eau, il s’établit entre Sa dissolution qui se forme dans la cornue, et l’eau moins dense contenue dans le vase, des courants descendants et ascendants, qui finissent par produire l’entière dissolution de la masse.

Lorsque, au lieu d’agir sur de petites quantités de liquide, on Distillation agit sur de grandes, on remplace les cornues par des alambics. alalambic“ Parmi ceux-ci, les uns sont très compliqués; tel est notamment l’alambic deDerosnc, employé avec tant de succès à la rectification des esprits : les autres sont au contraire assez simples; tel est celui que nous avons à décrire, et que l’on trouve dans tous les laboratoires de pharmaciens. ïl se compose essentiellement de 4 pièces, à savoir :

La cucurbite ou chaudière À.

Le chapiteau B.

Le réfrigérant ou serpentin C.

Et le bain-marie D.

La cucurbite remplace en quelque De la cucurbite. sorte la panse d’une cornue ; c’est elle qui reçoit Faction de la chaleur, elle, qui renferme, les matières à distiller

170 il® LEÇON.

quand on opère à feu nu ; l’eau, quand on distille au bain-marie.

Elle est en cuivre, étarnée intérieurement, afin de prévenir le contact du cuivre; très évasée, afin que, présentant à l’action de la flamme une surface plus étendue, elle s^échauffe plus rapidement; peu profonde, afin que la couche inférieure de liquide qui doit nécessairement se vaporiser la première, ayant à supporter une moindre pression, entre plus aisément en ébullition; renflée vers le haut, afin qu’elle puisse s’appuyer sur le fourneau sans s’y enfoncer, et que de plus le liquide dilaté par la chaleur, trouve à s’y loger.

En outre, à ses parois latérales et supérieures sont soudées, sur deux points diamétralement opposés, deux anses destinées à la manœuvrer, et entre elles, une douille susceptible d’être, à volonté, ouverte ou fermée : fermée lorsqu’on distille à feu nu, sang quoi elle livrerait passage en pure perte à une partie des vapeurs; ouverte quand on distille au bain-marie, sans quoi les vapeurs, privées d’issue, seraient obligées de s’en frayer une, soit en brisant l’appareil, soit, et plus aisément, en soulevant le bain-marie.

Du chapiteau. Le chapiteau joue le rôle que jouent dans les cornues la voûte et le col. Par son rebord inférieur, légèrement renflé, il s’appuie très exactement sur le rebord supérieur, également renflé, de la cucurbite ou sur celui du bain-marie.

Du reste, sa forme varie :

Dans les anciens alambics, on y distinguait deux parties : l’une AA extérieure, en cuivre, sans communication avec la cucurbite, ne servait que d’enveloppe à l’autre, à laquelle elle était soudée par la base; celle-ci B en étain, de forme conique, faisant à vrai dire fonction de couvercle pour la cucurbite ou pour le bainmarie, présentait inférieurement une espèce de gouttière GG, et latéralement un tuyau d’écoulement T, qui se trouvait soudé

à la partie la plus déclive de la gouttière, et traversait de part

en part le cône en étain, ainsi que son enveloppe en cuivre. Le chapiteau étant posé sur la cucurbite ou sur le bain-marie, les

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jointures étant recouvertes de bandes de papier, ou mieux encore de toile eoduite décollé, l’on remplissait l’enveloppe AA, d’eau que l’on renouvelait le plus possible, et l’on procédait à la distillation.

Les vapeurs formées dans la cucurbite venant toucher les parois intérieures du cône, se condensaient, et le produit de leur condensation coulait dans la gouttière, pour de là gagner le tube d’écoulement qui le portait au dehors ; toutefois, il pouvait arriver qu’une portion retombât dans la cucurbite, ou par suite d’une mauvaise inclinaison donnée aux parois du cône, ou par suite d’une condensation à distance, c’est-à-dire, avant que les vapeurs eussent touché le métal. Si, de plus, le cône n’était pas complètement refroidi, une partie des vapeurs s’échappait et se trouvait perdue, à moins qu’on n’adaptât à l’extrémité du tube d’écoulement, un appareil accessoire propre à compléter la condensation.

Pour obvier à ces inconvénients, on a substitué à l’ancien chapiteau, le chapiteau de forme toute différente, vulgairement dit en tète de more (voyez la figure représentée page 169, sous la lettre B); c’est une espèce de calotte en étain, hémisphérique, portant à son sommet une ouverture qui permet, durant l’opération, d’introduire de nouveau liquide sans démonter l’appareil, et sur le côté un large tuyau d’écoulement ; les vapeurs s’échappent par ce tuyau, sans pouvoir se condenser à l’intérieur de l’appareil, si ce n’est au début de l’opération, avant que le chapiteau ait été échauffé par le calorique latent des premières vapeurs produites.

Leur condensation est opérée à l’extérieur, à l’aide d’un appareil vulgairement appelé serpentin, en raison de la disposition ordinaire de sa partie essentielle. Il est figuré page 169.

Celle-ci, est un tube roulé en spirale et renfermé dans une enveloppe en cuivre ou seau, qu’il traverse par l’une et par l’autre de ses extrémités ; la supérieure reçoit le tube d’éçou« lement du chapiteau, dont la spirale devient ainsi, un prolongement; l’inférieure s’abouche avec le flacon K destiné à recueillir le liquide, qu’y conduisent forcément les circonvolutions de l’hélice, On remplit le seau d’eau froide, puis, au moyen d’un

tube droit surmonté d’un entonnoir O, et venant s’ouvrir inféricurementau fond du seau, on y entretient un courant d’eau qui s’échappe par un trop plein P ménagé à la partie supérieure', après avoir exercé son action réfrigérante sur la spirale qu’elle enveloppe.

Si le tube droit ne portait pas l’eau froide directement au fond du seau, le trop-plein, au lieu de ne servir qu’au déversement de la portion de liquide la plus chaude, et par conséquent la moins dense , servirait au déversement du mélange d’eau chaude et d’eau froide qui se produirait, et celle-ci s’échapperait sans avoir produit tout l’effet qu’elle était appelée à produire.

Un robinet K, soudé à la paroi inférieure du réfrigérant, permet de le vider.

Ce réfrigérant, de l’invention de dauber, offrant î’inconvé nient grave de ne pouvoir se nettoyer qu’en le faisant traverser par un courant de vapeur d’eau, dispendieux à produire, et souvent insuffisant, on s’est beaucoup occupé d’en imaginer un, qui pût occuper aussi peu déplacé, être d’un aussi facile usage, mais plus commode à nettoyer.

Pour le remplacer :

Ceux-ci emploient des tubes droits qu’ils disposent à la suite les uns des autres de manière à représenter assez bien une succession de Z, les mettent en communication au moyen de tubes coudés, et engagent tout le système sous un degré d’inclinaison convenable, dans une cuve en bois remplie d’eau dont ses extrémités traversent les parois.

Ceux-là emploient encore des tubes droits disposés à la suite les uns des autres en zigzag , mais au lieu de les plonger dans une cuve remplie d’eau, ils les enveloppent de tubes de plus grands diamètres, et entretiennent entre les surfaces mises en regard, un courant d’eau froide, qu’ils font arriver par la partie inférieure, ainsi que cela se fait dans le réfrigérant de Glauber, êt pour les mêmes motifs.

Schrader à décrit un appareil que l’on peut se représenter comme formé de plusieurs tubes droits, dont l’un A, placé dans une position presque horizontale, quoique cependant un peu in-

DR LA DISTILLATION

clinée, et traversant par son extrémité inférieure les parois de l’enveloppe destinée à renfermer de l’eau froide , recevrait les extrémités inférieures de tous les autres BB B" placés verticalement.

Les extrémités supérieures de ceux-ci, iraient au contraire s’ouvrir dans une sphère creuse G, que fermerait un couvercle susceptible d’être mis en communication avec le chapiteau de l’alambic.

On peut nettoyer à fond de semblables réfrigérants, en introduisant dans les tubes droits qui les composent, et qu’au besoin ferment des tampons mobiles, des tiges rigides garnies de linge, ou de simples goupillons.

Le bain-marie figuré sous la lettre D (figure de la page 169), Dli bain-marie, est un cylindre en étain, ouvert supérieurement, fermé inférieurement, moins profond et moins large que la cucurbite dans la» quelle il doit s’engager. Sur sa paroi latérale sont soudées vers le haut, deux anses pour le manœuvrer, et une douille par laquelle de nouveau liquide peut être introduit sans arrêter la marche de l’opération. Quand on a placé dans la cucurbite une quantité d’eau telle, que l’introduction du bain-marie ne la puisse faire déborder, même au moment de sa plus grande dilatation, on y engage celui-ci, dont les bords renversés s’accolent contre ses propres rebords renflés, et l’on recouvre le tout du chapiteau.

Pendant longtemps, les alambics employés en pharmacie ne SDes pièces se sont composes que des pièces que je viens de décrire ; seulement, quand, pour prévenir leur altération, on désirait empêcher les matières organiques solides , placées dans la cucurbite, d’en toucher les parois, celles-ci formées d’un métal très bon conducteur du calorique, pouvant atteindre une température supérieure à celle du liquide plus ou moins mauvais conducteur, qu’elles enveloppent - on plaçait au fond de cette cucurbite, soit un diaphragme percé de trous, soit une claie en osier, yoire de la paille.

Quelques années plus tard, on eut l’heureuse idée de substituer au diaphragme une espèce de panier en tissu métallique.

i74 11* LEÇON.

lequel perrnetta it à l’eau liquide d’agir directement sur les matières premières qu’on y plaçait, ou seulement à sa vapeur de les traverser, suivant que le seau à claire-voie s’enfoncait plus ou moins; et dans les deux cas éloignait les matières organiques, non-seulement du fond, mais encore des parois latérales de la cucurhile. Mais cet appareil présentait le grave inconvénient, de ne pas mettre à l’abri des altérations que la chaleur leur pouvait faire éprouver, les matières extractives que l’action directe de l’eau bouillante avait enlevées aux plantes, ou qui, se trouvant dissoutes par l’eau de condensation des vapeurs, retombaient avec elle dans la eucurbitc. En effet, quand le niveau du liquide, s’abasssant par suite même de la marche de l’opération, laissait ses parois latérales enduites d’une couche d’extrait, celui-ci pouvait évidemment brûler tout aussi bien que l’eussent fait les plantes elles-mêmes.

Enfin, dans ces derniers temps, à l’imitation de ce qui se pratiquait en Allemagne, M. Soubeiran a proposé de munir les appareils distillatoires d’un second bain-marie en cuivre A, portant soudé contre sa paroi imerne, un tube creux dont l’extrémité inférieure I se recourbe, et vient s’ouvrir à son fond en pomme d’arrosoir, tandis que son extrémité supérieure K, traversant sa paroi, s’abouche avec la douille de la cucurbite, pour recevoir la vapeur d’eau qui s’en échappe.

Un diaphragme D, percé de trous et muni de deux lames en cuivre SS qui permettant de le descendre au fond du bainmarie, à un pouce environ au-dessus de la pomme d’arrosoir, et de l’en retirer, reçoit les matières sur lesquelles on veut expérimenter. A l’aide de cette modification; on se met à l’abri de toutes les altérations qui pourraient résulter d’une grande élévation de température, car les matières premières ne sont exposées qu’à l’action de la vapeur, et l’espèce de décoction que forment au fond du bain-marie, les vapeurs qui s’y condensent, entraînant une partie des principes fixes, s’y trouve elle-même constamment enveloppée par l’eau de la cucurbite.

DI LA DISTILLATION

Nous aurons plus tard l’occasion de faire l’application de cet appareil, à la préparation d’un assez grand nombre d’eaux distillées médicamenteuses.

De la sublimation.

La sublimation n’est., à vrai dire, qu’un mode particulier de distillation applicable à certains solides, tels que les chlorures de mercure, le chlorhydrate d’ammoniaque, le camphre, etc.

Elle consiste à introduire ces corps ou leurs analogues dans des matras à fond plat et à voûte surbaissée À, et a les y chauffer au bain de sable afin de mieux graduer la chaleur, de refroidir ou de maintenir échauffées les parties supérieures du matras en lés découvrant et les recouvrant de sa-

ble à volonté. Pour prévenir la déperdition des vapeurs, on tient d’ai ileurs le col du matras fermé par un têt, ou par une fiole renversée, et d’un autre côté, afin qu’il ne s’obstrue pas com ment, auquel cas la dilatation de Pair intérieur ou des vapeurs* pourrait amener la rupture du vase, de temps à autre l’on ÿ enfonce une tige rigide.

Il arrive quelquefois que, pour communiquer à la massé solide, résultant de la condensation des vapeurs sur les parois intérieures de la voûte, une compacité qu’elle ne présente pas tout d’abord, on lui fait éproûvcr en dernier lieu un commencement de fusion qui en agglomère les particules solides, sans cependant la faire couler dans le fond du vase à sublimation, ou la volatiliser.

Les produits de l’opération se détachent en brisant les matras. Ils se présentent sous forme de pains convexes en dessus, concaves en dessous, et percés au centre, d’un trou qui correspond à l’ouverture des matras sur les parois supérieures desquels ils se sont moulés.

12e LEÇON.

XIIe LEÇON.

Des 0uc5 en general?

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