RÉCOLTE DES MATIÈRES MINERALES
les idées dominantes. Il n’en est pas des sirops, des extraits, des électnaires, comme des chlorures de mercure, de l’iodure de potassium, de la morphine, de l’acide benzoïque. De quelque manière qu’on les ait obtenus, ces derniers corps, supposes purs, présentent une identité de composition et de propriétés, que des réactifs appropriés et connus feraient constater au besoin. Ceuxlà, quelque effort que l’on tente pour les obtenir identiques, se peuvent tout au plus ressembler plus ou moins, et nul ne peut apprécier avec certitude, l’influence qu’aurait sur leur constitution définitive un changement quelconque dans la proportion des composants, dans leur nature et dans le modus faciendi .
Se serait-on imaginé, il n’y pas encore dix ans, que, sans rien perdre et rien absorber, par le seul fait du changement de disposition de leurs molécules élémentaires, sous l’influence delà chaleur, certaines substances organiques se transformeraient en d’autres 5 l’acide de Y'cquisetum fluviatile , très soluble et très fusible (le maléique) , en cet autre acide de la fumeterre (le paramaléique), que deux cents parties d’eau ne peuvent dissoudre, qu’une température de 200° ne peut fondre ; ou bien encore, que par la fusion, le cyanate d’ammoniaque hydraté se convertirait en urée?
Aurait-on davantage supposé, qu’un sinapisme ]préparé avec de la farine de moutarde noire, de l’eau et du vinaigre, offrirait une activité toute différente, suivant que la farine aurait été délayée dans l’eau froide ou dans l’eau bouillante, que le vinaigre aurait été ajouté au début ou plus tard? Le vieil adage si connu <c le mieux est quelquefois l’ennemi du bien » me semblerait devoir servir de règle de conduite aux novateurs en pharmacie.
De la Récolt© des matières suisaéraies.
La plupart des matières minérales employées en pharmacie existent dans la nature : on y rencontre notamment plus ou moins purs, plus ou moins libres de toute combinaison, de tout mélange,
irc LEÇON. * — DE LA RECOLTE
Le soufre Le fer,
L’antimoine,
Le bismuth ,
Le mercure ,
L’argent ,
L’or,
Le sulfure de sodium ,
— de fer ,
— d'antimoine (proto),
— — hydraté ou kermès,
— de mercure (bi) ,
Le chlorure de sodium,
— de potassium ,
— de magnésium,
— de fer (per),
— de mercure (proto),
Le bromure de potassium ,
L’iodure de potassium,
L’oxyde de magnésium ,
— de fer (sesqui-ôxyde et sesqui
oxyde protoxydé ,
— de manganèse,
L’oxyde d’antimoine,
— d’arsenic (ou acide arsénieux),
— de plomb,
L’acide borique,
Le borate de soude ,
Le carbonate de chaux ,
— de magnésie,
— de fer,
— de zinc ,
de plomb,
Le sulfate de soude ,
— d’alumine et de potasse (alun),
— de magnésie ,
— de fer ,
— de zinc ,
— de cuivre ,
Le phosphate de chaux ,
L’azotate de potasse,
Le chlorhydrate d’ammoniaque,
La terre sigillée, ou argile ocreusepâle, Le bol d’Arménie , " — rouge.
Le succin.
Cependant, le pharmacien n’en récolte pour ainsi dire aucune, soit qu’il trouve plus économique ou plus facile de les préparer de toutes pièces, que de les séparer des matières étrangères qui les accompagnent dans la nature, — Tels sont :
Le sulfure de mercure, Le carbonate de zinc, etc.;
Le bromure et l’iodure de potassium ,
soit qu’employées dans les arts, on en fasse l’objet de grandes
exploitations, tels sont ;
Le soufre ,
Le sulfure d’antimoine ,
Les oxydes de fer et de manganèse , L’acide borique,
Le borate de soude ,
Les carbonates de soude et de chaux , L’azotate de potasse ,
Le chlorure de sodium;
soit que, contrairement aux sulfures, aux oxydes, au carbonate de fer, au carbonate de chaux , au chlorure de sodium (sel gemme) qu’on rencontre dans de nombreuses localités en masses tellement considérables, qu’ils y forment à vrai dire la base du sol; la nature ne les y présente qu’en 1res petites quantités.
L’antimoine, le bismuth et le mercure natifs, les chlorures de fer et de mercure, l’antimoine sulfuré hydraté ou kermès natif, le chlorhydrate d’ammoniaque, et surtout l’oxyde d'arsenic et les oxydes de plomb (massicot et minium natifs), si rares que des minéralogistes révoquent en doute leur existence, sont notamment dans ce cas.
des MATIÈRES MINÉRALES, i
Soit enfin qu’on ne les trouve que dans des localités spéciales.
En effet j il n’eu est pas des minéraux comme des végétaux que l’on peut en quelque sorte multiplier à volonté et jusqu’à un certain point acclimater en tous lieux.
Notre globe s’étant formé par la superposition successive de couches essentiellement composées de matières inorganiques différentes par leur texture ctpar leur nature, celles-là antérieurement à l’existence des êtres organisés, celles-ci postérieurement; d’où les différentes assises parmi lesquelles les géologues distinguent plus particulièrement :
Les terrains primitifs ou de première formation, exempts de débris d’êtres organisés, et composés de roches cristallines principalement granitiques, sans dépôts de fragments ou de cailloux roulés;
Les terrains intermédiaires ou de transition, dans lesquels apparaissent les premiers rudiments de plantes et d’animaux, appartenant toutefois aux classes les plus simples du règne organique (acotyiédones, mollusques, zoophytes) et que composent encore des roches cristallines analogues à celles des terrains précédents, mais intercalées dans des dépôts de fragments, de cailloux roulés, de matières terreuses et sableuses ;
Les terrains secondaires, présentant les premiers débris de monocotylédonus (conifères, «ycadées) d animaux vertébrés (reptiles, poissons), sans traces de dycotilédones, de mammifères, et formés en grande partie de calcaire compacte intercalé par couches puissantes, dans des dépôts de matières arénacées;
Les terrains tertiaires ou de dernière formation, présentant au contraire, en abondance, des débris parfois considérables de dycotilédones et de mammifères enveloppés de calcaire sableux, de matières argileuses, etc. ;
Les terrains de transport ou d’alluvion que de grandes catastrophes et principalement l’invasion des eaux de la mer, ont en quelque sorte fait naître du bouleversement des autres terrains. à des époques plus ou moins éloignées;
Enfin, les terrains volcaniques, que des éruptions de volcans «encore brûlants , comme le Vésuve ou l’Etna, ou depuis long-
Ire jjsçon»
temps éteints, comme ceux de l’Auvergne et du Vivarais, ont à leur tour fait surgir des profondeurs de la terre.
On conçoit que des matières minérales pourront se trouver dans les terrains appartenant à toutes les époques, et d autres
exclusivement dans l’un d’eux.
Les minerais métalliques, par exemple, en général fréquents dans les terrains primitifs et de transition, rares dans les secondaires, disparaissent complètement des tertiaires et se rencontrent accidentellement dans les terrains de transport et dans les terrains volcaniques.
Le soufre, le sulfure elles oxydes de fer et de manganèse,
appartiennent à tous les terrains, tandis que
L’antimoine nat Le sulfure et les oxydes d’antimoine ,
L’arsenic , id. L’acide borique.
Le bismuth, id.
ne se rencontrent que dans les primitifs.
Le chlorhydrate d’ammoniaque, Et le chlorure de fer.
que dans les volcaniques.
Par conséquent, d’après la carte géognostique de la France, d’Homalius d’Halloy, aux environs de Paris, dans un rayon de trente à quarante lieues, que circonscrivent les villes de Beauvais, Chartres, Orléans, Provins, Epernay, là où le terrain est de formation toute moderne 5 au delà de ces villes, dans les limites plus étendues que forment la Manche, Mortagne, Le Mans, Angers, Châtellerault, Auxerre, Chàlons, Mézières et Lille, là où le sol, presque exclusivement crayeux, appartient aux terrains secondaires, on aurait la presque certitude de ne
point rencontrer de minerai métallique.
il en serait de meme dans la portion du midi de la France comprise entre Bordeaux, Tarbes, Toulouse et Cahors, attendu que la constitution du sol s’y reproduit sensiblement telle
qu’elle existe aux environs de Paris.
A peu près de même encore, dans les régions du centre, depuis La Rochelle jusqu’à Metz, sur une largeur égale à celle de la distance qui sépare Bourges de Moulins, parce que le sol, quoique de formation plus ancienne qu’il ne l’est dans les provinces précitées, s’y trouve encore d’origine récente.
DE LA RÉCOLTE DES PLANTES
Mais , il y aurait chance d’en rencontrer quelques-unes dans les terrains primitifs ou de transition, d’une partie du Limousin, delà Bourgogne, du Lyonnais, du Dauphiné j dans la Bretagne, aussi bien dans les portions qui se trouvent les plus rapprochées de l’Océan et de la Manche, que dans celles qui enveloppent Bennes, parce que ces dernières, quoique d'origine postérieure aux autres, n’en sont pas moins très anciennes.
Enfin, on pourrait espérer trouver en Auvergne celles que renferment les terrains volcaniques.
La seule recommandation à faire au pharmacien en position de récolter certaines matières médicamenteuses minérales, les argiles ocreuses pâles et rouges des environs de Blois et de Saumur, la variété de chaux carbonatée dite blanc de Meudon des environs de Paris, le sulfate de magnésie des sources des environs de Montpellier, des fontaines d’Epsom en Angleterre, de Sedlitz et d’Egra en Bohême, le succin que les flots rejettent sur les bords de la Baltique, aurait pour but de l’engager à s'aider de toutes ses connaissances pour ne les confondre avec aucune autre et pour s’assurer de leur pureté. Telles on les aura rencontrées à une époque donnée, et telle on les rencontrera plus tard, à moins que dans l’intervalle il ne soit survenu quelqu’une de ces révolutions heureusement fort rares, qui changent toute la constitution du sol d'un pays.
H® la Récolte plantes.
Il en est autrement des plantes que des minéraux. Quelque pays qu’il habite, le pharmacien peut en récolter un grand nombre, attendu que tous les pays sont propres au développement de la plupart d’entre elles.
Mais une foule de circonstances parmi lesquelles, la culture, le climat, la composition, voire la position topographique du terrain, l’âge et l’état de santé de l’individu, la saison, exercent une influence marquée sur leur constitution et par suite sur leur composition j en sorte qu’il importe de ne les récolter que dans les conditions favorables au développement des principes qui les font rechercher.
lre LEÇON.
Influence de la culture.
Influence du climat.
L’influence que îa culture exerce sur les plantes ne saurait être révoquée en doute. 11 n’est personne qui n’ait observé que des plantes annuelles végètent deux ans et plus, quand on les abrite du froid et que certains végétaux/ garnis d’épines, à l’état sauvage, les perdent par la culture. Chacun sait aussi, que les feuilles mangées en salade sous le nom vulgaire de barbe de capucin, proviennent de chicorée sauvage élevée dans des caves à l’ahri de la lumière. — On augmente le volume de leurs parties blanches, les seules qu’on emploie comme aliment, en enveloppant de terre les tiges des cardes du céleri, et dès lors limitant aux portions restées exposées à l’action de la lumière et de Pair, le développement de la matière colorante verte.
La chicorée sauvage est infiniment plus amère que la chicorée des jardins 5 les pommes, les poires sont à l’état sauvage plus apres, plus chargées de tannin, moins riches en sucre, qu’elles ne le sont à l’état cultivé; au contraire, les violettes sont plus colorées et plus aromatiques, les ombeîlifères, les crucifères et les labiées plus riches en principes actifs, quand on les cultive, que lorsqu’elles viennent naturellement là où le hasard fait tomber leurs semences.
L’influence du climat ne se faiipas moins sentir; souvent elle s’oppose invinciblement à ce que les plantes s’acclimatent dans certains pays ; elle change presque toujours et leur durée et leur composition.
Le réséda odorant, annuel en France, est vivace dans les déserts de l’Egypte ; la belle-de-nuit, la cobæa, vivaces au Pérou, sont annuelles sous notre climat; le ricin ne fournit aux environs de Paris que des tiges herbacées, et s’élève en Amérique à la hauteur des arbres dont il égale presque la durée. C’estévidemment à l’infïuencedc la chaleur que îa ciguë doit d’être infiniment plus active en Grèce, que dans les régions septentrionnales de l’Europe ; l’écorce de racine de grenadier de Portugal, d’agir incomparablement mieux contre le tænia ou ver solitaire, que ne le fait celle de France; le tabac de Virginie, de contenir deux fois autant de nicotine que le tabac d’Irlande, suivant Edmond Dawy; les lavandes, le romarin, le thym, les orangers, les rosiers, de fournir dans le midi de la France des huiles volatiles
DE LA RÉCOLTE DES PLANTES
plus abondantes, d’une odeur plus pénétrante, mais par contre moins suave qu’ils ne le sont aux environs de Paris (Reybaut) ; la gomme des cerisiers de nos climats, de ne se dissoudre dans l’eau, que par suite des modifications que lui fait éprouver le contact prolongé de l’eau bouillante, tandis qu’aux environs d’Alger, elle parait ne différer en rien de la gomme de Sénégal; la caryophyliine, d’être très abondante dans le girofle de l’Inde, très rare dans le girofle-Bourbon, et de disparaître presque en entier du girofle de Cayenne. (Lodibert, Bonastre.)
L’opium de Smyrne contient plus de morphine que n’en contiennent ceux de Constantinople ou d’Egypte; dans ce dernier, l’alcaloïde est presque exclusivement combiné à l’acide sulfurique; à peine y rencontre-t-on de l’acide méconiquc ; cet acide le sature pour ainsi dire seul dans l’opium de Constantinople. ( Robiquet.)
Yauqueîin et M. Dublanc ont conclu de leurs recherches que la proportion de morphine diminuait dans les pavots à mesure que l’on s’avançait vers le nord, et qu’il en était de même de la narcotine, quoique d’une manière moins tranchée ; comme ’ si la chaleur était moins nécessaire au développement cle celle-ci, ou plutôt comme si la narcotine n’était en quelque sorte que de la morphine incomplète.
Les résultats de M. Pelletier, qui a trouvé de la morphine sans narcotine dans les capsules de pavots provenant des Landes; ceux du même chimiste et de MM. Caventou et Petit, lesquels ont retiré du suc concret de pavots indigènes, proportionnellement plus de morphine que n’en renferme, terme moyen, l’opium exotique, bien qu’évidemmeat contraires à l’opinion précitée, n’en prouvent pas moins qu’il existe de très notables différences de composition entre les mêmes végétaux développes sous des climats divers.
En général, les plantes des climats chauds sont plus riches en principes actifs, que les plantes des climats froids; de là, l’obligation de tirer de l’étranger certaines plantes, certaines parties de plantes, qu’on essaierait en vain de remplacer par leurs analogues de nos climats.
Ire LKCON.
Influence du terrain.
L’influence des végétaux sur lesquels croissent les plantes parasites et s’attachent les plantes grimpantes, les secondes, en les prenant pour supports, les premières en s’alimentant à leurs dépens, est admise à priori.
Du moins, voit-on les médecins prescrire le lichen pulmonaire récolté sur des chênes, l’épi thyme du thym, la cuscute du lin - mais ces préférences, il le faut avouer, ne s’appuient que sur des conjectures, tandis que l’influence du terrain est prouvée par des observations et par des expériences nombreuses.
Les ombellifères des terrains secs sont infiniment plus aromatiques que celles des terrains humides : dans ces derniers, elles semblent même pouvoir devenir vénéneuses.
Les solanées, les crucifères sont plus actives que partout ailleurs au voisinage des lieux habités, sans doute parce qu’elles ont besoin de puiser dans l’air ambiant, les émanations animales nécessaires à la formation de leurs principes actifs azotés.
Les bulbes demandent un terrain sec et compacte; les racines fibreuses une terre légère et mobile.
Les plantes marines ne végètent bien que dans un sol qu’arrose l’eau de la mer, les bromures, les iodures et les chlorures favorisant à la fois leur germination et leur développement. (Blcogini.) Contrairement, l’eau de la mer est nuisible au blé; la pariétaire, la bourrache. Scs orties, ne végètent bien, que dans les terrains chargés d’azotates ; le trèfle et la luzerne, que dans ceux contenant du sulfate de chaux.
Suivant Pelletier, une complication dans le sol serait une condition favorable au développement de toutes les plantes, car on n’a jamais rencontré de terre fertile, formée d’un seul oxyde terreux, pas même de deux. Il faudrait en outre, que le mélange des oxydes eût lieu dans des proportions telles, qu’aucun ne prédominât. De là vient qu’on amende une terre crayeuse en la mêlant avec de la marne argileuse, et réciproquement une terre argileuse en la mêlant avec de la craie.
Les sels de plomb, les sels de cuivre, sont éminemment nuisibles aux plantes, dit M. Marcel, et parlagcnt leurs propriétés délétères avec les matières organiques susceptibles de jouer le
DE LA RÉCOLTE DES PLANTES. 13
rôle des poisons par rapport aux animaux, comme les extraits de noix vomique, de coque du Levant et d’opium.
Si la composition chimique du sol, en facilitant ou en gênant le développement des plantes, facilite ou gène nécessairement la formation des principes immédiats organiques qu’elles contiennent, à plus forte raison doit-elle changer la nature et la proportion des sels minéraux et des oxydes auxquels certaines d’entre elles semblent devoir leurs propriétés médicinales : telle est la bourrache dont les effets diurétiques sont en partie dus à la présence de l’azotate de potasse.
En effet, quoique Schrœder et M. Braconnot aient cru pouvoir avancer que les matières minérales se produisent au sein des végétaux, parce qu’après avoir fait germer du froment, de l’orge, du seigle, de l’avoine dans la fleur de soufre lavée, ils avaient retiré par la calcination et l’incinération des plantes développées, une plus forte portion de cendre que n’en avaient fourni des graines pareilles à celles dont elles provenaient, les expériences de MM. de Saussure et Lassaigne prouvent, à n’en pas douter,que les matières minérales trouvées dans les végétaux proviennent exclusivement du sol.
En prenant toutes les précautions convenables, pour que les particules minérales que charrient sans cesse les vents, ne pussent se déposer sur les plantes, en ajoutant aux précautions recommandées par leurs devanciers , celle très importante de recouvrir ces plantes d’une cloche percée d’un trou destiné à permettre l’introduction de l’eau nécessaire à leur arrosement, ils n ont remarqué aucune différence, entre le poids des cendres laissées par ics graines, et le poids des cendres laissées par les plantes. Or, puisque toutes les matières minérales du sol solubles dans l’eau sont absorbées par les plantes, quoique dans des temps et en proportions variables, puisque de leur côté les matières minérales insolubles dans ce liquide sont également portées dans la circulation à la faveur des matières extractives dont se compose en partie le terreau, ainsi que le prouvent
les expériences de Saussure, on conçoit comment il se fait que l’on ait rencontré ;
Influence de l’âge.
14 1 re LEÇON.
De la Silice , dans l’épiderme du jonc des Indes et dans le chaume des céréales; De V Alumine , dans le schœnante , le vétiver , l’ellébore noir , la fougère mâle , l’avoine, la vanille, le bois de Campêche;
Des Oxydes de fer et de manganèse , dans l’aristoloche serpentaire , la belladone, l’écorce de winter, de daphne alpi'na, la fougère mâle, le tabac;
De VOxyde de cuivre , dans l’avoine , l’orge , le seigle , le sarrazin, le riz , le quinquina , la garance , le café ; (Sarzeau.)
De la Soude, dans des sapins récoltés en Norwège sur des montagnes basaltiques, dont cette base constitue un des éléments, bien que d’ordinaire la potasse soit le véritable alcali fixe des plantes de l’intérieur des terres. (Berthier.)
Ce qui prouve également que la position du terrain ne saurait être sans influence, c’est que l’aconit des montagnes est plus ac* tif que celui des plaines (Bally et Bayer); la valériane des hauteurs, plus active que la valériane des lieux bas et humides (Haller) ; c’est, que les fabricants d’huiles essentielles obtiennent des produits de qualités différentes et dans des proportions diverses, suivant qu’ils ont récolté dans les montagnes ou dans les plaines, sur le côté nord ou sur le côté sud d’une même montagne , les lavandes, le thym , la marjolaine , etc. , etc. (Raybaut.)
On trouve sur cette question et sur celles qui s’y rattachent d’importantes considérations dans l’excellent traité de botanique de M. Richard ( chap. VIII, Géographie Botanigue ).
Quant à Page, on peut dire, d’une manière générale, que durant les premiers temps de leur existence, les plantes ne renferment guère que de Peau et quelques principes muqueux, sans propriétés chimiques prononcées, sans action physiologique puissante; les huiles fixes et volatiles, les résines, le tannin, le sucre, l’amidon, les acides, les bases salifiables, etc., etc., à la présence desquels sont dues les propriétés qui les font employer en médecine^ ne s’y développent que plus tard : aussi les plantes dites mucilagineuses sont-elles les seules que le pharmacien doive récolter dans leur très jeune âge ; encore le mucilage y est-il plus élaboré après une certaine période de végétation: il ne faudrait toutefois pas conclure de Là, que les végétaux sont d’autant plus riches en principes actifs qu’ils sont plus âgés; en effet, par suite de l’augmentation toujours croissante des fibjcs ligneuses et de la m&sse $es matières minérales dépo-
DE LA RECOLTE DES PLANTES
sées entre ces mômes fibres, les vaisseaux s’oblitérant, les végétaux finissent par se trouver privés de sucs, à tel point, que les vieilles écorces et les vieilles racines sont à très peu près sans vertu.
De nombreux exemples prouvent, que la composition chimique des végétaux varie d’une manière notable, aux différentes époques de leur existence.
Les principes actifs delà chicorée, de l’aconit, de î’apocyn, de la viorne clématite, n’existent pas dans les jeunes pousses; de là vient précisément, que la jeune chicorée est à peine amère; qu’en Suède, les jeunes pousses d’aconit; en Amérique, les jeunes pousses d’apocyn ; en Toscane , les jeunes pousses de la viorne, sont mangées en salade, tandis que plus tard, elles ne sauraient hêtre impunément.
Les feuilles sont, en général, plus riches en principes extractifs avant qu’après la floraison; celles de myrte, par exemple, donnent alors plus d’essence.
Dans l’orge, avant la maturité, Einhoff a rencontré une matière extractive brune et amère, que la gomme remplaçait dans l’orge mûre.
Jeunes , les écorces des Daphné gnidium et mezereum, ou garou, ont offert à Yauqueîin une sorte d’huile volatile vésicante; vieilles, une résine à peu près inerte.
M. Recluz a fait une observation analogue sur les fruits du juniperus communis : il a trouvé dans les fruits verts, de l’huile volatile; dans les fruits mûrs, un mélange d’huile volatile et de résine; dans les fruits desséchés, de la résine sans huile volatile.
Suivant M. Berzclius, ces memes fruits renfermeraient une proportion de sucre considérable, à l’époque de leur parfaite maturité, et le verraient disparaître en se desséchant.
Les fruits du rhamnus catharticus ou nerprun, contiennent une matière colorante verte, sans traces sensibles d’acide libre, tant qu’il s ne sont pas mûrs; quand ils le sont, la matière verte passe au rouge, sous l’influence de l’acide acétique qui se développe.
Selon M. John de Berlin, les jeunes fruits du rhus typhinum , ne contiendraient guère que de l’acide gallique; plus tard, ils contiendraient en outre, du bitartratc de potasse; plus tard
lre LECÛN.
encore, de l’acide gaîlique, du bitartrate et de l’acide acétique.
50 kiî. d’hysope, récoltée au moment de la floraison, ne fournirent à M. Reybaut que 150 grammes d’huile volatile, tandis que la meme quantité, récoltée sur le même terrain, mais à l’époque où la semence commençait à se former, lui en fournirent 288 grammes. Des tiges de maïs dont le suc ne marquait que 3°, dans le mois de juillet, produisirent dans le mois d’août, après la fécondation, un suc marquant 7°, 5.
D’après le docteur Palias, le sucre ne commencerait à se montrer dans la tige du maïs , qu’à l’époque de la floraison. Yingt ou vingt-cinq jours après , lorsque le grain est encore frutescent, elle en fournirait environ; enfin, lorsque la graine est complètement mûre, et n’a plus besoin que de sécher pour ctre récoltée,
Du suc de canne à sucre, exprimée lors de la floraison, marquait 5° aréoraétriques, et 14°, quatre mois plus tard.
Du suc de betteraves récoltées en automne, après la chute des feuilles, marquait 10°. — Celui de betteraves semblables récoltées au printemps, ne marquait que 5°.
Selon M. Fremy la pectine que l’on rencontre en si grande abondance dans les fruits mûrs, serait un résultat de réactions exercées pendant la période de maturation, par les acides végétaux, sur une matière particulière analogue au ligneux, quoiqu’elle en diffère essentiellement, en ce que celui-ci n’est pas susceptible d’éprouver une semblable transformation. En effet, des groseilles vertes broyées avec de l’eau distillée , en renouvelant l’eau jusqu’à ce qu’elle cessât d’être acide, fournirent pour résidu une masse sans saveur, sans réaction acide, complètement insoluble dans l’eau, que l’ébulütion dans ce liquide, additionné d’acide malique ou tartrique, convertit en pectine soluble.
Aussi, examine-t-on à l’état vert les parties charnues de ces fruits, on les voit formées d’une infinité de petites cellules à parois épaisses et presque entièrement opaques, qu’enveloppe à l’extérieur une matière verte, principalement composée de chlorophyle et du principe lignoïde dont il vient d’être fait mention, tandis qu’un suc plus ou moins acide les remplit.
DE LA RÉCOLTE DES PLANTES. 17
Mais quand le fruit tourne, à mesure que sa maturation avance, les parois de ces cellules vont toujours en s’amincissant, elles se gonflent, deviennent transparentes, et soit qu’elles finissent par se rompre, soit seulement qu’elles deviennent perméables au liquide qu’elles contiennent, le contact entre les acides et la matière liquide s’établit, dès lors la formation de la pectine a lieu.
Suivant M. Couverchel, la densité du suc d’abricot, à partir du 12 mai jusqu’au 27 août, celle du suc de raisin, à partir du 1er septembre jusqu’au 16 octobre, auraient été toujours s’élevant, la somme des principes fixes ayant proportionnellement augmenté, sans toutefois que chacun d’eux eût subi la meme marche croissante :
A -f- 17° de température,
La densité du suc d’abricot
La densité du suc de raisin
était de :
était de
1,032 - le
16 mai,
1,021 le
1er septembre,
4 juin ,
27 août.
5 octobre,
gr. de suc d’abricot évaporé dans
100 gr. de suc de raisin également éva-
le vide a
laissé :
poré dans le vide a laissé :
le 16 mai
4 gr. de résidu ,
le 1er septembre 5 gr. 25 de résidu ,
4 juin
27 août
5 octobre 7
Dans le suc de raisin , la proportion d’acide n’avait cessé de diminuer, celle de sucre d’augmenter.
L’acidité de ce suc représentée
par 3,55 au 1er sept, ne l’était plus que par 3,44 6
Les quantités de sucre obtenu à l’état de sirop de 100 gr. de ce même sue, étaient de :
au 22
septembre ,
octobre ,
5 octob.
18 ire LEÇON.
Dans le sue d’abricot la proportion d’acide avait continué d’augmenter durant la période d’accroissement, et le sucre ne s’y était alors montré qu’en très minime proportion ; mais une fois le maximum d’accroissement atteint, la proportion d’acide avaitdiminué, et la proportion de sucre accru.
D’après M. Bôrard, les abricots, les groseilles, les cerises, les prunes reine-claude , les pêcbes, les poires, dont la composition chimique est essentiellement la même, dans lesquelles du moins on rencontre constamment plusieurs principes de même nature, étant analysés comparativement, avant et après leur maturation, auraient fourni pour 100 :