DE L EAU DISTILLEE SIMPLE
grandes villes, sont plus particulièrement chargées de matières animales et par suite de carbonate d’ammoniaque.
Lors donc qu’on veut l’obtenir pure, il est nécessaire de la Sa préparation, séparer des corps étrangers. On y parvient, en la distillant dans une cornue en verre, munie d'un ballon à long col, que l’on a le soin de refroidir, et plus commodément dans un alambic, quand on opère sur des masses considérables.
Tandis que l’eau se réduit en vapeurs que le serpentin condense, les sels et les matières organiques fixes, ou moins volatiles qu’elle, restent dans la cucurbite, et produisent, en s’y déposant, surtout le sulfate et le carbonate de chaux, les incrustations que l’on y remarque à la fin de l’opération.
Quand on a eu le soin d’employer de Peau de source, ou de Peau puisée directement à la rivière, de préférence aux eaux de puits ou de fontaine, toujours moins pures, et mieux encore de Peau de source ou de rivière, préalablement dépurée au moyen du charbon ; de rejeter le premier quart du produit dans lequel se trouvent et Pair et l’acide carbonique, et le carbonate d’ammoniaque tout formé* de faire bouillir modérément le liquide, afin qu’il n’entraîne dans les récipients aucune portion de matière fixe; de ne distiller que les 3/4 de Peau mise en expérience, afin de ne pas exposer les matières organiques faisant partie du résidu, à une décomposition ignée; on obtient une eau limpide, sans goût, sans odeur, et parfaitement pure.
Elle ne retient pas de chaux, si l’oxalate d’ammoniaque ne la Defl ons (rouble pas, même après un temps assez long, et lors qu’on a vio- d lemment agité la liqueur, afin de favoriser la précipitation de l’oxalate de chaux souvent lent à se former. Elle ne retient pas d’acide sulfurique, si l’azotate de baryte n’y produit pas de précipité de sulfate de baryte , insoluble dans Peau et dans l’acide azotique ;
Pas d’acide chlorhydrique; pas de chlorure, si l’azotate d’argent ne lui communique aucune teinte opaline par suite de la production d’un chlorure d’argent insoluble dans Peau, dans Pacide azotique, mais soluble dans l’ammoniaque;
Pas d’acide carbonique, si les eaux de baryte ^ de chaux, le sous-acétate de plomb liquide ne la troublent pas. Autrement,
276 17e LEÇON.
il se produirait des carbonates de baryte, de chaux, de plomb insolubles.
Toutefois, on doit faire remarquer que l’eau parfaitement distillée reprend, au contact de l’air, de l’acide carbonique ;
Pas d’air, à moins encore qu’elle n’ait etc conservée dans des lîacons mal bouchés, si, placée dans un ballon qu’elle remplit entièrement, et au col duquel on adapte un tube également plein d’eau, se relevant jusqu’au haut d’une cloche pleine de mercure ou meme d’eau, elle ne laisse dégager, à la température de l’ébullition, aucune trace de gaz non absorbable par les alcalis. Cette dernière circonstance est à noter, car l’eau tenant en dissolution de l’acide carbonique, fournirait un gaz absorbable.
Enfin, l’eau mise en expérience ne contiendra pas d’ammoniaque, soit à l’état de surcarbonate , auquel cas elle peut rougir légèrement le tournesol et jaunir l’hématine; soit à l’état de sous-carbonate, auquel cas elle peut ramener au bleu le papier rouge et bleuir l’hématine, si le chlorure de platine n’y produit pas de précipité jaune serin de chlorure double d’ammoniaque et de platine, surtout si le deutocblorurc de mercure , infiniment plus sensible, n’y produit pas de précipité blanc de chlorure ammoniaco-mercuriel .
Lorsque, par suite de la présence d’une très forte proportion de carbonate acide de chaux, susceptible de se décomposer plus ou moins lentement par la chaleur, on veut prévenir le passage à peu près continu du gaz acide carbonique dans les récipients, on doiG suivant l’observation de M. Guéranger, commencer par délayer dans l’eau une certaine quantité de lait de chaux.
Contrairement au moyen de l’addition d’une petite quantité de phosphate acide de chaux, conseillé par M. Pelletier, on fixerait l’ammoniaque que produiraient les matières azotées au fur et à mesure de leur décomposition.
On sent, du reste, que l’addition de la chaux ou du phosphate acide, aura besoin d’être motivée par un essai préalable, puisque celle de la chaux favoriserait le dégagement de l’ammoniaque; celle du phosphate acide, le dégagement de l’acide carbonique.
DHS EAUX DISTILLÉES MEDICAMENTEUSES. ”277
Des eaux distillées médicamenteuses (hydrolats).
Ajoute t-on à l’eau des matières susceptibles de laisser passer à la distillation , avec elle, des principes médicamenteux ; on obtient, au lieu d’eau distillée simple, une eau distillée médicamenteuse.
ïl résulte de là, que les eaux distillées médicamenteuses peuvent être définies, des eaux chargées par distillation de principes médicamenteux.
Elles sont simples, quand on n’emploie à leur préparation qu’une seule substance ; composées, quand on en emploie plusieurs. L’eau distillée sur la fleur d’oranger produit une eau distillée médicamenteuse simple- et l’eau distillée sur les espèces vulnéraires, une eau distillée médicamenteuse composée.
Les anciens pharmacologistes distinguaient les eaux distillées essentielles, qu’ils obtenaient en chauffant, au bain-marie, certaines matières organiques gorgées d’eau, telles que le frai de grenouille, les fraises, les framboises, les feuilles de cresson* des eaux distillées proprement dites, qu’ils préparaient en chauffant à feu nu la plupart des plantes, tantôt avec de l’eau, tantôt avec leurs propres sucs.
Aujourd’hui, on ne prépare plus d’eaux essentielles, quoiqu’il fût peut-être possible d’en utiliser quelques-unes, notamment celles de framboises et de fraises, douées d’une odeur aromatique extrêmement suave ; et d’un autre côté, on a cessé de faire servir les sucs à la préparation des eaux distillées.
Les eaux distillées médicamenteuses sont toutes incolores, presque toutes d’une transparence parfaite; par exception, cependant, celles de cannelle, de laurier-cerise et d’amande amère, offrent un aspect légèrement laiteux dû à ce qu’elles renferment une trop forte proportion d’huiles volatiles pour que leur dissolution soit complète, et à ce que le peu de différence entre la densité de ces huiles volatiles et celle de l’eau, les y maintient en suspension.
Leur odeur et leur saveur varient : les unes ont une odeur fortement aromatique, une saveur prononcée; telles sont les
Letirs
propriétés.
17e LEÇON.
eaux distillées de cannelle, d’amande amère, de fleur d’oram ger ; les autres, une saveur à peine sensible, une odeur légèrement herbacée $ telles sont celles de bourrache, de bleuet, de pissenlit. On est parti de là pour les diviser en eaux distillées odorantes et en eaux distillées inodores.
Leur densité est à peu de chose près celle de l’eau. Remarquons que leur transparence, leur odeur, leur saveur, ne varient pas seulement, alors qu’on fait servir à leur préparation des plantes différentes, mais encore, alors qu’on opère sur des plantes récoltées dans des conditions différentes. Toutes circonstances égales d’ailleurs, quand la saison est chaude et sèche, les eaux distillées sont plus aromatiques, plus sapides, plus transparentes, moins faciles à s’altérer, que lorsque la saison est froide et pluvieuse : M. Boulîay l’a plus particulièrement constaté pour l’eau de fleurs d’oranger.
Elles se comportent, en général, avec les matières inorganiques et organiques, à la manière de l’eau distillée simple $ cependant la présence des principes organiques qu’elles renferment, modifie parfois les résultats.
Le sous-acétate de plomb liquide, qui ne trouble pas l’eau distillée simple, trouble grand nombre d’eaux distillées médicamenteuses, parce qu’il est du propre de ce sel, de céder à la plupart des principes immédiats organiques, l’oxyde qui le constitue sous-sel, et par suite, de produire des composés insolubles dans l’eau.
Le deutochlorure de mercure, l’azotate d’argent fondu, qui se conservent indéfiniment dissous dans l’eau pure, sont profondément altérés par les eaux distillées médicamenteuses. Le premier cède une portion de son chlore à l’hydrogène des principes organiques, forme de l’acide chlorhydrique qui reste dans la liqueur, et du protochlorure qui se précipite 5 ou bien se combine directement avec eux, ainsi qu’il le fait avec l’albumine animale, et produit des composés insolubles.
L’oxyde du second est peu à peu ramené à l’état métallique, de même que, par une réaction analogue, les cylindres d’azotate d’argent fondu, que l’on conserve au milieu de la graine de lin, finissent parla recouvrir d’une couche d’argent métallique.
Suivant John Davy, il se produit alors de Fulmine et de Facidc formique.
Le sulfate de magnésie, dissous dans les eaux distillées très chargées d’huiles essentielles, s’y transforme en sulfure. Les éléments combustibles des matières organiques agissent à la longue sur lui, de même que ceux des détritus végétaux et animaux enfouis dans les terrains des environs de Paris, agissent, d’après M. Chevreul, sur le sulfate de chaux qui les accompagne, pouF produire les eaux sulfureuses d’Enghien, etc. (Caventou.)
Si l’on dissout dans l’eau distillée simple, de l’iodure de potassium et de l’iode , il ne se manifeste aucune réaction, la solution se conserve presque indéfiniment sans altération apparente ; mais, vient-on à y ajouter de l’eau distillée de canelle, aussitôt le mélange devient trouble, d’un rouge jaunâtre, et bientôt on aperçoit à sa surface une multitude de petites aiguilles brillantes, d’un jaune d’or, d’un éclat métallique que M. Despan , auquel on doit cette curieuse observation, considère comme un iodure de cinnamyle.
M. Boullay a depuis longtemps signalé la formation d’un abondant précipité, lorsqu’on ajoute à une solution aqueuse parfaitement limpide d’extrait d’opium, des eaux distillées de laitue, de pariétaire ou de bourrache.
Suivant M. Emile Mouchon, cette réaction serait sans importance, en ce qu’elle ne porterait pas sur les principes actifs de l’opium -, mais, comme cet expérimentateur, au lieu de constater l’absence des principes actifs de Fopium dans le précipité formé, s’est contenté de traiter comparativement des poids égaux d’opium par des poids égaux d’eau distillée simple, d’une part, d’eau distillée de laitue, de Faulre, et de constater que les deux solutés filtrés fournissaient des proportions sensiblement égales de morphine, la question aurait besoin d’ètre examinée de nouveau, attendu que la morphine n’est pas le seul principe actif de l’opium, et que d’ailleurs la disparition d’une petite quantité de cet alcaloïde ne saurait être appréciée par le procédé analytique suivi.
Quoi qu’il en soit, les réactions précédemment relatées de* montrentsuffisamment, que, dans la préparation des médicaments
De la
préparation
des
eaux distillées.
280 17e LEÇON.
on ne saurait substituer impunément une eau distillée médicamenteuse à une autre, non plus que la remplacer par de l’eau distillée simple.
A l’exception de l’eau distillée d’opium, qui semble devoir ses propriétés physiologiques, du reste fort contestées, à la présence du principe vireux, et sur laquelle nous reviendrons plus tard, l’on ne fait guère servir à la préparation des eaux distillées médicamenteuses que :
Des racines,. Des sommités fleuries,
fleurs, — feuilles,
— écorces, — • semences.
On n’y emploie aucune matière minérale, aucune matière animale, bien que certaines d’entre elles, ne fût-ce que le musc et le castoreum , pussent sans aucun doute cédera l’eau, par distillation, des principes actifs.
Les plantes, ou les parties de plantes destinées à cet usage , sont presque toujours employées fraîches, et récoltées avant que les premiers rayons du soleil, en dissipant l’humidité de la nuit, aient avec elle dissipe une partie de leurs principes volatils.
Toutefois, l’expérience a fait voir que le serpolet, l’origan, le méîilot, les fleurs de tilleul et de sureau, à l’état sec, fournissent des eaux distillées plus aromatiques, plus sapides, qu’elles ne le font à l’état frais ; et d’un autre côté, la précaution d’opérer la récolte le matin, ne saurait concerner les écorces, les bois, que leur tissu compacte met à l’abri des déperditions si préjudiciables aux fleurs, aux feuilles, aux sommités fleuries $ à plus forte raison les racines que la terre abrite du soleil.
Leurs procédés de préparation rentrent tout à fait dans ceux employés à l’extraction des huiles volatiles, par l’intermédiaire de l’eau, et consistent essentiellement à soumettre les matières premières, soit à l’action directe de l’eau bouillante, soit seulement à celle de la vapeur d’eau, suivant que l’expérience a prononcé en faveur de l’une ou de l’autre de ces deux méthodes; et à recueillir le liquide condensé en lui faisant, au besoin, traverser le récipient florentin, à l’effet de recueillir l’huile essentielle qui s’y trouverait suspendue; mais l’opération ne réussit bien, qu’autant que l’on observe certaines précautions qu’il ira-
porte de connaître, et qui se résument dans tes proportions suivantes :
1° Agir de préférence sur des masses peu considérables; car on observe qu'a lors les produits ont une odeur plus suave, et parfois meme ne renferment pas des matières, qui semblent provenir d‘un commencement d’altération, déterminé par le contact prolongé de la chaleur.
Suivant M. Boullay, l’eau de fleur d’oranger, obtenue très en grand, contiendrait de l’acide acétique ; d’où le conseil, donné par ce très habile pharmacien, d’ajouter alors dans la cucurbite quelque peu de magnésie destinée à fixer l’acide ;
2° Procéder le plus promptement possible à la distillation des plantes fraîches, lesquelles conservées, en tas surtout, s’échauffent et fermentent;
3° Eliminer le plus possible toutes les parties altérées par une cause quelconque, ainsi que celles qui ne feraient qu’augmenter inutilement le volume de la masse, à l'exemple des pétioles des feuilles, des pédoncules des fleurs, généralement privés de prim cipcs volatils;
4° Diviser préalablement les matières premières d’un volume considérable, et celles que leur texture compacte rend peu perméables à l’eau. Dans ce but, inciser avec des ciseaux, les feuilles de laurier-cerise, avec un couteau à racines, la racine de raifort, piler dans un mortier les feuilles de cresson, de cochléaria; y concasser la cannelle, le girofle, etc., etc.
5° Placer au milieu de l’eau, au-dessus d’un diaphragme percé de trous, d’une claie en osier, etc., ou mieux encore, dans te seau en fils métalliques dont il a été fait mention à la leçon sur la distillation (page 174), les substances qui ont besoin de recevoir l’action directe de i’eau bouillante :
Les tiges fraîches de laitue,
La bourrache,
— plantain,
— pariétaire.
Et les autres plantes inodores.
La racine de raifort sauvage,
Les feuilles de cochléaria, de cresson.
Et les autres plantes antiscorbutiques.
La cannelle,
Le girofle,
La cascarille,
Le sassafras,
Et les autres matières d’un tissu très compacte,
Les feuilles de laurier-cerise , de pêcher.
Au contraire, placer dans le bain-marie de l'appareil distilla-
toirc décrit même page, à la surface du diaphragme, ou à défaut de cet appareil, dans la cucurbite d’un alambic ordinaire, à la surface d’un diaphragme occupant la partie supérieure de celleci, de telle sorte qu’en définitive elles ne reçoivent que l’action de la vapeur d’eau :
Les pétales de roses pâles,
Les fleurs fraîches d’oranger,
— sèches de tilleul,
— — mélilot,
— — sureau,
Les sommités fleuries de menthe poivrée,
— — mélisse,
— — thym,
Les sommités fleuries d’hysope,
— — d’absinthe,
— — d’armoise ;
Les semences d’anis,
— de fenouil,
— d’angélique,
Les baies de genièvre,
La racine de valériane ,
et les autres matières d’un tissu plus ou moins lâche et très riches en huiles volatiles.
Placer directement dans le bain-marie de ce même appareil distillatoire modifié , le tourteau d’amandes amères et celui de farine de moutarde noire, à l’avance privées d’huile fixe par expression.
6° Si l’on fait usage de l’alambic ordinaire, introduire dans sa cucurbite, soit que les plantes baignent dans l’eau, soit que le diaphragme les retienne au-dessus d’elle, une suffisante quantité d’eau, pour qu’il en reste au fond du vase à la fin de l’opération, autrement, les plantes ou leurs produits extractifs, pourraient être exposés à des températures supérieures à 100°, et par suite altérer les eaux distillées.
Dans Fimpossibilité de la préciser, parce qu’elle peut varier pour chaque substance, et même suivant l'état physique, l’état de division de celle-ci, etc., etc., on peut dire que l’emploi d’une quantité d’eau plus forte que celle que l’on devra recueillir , fera sûrement disparaître toute crainte fondée d’altération de ce genre.
7° Faire précéder la distillation des plantes sèches, d’une macération de quelques heures; celle des écorces, des bois, de la racine de sassafras, du girofle, etc., d’une macération de 12 à 18 heures; celle des amandes amères et des semences de moutarde noire, lesquelles ne produisent de l’huile volatile que par suite de réactions, déterminées par le contact de l’eau à une basse température, d’une macération de 24 à 36 heures;
DïsS EAUX DISTILLÉES MEDICAMENTEUSES. 283
8° Quand, semblables aux fleurs, aux sommités fleuries, les matières premières offrent beaucoup de surface, un tissu lâche, et sont très altérables par la chaleur, afin de diminuer le temps de son contact, ne les introduire dans la cucurbitc que lorsque l’eau qui doit les baigner ou les traverser à l’état de vapeur, est en pleine ébullition ;
9° Conduire la distillation avec une rapidité convenable : trop lente, elle pourrait altérer la suavité du produit; trop rapide, diminuer la proportion des principes médicamenteux qu’il doit renfermer, même déterminer le passage d’une partie des matières de la cucurbitc dans le récipient;
10° Recueillir exactement la proportion de liquide prescrite.
En recueillir moins, serait s’exposer à obtenir un produit trop chargé ; en recueillir plus, serait s’exposer à obtenir un produit trop peu chargé, et vice versa , au cas où le liquide condensé serait plus riche au début que plus tard, ou contrairement, à la fin qu’au début.
11° Mélanger les liquides obtenus aux diverses époques de l’opération , afin de rendre le produit parfaitement homogène;
12° Pour peu que la surface du produit soit recouverte d’huile volatile indissoute, ou qu’on voie des globules huileux y rester en suspension, le filtrer au papier, après avoir préalablement humecté celui-ci, d’eau destinée à retenir les globules huileux.
Sans cette précaution, le liquide ne serait point homogène, puisque les portions retenant de l’huile purement suspendue, en seraient plus chargées que les portions transparentes.
13° Attendre pour les employer, qu’elles aient perdu l’odeur de feu qu’elles présentent au moment où elles viennent d’être obtenues, surtout alors qu’on distille au moyen de l’alambic ordinaire.
L’exposition au froid, à des températures cependant incapables d’amener la congélation, fait rapidement disparaître cette odeur de feu.
17e LEÇON.
En agissant d’après ces indications , On distille au milieu de l’eau :
I Les tiges fraîches de laitue,
I La bourrache, l Le plantain,
| La pariétaire, i Le bleuet,
- . / )Et autres plantes inodores;
< Les feuilles fraîches de cochléaria, ral101 ' 1 — — cresson,
J — — laurier-cerise,
I — — pécher,
f — d’amandier,
\ La racine de raifort,
Après l La cannelle de Ceylan, macération / Le sassafras, prolongée 1 La cascariile,
1 2 heures. [ Le girofle.
Pilées,
En recueillant p ou r
une partie de matière,
1 partie, de produc
i Coupée i par tranches.
; Concassés.
2 parties.
4 parties.
On distille à la vapeur : ■
Les fleurs d’oranger,
Les pétales de roses pâles,
— coquelicot,
— nymphœa,
Les fleurs sèches de tilleul,
— mélilot,
— sureau, d’origan,
de serpolet.
Les sommités fraîches de menthe poivrée ,
— mélisse, d’armoise, d’hysope,
de lavande,
— sauge,
— thym,
— tanaisie,
— lierre terrestre, d’absinthe.
Les semences d’anis, de persil,
— fenouil, d’angélique, d’anis étoilé.
Les baies de genièvre,
La racine de valériane.
Entières.
Incisées.
Incisées.
Entières.
2 parties.
1 partie.
4 parties.
2 parties.
4 parties.
Quelques auteurs, au nombre desquels ceux du Codex de 1818 , afin d’obtenir avec les plantes inodores, des eaux distillées plus chargées , recommandaient de redistiller à plusieurs reprises les produits condensés sur de nouvelles plantes; mais, on arrive au mémo résultat, en recueillant une moindre proportion de liquide, sans avoir à craindre la déperdition. Faite-
DES EAUX DISTILLEES MEDICAMENTEUSES. 285
ration même, que ceiui-ci éprouverait par suite de ces distillations réitérées. On sait, en effet, qu’en distillant la plupart des eaux distillées médicamenteuses, elles laissent dans le vase distillatoirc un résidu sensible. Pour les rendre à la fois plus transparentes et d’une plus facile conservation , d’autres ont conseillé d’ajouter, à l’eau de la cucurbite, une certaine quantité d’alcool destiné à compléter la dissolution de l’huile volatile, et à faire fonction d’élément conservateur; mais, outre que la présence de l’alcool deviendrait nuisible, au cas où les eaux distillées seraient employées comme calmant , il est facile de voir que l’on atteindrait aussi efficacement ce double but, en ajoutant l’alcool à l’eau distillée elle-même, sans alors exposer le médicament à la perte d’activité qui pourrait résulter de ce que l’alcool introduit dans la cucurbite, abaisse le point d’ébullition du liquide. Cependant, d’après M. Soubeiran, l’addition de l’alcool dans la cucurbite, augmenterait plutôt qu’elle ne la diminuerait, la proportion d’huile volatile que fournit la cannelle, peut-être, parce que favorisant la dissolution, elle favorise l’entraînement mécanique de ses particules, par les vapeurs aqueuses.
L’eau de cannelle oraréequè l’on obtenait en distillant de l’eau ~ „ , .
o I . DelVaiiriecan
sur de la cannelle et sur de Forge, après une macération assez neiteorgée. longtemps prolongée, pour que la matière amylacée, éprouvant un commencement de fermentation, produisît quelque peu d’alcool , devait précisément à celui-ci sa moindre opacité comparée à celle de l’eau distillée de cannelle ordinaire. Toutefois elle en conservait encore assez, pour que des pharmacologisles aient cru devoir attribuer le nom qu’elle porte à son analogie d’aspect avec l’orgeat.
Enfin , plus récemment on a proposé de remplacer les eaux distillées médicamenteuses, par de simples solutions d’huiles volatiles dans l’eau distillée. L’on donnait pour principaux motifs à cette substitution, l’altérabilité des eaux distillées préparées par la méthode ordinaire, et leur variation à peu près inévitable de composition; mais de pareilles sublitutions ne sauraient être autorisées, parce qu’elles tendraient à faire supposer entre les solutions dont il vient d’être fait mention, et les eaux
17e LEÇON.
de néroli.
De la
composition des eaux distillées.
distillées médicamenteuses, une identité de composition qui n’existe pas.
^ ne Peau L’eau de fleur d’oranger du commerce n’est parfois qu’une ger préparée solution de ce genre, d’essence de néroli. Indépendamment des a\< e 1 essence ^jf]f^rences d’odeur et de saveur, que l’habitude permet de saisir
entre elle et les eaux de fleur d’oranger de bonne qualité, on doit à M. Ader un moyen facile de distinguer ces liquides l’un de l’autre, il consiste dans l’emploi de l’acide azotique, lequel colore fortement en rose l’eau de fleur d’oranger bien préparée, et ne colore nullement la solution de néroli , non plus que les eaux de (leur d’oranger obtenues par la distillation de l’eau sur les feuilles et sur les fruits verts de l’oranger.
Il n’est pas facile de se former une idée juste de la constitution chimique des eaux distillées médicamenteuses , toutefois on ne saurait admettre qu’elles résultent de la solution pure et simple des huiles essentielles dans l’eau.
En effet, non-seulement il est plusieurs plantes employées à leur préparation, qui paraissent ne point renfermer d’huiles volatiles toutes formées, et n’en pouvoir produire sous aucune influence, telles sont la laitue, la bourrache, etc. ; mais encore celles-là même qui renferment, à n’en pas douter des huiles volatiles, laissent d’ordinaire passer à la distillation avec elles, des principes tout différents.
C’est ainsi que l’eau distillée de cannelle , outre l’huile volatile et son hydrate , renferme une certaine quantité d’acide cinnamique, et parce qu’il en préexistait dans l’écorce, et parce qu’il s’en est formé pendant la distillation, par le report de l’oxygène de l’air sur l’hydrure de cinnamile. La majeure partie des ramifications que l’on observe sur les parois des flacons, qui sont restés en partie remplis d’eau distillée de cannelle, se compose précisément d’acide cinnamique.
C’est ainsi encore, que l’eau distillée d’amande amère, outre l’huile volatile ou hydrure de benzoïîc, correspondant à l’hydrure de cinnamile, contient de l’acide benzoïque^ d’origine analogue à celle de l’acide cinnamique, et un composé cyanique, dont la formation accompagne celle de l’huile volatile dans la réaction de l’eau sur les amandes amères.
Après avoir séparé l’huile volatile au moyen de l’éther qui l’enlève à l’eau, vient-on à soumettre le liquide aqueux à l’action des réactifs -, on y constate la présence de ce composé cyanique.
L’addition successive de quelques gouttes de solution de potasse caustique, de solution de perchlorure de fer, et d’acide chlorhydrique faible, y détermine la formation d’un précipité de bleu de Prusse ;
Celle de l’azotate d’argent ammoniacal, suivie de la sursaturalion du liquide par l’acide azotique étendu, la formation d’un précipité blanc de cyanure d’argent. (Geigcr.)
Les eaux distillées de feuilles de laurier-cerise , de cerises noires, préalablement fermentées sur leurs noyaux brisés, offrent des réactions dénotant également la présence d’un composé cyanique.
Si l’on se rappelle ce que nous avons dit en traitant de la composition des végétaux en général , que l’on y peut rencontrer à l’état de liberté plusieurs acides volatils, l’acétique, le valérianique , le phocénique , le cévadique, le benzoïque, le cinnamique;
Des principes volatils essentiellement distincts des huiles volatiles proprement dites, le principe vireux de l’opium, celui des solanécs; de l’ammoniaque libre , du carbonate et de l’acétate d’ammoniaque.
Si l’on réfléchit à ceci , savoir : que ce qui a lieu pour les amandes amères et pour les semences de moutarde noire, capables de produire des huiles volatiles sous l’influence de l’eau, a sans doute lieu pour d’autres substances.
Si nous ajoutons que certains corps volatils peuvent communiquer leur propre volatilité à d'autres corps essentiellement fixes, leur prêter des ailes, suivant la poétique expres- ; sion de M. Duméril , de telle sorte, que le tabac et le musc i complètement inodores à l’état sec, deviennent instantanément 1 odorants dès qu’on en approche un tube imprégné d’aramofj niaque (Vauquelin, Robiquet) ;
Que certaines matières inodores, par exemple, les infusions > de noix de galle, de marronnier, d’orge, développent dos
De l’altération des eaux distillées.
280 17e L K CO N
odeurs prononcées au contact des acides énergiques, qui, sans doute, décomposent les combinaisons d’acides odorants encore inconnus qu’elles renferment (Couerbe) ;
Que certains corps fixes, plus ou moins analogues à la butyrine, en s’altérant à Pair , se convertissent partiellement en de nouveaux corps volatils et odorants, si bien que M. Chevreul a pu remarquer, que des produits obtenus dans l’analyse du musc et complètement inodores , acquirent , après quelque temps d’exposition à l’air, une odeur de musc extrêmement prononcée ;
Enfin, que certains corps fixes, à toutes températures, alors qu’on les chauffe seuls , sont susceptibles d’être entraînés, par les gaz et par les vapeurs, à des températures plus ou moins basses, témoin l’acide borique 5 témoin encore l’azotate de potasse, que de Luncl a retrouvé dans l’eau distillée de morelle, voire l’azotate d’ammoniaque, que renferme toujours l’eau dis tillée, préparée avec des laitues cultivées aux environs des villes. (Quesncville.)
Si, dis-je, on tient compte de toutes ces circonstances, on reste convaincu que la composition chimique des eaux distillées, à la préparation desquelles on fait servir des matières de nature très diverse, très complexe, formées de principes plus ou moins disposés à réagir les uns sur les autres ^ doit à la fois être et très variable et très compliquée.
Dans ces médicaments , la présence de Peau et de principes organiques très divers, les dispose singulièrement à s’altérer. En général , on les voit bientôt changer d’odeur et de saveur , perdre leur transparence, leur limpidité , ‘ devenir ammonia cales ou acides, floconneuses et parfois filantes à l’égal du blanc d’œuf.
L’eau de fleur d’oranger éprouve notamment ces différentes altérations, et de neutre qu’elle était, tantôt est rendue acide par le développement de l’acide acétique , tantôt alcaline par celui^ du carbonate ou de l’acétate d’ammoniaque avec excès de base.
Toutes circonstances égaies d’ailleurs, toutefois, les eaux distillées aromatiques s’altèrent moins que les eaux distillées inodores.
DE LA RECTIFICATION DE f./* ALCOOL, 289
La raison en est, que les solutions aqueuses d’huiles volatiles, contrairement aux solutions aqueuses chargées de principes gommeux, sucrés, amylacés, etc., s’altèrent si lentement qu’elles ne deviennent sensiblement muqueuses et inodores qu’après des années entières. (Banhoff).
Pour prévenir leur altération, il faut les enfermer dans des
Do lu
vases en verre, de préférence à des vases en terre, toujours plus conservation ou moins poreux , partant plus ou moins perméables à l’air , eaux distillées* plus ou moins susceptibles de s’imprégner de leur odeur; de préférence aussi à des vases en métal , parce que l’acide acétique qui s’y développe, pourrait réagir sur celui-ci; d’où vient précisément que les eaux de fleur d’oranger que l’on expédie du midi de la France, enfermées dans des stagnons en cuivre, recouverts intérieurement d’une couche plus ou moinsinterrompue d’étain allié de plomb, renferment souvent de l’acétate de cuivre ou de l’acétate de plomb sensibles aux réactifs, spécialement à l’hydrogène sulfuré qui colore le liquide en noir; alors surtoutqu’on a commencé par évaporer la majeure partie du liquide pour y concentrer le sel. Il faut, en outre, remplir complètement les bouteilles qui les contiennent, les bien boucher avec de boni bouchons en liège, les goudronner, ou mieux encore les boucher avec des bouchons en verre usés à l’émeri, les placer dans un lieu frais et obscur; et comme, malgré toutes ces précautions, il est certaines eaux distillées qu’on ne peut guère conserver, on les devra visiter fréquemment et les rejeter, dès qu’elles manifesteront des signes d’altération.
De la rectification et de la concentration de F alcool, '
Lorsque l’on veut débarrasser l’alcool des matières étrangères fixes, qu’il aurait enlevées aux corps laissés à son contact, spé- rectification, cialement aux tonneaux dans lesquels on l’aurait conservé; et aussi de la majeure partie des huiles volatiles que lui auraient cédées certaines substances, aux dépens desquelles on l’aurait produit, on en remplit aux 5/6 le bain-marie d’un alambic; on adapte le chapiteau, le serpentin ; on lute les jointures et l’on distille à un feu modéré, de manière à recueillir, à très peu près,
Ton. I. ^
autant de liquide qu’on en a mis en expérience. L’alcool se condense dans les récipients, complètement privé de matières fixes, et n’entraînant que des traces d’huile volatile, ce sa Si l’on veut le concentrer, ou bien on le distille seul, comme
concenttion. p^^demment , en ayant cette fois le soin de fractionner les
produits, attendu que l’alcool, comparativement plus volatil que l’eau, se trouve en plus grande proportion dans les premiers que dans les autres; sans que cependant ceux-là soient jamais formés d’alcool absolu, et ceux-ci d’eau privée d’alcool. La tension naturelle de l’eau, lui permettant de se vaporiser dès le début avec l’alcool, tandis que son affinité pour lui, devenant de plus en plus puissante, au fur et à mesure que sa proportion augmente, fait que les dernières portions d’eau vaporisée en retiennent encore.
D’après M. Guibourt, 10k d’alcool à 82° centésimaux, fourniraient 6k, 6 50gr d’alcool à 85° et 2k,700grd’alcoolà 82°, passé ce terme, le degré baisserait rapidement jusqu’au-dessous de 55°, et l’on ne pourrait amener l’alcool au delà de 94°, quelque réitérées que fussent les distillations.
Ou bien, et mieux, on le distille sur d es matières très avides d’eau .
Par exemple, en distillant de l’alcool à 86° centésimaux sur 100 gr. de carbonate de potasse calciné, par chaque litre de liquide, après avoir laissé les deux corps en contact pendant quarante-huit heures, et de temps à autre agité, on l’obtient marquant 94°.
L’acétate de potasse, le chlorure de calcium, la chaux vive, peuvent être substitués au carbonate de potasse, seulement on on observe que chacune de ces substances offre des avantages ou des inconvénients qui lui sont propres.
Le carbonate de potasse n’altère ni l’odeur ni la saveur de l’alcool, il n’en retient aucune portion, mais, quelque forte que soit sa proportion, il ne le peut amener au delà de 94°. Dans les rapports de 94° d’alcool à 6 d’eau en volume, ces liquides ont l’un pour l’autre une affinité telle, que le carbonate alcalin ne peut en déterminer la dissociation.
L’acétate de potasse, non plus que le carbonate, n’altère nullement l’alcool, n’en retient pas ; mais il ne peut davantage le
DE JLA CONCENTKATIOX DE l’àLCOQL. 29 f
priver entièrement d’eau, son usage est d’ailleurs de beaucoup
plus dispendieux.
Le chlorure de calcium fondu, déshydrate facilement l’alcool, mais, outre qu’il en altère l’odeur et la saveur, toutes les fois qu’il n’est pas parfaitement pur, auquel cas son prix est élevé, il en retient une proportion notable qu’on ne lui peut enleve qu’eu dissolvant le tout dans l’eau, et procédant à la distillation.
La chaux vive, employée dans la proportion de i kil. par litre, et après vingt-quatre à trente-six heures de macération, à une température de — )— 35°, enlève merveilleusement l’eau à l’alcool; mais elle en altère la saveur et l’odeur, eu réagissant sur les matières étrangères qu’il renferme. De plus, quand on opère sur des quantités tant soit peu considérables, elle produit une perte, quoiqu’elle ne se combine pas avec l’alcool ; parce que la chaleur se propage mal dans un semblable mélange.
Si l’on voulait se procurer de Falcool absolu, aussi pur que possible; d’après M. Soubeiran, 'on commencerait par distiller une première fois de l’alcool à 86° sur du carbonate de potasse pur et parfaitement desséché, en employant 500 gr. de carbonate pour 5 litres d’alcool, et faisant macérer quelques heures à une température de — |— 18 à -J- 20°.
L’alcool à 94° provenant de cette première opération serait mis en contact pendantdeux à trois jours, à une température de -J- 25° environ, avec 500 gr. de chaux vive en poudre, par litre; et de nouveau, on soumettrait à la distillation; l’alcool distillerait complètement; privé d’eau, sans odeur et sans saveur désagréable, il marquerait 100° à l’alcoomètre centésimal de M. Gay-Lussac à -j- 15° de température, ne déliterait pas la baryte caustique, offrirait enfin tous les caractères de l’alcool anhydre.
L’altération que la chaux vive fait éprouver à l’alcool du commerce ne se produit plus, alors que celui-ci a d’abord été
distillé sur du carbonate de potasse.
Bss Alcoolats.
Quand, au lieu de distiller l’alcool seul, comme pour le rectifier; ou sur des matières fixes avides d’eau^ et incapables de
Leurs
ropriélés.
292 18e leçon.
contracter combinaison avec lui, comme pour le concentrer, on le distille sur des matières susceptibles de laisser tout ou partie de leur propre substance se volatiliser, on produit ces liquides alcooliques, correspondant aux eaux distillées médicamenteuses, que les pharmacologistes nomment alcoolats.
Dans le langage habituel, certains de ces médicaments portent des désignations différentes :
L’alcoolat de térébenthine composé celle de baume de Fioraventi,
— vulnéraire — d’eau vulnéraire ,
— cochléaria — d’esprit de cochléaria,
— ■ ammoniacal de lavande— de gouttes céphaliques d’Angleterre,
— — fétide — d’essence antihystérique.
Mais ces dénominations diverses ayant le double inconvénient de faire supposer entre les médicaments auxquels on les applique, des différences qui n’existent pas, et par contre, entre eux, et d’autres médicaments désignés aussi sous les noms de baumes, d’esprits, de gouttes, d’essences, des analogies de composition qui n’existent pas davantage, il serait à souhaiter qu’elles fussent abandonnées.
Pareille observation pourrait, au reste, se reproduire dans une foule de circonstances, car le vocabulaire pharmaceutique est surchargé de noms, que de fausses applications ont privés du pouvoir de caractériser les médicaments auxquels on les applique.
Les efforts que des pharmacologistes modernes ont tentés pour améliorer notre langage, ont certainement produit des résultats heureux; mais ils en eussent, à mon avis, produit davantage, si, moins curieux de créer des mots nouveaux, ces auteurs eussent fait choix, parmi lesanciens, de ceux qui méritaient le plus d’étre conservés, et se fussent attachés à régulariser leur emploi.
Les alcoolats, sans exception aucune, sont incolores; les principes colorants des matières employées à leur préparation ne pouvant distiller avec l’alcool.
Us offrent une odeur, une saveur prononcées, mais variables, tantôt rappelant tout à fait celles de l’alcool lui-même, et tantôt en différant essentiellement.
Leur transparence est complète, leur densité est à très peu près la même que celle de l’alcool au même état de concentration. En général aussi, ils se comportent avec la plupart des
DES ALCOOLATS. 293
corps que l’on met en contact avec eux, comme le ferait celui-ci.
Cependant, l’eau qui ne trouble pas l’alcool pur, les trouble, et d’autant plus qu’ils renferment une plus forte proportion de matières étrangères, et que celles-ci sont moins solubles dans l’eau.
De là vient précisément que l’alcoolat de citron ou eau de Cologne, préparé par distillation, est moins abondamment troublé par elle, qu'il ne l’est, préparé par simple solution. La majeure partie des essences reste dans le bain-marie de l’alambic ; les vapeurs alcooliques n’entraînent que leurs parties les plus fugaces, tandis que ces memes essences en nature se retrouvent dans la solution.
Les plantes ou leurs parties, tantôt sèches, tantôt fraîches, presque toujours fraîches quand on agit sur des feuilles, des sommités fleuries, que la dessiccation ne peut que priver de leurs principes volatils, sont, de même que pour les eaux distillées médicamenteuses, les matières que l’on emploie le plus fréquemment à la préparation des alcoolats ; cependant il n’est pas rare d’y faire servir d’autres substances qui ne s’emploient au contraire pas pour les eaux distillées.
De ce nombre sont : les résines, les gommes-résines, les baumes, les huiles volatiles, le castoreum (alcoolat ammoniacal fétide), les fourmis rouges (alcoolat de fourmis composé), le carbonate de potasse et le chlorhydrate d’ammoniaque (alcoolat ammoniacal aromatique), même la thériaque (alcoolat thériacal).
Que si les matières sont employées isolément, elles fournissent des alcoolats simples, que si elles le sont plusieurs ensemble, elles fournissent des alcoolats composés.
Leur préparation toujours des plus faciles se réduit essentiellement, à chauffer l’alcool et les matières premières au bainmarie, afin que la température , plus que suffisante pour la distillation de l’alcool, ne puisse produire l’altération des matières organiques.
Toutefois, pour que l’opération réussisse, il faut :
1° Faire usage d’alcool pur, c’est-à-dire d’alcool sans odeur, sans saveur désagréable , et produisant par son mélange avec l’eau, un liquide parfaitement transparent; par conséquent, d’alcool de vin de préférence à l’alcool de fécule, etc., etc. ;
Leur
préparation
294 18e leçon.
2° Amener l’alcool ail degré voulu, par la concentration s’il est trop faible, par l’addition de l’eau distillée s’il est trop fort; d’ordinaire on l’emploie marquant, ou 56», ou 80°, ou 86° centésimaux;
3° Parfois, ajouter à l’alcool, ainsi que cela se pratique pour les alcoolats de romarin, de menthe, etc., au lieu d’eau, une quantité donnée d’eau distillée sur des plantes de même nature;
4° Monder les matières premières de leurs parties altérées; les diviser convenablement si elles offrent un volume considérable, un tissu compact, etc. ;
5° Faire précéder la distillation, d’une macération plus ou moins prolongée. La présence de l’alcool permet de la prolonger pendant plusieurs jours, sans crainte de fermentation ;
6° Recueillir la quantité de liqueur prescrite par le Codex.
7° Mélanger les produits obtenus aux différentes époques de l’opération.
Contrairement à ce qui arrive avec les eaux distillées, ce sont en général les derniers qui sont les plus riches en principes médicamenteux, parce que le point d’ébullition du liquide s’élevant au fur et à mesure que la proportion d’alcool diminue, certains principes qui ne se volatilisent pas au début, deviennent plus tard susceptibles de le faire;
8° N’employer l’alcoolat que lorsqu’il a perdu le goût et l’odeur de feu qu’il présente immédiatement après sa préparation.
L’exposition au froid, que les fabricants de liqueurs de fable emploient avee un plein succès pour les vieillir, offre d’autant plus d’avantages, que les alcoolats ne se congèlent qu’à de très basses températures, et que par conséquent on n’a pas à craindre la rupture des vases, par suite de la dilatation qu’éprouverait le liquide en se solidifiant, de même que s’il s’agissait de liquides aqueux.
Autrefois, à ces précautions on en ajoutait d’autres, qui consistaient :
À préparer les alcoolats simples, dont le mélange devait ultérieurement produire des alcoolats composés, tel que celui de mélisse, aux époques où les différentes plantes employées à leur préparation sé trouvent le plus^ chargées de principes volatils ;
DES ALCOOLATS.
À redistiller un certain nombre de fois, sur de nouvelles plantes, ces alcoolats simples, dans l’intention de les obtenir plus chargés de principes médicamenteux; enfin, à distiller le mélange d’alcoolats simples, afin de le rendre plus intime; mais le dernier Codex, en ne faisant servir à la préparation de l’alcoolat de mélisse composé, d’autres plantes fraîches que la mélisse, à l’exclusion de la sauge, de l’angélique, du romarin, etc., que prescrivaient les anciennes formules, et aussi en proscrivant la cohobation comme plus nuisible qu’avantageuse, a rendu ces manipulations inutiles.
On devra préparer :
En distillant
I zestes frais d’orange.
1 — de citron
decorce d’orange. . p
— de citron ( macG
— de cédrat. . . ( wéeO jours ) “ de cédrat
— debergamotte. J !Ü,ineez joins, ( jjergamotte..
de canelle j a è marAr„ ( cannelle
de girofle.,. ...... ( T;™ ™n?nn girofle ......
de muscade t rf?? fîmîïï’ 1 muscade
de sassafras. ) ^ec 4 l°lus- f sassafras
de cochléaria j sans maeérat. j fe çi î ! éa rî a 1 c^ies C0 |
! sommités fleuries et fraîches de romarin.
— de menthe.
— de méiose.
— de cochléaria.
l, de lavande. J ^ sours.
dit eau vulnéraire. < a,Pr^ S jniirs | fetiUÎ^ et sommités { demacerat. ) fleuries fraîches.
dit eau de mélisse. J ^e maVétat I ir,atières premières . j | mrW,A„„ i feuilles fraîches de co
de cochléaria. ....
sans macéra- j cll|éapia ,,acillc fraî.
ffOll I ,1a
le fioraventi.
M ï EnacK? j matlcres premières. .‘J
après 6 jours de maeérat.
elles de raifort pour les racines, les j écorces et les autres parties de plantes. .
après 2 jours ( pour les résines, les de maeérat. < gommes résines, les seulement. ( baumes.
alcool
td.
ah ool à 80°, et eau dis tillée de la plante alcool à 56°, alcool à 80".
alcool
alcool
alcool à 80° + eau de ( cannelle* alcool à 86", et alcoolats!
diùaude Cologne { Tîonff } lfô eæences <
de Garus ( l
l’ensemble des matières premières.. . .
compose !
et de romarin alcool à 55?, et eau de fleur d’o- 1 ranger.
. , et
recueillant
la totalité du liquide.
le 5/6.
la totalité du liquide.
les 2[3, la totalité.
les 5/6.
les 5/6.
la moitié du liquide
les 4/5 du liquide.
la moitié du liquide (2).
(1) Le carbonate de potasse, qui fait partie des matières premières, ne doit être ajouté que quelques heures avant de distiller, au mélange d’écorces fraîches d’orange et de citron, de vanille, de cannelle, de girofle, de sel ammoniac, d’eau de cannelle et d’alcool.
(2) En ajoutant à cet alcoolat du sirop de capillaire, et colorant le mélange avec le produit la macération du safran dans l’eau de fleur d’oranger, on a l’élixir de Garus.
de
Leur
composition.
La composition des alcoolats ne nous est pas mieux connue, que ne l’est celle des eaux distillées médicamenteuses. Ils offrent à n’en pas douter avec celles-ci de grandes analogies. Toutefois, le point d’ébullition du véhicule employé à leur préparation, étant de plusieurs degrés inférieur au point d’ébullition de l’eau, il y a là motif, pour que des corps capables de faire partie des eaux distillées, ne se rencontrent plus dans les alcoolats. De plus, l’alcool, au lieu de donner naissance aux réactions d’où résultent les huiles" volatiles d’amande amère et de moutarde noire, etc., les prévient.
Il faut ajouter, que la présence possible parmi les matières premières, de subtances minérales généralement susceptibles de réagir profondément sur les matières organiques, doit modifier les résultats.
Ainsi, le chlorhydrate d’ammoniaque et le carbonate de potasse employés conjointement avec les zestes d’orange et de citron, la vanille, le girofle et la cannelle, à la préparation de l’alcoolat volatil aromatique huileux de Sijlvius, ne se bornent sans doute pas à produire, en se décomposant mutuellement, du chlorure de potassium qui reste dans la cornue, de l’eau et du carbonate d’ammoniaque qui passent à la distillation $ il est probable que ces sels, ainsi que ceux qui résultent de leur décomposition, réagissent et sur l’acide cinnamique de la cannelle, benzoïque de la vanille qu’ils fixent en les saturant, et sur les huiles volatiles d’orange, de citron et surtout de girofle. C’est même à l’action du carbonate ammoniacal sur ces dernières, qu’on attribue généralement la coloration en noir de l’alcoolat, lorsqu’il reste exposé à l’action de la lumière.
Les cendres que l’on emploie à la préparation de l’alcoolat d’aunée composé, ou élixir Américain de Courcelles (voir les formulaires), ne peuvent de leur côté, manquer d’agir, par leur carbonate de potasse, sur les très nombreuses matières organiques mises en macération avec elles. Outre qu’elles doivent décomposer les sels à bases organiques de l’opium, elles doivent saturer les acides libres que renferment la plupart des plantes. Cette dernière réaction pourrait exercer quelque influence sur la composition définitive de l’alcoolat si les acides primitivement
DE LA DISTILLATION Dü SUCCIN.
libres, étaient de ceux qui peuvent se vaporiser avec l’alcool aqueux.
Les alcoolats constituent des médicaments fort peu altérables. Leur L’alcool étant un liquide éminemment antiputride, et les huiles conservaUon volatiles, auxquelles sont dues en général leurs propriétés médicamenteuses, des susbstances extrêmement stables.
Toutefois, il sera nécessaire de les conserver dans des flacons hermétiquement fermés, dans des lieux frais, et le plus possible à l’abri de la lumière, afin de prévenir le départ d’une notable portion de l’alcool, peut-être même son acétification partielle, sous l’influence réunie, de l’air, des matières organiques, et leur coloration.
Des Éthérats.
M. Cap avait proposé de préparer avec l’éther des médicaments correspondant aux alcoolats, mais la volatilité de l’éther est telle, que ses vapeurs n’entrainent pour ainsi dire aucun principe médicamenteux; en sorte que l’on a bientôt abandonné l’usage de ces médicaments que l’auteur nommait éthérats.
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XVIIIe LEÇON.
IPc la îriôtillation îm Buccin ; îre la Instillation îru bois
î>e eut' }
ET DE QUELQUES PRODUITS PYROGÉNÉS QUIS’y RATTACHENT.
De la distillation du succin.
Le succin, que la plupart des naturalistes considèrent comme un des produits de la destruction, au sein de la terre, de végétaux à sucs résineux plus ou moins analogues aux pins, aux sapins
18® leçon»
et auimélèses, consiste, d’après M. Berzélius, en un mélange, ou plutôt en une sorte de combinaison d’huile volatile, tout à fait semblable à celle des térébenthines, d’acide succinique , de principes résineux , semblables aussi à ceux qui constituent la résioe des pins; etd’lmè matière bitumineuse particulière, qui en forme la majeure partie; celle-ci communique à toute la masse, une insolubilité à peu près complète dans l’alcool, l’éther, les huiles fixes et volatiles, les alcalis étendus.
Sa distillation s’opère dans une cornue en verre lutèe, au col de laquelle s’adapte une allonge, suivie d’un ballon, dont la tubulure reçoit un tube recourbé, s’engageant sous le foyer d'un fourneau. Elle présente trois époques distinctes, caractérisées chacune par des phénomènes et des produits particuliers.
La première, pendant laquelle le succin se ramollit, se fond, se tuméfie, d’où la nécessité de ne remplir la cornue qu’à moitié, et de modérer l’action du feu, donne naissance à une grande quantité d’acide succinique, à quelque peu d’eau, d’acide acétique et d’huile empyreumatique, d’abord fluide et peu colorée, plus tard, brune! visqueuse, et comme onguentacée.
La seconde, pendant laquelle, à la boursouflure succède un affaissement complet, lequel permet de chauffer fortement, ne produit guère qu’une quantité considérable d’huile empyreumatique, très fluide et d’un brun jaunâtre.
La troisième enfin, pendant laquelle la très petite quantité de matière restée dans la cornue, offre tout à fait l’aspect d’une masse charbonneuse; est caractérisée, parla production de vapeursjaunes, que le refroidissement condense en gouttelettes rougeâtres, d’apparence céracée, et que rien ne distingue de la matière, de même couleur déjà signalée én parlant de la distillation des graisses. Pendant toute la durée de l’opération, et surtout au début, il se dégage du gaz acide carbonique, de l’hydrogène carboné, du gaz oxyde de carbone, causes de la tuméfaction: ils doivent à la présence des matières pyrogônces qu’ils entraînent, une odeur fétide extrêmement pénétrante , qui oblige à les Brûler.
L’acide succinique produit pendant l’opération , vient en grande partie s’attacher, soit au dôme dé M cornue, soit à la
DE LA DISTILLATION Dü SUCCIN.
paroi supérieure de l’allonge,, sous forme de cristaux aiguillés, qu’un peu d’huile empyreumatique colore en brun, tandis qu’une autre portion se trouve entraînée dans le récipient, et dissoute par les produits liquides qui s’y rassemblent avec elle.
Il pourrait l’être en totalité, si l’on n’avait le soin d’arrêter l’opération au moment où l’huile empyreumatique de la seconde période va se produire, et d’enlever les cristaux à l’aide de tiges métalliques flexibles, aplaties à leurs extrémités, en forme de spatule, ou de toute autre manière.
L’eau, l’acide acétique, les huiles empyreumatiques, se rassemblent dans le ballon, et s’y départageant suivant leurs densités relatives, y forment deux couches distinctes : l’une inférieure, essentiellement aqueuse, l’autre supérieure, essentielle» ment huileuse.
La matière céracée, en raison de sa consistance et de sa petite quantité j reste tout entière dans le col de îa cornue.
Cette dernière matière, de même que les gaz et que le résidu charbonneux, est sans emploi en pharmacie. Au contraire, on y emploie la matière concrète, les produits liquides aqueux
et huileux.
La matière concrète que nous venons de voir n’être autre chose que de l’acide suceinique imprégné d’huile empyreumatique, constitue le sel volatil de succin.
Le Codex prescrit de l’employer tel qu’on le retire des appareils distiîîatoires. Quelques pharmacologistes ont conseillé de le comprimer légèrement entre des feuilles de papier non collé, afin d’absorber l’excès d’huile qu’il aurait entraînée.
Cette manipulation pourrait, sans grand inconvénient, être adoptée; mais, je ne pense pas qu'il en pût être de même delà sublimation à une douce chaleur, proposée par M. Guibourt. Outre, en effet, que la sublimation priverait l’acide suceinique de îa presque totalité de l’huile empyreumatique, auquel sans doute il doit une partie de ses propriétés médicales, elle le convertirait, d’après M. Félix d’Arcet, en un nouvel acide, contenant moins d’oxygène et d’hydrogène, dans les proportions qui constituent l’eau.
De l’esprit de succin.
De l’huile de succin.
Le produit liquide de la distillation sert à préparer et l’esprit de succin et l’huile de succin.
On le verse dans un entonnoir en verre à robinet, et quand les couches aqueuses et huileuses, dont il se compose, se sont complètement séparées l’une de l’autre, on les isole en ouvrant le robinet, et les recevant dans des vases séparés.
Le liquide aqueux, filtré au travers d’un filtre en papier, préalablement imprégné d’eau distillée, afin qu’il retienne les globules huileux interposés, constitue l’esprit de succin.
Il est de couleur ambrée, d’odeur et de saveur désagréable, très acide aux papiers à réactifs, et peut être considéré comme un mélange d’eau et d’acide acétique, tenant en dissolution un peu d’acide succinique et d’huile empyreumatique.
La rectification par distillation proposée par Morrelot, aurait l’inconvénient de changer la nature du médicament, attendu que la presque totalité de l’acide succinique et de l’huile empyreumatique resterait dans la cornue.
Quant au liquide huileux, dont la nature paraît devoir se rapprocher beaucoup de celle des produits empyreumatiques dont il sera question en traitant de la distillation du bois de cerf; sauf, qu’il renferme, à l’état de dissolution, de l’acide succinique, que l’eau légèrement alcalisée lui enlève; du succin altéré, auquel il doit de reproduire de l’acide succinique, de l’acide acétique, de l’eau, alors qu’on le distille de nouveau ; c’est lui qui fournit l’huile volatile de succin. Après avoir isolé les dernières portions de liquide aqueux, dont la présence amènerait des soubresauts, on l’introduit dans une cornue en verre à l’aide d’un tube à entonnoir, qui lui permet d’en gagner la panse sans en salir les parois; on adapte à la cornue un récipient à long col, muni d’un tube droit, et l’on distille au bain de sable, de manière à recueillir le quart environ du liquide mis en expérience. Le produit d’une grande fluidité, d’une odeur toute particulière, d’un blanc légèrement verdâtre, susceptible de se colorer rapidement au contact de la lumière, d’abord en brun, puis en noir, de s’épaissir, est l’huile volatile de succin.
On l’enferme dans des flacons que l’on ferme hermétiquement et qu’on tient recouverts de papier noir ; on enferme dans des fia-