RÉCOLTE DES PRODUITS IMMÉDIATS VÉGÉTAUX, DES MATIÈRES ANIMALES
En supposant que l’on se soit placé dans les meilleures conditions possibles, eu égard aux circonstances que nous savons exercer de l’influence sur la constitution générale des plantes.
Nous devons ajouter, que sur une partie plus ou moins circonscrite de la surface du globe, telle, par exemple, que le serait l’étendue de la France, cette constitution de la plante entière ou de ses divers organes, est surtout influencée par l’âge, ou par le développement. Quelles sont les époques plus spécialement favorables à la récolte
Des racines ,
— ■ bois ou des tiges,
— écorces,
— bourgeons,
Des fleurs,
— fruits,
— semences,
Et des produits immédiats végétaux ?
De la récolte C’est ce qu’il nous reste à déterminer, des racines. ^es phannocologistes ne sont pas d’accord sur l’époque à laquelle il convient de récolter les racines.
Les uns préfèrent le printemps , avant l’entier développement des tiges des plantes annuelles, bisannuelles et vivaces herbacées, des feuilles, des sous-arbrisseaux et des arbres ; les autres , tout eu concédant que la récolte des racines annuelles
DE LA RÉCOLTE DES PLANTES
doit se faire au printemps, attendu que toute ta plante meurt en automne * estiment que cette dernière saison , après la chute des feuilles des sous-arbrisseaux et des arbres, celle des feuilles, et quelquefois même des tiges des plantes bisannuelles et vivaces herbacées, convient davantage.
Àu printemps, disent les premiers, sous l’influence d’une chaleur douce, qui ranime Faction vitale et leur fait tirer en abondance les sucs nutritifs de la terre, et d’ailleurs avant que les feuilles se soient développées à leur détriment, les racines sont très succulentes, tandis qu’en automne, elles se trouvent plus ou moins épuisées, à l’exemple des femelles d’animaux qui ont nourri leurs petits.
En automne, répondent les seconds, c’est-à-dire, depuis la fin de septembre jusque vers le milieu de décembre, les racines sont, il est vrai, moins succulentes qu’elles ne l’étaient au priatemps, mais cette turgescence des racines printanières est uniquement due à la présence d’une plus grande quantité d’eau de végétation ; tandis qu’à la fin cle l’année , les sucs nutritifs se concentrent dans les racines pour s’j maintenir en dépôt, sans pouvoir s’y retrouver en entier au retour du printemps, puisque la racine, pendant l’hiver, s’est alimentée à leurs dépens.
Ï1 convien t d’attendre pour se prononcer en faveur de P une ou de l’autre de ces opinions, que des expériences comparatives aient établi les différences de composition, surtout de propriétés médicales, que présentent les racines printanières et les racines automnales; cependant, à leur défaut, il est rationnel d’accorder à celles-ci la préférence sur les autres, ne fût-ce que parce que Baumé a constaté qu’elles sont, en général, d’une plus facile conservation, et moins attaquables par les vers et par les insectes.
Baumé ajoute, que les racines d’automne perdent près de moitié moins par la dessiccation que les racines du printemps , et de cette observation tire la conséquence, que les premières sont plus riches que les secondes en principes actifs; mais cette conséquence n’est pas rigoureuse, car, par exemple, une racine du poids de 100 grammes, supposée contenir :
Ligneux . .
Matières extractives. . . , •
.pair, f i » »
25 gr.
24 2e LEÇON.
perdrait par la dessiccation moitié plus qu’une autre racine du même poids contenant :
Ligneux 65 gr.
Matières extractives. ..... 10
Eau 25
et cependant, n’en contiendrait pas moins deux fois et demie autant de matières extractives.
Que si l’on croyait devoir récolter en automne les racines des arbres, des plantes bisannuelles et vivaces herbacées, on ne devra pas omettre de tenir compte des considérations suivantes :
1° Les racines annuelles devront être récoltées dans l’automne de la première année 5 leur mort, qui arrive à l’automne de la seconde, devant être précédée de leur détérioration.
Aussi, voyons-nous les racines d’angélique, que les cultivateurs portent sur les marchés après avoir recueilli les semences de la plante à l’automne de sa seconde année, être à peu près inodores, tandis qu’à l’automne de l’année précédente, elles étaient très aromatiques.
Les racines de cette même plante, arrachées vers le mois de juin avec les tiges qu’elles supportent, et que l’on destine à la préparation de la conserve d’angélique, sont également à peu près privées d’huile volatile : autre preuve de la supériorité des racines d’automne sur celles du printemps.
2° Les racines vivaces herbacées, devront de préférence être récoltées à l’automne de la deuxième, delà troisième et même de la quatrième année, parce qu’alors elles contiennent en plus forte proportion, les principes qui les font rechercher. On ne pourraient les récolter plus tôt, quand on ne devra faire usage que de leurs parties corticales, puisqu’alors seulement ces parties auront acquis assez d’épaisseur pour qu’on les puisse isoler.
3° Et enfin, les racines des sous-arbrisseaux et des arbres seront récoltées le plus tard possible, sans toutefois attendre qu’elles aient perdu leurs propriétés médicales, lorsqu’elles seront encore succulentes, flexibles et peu ligneuses.
Dans tous les cas, une fois récoltées, les racines devront être soigneusement séparées de la terre qui les salirait. A cet effet, si ce sont des racines Qrdinaires, qii les plongera dans l’eau, on
DE LA RECOLTE DES PLANTES
les y agitera soit avec la main, soit avec une pelle en bois, en évitant le plus possible d’entamer l’épiderme sons lequel existent accumulées des vésicules gorgées de sucs.
Si ce sont des racines bulbeuses à écailles, on détache les premières tuniques; cela fait, soit qu’on veuille les employer fraîches, soit qu'on veuille les dessécher, il ne reste qu’à les secouer pour en détacher l’eau adhérente, qu’à les monder de leurs radicules, de leurs parties lacérées ou meurtries, de leur collet dans lequel un reste de vie déterminerait la germination, qu’à séparer de quelques-unes et spécialement de l’orcanète et de la quintefeuille, le meditullium , pour ne conserver que la partie corticale des bulbes de sciîle (variété rouge) déjà privées de leurs squammes extérieures, la partie centrale presque exclusivement chargée de mucilage, pour réserver les squammes intermédiaires épaisses, charnueset recouvertes d’un épiderme blanc rosé.
Les tiges, les bois et les écorces récoltés en France sont peu De la récolte des
° ' i-ii r tiges, des bois,
nombreux. L’on n y récolte guère que la tige de douce-amère, des écorces, le bois de genévrier, à peu près meme tombé en désuétude, les écorces de chêne, de garou, de marronnier d’Inde, d’orme et de sureau. C’est toujours vers le commencement de l’hiver, après la chute des organes foliacés et floraux, qu’on en opère la récolte. Pour en agir ainsi, longtemps on s’est fondé sur ces considérations purement physiologiques, que, durant l’existence des feuilles et des fleurs, les sucs renfermés dans les autres parties du végétal, se trouvent appauvris de tous les principes nécessaires, tant à l’existence qu’au développement de ces organes, et qu’avant l’apparition des feuilles, principaux appareils élabora teurs , les végétaux ne contiennent que de la sève imparfaitement élaborée : mais aujourd’hui , on se peut étayer des importants résultats de M. Knigt; ils ont démontré qu’à poids égaux, les bois et les écorces récoltés au commencement de l’hiver, sont les plus riches en principes extractifs.
Les bois, d’ailleurs, devront provenir de jeunes arbres, puisqu’on vieillissant, ceux-ci deviennent presque exclusivement ligneux; les écorces d’arbres vigoureux, trop jeunes, leur extrême minceur ne permettrait pas de les détacher des branches; trop vieilles, elles seraient rugueuses, fendillées, sans vertus»
SÏ6 2e LEÇON®
Tantôt, on les enlèvera en pratiquant des incisions circulaires éloignées les unes des autres de 5 à 6 centimètres, les réunissant au moyen d’incisions longitudinales, et déroulant l’espèce de cylindre creux, que formait l’écorce; tantôt, on les arrachera par lanières. Dans l’un et dans l’autre cas, parfois on commencera par enlever, au moyen d’un frottement convenablement ménagé, l’épiderme qui les recouvrait.
Les écorces d’orme et de sureau, dites secondes écorces, ne sont, notamment, que des écorces privées d’épiderme.
Autrefois, on était dans l’usage de récolter entières, les jeunes branches de garou et de n’en détacher l’écorce au fur et à mesure du besoin, qu’au moyen d’une macération préalable dans le vinaigre ou dans l’eau; mais on a renoncé à une pratique qui offrait le grand inconvénient d’épuiser l’écorce, d’une notable partie de ses principes actifs.
Il est bon de faire remarquer, relativement à la récolte des bois, qu’en écorcant le tronc des arbres, on obligerait les sucs à se jeter sur le bois, proprement dit, mais que, jusqu’à présent on parait n’avoir jamais eu recours, malgré ses avantages, à la décortication.
De [la récolte Les bourgeons foliacés seront récoltés vers le commencement des bourgeons. printerapSj, au moment de la sortie des feuilles.
De la récolte Les feuilles seront détachées des plantes complètement décès, ou des arbres en pleine végétation, avant l’apparition des fleurs; plus tôt, elles ne seraient pas chargées de tous les principes que développe la parfaite élaboration de la sève; plus tard, elles seraient appauvries par le départ de ceux employés à l’alimentation des fleurs; leur parenchyme pourrait même se dessécher, leurs couleurs s’altérer; elles deviendraient ligneuses.
Suivant M. Berzélius, les changements de couleur qu’on ob serve en automne sur les feuilles, seraient d’ailleurs dus à des causes différentes. La coloration en jaune des feuilles du poim mier, du prunier, de Forme, à la suite de deux ou trois nuits de gelée, proviendrait d’une simple modification du principe colorant vert. La coloration en rouge des feuilles de cerisier et iJp groscjUier (prunus mmm etriks gromkm etrubrà ), de J§
DE LA RÉCOLTE DES PLANTES
production ou de la mise en liberté d’un principe analogue à celui que renferment les fruits de ces végétaux. La coloration en brun des feuilles de chêne, de l’absorption de l’oxygène, par un principe incolore préexistant dans ces feuilles, aussitôt que la désorganisation de l’épiderme aurait permis le contact de Pair avec les parties intérieures.
A de très rares exceptions près, parmi lesquelles il faut citer les roses de Provins, dont l’astringence et la couleur rouge sont De la récolte plus développées lorsqu’elles sont en boutons, que lorsqu’elles uesfleurs' sont épanouies ; la petite centaurée, dont l’amertume est plus forte après la fécondation qu’elle ne l’était avant, les fleurs devront être récoltées lorsqu’elles auront atteint leur maximum de développement, avant l’instant où va s’opérer leur fécondation.
A partir de cette époque, les sucs se porteraient sur l’ovaire et sur les semences au préjudice des organes accessoires, et dès lors les pétales se faneraient, perdraient leur couleur et leur odeur ; et comme les fleurs, différentes en cela des racines, des écorces et des feuilles, sont formées de parties essentiellement distinctes, ayant chacune leur organisation, leur composition, leurs propriétés ; au lieu de les récolter entières, on ne récoltera parfois que certaines de leurs parties, ou du moins on séparera les autres.
On récolte entières, les fleurs de mauve, de guimauve, de bouillon blanc, de pied de chat, de bourrache, d’ortie blanche, de camomille, etc.
Entières aussi et munies de leur support commun, les fleurs composées de carthame.
Au contraire, on rejette les calices des fleurs de coquelicots et de violettes, des roses de Provins, les calices et les onglets des
œillets rouges.
La couleur verte des calices altérerait la teinte des solutés médicamenteux, et leur astringence pourrait en contrarier les effets.
D’un autre côté, l’absence du principe colorant, dans la partie des pétales, que l’on désigne sous îe nom d’onglet, affaiblirait la teinte des infusés d’œillets rouges.
Autrefois ou enlevait également l’onglet des roses de Provins; j
De la récolte des fruits.
28 2e LEÇON.
mais on a renoncé à cette opération, au moins inutile., puisque le principe astringent de ces fleurs., plus important que ne l’est leur principe colorant, existe en aussi grande proportion dans l’onglet que dans les parties colorées.
On récolte, non-seulement entières, mais encore accompagnées des feuilles qui les avoisinent, lesquel les participent d une manière marquée aux propriétés des fleurs elles-mêmes, outre que ia petitesse de celles-ci rendrait fort longue leur récolte à l’état d’isolement, les fleurs :
D'absinthe , D’hysope ,
De cailie-lait , De mélisse ,
De chamædrys , De menthe,
De fumeterre, De mille-pertuis.
Les parties de plantes composées des tiges supportant les fleurs et les feuilles, prennent le nom de sommités fleuries. Si les fleurs doivent être desséchées, le mieux sera de ne les récolter que lorsque la rosée du matin se sera dissipée, parce qu’elle retarderait leur dessiccation , et pourrait même faciliter leur altération ; si, au contraire, on les doit employer fraîches, les faire servir à la préparation des eaux distillées, etc., mieux vaudra les cueillir dès le malin, avant que les premiers rayons du soleil en les échauffant, aient volatilisé une partie de leur arôme.
L’époque la plus favorable à la récolte des fruits varie suivant qu’ils sont charnus ou secs.
Les fruits charnus, ceux dans lesquels les parois de l’ovaire fécondé peuvent se gorger de sucs pendant la double période du développement et de la maturation , sont récoltés à l’époque de leur complet développement, mais du reste tantôt avant, tantôt, et plus souvent après le moment de leur maturité. Les pommes et le verjus dont les principes médicamenteux, à savoir, l’acide maliqne dans les premières, l’acide tartrique et le hitartrate de potasse dans les seconds, diminuent de proportion pendant la période de maturation, sont récoltés avant qu’elle ait commencé.
Les framboises et les mûres, dont le suc est tellement épais et visqueux, lorsque ces fruits sont complètement mûrs, qu’on ne peut l’extraire;
DE LA RÉCOLTE DES PLANTES
Les coings, les groseilles, les cerises, dont l’acidité disparaît presque complètement à la meme époque, et parce que la proportion d’acide diminue, et parce que celle de sucre augmente;
Les cynorrhodons, dont les semences osseuses et garnies de poils sont alors engagées dans une pulpe mollasse qui rendrait leur séparation difficile.
Sont récoltés ayant que leur maturité soit complète : au contraire, les merises, les fruits de sureau et de berberis, ne le sont que lorsqu’elle est complète.
La précaution de les choisir imparfaitement mûrs , s’applique avec succès aux fruits charnus que l’on veut conserver frais, tels que les citrons, les oranges, les pommes, les poires; leur maturation s’achève d’elle-même après qu’on les a détachés des arbres, tandis qu’ils ne tarderaient pas à blettir si on les y laissait attachés.
Les fruits secs, dans lesquels les parois de l’ovaire ne se gorgent pas de sucs, pourront attendre, pour être récoltés, qu’ils soient en pleine maturité, parce qu’ils n’auront pas, de même que les fruits charnus , à craindre un commencement d’altération putride; mais comme on ne les récolte pas tous pour leurs semences et pour leurs péricarpes ; comme ces deux parties, essentiellement distinctes, mûrissent successivement, le péricarpe composé des parois de l’ovaire d’abord, la semence qu’il enveloppe, ensuite, suivant que l’on tiendra davantage à l’un ou à l’autre, la récolte se fera à des époques différentes ;
Pour les fruits des ombellifères , aussitôt la maturation des péricarpes, dans lesquels résident les huiles volatiles ; pour les fruits des céréales, après la maturation des semences, dans lesquelles résident les principes amylacés ; pour les amandes douces et amères, lorsque le péricarpe, commençant à se dessécher, sera prêt à s’ouvrir;
Pour les fruits du juglaces regici , à l’époque de la maturité du péricarpe, vulgairement appelé brou, lorsqu’on en voudra préparer l’extrait de brou de noix; à l’époque de la maturité de la semence osseuse, plus spécialement appelée noix , lorsqu’on en voudra extraire l’huile, puisque celle-ci n’existe que dans la graine mûre.
De la récolte des semences.
30 £e LEÇON. — DE LA RECOLTE
Les fruits des graminées (orge, blé, avoine, seigle), de quelques légumineuses (haricots, lentilles) et aussi les anis verts, trop petits pour qu’on les puisse récolter isolément, seront récoltés avec leurs tiges pour en être détachés après dessiccation , soit à la main, soit par le battage.
Enfin, relativement à la récolte des semences, celle des semences des fruits charnus, devra se faire à l’époque où ces fruits seront mûrs , sans attendre la maturité des semences ellesmêmes, parce que le mouvement de fermentation qui s’empare de leur péricarpe, aussitôt leur maturation atteinte, pourrait entraîner l’altération des semences. Au contraire, la récolte des semences des fruits secs, à l’abri d’une semblable fermentation, se pourra retarder jusqu’au moment de leur propre maturité. Seulement, il sera bon de ne pas oublier que parmi les fruits secs, les uns, nommés fruits déhiscents ou capsulaires, par opposition avec d’autres nommés indéhiscents ou carcéruîaires , s’entr’ouvent à l’époque de leur entière maturité, et partant, peuvent alors laisser échapper les semences qu’ils renferment, afin de prévenir l’instant de leur déhiscence ou la perte des semences.
Celles que recouvre naturellement une coque ligneuse (les amandes, les noix) seront récoltées avec cette coque, afin que défendant la partie parenchymateuse du contact de l’air, elle en facilite la conservation.
B© résulte des prodmts immédiats végétasse.
Quant aux produits immédiats végétaux usités en pharmacie, à savoir : la manne, les fécules, les gommes, les résines, les gommes-résines, les baumes, les huiles fixes et volatiles, les sucs concrets obtenus par incision ou par expression, puis par évaporation, connus sous les noms d’opium, de thridace, d’aloès, voire l’indigo;
Leur récolte doit évidemment se faire dans les conditions les plus favorables, tant à leur abondance dans les végétaux qui les fournissent, qu’à la prédominance des principes qui les font spécialement rechercher.
DES PRODUITS IMMEDIATS VEGETAUX. Si
En Calabre, en Sicile, la manne que Pon extrait en incisant le tronc des fraxinus ornus et rotundifolia , est en larmes pendant les mois de juillet et d’août; la température élevée de l’atmosphère produit alors la prompte dessiccation du liquide, à la surface des lits de paille sur lesquels on le reçoit.
En septembre elle est en sorte; en octobre et en novembre elle est grasse.
La température basse de l’arrière-saison détermine l’altération du suc.
Dans les fruits des céréales, la proportion d’amidon va toujours augmentant, jusqu’à l’époque de leur parfait développement, et s’y maintient ensuite à peu près stationnaire, à moins de circonstances capables de déterminer leur germination.
Dans les pommes de terre, la fécule est moins abondante avant leur complet développement, et après que leur germination, rendue presque inévitable, par l’impossibilité où l’on est de les dessécher, s’est développée, qu’elle ne l’est durant les époques intermédiaires.
Les pruniers, les cerisiers, les abricotiers et autres arbres à fruits à noyaux de nos climats, contiennent l’espèce de gomme, dite gomme de pays, qui leur est propre , dans des proportions différentes suivant les saisons , à tel point qu’en automne on la voit fréquemment exsuder à la surface du tronc et des branches des jeunes arbres, ce qui n’a point lieu au printemps.
Le pinus pinea dont provient la térébenthine de Strasbourg ou térébenthine de sapin , a ses vaisseaux tellement chargés de résine au printemps et en automne , qu’il se forme alors à l’extérieur, des utricules que les paysans des Yosges et de la Suisse crèvent avec la pointe *l’un cornet, dans lequel est ensuite reçue la térébenthine qui s’en écoule.
Le pinus sylvestris , qui fournit la térébenthine de Bordeaux ou de pin, s’exploite au contraire dans les Landes depuis le mois de février jusqu’en octobre.
La gomme-résine scammonée est parfois si riche en principes gommeux, qu’elle produit avec la salive une véritable émulsion, et d’autres fois si pauvre en ces memes principes, que mouillée avec la langue, elle se ternit à peine. (Dubail.)
32 2e LEÇON. — DE LA RECOLTE DES MATIÈRES
L’expérience a, sans aucun doute, fourni des observations analogues relativement à la récolte
Des autres fécules, Des autres résines ,
— gommes, Des gommes-résines et des baumes.
Les huiles fixes s’extraient de préférence des semences, lorsque ces organes sont parfaitement mûrs, soit qu’avant, ils en contiennent moins, soit que la présence de l’eau de végétation ou des matières muqueuses, en gêne l’extraction.
L’opium, ne se peut obtenir par incision que des capsules vertes des pavots, puisque celles-ci se dessèchent en mûrissant.
La thridace ne jouit de toutes ses propriétés, qu’autant qu’elle provient des tiges montées et prêtes à fleurir de la laitue cultivée.
L’aloès succotrin, l’aloès hépatique ou des Barbades, est fourni par les feuilles parfaitement développées des divers aloès qui croissent : le premier, à l’île de Soccotora et au cap de Bonne- Espérance 5 le second, à la Jamaïque et aux Barbades.
Enfin, des deux à trois récoltes annuelles que l’on fait aux Indes et dans les deux Amériques des feuilles d’indigofères, la première donne l’indigo le plus abondant et le plus beau.
Il serait curieux de joindre, au tableau indiquant mois par mois, pour une localité donnée, la liste des plantes, de leurs organes ou de leurs produits, que les pharmaciens peuvent ré* coïter j l’indication des pajs dont proviennent les plantes ouïes produits immédiats végétaux, tant exotiques qu’indigènes, usités en pharmacie.
De la Récolte des matières médicamenteuses du règne animal.
Les matières médicamenteuses que la pharmacie emprunte au règne animal, sont assez peu nombreuses $ elle n’emploie guère en effet, parmi les animaux entiers., que :
Les poulets, — tortues, — grenouilles ,— escargots ou limaçons de vigne, — lombrics ou vers de terre, — sangsues, — cloportes, — cantharides, — cochenilles et le kermès animal.
Parmi les parties ou les produits d’animaux que :
Le bois de cerf, — les os et plus spécialement ceux de bœuf ou de mouton , — Fivoire, — les poumons et la chair musculaire du veau, — les têtes de vipères, — les os de sèche, — le corail rouge, — la coraline blanche, — les éponges, — les pierres d’écrevisses, — les œufs de poule, — l’ambre gris , — le blanc de baleine , — ia civette , — le castoreum , — la musc , — l’ichtyocolle ou colle de poisson, — l’axonge ou graisse de porc, — le suif
DBS MATIÈRES ANIMALES. 33
de mouton , — le beurre , — la moelle de bœuf, — le fiel de bœuf, — le lait , — la cire et le miel.
Les pharmaciens ne peuvent songer à récolter celles de ces matières, qui seraient étrangères aux pays qu’ils habitent , en France, par exemple, à récolter :
U ivoire j qui constitue les défenses d’animaux particuliers aux provinces méridionales de l’Afrique et de l’Asie, Velephas africanus et Velephas indicus ;
La civette que sécrètent les glandes rassemblées dans une poche située entre l’anus et les parties génitales, de deux autres mammifères des mêmes contrées, le vivera zibetha et le vivera civetta ;
Le musc j que renferme une glande placée au devant du pré» puce du mâle du moschus moschiferus , lequel ne se rencontre qu’en Asie dans le Thibet, et au Tonquin ;
Le castor eum autre sécrétion du castor fiber, petit mammifère existant en Pologne , sur les bords du Rhin , sur les bords du Rhône, où il est connu sous le nom de Bièvre; mais qui ne vit en bandes nombreuses, n’est véritablement exploité pour le produit qui nous occupe, que - dans le nord de l'Amérique , au Canada , et dans le nord de l’Asie et de l’Europe , en Sibérie ;
Y? ambre gris et le blanc de baleine , que fournissent plusieurs mammifères cétacés, mais plus particulièrement le physeter macrocephalus ou Cachalot, presque exclusif aux mers du Nord;
L ''ichtyocolle j ou vésicule aérienne du grand esturgeon {acipenser huso) du Volga et des autres grands fleuves qui se jettent dans la mer Noire et dans la mer Caspienne;
Les cochenilles que l’on a récemment acclimatées aux environs d’Alger, mais qu’on n’exploite, en réalité, qu’en Amérique.
D’un autre côté, bien qu’on pût à la rigueur les récolter en France, parce qu’on les y rencontre, on n’y récolte en réalité.
Ni les pierres d’écrevisses, V-. Ni le kermès animal,
Ni le bois de cerf, Ni les tortues,
Ni les cloportes, Ni même les sangsues,
Tom. I.
2e LEÇON. — DE LA RECOLTE
On tire :
Les pierres di écrevisses , des bords de la mer Caspienne , attendu que là, plus que partout ailleurs, les écrevisses vivent assez nombreuses, pour qu’à l’époque de la mue, alors qu’elles perdent leurs enveloppes calcaires, et renferment dans leur estomac les concrétions de même nature, selon toute apparence, destinées à reproduire leur nouveau test , on les abandonne en tas, après les avoir fait périr, à une putréfaction, qui, détruisant toute la matière animale, laisse pour résidu les pierres stoma- • cales que des lavages purifient ;
Le bois de cerf , du nord de l’Europe et du nord de l’Asie, parce que, dans nos climats, les cerfs, objets de luxe, sont très rares, tandis qu’aux lieux précités, ils vivent en bandes à l’état sauvage •
Les cloportes ( oniscus asellus ) de l’Italie, ainsi que les arma dilles (armadilla vulgaris ), qu’on leur substitue presque toujours, et que l’absence à peu près complète d’appendices à la queue , le poli de leur corps, l’habitude de se rouler en boule quand on les touche, en distinguent aisément;
Le kermès animal , de l’Italie, de l’Espagne et du Levant,*
Les tortues , tant la tortue d’eau douce ( testudo europæa ) que la tortue terrestre (testudo grœca ) de la Grèce, de l’Italie, de la Sardaigne ou des autres parties du midi et de l’orient de l’Europe •
Les sangsues , de la Turquie d’Europe, et même de la Turquie d’Asie, depuis que l’on en a successivement épuisé la France, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne*
Pour des motifs plus ou moins analogues, c’est toujours aussi dans le commerce que le pharmacien se procure les autres matières animales énumérées précédemment.
On voit, d’après cela, qu’il ne s’occupe en réalité, guère plus de la récolte des matières animales, que de celle des matières minérales; toutefois, il importe qu’il sache, que dans leur récolte, il doit être tenu compte des localités, de la saison, et surtout de l’âge, du mode de nourriture et de l’état de santé des individus, de même qu’il a fallu tenir compte de circonstances analogues, lorsqu’il s’agissait des plantes.
DËS MATIÈRES ANIMALES. 35
Les localités sont à prendre en considération, pour le motif De la localitéque les animaux ne sont pas seulement étrangers à certaines parties du monde , ainsi que nous avons vu le musc et la civette l’être à l’Europe ; ils peuvent aussi rester étrangers à certaines localités.
Les cantharides sont rares aux environs de Paris , abondantes dans le Midi, là surtout où croissent les lilas, les frênes et les troènes • les cloportes, plus communs dans les pays boisés que dans les pays découverts 5 les grenouilles et les écreisscs habitent de préférence les lieux humides entrecoupés de marais.
Suivant M. Huzard, les sangsues se multiplient, plus que partout ailleurs, dans les étangs d’eau douce, exposés à l’influence des rayons du soleil d’été, dans ceux dont le peu de profondeur, permet à la chaleur du soleil d'échauffer journellement la terre qui en forme le fond, et dont les parois sont plutôt formées d’une couche glaiseuse douce, facilement ductile, que d’une terre compacte et dure.
Les limaçons recherchent les haies, les vergers, les vignes et plus généralement les lieux humides abrités par la végétation ; au contraire, les vipères se plaisent davantage dans les parties sèches ou rocailleuses exposées aux ardeurs du soleil.
À certaine époque, il est tel animal qui disparaît ou ne peut De la saison, être saisi, tel autre qui ne présente plus le produit qui le fait rechercher.
Sous le climat de Paris, les cantharides ne se montrent que vers la fin de juin - les cloportes, que pendant les moisdejuillet, d’août et de septembre; les limaçons, qu’en octobre.
Les écrevisses, les sangsues et les grenouilles, ne pourraient être récoltées en hiver, alors elles se tiennent cachées, et les marais sont rendus impraticables; à la même époque, les limaçons s’enfoncent dans la terre ou se cachent dans des trous.
En hiver, les vipères ne sortent pas des cavités qui leur servent d’abri ; en été, elles ont une vigueur de mouvement qui les rend très difficiles à saisit; en automne, elles n’ont pas encore gagné leur demeure hivernale et commencent à s’engourdir.
36 2e LEÇON. — DE LA RECOLTE
Les écrevisses ne contiennent qu’au moment de la mue, vers ^a fin du printemps, les concrétions calcaires destinées à servir à la reproduction de leur test.
Les cerfs ne perdent qu’au printemps, cette portion de leur système osseux, que l’on a très improprement désignée sous le nom de corne, puisqu’elle diffère essentiellement, par sa structure anatomique et par sa composition chimique, des cornes proprement dites, tandis qu’elle ne se distingue au contraire en rien des os.
De l’âge. Quant à l’âge, au mode de nourriture et à l’état de santé, leur influence ressort incontestable, des observations suivantes.
Relativement à l’âge, la chair musculaire du veau est moins riche en matières extractives (osmazôme), plus riche en matières susceptibles, sous l’influence de l’eau bouillante, de se convertir en gélatine, que la chair musculaire du bœuf; aussi le bouillon de veau est- il émollient, adoucissant, quelquefois même légèrement laxatif, tandis que le bouillon de bœuf, plus aromatique, plus sapide, est tonique, parfois même excitant.
Dans le jeune âge, les fluides sont plus abondants que dans la vieillesse, les solides en sont plus imprégnés, la graisse est plus abondante et plus ferme; dans l’âge adulte, cette même graisse est plus abondante et plus ferme encore.
Les os sont plus riches en matière animale, partant plus élastiques, moins rigides, chez les jeunes animaux que chez les animaux très âgés : de là vient que chez ceux-ci les fractures sont plus fréquentes.
Du mode Relativement au mode de nourriture, les volailles engraissées renferment une graisse a la lois plus abondante et plus fluide, que celle de volailles non engraissées. Les porcs, que les habitants de certaines contrées sont dans l’usage de nourrir avec le tourteau de noix, c’est-à-dire, avec la partie parenchymateuse de ces semences, privées d’huile au moyen de la pression, sont disposés à contracter la maladie particulière appelée ladrerie, et dont le résultat le plus saillant est de communiquer à la graisse des animaux qu’elle atteint, la fluidité de l’huile.
Les abeilles fournissent des cires plus ou moins colorées, plus ou moins réfractaires au blanchiment, suivant qu’elles se