DES POTIONS A PRENDRE PAR CUILLEREES
les triturer avec une petite quantité de sucre, destiné à faire fonction de matière rugueuse.
Les électuaires, les extraits mous, et autres substances de consistance analogue, seront triturés dans un mortier avec le sirop, avant toute addition de véhicule aqueux, et, s’il arrive que des poudres aient été prescrites en même temps, celles-ci seront triturées avec les matières de consistance molle, avant même l’addition du sirop.
On triturera les extraits secs dans un mortier, avec une partie du véhicule aqueux, de manière à les bien diviser, en employant de préférence le liquide chaud, à moins que, chargés de matières résinoïdes ou grasses, ces extraits ne soient susceptibles de s’agglomérer par l’effet de la chaleur.
Les huiles fixes, alors qu’elles en feront partie, conjointement avec de la gomme arabique, de la gomme adragante ou du jaune d’œuf, seront émulsionnées par les moyens précédemment indiqués en traitant des émulsions.
Ces sortes de potions offrent tant d’analogie avec les émulsions, qu’elles leur pourraient être assimilées, n’était leur mode d’administration.
Il en serait des corps gras solides comme des huiles fixes, toutefois, après qu’ils auraient été liquéfiés au moyen d’une huile fixe employée comme dissolvant.
Il en serait de même encore des résines, des gommes-résines, des baumes et des huiles volatiles, pour peu, du moins, que leur proportion fût considérable; car, dans le cas contraire, q suffirait d’en former, au moyen du sucre, des oléosaccharuoi et de triturer ceux-ci, d’abord avec le sirop, ensuite avec le liquide aqueux;
Du camphre, pour peu aussi qu’il dût entrer pour une forte proportion dans la composition de la potion, autrement, on se pourrait contenter de le pulvériser au moyen de l’alcool, de le triturer (s’il y avait lieu) avec une poudre destinée à rendre sa division plus complète, puisd’ajoutcr l’eau sans cesser de triturer.
Au cas où l’on prescrirait de faire entrer dans la potion, avec des corps gras, des résines, des gommes-résines, des baumes, des huiles volatiles ou du camphre , un liquide alcoolique ca- Tosi. I, 22
Potion antivomitive de rivière.
338 19e ET 20e LEÇONS.
pable de les dissoudre, on commencerait par les y dissoudre , et îa solution serait triturée avec le sirop d’abord, avec l’eau ensuite , suivant ce qui a été dit tout à l’heure.
Enfin, lorsque les matières premières, semblables au bicarbonate de potasse et au suc de citron, seront susceptibles, en se décomposant mutuellement, de dégager un gaz que l’on aura Fin ton lion de conserver dans la potion , le mélange s’en fera dans un flacon que l’on bouchera immédiatement, afin de retenir en dissolution, à la faveur de la pression exercée par lui, la plus forte proportion possible de gaz ; si mieux, l’on n’aime laisser les matières isolées et les prendre séparément, afin que îa réaction se produise dans l’estomac.
La potion anti-vomitive de Rivière se prépare quelquefois en mêlant dans une fiole, sirop de limons, 32 gr. ; suc de citron, 16 gr.;eau commune, 96 gr.; bicarbonate de potasse, 2gr., avec le soin de verser d’abord l’eau commune sur le sel, de n’ajouter qu’en dernier lieu le suc et le sirop acide, et de boucher rapidement; mais, d’autres fois, on fait prendre au malade, d’abord une cuillerée de solution alcaline préparée avec bicarbonate de potasse, 2 gr. ; eau, 60 gr. ; sirop d’écorce de citron, 15 gr., puis, immédiatement, une dose égale d’une solution acide, contenant suc de citron, 15 gr.; sirop de limon, 30 gr.; eau pure, 30 gr. ;
Il n’isnporte jamais plus au pharmacien de reproduire avec une parfaite régularité, les formules qu’il doit exécuter un certain nombre de fois, que lorsqu’il s’agit des potions à prendre par cuillerées. Outre, en effet, qu’une potion pré^ parée avec les mêmes [substances en mêmes quantités, peut varier d’aspect, d’odeur, de saveur, suivant le mode opératoire ; si bien, que la division plus ou moins parfaite, d’une môme quantité de kermès, amène des colorations très diversement prononcées; que l’addition au sirop, de la teinture alcoolique de castoréum, avant celle de l’eau, fournit un liquide à peu près transparent, dans lequel, du moins ne Ilot lent que des flocons extrêmement légers; tandis que la même teinture, directement ajoutée au mélange d’eau et de sirop, produit une solution louche et tenant en suspension de volumineux flocons;
DES TEINTURES ALCOOLIQUES
l’usage prolongé, que le malade fait de ces sortes de médicaments, la fréquence de leur emploi, en appelant davantage sur eux l’attention, permettent de mieux saisir les différences exté 4 rieures qu’ils pourraient présenter.
XXIe LEÇON.
Solutions h\m IVilnml et h\m lïttjer.
TEINTURES ALCOOLIQUES ET ÉTHÉrÉES.
Les solutions dans Talcool ou dans l’éther des principes médicamenteux, se partagent en teintures alcooliques ou al coulés, et en teintures éth crées ou éthérolés, suivant qu’elles ont pour véhicule l’alcool ou l’éther.
L’usage a conservé à certaines, et plus spécialement aux solutions dans l’alcool , des désignations particulières, celles, par exemple, de quintessence d’absinthe, d’essence royale, de baume du Commandeur, de gouttes anodines anglaises, d’eau vulnéraire rouge, d’eau-de-vie allemande, d’esprit de sel volatil de la pharmacopée de Londres, d’élixirs, alors surtout que le sucre est une de leurs parties constituantes $ mais nous emploierons exclusivement la dénomination de teinture alcoolique ou celle de teinture éthérée.
Des teintures aleoélàques (alçoolés).
Voyons quelles matières médicamenteuses servent à la préparation des teintures alcooliques 3
Quel degré doit marquer l’alcool employé à leur préparation, Comment on l’amène aux degrés de concentration voulus 5 Dans quels rapports s’emploient et l’alcoo! et les matières premières ;
Des matières premières employées à la préparation des teintures.
340 '21e leçon.
Dans quels rapports se retrouvent et le dissolvant et les matières dissoutes ;
Quels motifs font préférer l’alcool au degré de concentration prescrit à l’alcool plus fort ou plus faible ;
Comment on prépare les teintures ;
Quels sont les résultats définitifs des opérations pratiquées à cette intention ;
Quelles altérations les teintures alcooliques éprouvent de la part des agents extérieurs;
Enfin, comment on peut prévenir ces altérations, ou du moins en atténuer les fâcheux effets.
D’après ce que nous avons eu précédemment l’occasion de dire de l’action que la plupart des corps exercent sur l’économie animale, et de la solubilité totale ou partielle du plus grand nombre dans l’alcool , on voit que l’on pourrait faire servir à la préparation des teintures alcooliques, une foule de matières premières. De fait, quoiqu’on ne fasse pas servir à cet usage toutes celles qu’à la rigueur on y pourrait employer, on en emploie habituellement un très grand nombre , parmi lesquelles nous citerons : l’iode, les acides sulfurique, chlorhydrique, azotique, l’ammoniaque, les carbonates de potasse, de soude, d’ammoniaque, Tiodure de potassium, le chlorhydrate d’ammoniaque, le chlorhydrate d’ammoniaque et de fer, l’alun; l’acide benzoïque , le sucre, tous les alcalis végétaux à l’état de sels ou libres, les huiles volatiles, les résines, les gommesrésines, les baumes, presque toutes les racines, les écorces, les feuilles, les fleurs, les sommités fleuries, les semences; le castoréum, l’ambre gris, le musc, la civette, la cochenille, les cantharides; même des composés essentiellement pharmaceutiques, tels que l’extrait d’opium, la thériaque, et le sirop de violettes.
Il serait assez vrai de dire, que chaque fois que la matière médicale s’enrichit de quelque nouvelle substance, pour peu qu’elle puisse céder quelque chose à l’alcool , on en prépare une nouvelle teinture.
Les matières premières sont-elles employées isolément, on a une teinture simple ; le sont-elles plusieurs ensemble, on a une
©ES TEINTURES ALCOOLIQUES, 341
teinture composée. Elles sont prises, le plus ordinairement, à l’état de parfaite siccité; parfois, cependant, à l’état frais. Ainsi les solutions introduites depuis quelques années dans la pratique médicale, sous le nom d’alcoolatures , et que l’on prépare avec des plantes fraîches, sont, pour les auteurs du Codex, de véritables teintures.
De son côté, l’alcool qui doit servir à leur traitement, doit être pur , de telle sorte qu’à défaut d’esprit-de-vin, il ne faudra faire usage que d’esprit de fécule parfaitement rectifié.
Dans le but d’éviter l’emploi possible de l’alcool marquant toute espèce de degré, on n’emploie en général, que de l’alcool marquant à la température de -|~ 15°, l’un des trois degrés cidessous :
86° centisimaux représentant en nombres ronds 34° Cartier, ou 36° Baumé. 8Qo — — — 31° — 33° —
Le Codex prescrit de traiter par l’alcool à 86»,
Le succin ,
Les résines ,
par l’alcool à 80° :
L’ambre gris ,
La racine d’asarum ,
— cannelle,
— cascarille,
Les gommes-résines , — baumes ;
Le castoreum , La digitale , L’ellébore noir, Le girofle ,
La noix vomique , Le musc ,
— safran,
Etc. ;
par l’alcool à 56° :
L’absinthe,
Le cachou .
Les cantharides ,
Le colchique ,
L’extrait d’opium, La gentiane,
Le gaiac (bois), L’ipécacuanha,
Le quinquina,
La rhubarbe
— scille,
— valériane, etc.
Par exceptions cependant, et pour certaines teintures dont les formules ne figurent même pas au Codex, on se sert d’alcool marquant des degrés spéciaux , même de liquides alcooliques renfermant autre chose que de l’alcool et de l’eau : de rhum pour Telixir antigoutteux de Villette ; d’eau-de-vie pour l’élixir de scammonée composé ; d’alcoolat de cochléaria composé, pour la teinture de Raifort composée; d'alcool étendu d eau distillée de cannelle, pour la teinture d’opium cinnamonée ; d’alcool étendu de suc d’oseille, pour la teinture sulfurique
oxalidée de Theden.
Du degré de l’alcool.
3 4 “2 21e h fi coj*.
Dps moyens L’on amène l’alcool faible aux degrés supérieurs voulus, par
d’amener l’ai- . , * . , ,, . ,
cooi aux degrés |eg moyens indiqués en traitant de fa concentration de ! alcool j
VOlllUCS» J Si * *
l’on affaiblit, l’alcool concentré par l’addition de l’eau distillée. L’eau commune introduirait dans le médicament des matières étrangères, capables d’influencer défavorablement sa composition ; par exemple, dans le cas de la présence du carbonate de chaux, elle pourrait amener la décomposition des sels de codéine et de morphine de l’extrait d’opium.
On remplace l’eau distillée simple, par une eau distillée médicamenteuse, ou par toute autre liqueur aqueuse, si la formule le prescrit.
tiens ^relatives S’agit-il de teintures simples ; le Codex prescrit, en général, ddes! matières 1 1 partie de matière contre h parties d’alcool, bien que par expremières, ceptions il prépare les teintures :
De cantharides avec ^
D’extrait d’opium |
De succin j
De camphre ou eau-de-vie camphrée j
cantharides, 1 partie, alcool. ... 8
extrait. .
alcool. .
succin. .
alcool. .
camphre, alcool. .
Au contraire, lorsqu’il s’agit de teintures composées, il n’existe plus de rapports constants, soit entre le poids du véhicule et la somme des matières premières, soit entre le poids de ce véhicule et le poids de chacune de celles-ci •
Dans la teinture vulnéraire ,
L’alcool est à la somme des matières premières :: 1000 * 576.
A chacune d’elles. ; ; 1000 : 32.
Dans la teinture aromatique.
L’alcool est à la somme des matières premières :: 1000 l 224.
— aux noix muscades :t 1000 j 64.
— à la cannelle ;; 1000 j ■ 48.
On ne saurait vouloir, que toutes les teintures alcooliques soient préparées dans les mêmes proportions ; l’étal physique si différents des matières , leur composition chimique si variable , leur action sur l’économie animale si diversement prononcée , sont autant de causes qui s’opposent à ce qu’il en soit ainsi j mais il serait à désirer qu’elles présentassent toutes entre
DES TEINTURES ALCOOLIQUES
l’alcool et leurs autres composants , des rapports simples que la mémoire du médecin pourrait aisément retenir. Aussi M. Guibourt avait-il eu motif de reprocher aux auteurs du Codex de 1818 , d’avoir, eu portant à 64 onces la quantité d’alcool que la formule originale de la teinture d’aloës composée, avait fixée à 54 pour 9 gros d’aloës, changé le rapport simple primitif de 1 d’aîoës à 48 d’alcool, en celui fractionnaire de 7 à 56, 89.
Les auteurs du dernier Codex, mettant à profit celte observation, ont prescrit 36^r d’aloës pour i 72 8gr d’alcool (i d’aloës pour 48 d’alcool); malheureusement, ils ne se sont pas aperçus, qu’en donnant pour équivalents aux nouveaux, ces poids anciens (9 gros d’aloës et 3 livres 7 onces d’alcool), ils retombaient dans le défaut qu’ils avaient évité d’autre part. En effet, ces derniers nombres, donnent le rapport de 1 à 48, 81.
M. Guibourt, se fondant sur diverses considérations au nombre desquelles l’impossibilité d’épuiser les matières premières au moyen de 4 fois seulement leur poids d’alcool , le désagrément de l’emploi de teintures résineuses faites au quart , tant sous le rapport de la fermeture des vases, que sous celui des magma résineux qu’elles forment dans les potions, l’usage que font presque tous les peuples de l’Europe, de teintures moins chargées que les nôtres, prescrit 8 parties d’alcool pour i de matières, au lieu de 4. Nous n’en croyons pas moins les pharmaciens dans l’obligation de se conformer aux prescriptions du Codex. Nul n’a le droit de les changer, si ce n’est dans le cas d’une évidente erreur ; il est d’ailleurs une considération qui prime toutes les autres , c’est qu’il s’agit moins d’épuiser les matières premières de leurs principes solubles, que d’obtenir des teintures aussi chargées que possible.
Si les teintures sont préparées avec des matières complé- Des rapports tement solubles, le rapport entre le poids de la substance le dissolvant et dissoute et le poids du dissolvant, reste nécessairement ce qu’il ledSiS0auteersf était entre le poids du véhicule et le poids de la matière mise en expérience.
Par exemple, la teinture d’extrait d’opium renferme 1/13 de son poids d’extrait, et la teinture de camphre 1/41 de cam-
344 21e LEÇON.
Les teintures préparées avec des résines, des gommes-résines, des baumes, seraient dans le même cas, si ces baumes, ces résines étaient employés purs; mais, comme le commerce les fournit mélangés de matières étrangères, ligneuses, terreuses ou autres, il est de fait, que la persistance de rapport qui devrait avoir lieu n’existe pas.
C’est ainsi que, d’après le Codex de 1818, de deux expériences faites, l’une avec 1 partie de baume de Tolu et 4 d’alcool, l’autre avec 1 partie de myrrhe et 4 encore d’alcool; la première donna le rapport de 1 de baume dissous à 4,88 d’alcool, la deuxième le rapport tout différent, de 1 de myrrhe dissoute à 17 d’alcool.
C’est ainsi encore que, très certainement, on eût obtenu des résultats non moins différents, si l’on eût expérimenté sur l’échantillon de l’Abdanum analysé par M. Pelletier, et sur celui analysé par M. Guibourt; puisque le premier cédait à l’alcool 20 pour 100 seulement , et le second 86 pour 100 de matières solubles.
De là , l’indispensable nécessité , recommandée par tous les pharmacologistes, de choisir aussi purs que possible, les résines , les gommes-résines, et les baumes.
Quelque soin que Ton apporte dans leur choix, leurs différences décomposition continuent d’être telles, qu’au lieu de se contenter d’employer des proportions constantes d’alcool , de résines, de gommes-résines ou de baumes, il serait bon, ce me semble, de déterminer chaque fois par l’évaporation d’une partie de la teinture, la proportion réelle de matière dissoute; afin, au besoin, d’étendre ou de charger davantage la dissolution. Pour plus de facilité, on pourrait préparer avec des quantités in déterminées d’alcool, de résine ou de baume, des espèces d’extraits, dont on dissoudrait ensuite des proportions déterminées et constantes, dans Palcool.
Quand , au contraire, les teintures sont préparées avec des bois, des écorces ou toutes autres matières formées de principes, les uns solubles, les autres insolubles dans le véhicule ; le rapport entre le poids des principes dissous et le poids du dissolvant , est tout différent de celui qui se trouvait exister entre
DES TEINTURES ALCOOLIQUES
le poids de ce dissolvant et le poids des matières mises en traitement.
Ainsi;, bien qu’on la prépare avec 1 partie d’écorce et 4 d’alcool , la teinture de quinquina renferme moins de 1/5 de son poids de matières dissoutes, puisque l’écorce laisse un résidu considérable.
Il n'existe aucun moyen de contrôle pour des solutions de ce genre, aucun moyen de s’assurer qu’une même teinture préparée en deux fois, offre une parfaite identité de composition. L’évaporation ne fournirait que des données inexactes, attendu que l’énergie d’une teinture, n’est pas nécessairement proportionnelle à la somme des matières dissoutes. D’un autre côté, l’analyse quantitative, même en la supposant possible, pourrait conduire à des conséquences erronées, attendu que le mode d’association des principes actifs exerce , à n’en pas douter • une influence notable sur les propriétés de la dissolution. On devra donc employer de l’alcool de même nature et au même degré, des matières premières aussi parfaitement identiques entre elles que possible ; mettre l’alcool et ces matières en contact en mêmes quantités, et dans les mêmes conditions, afin que les teintures offrent du moins une analogie telle qu’elle puisse en quelque sorte équivaloir à l’identité par» faite.
Dans le choix des liqueurs alcooliques à différents degrés D0n\ déterminé qu’ils ont prescrits ,, les pharmacologistes ont principalement %éhicuiesdeS été guidés par la connaissance qu’ils avaient de leur pouvoir prescrits, dissolvant. Par exemple, les auteurs du Codex ont prescrit de traiter les résines et les baumes par l’alcool à 86°, parce que l’expérience avait depuis longtemps appris, que ces substances, se dissolvent d’autant mieux dans l’alcool, qu’il est plus conconcentré. Ils ont prescrit de traiter certaines matières végétales par l’alcool à 80°, d’autres par l’alcool à 56°, ou parce que, ayant évaporé comparativement des teintures préparées avec chacune de ces substances et des liqueurs alcooliques, à des degrés différents, ils ont trouvé qu'à poids égal, les teintures obtenues avec les alcools dont ils ont fait choix , fournissaient des résidus plus abondants, ou parce qu’ils ont tenu compte de
2 Ie LEÇON
la solubilité comparée, des principes actifs de ces mêmes substances, dans des alcools à différents degrés.
Relativement au choix fait par eux de Palcool à 86°, pour la préparation des teintures avec les baumes et les résines ; aucune objection 'sérieuse, puisqu’en préparant ces teintures, on se propose de dissoudre la totalité delà masse, et que Palcool à 86° produit mieux ce résultat que ne le ferait Palcool à 86°, et surtout Palcool à 56°.
Mais, quant aux autres, puisque l’énergie d’une teinture quelconque dépend moins de la proportion d’extrait qu’elle peut fournir par l’évaporation, que de la proportion et de l’état sous lequel s’y trouvent les principes véritablement médicamenteux, il est permis de penser, que l’alcool au degré prescrit par le formulaire légal, pourrait parfois être remplacé avantageusement par de l’alcool plus concentré ou plus faible.
Il se pourrait aussi, que les principes actifs des matières premières, bien que plus solubles à l’état de pureté dans Palcool prescrit que dans tout autre , associés qu’ils y sont à des principes de propriétés toutes différentes, fussent moins facilement dissous par cet alcool , que par de l’alcool plus concentré ou plus faible. Gela est tellement dans les choses possibles, que les principes actifs du quinquina gris, quoique plus solubles dans Palcool concentré que dans Palcool faible , sont cependant extraits en plus grande quantité de l’écorce par Palcool à 56°, que par Palcool à 86° ; sans doute que les matières gommeuses qui Py accompagnent, se trouvant concrétées par Palcool concentré , à. la surface des molécules solubles, les défendent de son contact immédiat , tandis que Palcool moins concentré ne fait que les disgréger, et pénètre jusqu’au centre de l’écorce.
Cette observation de M. Guibourt, a précisément fait préférer par les auteurs du Codex, Palcool à 56° à Palcool à 86°, pour la teinture de quinquina.
Il n’appartient, bien entendu, qu’aux expériences thérapeutiques, de prononcer en dernier ressort, sur le plus ou moins d’efficacité, de teintures préparées avec des liqueurs alcooliques à des degrés différents ; mais , à leur défaut, on peut tirer de très utiles indications des résultats analytiques , et des connais-
DES TEINTURES ALCOOLIQUES
sauces acquises, sur la solubilité dans l’alcool et dans l’eau des principes immédiats végétaux , elles conduisent aux conséquences suivantes :
Plus l’alcool sera concentré, et plus la teinture sera chargée des principes actifs.
De l’absinthe,
De la barbotine ou semen-contra
De la cascarille,
De la cévadille ,
Des cubèbes,
De l’ellébore noir ,
Du. gingembre ,
Du safran,
De
la salsepareille ,
Du tabac ,
) Si l’on admet avec M. Braconnot, qu’elle doit ses proj priétés à une huile volatile et à une matière résinoïde.
IQue Ton admette avec M. Bouillon-Lagrange, qu’elle doit ses propriétés à l’huile volatile , ou avec MM. Kahler et Àlms, qu’elle les doit à l’huile volatile et à une matière particulière ( barbotine ) , puisque celle-ci est plus soluble dans l’alcool que dans l’eau.
I Si l’on admet avec Trommsdorff, qu’elle doit ses effets, uniquement à une huile volatile et à une résine amère; car si l’on admettait qu’elle les doit à la matière extractive amère qui les accompagne , comme cette matière est aussi soluble dans l’eau que dans l’alcool , il serait indifférent de faire usage d’alcool faible ou d’alcool coucentré.
ISi ses propriétés sont dues au gallate acide de vératrine et de sabadilline, au sabadillin et à l’acide cévadique; car tandis que les gallates sont également solubles dans l’eau et dans l’alcool , le sabadillin et l’acide cévadique ne le sont que dans l’alcool. .
( Puisque leurs propriétés résident dans l’huile volatile et la (résine (Yauquelin).
| Qui doit ses propriétés à une huile volatile et un acide gras ( volatil , analogue à l’acide cévadique , et à une résine.
IDans lequel existent, suivant Morin, une huile volatile et une résine , auxquelles on peut exclusivement attribuer ses effets, en observant toutefois, que suivant Bucholtz on y trouverait en outre une matière extractive amère, échauffante, soluble dans l’alcool et dans l’eau.
(Puisque son principe essentiellement actif, est une huile volatile et que d’ailleurs son principe colorant est plus soluble dans l’alcool que dans l’eau.
f Si l’on admet que ses propriétés sont dues au principe ) particulier qu’on a nommé parigline , smilacine, salsepajrine, ce principe étant très peu soluble dans l’eau, très ( soluble dans l’alcool.
[ Dont le principe âcre volatil , quoique soluble dans l’eau, | l’est davantage encore dans l’alcool.
Puisque ces matières paraissent devoir leurs propriétés de la cannelle i thérapeutiques, aux huiles volatiles qu’elles renferment.
du girofle , J
! Puisque ces deux matières, paraissent devoir leur activité à leurs principes, et que les résines sont insolubles dans l’eau, peu ou point solubles dans l’alcool faible et généralement solubles dans l’alcool concentré.
(Dont l’huile acide en partie combinée à l’ammoniaque et surtout l’huile volatile , causes principales sans doute , de son action sur l’économie animale , ne se dissolvent ni dans l’eau , ni uans l’alcool faible.
De l’angélique , l’anis , l’aunée.
t»m r/KfnrAim, f Dont l’action paraît exclusivement résider dans l’huile vo- ’ \ latile, suivant Laugier, Bouillon-Lagrange et Brandes.
| Car la cantharidine de M. Robiquet , est p ir elle-même Des cantharides,^ soluble dans Palcool, tandis qu’elle ne le devient dans l’eau, ( qu’à la faveur de la matière jaune qui l’accompagne.
Plus Palcool sera faible et plus la teinture sera chargée des principes actifs :
(Puisque d’après MM. Pelletier et Caventou, cette racine doit ses propriétés diurétiques au surcahincate de chaux, et que ce sel est plus soluble dans l’eau que dans l'alcool.
{Puisque le principe actif de cette racine, suivant Feneulle, Dulong d’Astafort et Folchi , serait aussi plus soluble dans l’eau que dans l’alcool.
Il semble à peu près indifférent d’employer de Palcool concentré ou de Palcool faible , au traitement : ,
Du cahinca ou caï'nça,
Du polygala de Virginie ,
!Si l’on admet avec MM. Caventou et Leonardi, qu’elle doit ses propriétés toniques à une matière amère également soluble dans l’alcool et dans l’eau, abstraction faite de ce qu’elle peut devoir à l’huile volatile des propriétés excitantes.
De la belladone,
De la racine d’azarum,’
Du colchique.
Du columbo ,
Du datura stramonium ,
De la digitale,
De l’ellébore blanc ,
Du houblon , De|l’ipécuanha ,
ISoit qu’on admette avec Vauquelin , qu’elle doit ses propriétés à une substance amère particulière, soit qu’on admette avec divers chimistes , qu elle les doit à un sel d’atropine , puisque dans les deux cas le principe actif serait aussi soluble dans l’alcool que dans l’eau.
ISi, négligeant l’huile volatile qu’elle renferme, on attribue ses propriétés thérapeutiques à la matière particulière soluble dans l’alcool et dans l’eau, que MM. Lassaigne et Feneulle comparent à la cytisine, et que M. Regimbeau appelle azarinc.
f Puisque le galiate acide de vératrine de MM. Pelletier et j Caventou, est à peu près également soluble dans l’alcool et \ dans l’eau.
! Puisque le colombine est à très près aussi, également J soluble dans l’alcool et dans l’eau.
{Puisqu’il en est de même encore des principes actifs de cette plante , qu’on admette avec quelques chimistes qu’elle renferme un sel acide de daturine, ou bien ayec d’autres, une matière extractive particulière.
/ Si l’on admet, avec Dulong d’Astafort , que son principe ( actif est une matière amère très soluble dans l’alcool et dans \ l’eau, ou avec d’autres chimistes, qu’elle contient un sel ’ acide de digitaline, puisque tous les sels à bases d’alcaloïdes avec excès d’acide , sont solubles dans ces deux véhicules. Mais si l’on admet avec Rein et Haase, que ses propriétés sont dues à une huile volatile , et à une matière résineuse , mieux vaudrait l’alcool concentré.
Le galiate acide de vératrine, nous l’avons dit en parlant du colchique, étant soluble dans l’alcool etdant l’eau.
I Car la lupuline est aussi soluble dans l’eau que dans l’alj cool.
( Car l’émétine de MM. Pelletier, Richard et Barruel , est 1 soluble dans l’eau et dans l’alcool.
DES TEINTURES ALCOOLIQUES. 349
De la noix vomique.
Du ratanhia,
De la scille ,
Des feuilles et des follicules de séné,
Caries sels acides de strychnine et de brucine de MM. Pelletier et Caventou , sont solubles dans l’alcool et dans Peau, à peu près au même degré.
Puisque, suivant tous les auteurs, cette racine doit ses propriétés à une variété de tannin.
La scillitine étant soluble dans Peau et dans l’alcool.
La cathartine de Lassaigne et Feneulle, étant aussi soluble dans Peau que dans l’alcool.
Dans ce dernier cas, si Ton trouvait avantage à faire usage d’alcool concentré ou vice versa , ce ne pourrait être, que pour des motifs indépendants des propriétés que présentent, à l’état de pureté, les principes actifs des matières premières ; ce serait, parce que l’alcool concentré, sans action sur la fécule amylacée, et dissolvant bien les principes huileux et résineux, éliminerait davantage les matières inertes, ou faciliterait davantage P action dissolvante du liquide sur les principes actifs; au contraire , parce que l’alcool faible, sans action sur les principes huileux ou résineux, et dissolvant bien le sucre, disgrégeant les matières gommeuses , offrirait des avantages du même genre, etc., etc.
Le mode de préparation des teintures alcooliques, varie sui- D? ,a PréPara-
^ ^ ®© »i UH UCiJ Lulst”
vant que les matières premières sont liquides ou solides, com- turcs simples plétement ou partiellement solubles dans le véhicule, employées isolément ou plusieurs ensemble. Sont-elles liquides et complètement solubles, comme les acides chlorhydrique, sulfurique, l’ammoniaque, les huiles volatiles; on les ajoute à l’alcool dans les proportions prescrites, sans que d’ordinaire il importe de verser un des liquides dans l’autre, plutôt que d’agir en sens inverse; cependant, si l’on emploie l’acide sulfurique, il faut avoir le soin de verser l’acide dans l’alcool, afin d’éviter que les premières portions de celui-ci, se trouvant au contact d’une masse considérable d’acide concentré très avide d’eau, se colorent par suite de la mise à nu d’une portion de carbone, ou plutôt de la production d’une matière très carbonée.
Les matières premières sont-elles solides et complètement solubles, qu’elles soient d’ailleurs, prises isolément , ou plusieurs ensemble ;
On les introduit, convenablement divisées, dans des flacons ordinaires ou dans des matras à long col ; l’on verse dessus l’al^
2i* LEÇON.
Teinture d’lode,criodiire de potassium, de camphre, de baume de Tolu, etc.
Teintures alcooliques avec les leuilles les racines, les écorces, etc.
cool, en ayant, à chaque affusion, la précaution d’agiter pour empêcher le mélange de se prendre en masse au fond du vase ; on ferme le flacon ou le matras , au moyen d’un bouchon , ou d’un parchemin percé de trous d’épingle • on laisse macérer ou digérer à l’étuve, au soleil ou au bain de sable , à une température de -j- 25° environ, en agitant de temps à autre. Quand la dissolution est complète, on laisse refroidir, et définitivement on filtre au papier, le plus possible dans un entonnoir fermé, afin de prévenir la déperdition des vapeurs alcooliques.
Les teintures d’iode, d’iodure de potassium, de camphre, de baume de Tolu, d’aloës, d’extrait d’opium, et beaucoup d’autres, se prépareront par ce procédé.
Les matières premières sont-elles à la fois solides , incomplètement solubles, et employées isolément ;
On les introduit avec l’alcool dans un vase approprié ; on fait digérer le mélange pendant un temps d’autant plus long, que le tissu de ces matières est plus compact, que leurs principes actifs sont moins solubles , ou plus enveloppés de principes insolubles j d’ordinaire, durant 15 à 20 jours, on laisse le mélange revenir à la température de l’atmosphère; on décante le liquide surnageant ; on exprime le résidu dans un linge fortement et promptement, afin tout à la fois de perdre une moindre quantité d’alcool , par là de ne pas changer l’état de concentration du produit, et de laisser dans le résidu une moindre quantité de solution : on réunit toutes les liqueurs, on les filtre au papier.
L’emploi de la lixiviation serait moins avantageux, en ce que les conditions variables dans lesquelles s’exercerait l’action du véhicule, suivant que les poudres seraient plus ou moins ténues, plus ou moins tassées, que l’infiltration de l’alcool serait plus ou moins rapide, pourrait modifier les résultats, etc.; surtout, en ce que l’addition de l’alcool sur le résidu imprégné de teinture, dans le but de déplacer celle-ci, pourrait : ou bien, introduire dans la solution un excès d’alcool qui l’affaiblirait d’autant, si la portion employée au déplacement , et que nous savons se mélanger presque inévitablement avec le liquide inférieur , était prise en dehors de celle qui doit servir au traite-
DES TEINTUBES ALCOOLIQUES.
ment proprement dit ; ou bien, laisser dans le résidu à l’état d’alcool plus ou moins dépourvu de principes solubles, en augmentant par suite l’état de concentration de la teinture , une partie de celui que l’on aurait réservé pour cet usage spécial, si l’on fractionnait la quantité d’alcool prescrite , dans le but de l’employer , partie à la dissolution , partie à l’élimination des dernières portions de teinture.
Les inconvénients de cette méthode seraient encore plus grands, au cas où, par économie, on prétendrait déplacer au moyen de Peau les dernières portions de teinture. Le mélange des deux liquides, changerait presque dès le début, toutes les conditions de l’expérience.
Les teintures simples avec les racines, les écorces, les feuilles, les fleurs, les semences, et leurs analogues, se préparent ainsi qu’il vient d’être dit par digestion , en la faisant suivre de l’expression et de la filtration.
Enfin, les matières premières étant solides, toutes ou du De la prépara-
moins quelques unes, partiellement solubles dans le véhicule, tures compo
* sées
sont-elles employées plusieurs ensemble 5 tantôt on agit comme dans le cas précédent, ainsi fait-on pour la teinture vulnéraire T eiliiérsUreTllî avec les plantes vulnéraires et quelque peu de cochenille destinée à colorer le produit ; tantôt on fait macérer, ou plutôt digérer sur la totalité des matières premières la moitié seulement de l’alcool ; on exprime, on reverse sur le résidu le restant de l’alcool- on fait digérer, on exprime de nouveau, on réunit les liqueurs des deux opérations, et l’on filtre au papier.
Ainsi prépare-t-on la teinture d’aloës composée avec : aloës succotrin, 36 parties; racine de gentiane, de rhubarbe, de zedoaire, safran, agaric, thériaque, de chaque 4gr; alcool à 56° cent., 1728 g r., parce que la proportion d’alcool est assez forte pour qu’on le puisse fractionner.
Tantôt, surtout alors que les matières premières sont très diversement attaquables par l’alcool , mettant à profit cette observation bien connue, qu’un liquide tenant en solution une matière quelconque , alors même qu’il en serait saturé, reste capable de dissoudre toute autre matière; on commence par faire macérer ou digérer l’alcool sur les matières les plus diffi-
Teinture d’aloës composée.
cilement attaquables, pour ensuite le mettre en contact avec les autres.
Teinture bal- Le baume du commandeur ou teinture balsamique, avec : samique. racjne d’angélique, 16 p. ; fleurs d’hypéricum, 32 p.; myrrhe,
16 p.; oliban, 16 p.; baume de Tolu, 96 p.; benjoin, 96 p.aloës succotrin, 16p.; alcool, 1 125 p.; se prépare, par exemple, en faisant digérer pendant 8 jours dans l’alcool à 80°, Fangélique et l’hypéricum ; exprimant, versant le produit de cette première opération sur la myrrhe et l’oliban; exprimant de nouveau après 8 autres jours de digestion, et finalement traitant à leur tour le baume de Tolu, le benjoin, î’aloës, par macération prolongée 15 jours.
Quelques praticiens ont proposé de traiter l’hypéricum et l’angélique par la moitié de l’alcool ; la myrrhe et l’oliban par un quart ; le baume de Tolu , le benjoin, l’aloës et l’ambre gris par l’autre quart ; de réunir les produits de ces trois traitements, et de filtrer j mais, en agissant ainsi , on court le risque de ne pas produire aussi complètement la dissolution des principes solubles, surtout l’épuisement de l’hypéricum et de l’angélique; car il est évident que telle substance soluble en entier dans la totalité de l’alcool prescrit, ou susceptible d’être épuisée par elle, peut se comporter autrement avec la moitié, à plus forte raison avec le quart de cette quantité.
De la eompo- Quels que soient leurs procédés de préparation, les teintures t ures simples" sûnples préparées avec des substances solubles sans résidu dans l’alcool , renferment ces mêmes substances.
Les teintures d’iode, d’iodure de potassium , d’acétate de morphine, renferment donc l’iode, l’iodure, l’acétate, comme la teinture d’aloës renferme l’huile volatile , la matière extractive, la matière résinoïdc de ce suc épaissi. A leur tour, les teintures simples, à la préparation desquelles on fait servir des matières végétales ou animales, en partie seulement solubles, renferment ceux des principes constituants de ces substances qui se dissolvent dans l’alcool , ou le font à la faveur de ceux qui les accompagnent.
L’analyse d’une matière de ce genre étant donnée, les pro priétés de ses principes constituants étant connues , on peut
DES TEINTURES ALCOOLIQUES
à priori , conclure îa composition de la teinture que cette matière aurait servi à préparer.
L’analyse de M. Pelletier, ayant constate dans l’ipécacuanha gris la présence de l’acide gailique, de l’émétine, d’une matière grasse, en partie fixe, en partie volatile, de la cire, de la gomme, du ligneux; et, parmi ces matières, l’émétine, la matière grasse , l’acide gailique, la matière extractive , îa cire même, étant solubles dans l’alcool à l’exclusion des autres, on serait autorisé à penser, que le résidu du traitement par l’alcool , sc compose essentiellement de la gomme, du ligneux, de l’amidon, tandis que les autres principes font partie de la teinture.
Cependant, comme îa présence simultanée de ces différents principes, pourrait amener la solubilité partielle des principes insolubles, ou l’insolubilité partielle des principes solubles, on ne peut davantage être fixé sur la composition d’une teinture, tant que l’on n’en a pas fait l’analyse, qu’on ne peut l’être sur celle des solutions aqueuses que l’on n’a pas analysées.
Un moyen préférable de prévoir quelle peut être îa composition de teintures, serait de consulter les résultats des expériences, que les analystes ont le plus ordinairement tentées sur des dissolutions analogues; préparées dans le but d’isoler les principes solubles dans l’alcool, des matières sur lesquelles ils expérimentaient.
MM. Pelletier et Caventou ont trouvé que le produit du traitement par l’alcool bouillant du quinquina gris, contenait : une matière grasse verte, des quinates de quinine et de cinchonine, de la gomme, du rouge cinchonique soluble et du rouge cinehonique insoluble dans l’eau, une matière colorante jaune. Il faut joindre à ces substances la combinaison de rouge cinchonique et d’alcaloïdes, découverte par MM. Henry etPlisson.
Suivant les mêmes chimistes, la racine de caïnça aurait cédé à l’alcool à 35° , une matière grasse verte d’odeur nauséabonde, une matière particulière, une matière colorante jaune, une matière visqueuse, du surcaïnçatc de chaux, de l’acide caïncique.
M. Morin a séparé du gingembre, au moyen de l’alcool à 40° bouillant, de l’huile volatile, de la résine, de la sous-résine, de l’acide acétique libre, de l’acétate de potasse, des matières T<m. I» 23
21e LEÇON.
De îa
composition des teintures composées.
extractives et azotées, de la gomme, une matière végétoanimale.
Lecastoréum traité par l’alcool lui cède, au dire de M. Laugier et de M. Bouillon-Lagrange, de l’huile volatile, de Pacide benzoïque, de îa résine, une matière colorante, une matière adipocireuse (castorine), des sels.
Le musc, épuisé par le même véhicule, lui abandonne, disent MM. Guibourt et Blondeau , de îa stéarine, de Poléine, de la cholestérine, de Poléate d’ammoniaque, du margarate d’ammoniaque, de l’huile volatile, du chlorhydrate d’ammoniaque, des chlorures de potassium et de calcium, un acide indéterminé en partie combiné aux mêmes bases.
Par conséquent il est à penser, que Iqs teintures de quinquina, de caïnça, de gingembre, de castoréum et de musc des pharmacies, renferment les mêmes principes que les dissolutions alcooliques dont il vient d’être fait mention. Les différences qui pourraient provenir de ce que les analystes auraient fait usage d’alcools à d’autres degrés que ceux prescrits par le Codex, et les auraient fait réagir à d’autres températures, pourraient être négligées.
Quant aux teintures alcooliques composées, il est véritablement impossible de déterminer, à priori , quelle peut être leur composition. Les principes, qui très probablement eussent fait partie des teintures simples, si les substances qui les contenaient eussent été traitées isolément, peuvent se trouver éliminées, alors qu’on traite celles-ci toutes ensemble. Par exemple, de ce que la vanille renferme de Pacide benzoïque libre, l’opium, des méconates acides de codéine et de morphine ; de ce que cet acide et ces sels sont solubles dans l’alcool, il est à peu près certain que Pacide benzoïque fait partie de la teinture de vanille, que les sels de morphine font partie de la teinture d’opium; mais, dans l’élixir parégorique de la pharmacopée d’Edimbourg, avec Pacide benzoïque, l’opium, le safran, l’huile d’anis et l’ammoniaque liquide , l’ammoniaque doit saturer l’acide libre, déplacer la morphine et la codéine, de telle sorte, que le liquide doit renfermer du benzoate, du méconate d’ammoniaque, de la morphine et de la codéine libres.
DES TEINTURES ALCOOLIQUES
La présence dans plusieurs de ces teintures^ de l’acide sulfurique, de l’acide azotique, des carbonates de potasse, de soude et d’ammoniaque, en rendant les réactions possibles plus nombreuses, vient encore compliquer la question.
N’est-il pas probable que l’addition de l’ammoniaque liquide à la teinture de valériane, dans le but de faciliter la solution de ses principes actifs, sature l’acide valérianique ?
Que la trituration du carbonate de potasse sec, avec l’ambre, le musc et plusieurs huiles volatiles, avant l’addition de l’alcool, dans la préparation de l’essence royale, amène la formation d’un benzoate de potasse, aux dépens de l’acide benzoïque libre de l’ambre j la décomposition des sels ammoniacaux, la saturation des acides libres du musc, l’altération par l’air des huiles volatiles. N’est-il pas probable encore, que la présence de l’acide sulfurique concentré, conjointement avec de nombreuses matières organiques, dans l’élixir vitriolique de mynsicht, est la cause de la coloration en noir de cette teinture. M. Bouîîay, afin de prévenir cette altération profonde, a même proposé de faire macérer sur les plantes, la totalité de l’alcool préalablement additionné d’acide, et non pas, comme le prescrivaient les anciens formulaires, la moitié seulement de l’alcool acide, en n’ajoutant que plus tard le reste de l’alcool.
Ne se peut-il pas faire enfin, puisque, d’après M. Felouze, l’acide carbonique décompose l’acétate de potasse dissous dans l’alcool, tandis qu’au contraire le carbonate de potasse dissous dans l’eau, est décomposé par l’acide acétique; puisque, d’après le même chimiste, l’acide acétique dissous dans l’alcool, perd la propriété de décomposer la plupart des carbonates ; partant, puisque la présence de l’alcool modifie notablement certaines propriétés des corps; que, dans l’alcool, cessent de se produire des réactions, qui ne manqueraient pas d’avoir lieu au sein de l’eau.
Il n’est pas plus facile de préciser les modifications que les teintures alcooliques sont susceptibles d’éprouver avec le temps. Toutefois on peut dire, que ces médicaments sont infiniment moins altérables que ne le sont les solutions aqueuses, pour les motifs précédemment exposés en parlant des alcoolats, et aussi,
356 21« LEÇON n
parce que les principes résineux, huüeux fixes et huileux volatils, dont l’alcool se charge de préférence, sont infiniment plus stables que les principes sucrés et gommeux.
Presque constamment les altérations qu’elles éprouvent en vieillissant, paraissent se borner à des changements de couleur, que favorise le contact de la lumière, et à la précipitation d’une partie des matières primitivement dissoutes.
Avec le temps, la teinture d’ambre gris laisse déposer un peu d’ambréine et de matière résinoïde noire.
La teinture de safran, de la matière colorante (polychroïte), laquelle, d’abord dissoute à la faveur de l’huile volatile qui l’accompagne, finit par s’en séparer et par se précipiter ;
La teinture de quinquina, du rouge cinchonique ; la teinture d’écorces d’oranges, de l’hespéridine plus ou moins régulièrement cristallisée;
L’eau de Rabel ou alcool sulfurique, du sulfate de plomb que renfermait l’acide employé.
D’autres fois, cependant, des altérations profondes se font apercevoir.
L’alcool nitrique, acquiert peu à peu une odeur prononcée de pommes de reinette, qu’il doit à la formation d’une petite quantité d’éther azoteux; il s'y produit en môme temps des acides acétique, malique, oxalique, de l’oxyde d’azote qui se dégage.
L’alcool chlorhydrique, produit également à la longue, de l’éther chlorhydrique.
L’alcool sulfurique, après avoir tout d’abord formé du bisulfate d’alcool par la combinaison directe de l’acide avec l’alcool ? fournit ensuite, aux dépens de ce bisulfate, dont les éléments se dissocient, de l’éther et bientôt après, par suite de réactions plus complexes, de l’acide oxalique.
La teinture d’iode, pour peu qu’elle ait le contact de la lumière, s’acidifie, de l’acide iodhydrique s’y développe.
A l’air, la teinture de protochlorure de fer, par le report de tout le chlore sur une portion du fer, et par l’oxygénation du fer réduit, donne naissance à une combinaison de peroxyde et de perchlorure de fer qui se précipite.
Pour prévenir autant que possible leurs altérations, il faut :
DES TEINTURES ÉtHÉREES. 357
enfermer les teintures dans des flacons susceptibles d’ètre très hermétiquement fermés, les en remplir complètement, conserver ces flacons à l’abri de la lumière et de fa chaleur.
Avant de terminer l’étude des teintures, il importe, que nous revenions sur ce que nous avons dit au commencement de cette leçon, de l’assimilation que les auteurs du dernier Codex ont faite entre les teintures proprement dites et les médicaments que la plupart des pharmacologistes en distinguent par le nom d’alcoolatures.
Ces médicaments, dont la composition est nécessairement fort analogue à celles des teintures correspondantes, possèdent cependant une activité infiniment plus prononcée, qui ne permettrait pas de les leur substituer impunément, et oblige à ne les délivrer que sur prescriptions spéciales.
Le Codex les prépare en faisant macérer pendant 15 jours l’alcool à 86° sur un poids égal au sien de plantes fraîches préalablement contusées, exprimant et filtrant au papier.
Suivant d’autres formulaires, ou pourrait mélanger des quantités déterminées d’alcool à 88° à des quantités également déterminées de sucs non dépurés de ces mêmes plantes, et filtrer au papier après quelques jours de contact.
La grande activité de ces médicaments, ne permet pas, ce me semble, de faire usage de plusieurs procédés. Elle doit faire employer celui du Codex à l’exclusion de tout autre.
L’aconit. La jusquiame,
La belladone, Le Rhus radicans,
— - digitale , — datura stramonium ,
— ciguë, Les plantes antiscorbutiques,
d’une manière plus générale, toutes celles qui perdent par la dessiccation, tout ou partie de leurs propriétés, servent plus spécialement à la préparation des alcoolatures.
Des tessstiares éthérées (éthérolés)«
Si l’on substitue à l’alcool ou aux liqueurs alcooliques, de l’éther ou des liqueurs éthérées, au lieu de teintures alcooliques, on obtient des teintures éthérées; des solutions médicamenteuses
Des
alcoolatures.
Des matières employées à leur préparation.
De leur préparation.
Teinture étliérées de chlorure de fer de baume ch Tolu, etc.
358 21® LliCON «
dont tes analogies avec celles que nous avons étudiées dans la leçon précédente, sont telles, que leur histoire serait en quelque sorte la reproduction de ce que nous avons dit de celles-ci.
Le phosphore, le perchlorure de fer, les feuilles de ciguë, de digitale pourprée, de belladone, d’aconit, l’assa fætida et le baume de Tolu, l’ambre gris, le castoréum, les cantharides, le musc, sont presque exclusivement les matières que l’on fait servir à leur préparation. Elles sont toutes employées dans un état de siccité parfait, attendu que l’eau, n’étant pas miscible à l’éther, empêcherait le contact de s’établir entre elles et le véhicule ; toutes préalablement divisées, afin de favoriser l’action du dissolvant, et presque toutes isolément ; bien qu’on pût tout aussi bien préparer des teintures éthérées composées que des teintures alcooliques composées.
Quant au véhicule, l’on emploie d’ordinaire l’éther sulfurique marquant 62° Baumé à la température de — )— 1 5 ° 5 quelquefois cependant on lui substitue :
L’éther sulfurique étendu d’alcool (teinture nervino-lonique de Bestucheff) ;
L’éther acétique (teinture de cantharides);
L’éther acétique étendu d’alcool (teinture de fer acétique de Klaproth) ■
En général, comme pour les teintures alcooliques simples, le Codex prescrit 1 partie de matière contre 4 d’éther, mais le rapport est de 1 à 7 pour la teinture de Bestucheff, de 1 à 50 pour celle de phosphore.
On peut réduire à deux leurs procédés de préparation.
Le premier, applicable au matières qui se dissolvent en entier dans l’éther, ou qui peuvent être considérées comme s’y dissol- ; vant en entier, aux chlorures de fer, au baume de Tolu, à Tassa fætida, à l’ambre gris, consiste à placer ces matières et le dissolvant dans un flacon susceptible d’être très hermétiquement fermé; à laisser macérer jusqu’à ce que l’action du dissolvant ait pu s’exercer tout entière, en ayant le soin d’agiter de temps à autre, puis à filtrer au travers d’un filtre en papier dans un entonnoir couvert.
DES TEINTURES ETHÉrÉES.
Le second, applicable aux feuilles d’aconit, de ciguë, de bel la- Teintures étbédone, de digitale, etc., et aux matières analogues, sur lesquelles de^elîadone’, l’éther n’exerce qu’une action très bornée, consiste à les placer etc‘ à l’état de poudre, dans l’appareil précédemment décrit sous le nom d’appareil à lixiviation de MM. Robiquet et Boutron; à verser à leur surface assez d’éther pour les en imbiber complètement, à boucher l’ouverture supérieure de l’allonge en même temps qu’on enfonce à frottement sa douille dans îe col de la carafe, de manière à boucher celle-ci; à laisser macérer pendant 48 heures; à soulever légèrement l’allonge afin de donner issue à l’air de la carafe; à faire successivement et lentement passer au travers de la poudre la totalité de l’éther; à déplacer au moyen de l’eau les portions de teinture, que la masse pulvérulente retient interposées, ers arrêtant l’écoulement aussitôt qu’à l’éther va succéder Peau; finalement à filtrer, encore dans un appareil couvert.
Ici, l’emploi de la lixiviation, que le Codex n’adopte pas pour les teintures alcooliques, se justifie parfaitement par la considé^ ration, que l’eau déplace l’éther presque sans s’y mêler, et par celle surtout, que l’expression n’est pas possible, parce que la très grande volatilité du dissolvant, en produisant une déperdition considérable, changerait l’état de concentration de la solution médicamenteuse.
La teinture éthérée de phosphore, est la seule dont la préparation exige des précautions spéciales, nécessitées par la. très grande affinité de la matière première pour l’oxygène.
On met l’éther dans un flacon à l’émeri enveloppé de papier Jf,1^
noir; on y introduit le phosphore, à l’avance coupé en petits Plîore* morceaux, puis séché en îe frottant légèrement entre des feuilles de papier joseph, ou mieux encore, réduit en poudre, et lavé avec de l’alcool, afin que i’eau qui l’imprégnait ne le défende pas du contact de l’éther.
On laisse macérer pendant un mois environ, en agitant fréquemment, puis déposer; l’on décante, et l’on introduit la solution sans la filtrer, dans de petits flacons à l’émeri, que l’on bouche immédiatement, et que l’on couvre de papier noir. Dc]eup
De même que celle des teintures alcooliques, leur composition composition
peut se déduire à priori et avec assez de certitude, de la composition des substances que l’on a fait servir à leur préparation, et de la solubilité ou de l’insolubilité dans l’éther des principes qui les constituent.
La teinture de digitale pourprée, la seule que nous croyons devoir étudier d’une manière spéciale , sous le point de vue de sa composition, contiendrait donc :
D’après l’analyse MM. Reinet Hanse, D’après l’analyse de M. Welding ,
De la chlorophyle, de l’huile grasse. De la chlorophyle, de la matière de la résine active, à l’exclusion de lJex- grasse, de l’huile volatile, de la digitatratif, de la gomme, du ligneux , de line, à l’exclusion de l’extratif, de l’al’oxalate acide de potasse. eide galüque, de la matière colorante,
de l’albumine, du sucre, de la gomme; ces dernières matières étant insolubles dans l’éther.
Si, comme le pense M. Dulong d’Âstafort, le principe actif de la digitale, consistait en une matière extractive insoluble dans l’éther sulfurique et soluble dans l’éther acétique, on devrait remplacer l’éther sulfurique par l’éther acétique, ne leurs Les teintures éthérées sont des médicaments peu altérables; alterations. p]us apérables toutefois que les teintures alcooliques, en ce que
l’éther sulfurique, au contact de l’air, en absorbe rapidement l’oxygène, et produit de l’acide acétique. Quand l’air intervient, îe phosphore de la teinture éthérée de phosphore s’acidifie en partie, s’oxyde en partie, et de là de l’acide hypophosphorique qui reste dissous, et de l’oxyde qui se précipite.
Même à l’abri de l’air, mais sous l'influence de la lumière.
Les teintures éthérées de ciguë, de digitale, de perchlorure de fer se décolorent ;
Les deux premières, par suite de la destruction des principes colorants des plantes; la troisième, parce que le perchlorure soluble et de couleur jaune s’y trouve peu à peu remplacé par du protochlorure incolore et insoluble. Une portion du chlore se porte sur l’hydrogène de l’eau ou de l’alcool, pour produire de l’acide chlorhydrique, et plus tard, de l’éther chlorhydrique.
Delem. Au reste, nous reviendrons sur cette dernière réaction en conservation. (ra^aiî^ t|u chlorure de fer»
On doit conserver les teintures éthérées, à l’abri de la lu-