DES DIVERSES FAÇONS DE SE SERVIR DE CET OUVRAGE
Une des principales difficultés qu'on rencontre dans l’enseignement de la dictée, la plus grande peut-être, consiste dans l'impossibilité où se trouve en général l'élève de travailler seul, en dehors du temps des leçons et en l'absence de son professeur, jointe à la nécessité absolue qu'il y a pour lui de pratiquer cet exercice très fréquemment, s'il veut acquérir un certain degré d’habileté.
Arriver à ce que l'élève puisse travailler chez lui, et économiser le temps pendant la leçon, sont donc deux choses également précieuses, et aucun moyen ne doit être négligé pour obtenir ce double résultat.
J'en ai essayé beaucoup, et je signale ici seulement ceux que l'expérience m'a amené à considérer comme les plus importants et les plus pratiques.
4° Habituer l'élève à écrire vite et clairement.
Tous ceux qui ont fait partie d'un jury de concours ou d’examen, de même que tous les professeurs expérimentés, savent qu'on distingue presque toujours à première vue, et rien que par l'aspect de l'écriture, un travail réussi d’un travail manqué: le premier est clair, se présente bien, inspire la confiance ; l’autre a un air gauche, désordonné, il est peu lisible, avec des passages effacés ou surchargés. Il est très rare que l’on soit trompé par cette première impression.
Que faut-il en conclure? Il faut en conclure tout simplement que l'écriture en elle-même est moins étrangère qu'on ne le croit généralement à la bonne exécution du travail de dictée. Pour le bien accomplir, deux choses sont nécessaires : savoir entendre et savoir écrire. Apprendre à bien entendre est l’objet principal de ce livre; mais celui qui après avoir écouté attentivement et intelligemment, après avoir bien saisi, ne sait pas représenter sur le papier, d’une façon correcte et intelligible, ee qu'il a perçu, arrive à un résultat aussi nul que s'il n'avait pas compris.
(Il est bien entendu que je ne parle pas iei de l'écriture au point de vue de la beauté calligraphique, mais seulement sous le rapport de la clarté et de l'orthographe musicales.)
Or, l'élève qui écrit mal n'arrive jamais à produire qu’un brouillon informe, peu lisible pour lui-même et pas du tout pour les autres, auquel il consacre généralement plus de temps et de peine qu'il ne lui en aurait fallu pour écrire de suite d’une façon correcte et définitive, s'il en avait eu l'habitude; ce brouillon il est forcé de le mettre au net avant de le présenter, ce qui constitue une nouvelle perte de temps, et le plus souvent, en faisant cette copie, il y glisse des erreurs qui ne se trouvaient pas dans le texte primitif.
Il est absolument certain qu'une mauvaise écriture entraine avec elle trois inconvénients réels et indiseutables : d’abord le manque de rapidité et de précision ; ensuite le danger qu'il y a de commettre dans la copie des erreurs qui n’existaient pas dans le brouillon, et enfin la perte de temps nécessitée par cette copie elle-même.
La première chose est done d’obliger l'élève à acquérir une écriture facile, rapide et claire, afin qu’il puisse noter du premier jet, et sans aucune hésitation sur la notation à employer, ce qu'il aura bien entendu et bien compris. Pour cela, le mieux est de l'exercer à copier très soigneusement, chaque jour, une ou plusieurs pages de musique bien écrite, en exigeant que cette copie soit faite de
la facon la plus servile et la plus scrupuleuse, sans y introduire, sous quelque prétexte que ce soit, la moindre abréviation ou la modification la plus insignifiante ; autrement dit, le premier exercice de dictée est, selon moi, bien qu'il ne touche pas à la dictée proprement dite, la copie pure et simple, conscieneieusement faite, parfaitement claire et exacte. Ce n'est évidemment qu’un exercice préparatoire, mais dont on peut être certain de tirer par la suite de très grands avantages.
Il est d’ailleurs assez facile à comprendre qu'il soit nécessaire, avant d'écrire sous la dictée, de savoir écrire.
2° Ne jamais employer le temps de la lecon, qui est toujours trop court, à corriger les devoirs.
Pour arriver à ce résultat, il est indispensable que l'élève ait le soin de laisser une portée en blanc au-dessous de chaque portée écrite.
Cela étant, aussitôt la dictée terminée, (je dis aussitôt, puisqu'il est convenu que l'élève écrit assez bien pour n'avoir pas besoin d’en faire la copie), le professeur se fait remettre l'épreuve obtenue, sur laquelle il signale tout simplement, par un trait ou toute autre signe rapide convenu d'avance, les passages fautifs, sans y rien rectifier; puis il inscrit le numéro de la leçon, après quoi on peut passer à une autre dictée. Cette vérification sommaire, simple constatation des fautes, sans aucune correction, ne demande qu'un temps inappréciable.
Rentré chez lui, l'élève doit chercher dans ce livre le numéro qui lui a été indiqué, et en reproduire intégralement le texte sur la portée qu’il a réservée en blanc, en ayant soin de faire concorder exactement les mesures et même les temps. Puis, comparant les deux portées, celle qu'il a écrite sous la dictée et celle qui est le résultat de sa copie, il effectue lui-même la correction de son devoir en mentionnant la nature des fautes qu'il y constate, fausses notes, erreurs de tonalité, de rythme, de mesure, altérations oubliées, fautes de notation.... ete... ; il en fait ensuite l’analyse, s’il y a lieu, selon la forme indiquée dans les diverses parties de l'ouvrage.
En exigeant que l'élève rapporte à la leçon suivante son travail ainsi corrigé, annoté et analysé, le professeur aura obtenu tout ce qu'il me paraît possible d'obtenir d'étude, en ce qui concerne la dictée, en dehors de la leçon.
Si maintenant on veut se rendre compte de l'économie du temps réalisée par l'emploi des deux moyens que je viens d'indiquer, c’est facile à calculer.
Une dictée de force moyenne, comme celles de la 3° partie, dans un mouvement modéré, demande environ une minute pour être énoncée une première fuis en entier; huit minutes pour être détaillée par fragments, et enfin une minute pour la répétition finale. Total dix minutes.
Tel est le temps indispensable pour faire une dictée ordinaire.
Si l'élève a ensuite besoin de la mettre au net, il faut bien lui donner au moins cinq minutes pour ce travail supplémentaire. Quant au temps à dépenser pour la rectification par le professeur, il est très variable, mais on ne peut l’estimer, pour un cours d'une dizaine d'élèves, au-dessous de dix minutes, et cela quelque rapidité qu'on y mette; au contraire, celte prévision sera presque toujours dépassée. Total, quinse minutes au minimum, souvent vingt.
On aurait eu le temps de faire deux nouvelles dictées pendant les vingt minutes employées à compléter et à corriger la première; done, l'économie réalisée par la double suppression de la copie et de la correction est égale aux deux tiers du temps disponible. On voit que cela en vaut la peine.
La façon de se servir de ce cours varie considérablement selon la nature des élèves auxquels on s'adresse, leur degré de force, leur âge, leur nombre, et le but qu'on se propose d'atteindre.
On pratique généralement la dictée collectivement, ce qui a plusieurs avantages évidents sur la leçon particulière, notamment l'émulation. Mais pour plus de clarté, je vais d'abord parler ici de l’enseignement individuel, quoiqu'il soit le moins fréquent, pour passer ensuite à l’enseignement collectif et enfin à l’enseignement mutuel, très praticable au moyen de ce recueil.